Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 08:20

      L'écrivain français Romain ROLLAND, Prix Noble de littérature de 1915, occupe une place importante dans la diffusion des idées de pacifisme et de non-violence. 

     Son exigence de justice le pousse à souhaiter la paix "au-dessus de la mêlée" pendant et après la Première Guerre mondiale. Animé d'un idéal humaniste et en quête d'un monde non-violent, il admire Léon TOLSTOÏ, est très intéressé par les philosophies de l'Inde (conversations avec Rabidranath TAGORE et GANDHI), par l'enseignement de Râmakrishna et Vevekananda, puis par le "monde nouveau" qu'il espère voir se construire en Union Soviétique.  

     Très versé dans les arts et dans la musique (il enseigne brièvement sur cette dernière matière à l'Institut Français de Florence), il doit sa notoriété d'écrivain à son roman-fleuve Jean-Christophe, publié de 1904 à 1912. Il veut consacrer alors toute sa vie à la littérature, quand la Grande Guerre est déclarée.

     D'abord en faveur de la guerre contre l'Allemagne, il comprend très vite qu'elle est un "suicide" de l'Europe. Du coup, il ne quitte pas la Suisse, n'étant de toute façon pas mobilisable (il a 48 ans) et tout en s'engager dans la Croix Rouge, il utilise la relative liberté qui règne dans ce pays pour diffuser ses oeuvres. Comme son appel pacifiste de 1914, Au-dessus de la mêlée, paru dans le Journal de Genève. Ses idées pourrait le faire apparaitre comme traître à son pays, cependant lorsque ses écrits sont publiés à Paris, ils rencontrent un large écho. Critiqué par les deux camps, il devient une figure du mouvement pacifiste international, mais aussi de la Troisième Internationale, aux côtés entre autres de Henri GUILBAUX.

Romain ROLLAND fait partie de ces rares intellectuels qui s'obstinent dans le refus de la guerre, de manière semblable à la mouvance anarchiste la plus radicale, mais mû par une fidélité à un humanisme à défendre. Alors qu'auparavant il n'avait jamais participé au moindre combat idéologique, se tenant même à l'écart de l'Affaire Dreyfus, dans laquelle les intellectuels s'étaient pourtant engagés massivement, il se trouve incarner le pacifisme, quasiment malgré lui, à la suite de ces huit articles parus dans Le Journal de Genève d'août à décembre 1914 et repris en novembre 1915 en un recueil intitulé Au-dessus de la mêlée. 

Pourtant les textes eux-mêmes ne contiennent aucune phrase antipatriotique ou antimilitariste et sont même marqués par une "modération qui étonne au regard de ce qu'ils allaient bientôt incarner" (Christophe PROCHASSON, Au nom de la Patrie. Les intellectuels et la Première guerre mondiale, 1910-1919, Paris, 1999). Il attire à lui des jeunes désemparés, tel André DANET, qui lui demandent conseil, et surtout les pacifistes d'extrême gauche, jusque-là dispersés, qui voient en Romain ROLLAND, le fédérateur qu'ils recherchaient et lui font jouer un rôle qu'il ne voulait pas au départ. Plusieurs d'entre eux font partie de l'entourage immédiat de l'écrivain (notamment Henri GUILBAUX, avec sa grande expérience de la presse, très antimilitariste, collaboration de l'Assiette au beurre, de La Guerre sociale, du Libertaire et de La Bataille syndicale avant la guerre). Même si Romain ROLLAND collabore avec le journal Demain (première parution en janvier 1916), il est fréquemment en désaccord avec le ton du mensuel. Mais il se tient un peu à l'écart de certains débats virulents, notamment ceux qui portent sur la révolution russe, et de toute façon l'influence de ces "feuilles de choux" est bien moindre que ses propres ouvrages...

