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14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 15:27

   Le Manuel de la paix présenté ici fait partie de ces petits livres diffusés en abondance dans les années 1930 en France. Présent un peu partout dans la mouvance pacifiste (plus de 130 000 exemplaires), ce Manuel de la paix renferme en un peu plus de 60 pages, les réflexions partagées par une large part des pacifistes.

Formé d'une relativement longue Dédicace de deux grandes parties de taille analogue, sur la Guerre, puis sur la Paix, il est suivi ensuite de plusieurs annexes, une liste des "grandes associations internationales dont l'activité intéresse particulièrement les jeunes", Aux instituteurs, Paroles à méditer. Parmi celles-ci, deux citation de l'auteure elle-même : "S'il a été trop souvent possible de mobiliser toutes les forces matérielles d'un peuple pour la guerre, pourquoi ne serait-il pas possible d'en mobiliser toutes les énergies spirituelles pour la Paix." "La guerre sur les champs de bataille était affaire d'hommes ; les femmes ne pouvaient que la maudire et en souffrir. La guerre sur les foyers est affaire de femmes ; leur droit est de l'abolir."

    Dans la Dédicace, on peut lire :

"C'est à la jeunesse que je dédie ce Manuel de la Paix.

Riche de ses forces grandissantes, douée d'ardeur dans l'action et de foi dans l'avenir, elle est certainement qualifiée pour vouer à la cause la plus sublime, celle qui prime toutes les autres par sa valeur et son impérieuse nécessité, celle enfin de laquelle le monde entier attend son saint : l'Établissement du "Règne de la Paix".

Pour que cette jeunesse puisse prendre conscience de sa mission, il est nécessaire de bien lui faire comprendre ce que sont les deux grandes puissance qui se disputent le gouvernement du monde : la Guerre et la Paix. - Ce sont deux forces contraires qui ne peuvent pas plus s'accorder que la haine et l'amour, le vice et la vertu ; et d'où procèdent deux organisations opposées : Régime guerrier et Régime pacifique.

Les hommes, sous l'impulsion de leurs passions mauvaises, se sont laissés aller à employer la force pour le règlement des différends entre eux, et, par un enchainement aussi coupable que stupide, ont fini par donner à la Guerre les moyens les plus perfectionnés pour qu'elle s'établisse en Régime organisé. De telle sorte qu'aujourd'hui la Guerre est devenu le pire des fléaux, la force maîtresse, criminelle et destructive qui les domine et les submerge. Par contre, la Paix qui s'offre à eux pour les délivrer de ce dur esclavage, leur enseigne que c'est par une union solidement établie qu'ils pourront arriver à se créer une existence de fraternité indispensable à leur repos, leur sécurité et leur bien-être.

Lorsqu'on remonte le cours de l'histoire, jusqu'aux temps où la guerre était en honneur, on constate qu'il s'est toujours trouvé des hommes supérieurs, compréhensifs et sages qui n'ont cessé de prêcher la paix en démontrant la culpabilité des combats, et le néant des victoires.

Malheureusement, ils se heurtaient aux habitudes ancestrales et aux conceptions erronées ancrées dans les esprits au point de les aveugler et de les inciter non seulement à maintenir, mais à amplifier leur puissance militaires. Lorsque survint la Conquête de l'air, découverte géniale qui devrait être utilitaire et concourir à l'union des peuples, on vit aussitôt la guerre insatiable s'emparer de l'aviation pour s'en faire l'arme la plus terrible. les hommes alors, commencèrent à s'émouvoir. En présence des engins nouveaux, capables d'aller inopinément déverser sur des agglomérations d'êtres une pluie mortelle de gaz délétères, de microbes pathogènes et de bombes incendiaires, sans que les attaqués puissent recourir à aucune protection efficace, un tollé général s'est élevé contre un tel paroxysme de criminalité. La réaction fut si forte, qu'une vague d'espérance pénétra les esprits. On se disait : non, cette chose monstrueuse ne sera pas réalisée. Quel peuple oserait employer de pareils moyens? On allait jusqu'à penser que l'opprobre qu'ils soulèvent donnerait le dégoût de la guerre et démontrerait la nécessité de se tourner vers la Paix. Et pourtant, malgré l'expérience qu'on en fit au cours des derniers conflits, les peuples continuent à développer leur aviation militaire. Il est temps que les pacifistes avertis, qui savent ce que serait la guerre de demain, comprennent leur devoir de travailler sans répit au grand oeuvre de la Paix, problème capital de l'heure présente."

Le texte se poursuit sur la descriptions de ces nouvelles armes chimiques et bactériologiques, qui est un thème majeur du pacifisme de l'entre-deux-guerres, et qui sème l'effroi tant parmi les populations civiles que dans les états-majors. L'équivalent à l'époque contemporaine de déploiement de puissance et de craintes ne se trouve que dans les développements de l'arme atomique.

  Les deux grandes parties du manuel exposent les grandes question sur la guerre, puis sur la paix, questionnement qui sont autant d'angles d'approche du pacifisme d'alors, beaucoup pénétrée de l'ampleur des destructions de la première guerre mondiale et de l'espoir envers la Société Des Nations. Suzanne BOUILLET expose dans cette deuxième partie les espoirs que fondent nombre de pacifistes sur un développement de l'importance de la SDN dans les relations internationales. Beaucoup imaginent alors, dans la perspective d'une Union européenne large et dans l'espoir que les États-Unis reviennent pour jouer un rôle dans la construction de la Paix, une sorte de haut Parlement, "gouverneur des peuples unis" qui devrait alors : "Choisir et adopter une langue moderne, auxiliaire, universelle (en partie écho des débats sur l'espéranto) ; Substituer aux armées particulières des peuples, une gendarmerie internationale, garante de leur sécurité ; Créer des tribunaux internationaux, répartis dans tous les pays, munis d'un code de justice unique applicable à tous, peuples et individus". Elle voit ici plus loin que ce qui se passe alors avec la SDN (qui décline en fait dans la réalité), imaginant une craie organisation mondiale, qui inclue, avec l'Europe, Amérique et Asie, l'Afrique n'étant pas dans les esprits alors considérée comme acteur possible.  Le texte se conclue par un appel au soutien à la SDN qui en en a d'ailleurs bien besoin au moment de la 3ème édition du livre, en 1937.

 

Suzanne BOUILLET, Manuel de la Paix, Imprimerie Louis Klezner, Paris, 1937, 65 pages.

NB : nous sommes en possession de versions de ce Manuel de la paix, surtout celle de 1937. Nous n'avons pas beaucoup d'informations sûres sur l'auteur, étant donné que cet ouvrage était en 1949 la propriété de Mme H JEANSON, fille de l'auteur. Ceci est bien entendu un appel à informations... (H pour Henri JEANSON? ; BOUILLET est-il un pseudonyme?)...

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