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5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 13:05

   Le physiologiste français Charles Robert RICHET, prix Nobel de physiologie ou médecine de 1913 pour ses travaux sur l'anaphylaxie (plus largement la formation d'anticorps), fondateur de la société française d'eugénique, aux écrits fortement racistes prônant la suprématie de la "race" blanche ("qui ne doit pas être mélangée à de détestables éléments ethniques"), est aussi une figure du pacifisme français. Dreyfusard, se disant à la fois pacifiste et patriote, il milite pour la fin de toute guerre et pour la création d'une société internationale d'arbitrage. Si certaines de ses oeuvres (La Sélection humaine en 1913) prône une politique de sélection, s'appuyant sur ses expérimentations animales, la postérité retient surtout celles en faveur de la paix par le droit. Ses convictions pacifistes sont renforcées par l'expérience de la première guerre mondiale. Il estime que l'ensemble de l'espèce humaine s'avère stupide (L'homme stupide, publié en 1919), sa misanthropie étant alimentée par les horreurs de cette guerre. Il y a encore beaucoup d'efforts pour lui à faire pour que naisse véritablement un homo sapiens... 

En tout cas, cela démontre qu'au sein du pacifisme français, et parfois dans la même organisation pacifiste se cotoient des personnalités aux convictions diverses, de droit comme de gauche, pessimistes ou optimistes selon les cas. Incidemment, la présence de véritables hommes de droite parmi les associations qui prônent la paix par le droit contribue à creuser l'écart avec les révolutionnaires de l'antimilitarisme anti-bourgeois. 

   Le professeur RICHET se retrouve dans à peu près toutes les organisations qui comptent dans la mouvance pacifiste : il milite déjà en 1892 dans la Ligue internationale et permanente de la Paix, qui a changé de noms déjà deux fois depuis 1872, et qui devient cette année-là la Société française pour l'arbitrage entre les nations, alors qu'il est physiologiste reconnu et  membre de l'Institut. Il participe au Comité de conciliation internationale créé en 1905 pour promouvoir les échanges culturels entre les peuples. Présent dans la minorité de la Ligue des Droits de l'Homme qui conteste l'union sacrée dès 1916, année où est créée la Société d'études documentaires et critiques sur la guerre à l'initiative d'une cinquantaine de personnes où il côtoie, auréolé d'un Prix Nobel, l'économiste Charles GIDE ou la journaliste SÉVERINE. Après la guerre, il rejoint avec Paul d'Estournelles de CONSTANT, l'Association Française pour la Société Des Nations, qui revendique au début des années 1920 le titre de "doyenne des associations pacifistes françaises". Il soutien, toujours au sein de la Ligue des Droits de l'Homme, les initiatives de propagande pour la paix, comme celle de juillet 1928 des "Volontaires de la Paix" qui reçoivent une véritable formation terminée par un authentique adoubement. Ces Volontaires forment la cheville ouvrière de la "croisade de la jeunesse pour la paix" qui se déroule dans la seconde quinzaine d'août 1929. Il est toutes ces années très ac tif au sein de la Société d'études documentaires et critiques sur la guerre, où la recherche historique s'efface des préoccupations de plus en plus politiques au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux membres. 

Il se signale encore en 1932, par un appel d'un vétéran des luttes pour la paix aux jeunes pacifistes : "Un vieil ami de la Paix ; qui, depuis cinquante trois ans a consacré tous ses efforts (écrits, discours, livres, conférences) à la sainte cause de la Paix, salue avec émotion et gratitude les jeunes amis de la Paix. Puissent-ils réussir dans leur oeuvre splendide! Nous devons faire les États-Unis d'Europe. Ce fut le rêve de mes jeunes ans ; et vous, chers enfants, vous assisterez peut-être, si vous menez hardiment, à la réalisation de ce rêve magnifique. A vous l'avenir." (Collection Georges Lanfry). 

 

Charles RICHET, Essai de psychologie générale, Félix Alcan, collection Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1887 ; L'idée de l'arbitrage international est-elle une chimère? V.Giard et E. Brière, 1896 ; La Sélection humaine, Félix Alcan, 1919 ; L'Homme stupide, Flammarion, 1919, réédité en 2012 ; Pour la paix, G. Ficker, 1920 ; Le passé de la guerre et l'avenir de la paix, Société d'éditions littéraires et artistiques, Librairie Paul Oliendorff, 1907. La plupart de ces ouvrages sont disponibles sur le site gallica.bnf.fr.

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

  

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