       En 1919, il rédige un manifeste et invite tous les travailleurs de l'esprit à le signer, Déclaration de l'indépendance de l'esprit, dans laquelle il cherche à tirer les leçons de la guerre en définissant une voie libre au-delà des nations et des classes. 

      Il s'installe en France en 1922, et malgré une santé fragile, continue à travailler à son oeuvre littéraire. Il entretient un très vaste réseau de correspondance avec des intellectuels du monde entier, même avec ceux avec lesquels il reste en désaccord, comme Alphonse de CHATEAUBRIANT. Sa correspondance avec Louis ARAGON, Hermann HESSE, Richard STRAUSS, André SUARÈS, Stefan ZWEIG (qu'il voit très souvent de 1922 à 1927), ALAIN, René ARCOS et Jean GUÉHENNO donne un aperçu éclairant sur l'atmosphère intellectuelle de l'époque de l'après-guerre. Romain ROLLAND continue d'être une référence dans les milieux pacifistes et il écrit très vite en faveur du rapprochement franco-allemand, comme dans la revue Europe fondée en 1923.

Durant toutes ces années 1920, se multiplient pétitions, appels et proclamations d'intellectuels. Il signe par exemple avec Victor MARGUERITE et beaucoup d'autres, en 1925, un Appel aux consciences, où les signataires réclament la suppression des articles 227 à 230 du Traité de Versailles. En 1921, Romain ROLLAND, EINSTEIN, HUXLEY et Bertrand RUSSEL... fondent l'Internationale des Résistants à la Guerre (IRG).

     Il entretient une discussion avec Sigmund FREUD sur le concept de sentiment océanique qu'il puise dans la tradition indienne qu'il étudie alors avec ferveur, à compter de 1923, année où il préside à la fondation de la revue Europe, avec des membres du groupe de l'Abbaye, notamment René ARCOS.

    Son livre de 1924 sur GANDHI contribue beaucoup à faire connaitre ce dernier en Europe et pendant un temps se fait militant de la non-violence. Mais surtout à partir de 1930, il s'en détourne, car il estime qu'elle n'apporte pas de remède à la montée des fascismes en Europe. Dès cette année, il s'engage en faveur de l'URSS, cela d'autant plus qu'HITLER arrive au pouvoir en Allemagne en 1933. Au cours d'un périple en Union Soviétique, il rencontre STALINE et est l'un des fondateurs du mouvement pacifiste Amsterdam-Pleyel. Sa participation aux meetings et campagnes de presse devient alors très active, enthousiaste envers la cause communiste, compagnon de route du Front Populaire jusqu'à ce que les procès de Moscou (août 1936-mars 1938) refroidissent ses ardeurs. Il ne ménage pas sa peine jusqu'à ce moment-là, militant aux côtés de pacifistes inconditionnels (Victor MÉRIC) qui lance un journal en 1931, La Patrie humaine, dont il fait partie du comité d'honneur.

La signature du Pacte germano-soviétique, qui en déboussole plus d'un dans l'échiquier politique français, surtout à gauche, achève de le convaincre d'abandonner peu à peu toute activité politique. Cela ne l'empêche pas de participer au Comité mondial contre la guerre et le fascisme aux côtés de Paul LANGEVIN. Encore en 1935, il fait partie les signataires, comme beaucoup d'intellectuels de gauche, d'un texte paru dans L'Oeuvre qui renouvelle les appels à la paix en direction des gouvernements français et italiens. Mais en 1936, Romain ROLLAND se désolidarise de ces positions pacifistes et opte pour la fermeté face à Hitler., suggérant alliances et pactes militaires si nécessaire. 

Romain ROLLAND, Journal des années de guerre, 1914-1919, Albin Michel, 1952 ; Mémoires, Albin Michel, 1956 ; Gandhi, 1924.

Stefan ZWEIG, Romain Rolland : sa vie, son oeuvre, 1921, 1929. 

Nadine-Josette CHALINE, empêcher la guerre, encrage, 2015.

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens