Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 09:17

    Le journaliste et militant socialiste français, anarchiste puis communiste Henri GUILBEAUX est une figure du pacifisme durant la première guerre mondiale.

       Journaliste littéraire dès 1906, dans plusieurs revues comme la Revue des lettres et des arts; il participe à des périodiques militants ou très engagés comme La Bataille syndicale, La Guerre sociale, L'effort libre, L'Assiette au beurre dont il devient rédacteur en chef sous le pseudonyme de James BURKLEY, jusqu'à la disparition de la revue en octobre 1912.

    En 1911, il publie l'un des premiers essais sur Jules LAFORGUE, puis se rapproche de Stefen ZWEIG. Il se rend fréquemment à Berlin où il fréquente des intellectuels ouverts au dialogue avec la France.

    En 1913, il sort chez Figuière une Anthologie des lyriques allemands depuis Nietzsche. Membre du Club anarchiste communiste, un groupe adhérant à la Fédération communiste anarchiste, il rédige des critiques d'art dans son journal, Le Mouvement anarchiste.

    Refusant l'esprit revanchard, la haine antiallemande et la "logique de guerre", il est proche, au sein des courants syndicalistes de l'époque, des militants Alfred ROSMER et Pierre MONATTE, qui, en juillet 1914, refusent l'Union Sacrée. Réussissant à se faire réformer, il se lie d'amitié avec Romain ROLLAND et participe à la Conférence de Kiental en 1916. L'année suivante, il lance la revue Demain avec Victor MARGUERITE, qui devient l'organe littéraire des Français expatriés en Suisse. Cette revue accueille toute la palette des opposants à la guerre depuis le tolstoïen Jean-Pierre JOUVE jusqu'aux révolutionnaires Marcel MARTINET et Raymond LEFEBVRE. Interdite de diffusion en France, elle publie des poèmes de Pierre Jean JOUVE, des essais de ROLLAND et de Marcel MARTINET. Durand cette période, Henri GUILBEAUX se fait vraiment l'homme des liaisons entre les différentes composantes du pacifisme français réfugié en Suisse.

Il faut noter que malgré la proximité idéologique manifestée avec LÉNINE, ce dernier ne comprend pas vraiment ces intellectuels français qui pourtant s'efforce de diffuser un enthousiasme en Europe pour la révolution bolchévique.

    Durant son exil, il se rapproche en avril 1917 de LÉNINE qui souhaite rentrer en Russie, et signe le protocole de Berne. Il devient le correspondant français de la Pravda, ce qui lui vaut des ennuis avec les autorités françaises qui obtiennent des autorités suisses qu'il soit arrêté (plusieurs fois) pour violation de la neutralité suisse. Désigné comme "futur Lénine français" par le 2ème Bureau français, il est condamnée par le Conseil de guerre pour Haute trahison à la peine de mort par contumace en février 1919. Il est alors extradé par les autorités suisses vers la Russie. La virulence des propos de l'écrivain, correspondant de Vie ouvrière en Suisse, toujours polémiste forcené selon les dires de ses propres amis, en fait une cible toute indiquée pour CLÉMENCEAU qui mène une répression du mouvement ouvrier, tout en jouant un jeu compliqué avec le nouveau pouvoir bolchévick.

    De mars 1919 à août 1923, il vit dans un premier temps à Moscou, puis après la mort de LÉNINE (seul allié face à STALINE), il part pour Berlin pour le journal L'Humanité. Il publie son essai sur Lénine directement en allemand. Expulsé du parti communiste français, il se retrouve sans ressources. Romain ROLLAND rejoint alors un comité de soutien pour que GUILBEAUX puisse revenir en France. Dix ans après sa condamnation, la sentence est cassé au cours d'un procès en révision, mais est moralement et physiquement trop fatigué pour exercer une quelconque influence, même dans les milieux pacifistes les plus proches. Il passe ses dernières années à mettre en garde contre le stalinisme. Selon Pierre BROUÉ, il travaille alors pour les services secrets français (en échange de sa grâce sans doute), et a même des élans de sympathie pour MUSSOLINI, mise sur le compte sur son épuisement moral et intellectuel.

Henri GUILBEAUX, Mon crime. Contre-attaque et offensive, Genève, Éditions de la revue Demain, avril 1918 ; Le portrait authentique de Vladimir Illitch Lénine, Librairie de L'Humanité, 1924 ; Du Kremlin au Cherche-midi, Gallimard, 1933.

Yves SANTAMARIA, Le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005.

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens