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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 13:09

   Ulysses Simpson GRANT né Hiram Ulysses GRANT est un homme d'État des États-Unis d'Amérique, (18ème président de ce pays, 1869-1877). Il commande les armées nordistes durant la guerre de Sécession, Commandement en chef de l'Armée de terre des États-Unis de 1864 à 1869. Comme d'autres généraux, il écrit ses Mémoires (qui paraissent dans le Century Magazine), qui constituent une des sources de compréhension de la guerre de Sécession.

 

Une carrière militaire de premier plan

    Général, Ulysses GRANT est le grand stratège nordiste de la guerre de Sécession. Diplômé de l'académie militaire de West Point dont la majeure partie des officiers qui en sortent luttèrent dans les armées du Sud, il est incorporé au 4ème régiment d'infanterie de Saint Louis en 1843. Il prend part aux batailles de Palo Alto, Resaca de la Palma et Monterey contre le Mexique (1846) et participe à la campagne de Vera Cruz et Mexico (1847). Il démissionne de l'armée américaine en 1854 avec le rang de capitaine et devient agriculteur puis homme d'affaires. Il réintègre l'armée au début de la guerre de Sécession. D'abord assigné à des tâches administratives, il est placé à la tête d'un régiment d'infanterie régional, dans l'État de l'Illinois, avant de prendre part à ses premiers combats au sein de l'armée de l'Union, comme commandant d'une région, le sud-ouest du Missouri.

Alors que la guerre a lieu principalement sur le théâtre oriental, en Virginie, autour de Washington et de Richmond, GRANT est le premier à considérer que l'issue de la guerre peut se décider sur le théâtre occidental. C'est ainsi qu'il modifie les rapports de forces en concentrant ses efforts sur ce nouveau théâtre de guerre. Après une première bataille indécise à Belmont, il s'éloigne de ses bases de l'Illinois. En s'avançant sur les rivières Tennessee et Cumberland, il s'empare de Fort Henry, puis de Fort Donelson, ses premières victoires (février 1862) qui lui valent le surnom de unconditional surrender (reddition inconditionnelle). Il prend ensuite le commandement de l'armée du Tennessee avec laquelle il obtient une victoire magistrale à Vicksburg, le 4 juillet 1863. Elle lui permet de prendre le contrôle du Mississippi et de diviser la Confédération en deux. Après les batailles de Chattanooga et de Missionary Ridge, il est appelé à Washington où LINCOLN le fait nommer général en chef des Forces fédérales (Union) en mars 1864. A partir de ce moment, il orchestre la victoire finale de l'Union. Utilisant les nouveaux moyens de communication, télégraphe et chemin de fer, il dirige la campagne de SHERMAN dans le sud et mène un combat difficile contre Robert E. LEE en Virginie avant que celui-ci ne soit obligé  de se rendre, le 9 avril 1865, à Appomattox. Après la guerre, il connait des fortunes diverses. Élu deux fois président des États-Unis, il est aussi victime d'une faillite retentissante qui l'oblige à écrire ses Mémoires, devenus depuis un ouvrage classique de la littérature américaine.

Ulysses GRANT comprend très tôt la signification géostratégique du conflit dans lequel il s'engage. En concentrant ses efforts pour séparer son adversaire en deux zones géographiques, il sait qu'il lui porte un coup fatal, autant psychologique que physique. D'autre part, il garde toujours en perspective les contraintes politiques en fonction desquelles il doit définir sa stratégie militaire - comme la réélection de LINCOLN. Acteur principal dans un conflit d'un type nouveau, il sait exploiter à son avantage les nouvelles données technologiques de la guerre, aussi bien au niveau de la logistique et des communications que de l'armement. Soldat médiocre à ses débuts, GRANT tire les leçons de ses propres erreurs, et sait constamment s'améliorer, de manière spectaculaire, pendant toute la durée de la guerre de Sécession, dont il devient le général le plus brillant (BLIN et CHALIAND)

 

Des mémoires qui... marquent la mémoire américaine

   C'est d'abord pour restaurer les finances de sa famille que vers 1885, alors qu'il est versé dans la réserve de l'armée américaine, qu'il rédige plusieurs articles sur ses campagnes de la guerre de Sécession dans le Century Magazine. Après des critiques favorables, son éditeur Robert U. JOHNSON, lui propose d'écrire ses Mémoires, comme d'autres anciens généraux l'avaient fait. Avec l'aide de son ancien aide de camp et celle de son fils Frederif, il rédige, mais au bénéfice d'un autre éditeur, celui de Mark TWAIN, avant de décéder, frénétiquement, son livre Personnal Memoirs of Ulysses S. Grant qui connait tout de suite un grand succès. Les deux volumes se vendent déjà à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. Habile, GRANT se représente comme un honorable héros de l'Ouest dont les forces étaient l'honnêteté et la franchise. L'autobiographie a une structure inhabituelle car sa jeunes et sa présidence ne sont que survolées, à l'inverse de sa carrière militaire. Le style, concis et clair, à l'oppose de la tendance victorienne pour les tournures élaborées fait de son livre un ouvrage très lisible pour un lectorat large qui dépasse, à l'inverse de maints mémoires de généraux, le cercle des spécialistes. Le public, les critiques littéraires et les historiens militaires saluent cet ouvrage que TWAIN (qui a le sens de la formule et le goût pour la publicité), qualifie de "chef d'oeuvre littéraire et le compare aux Commentaires sur la guerre des gaules de Jules CÉSAR. Après avoir étudié les critiques favorables dont celles de Matthew ARNOLD et d'Edmund WILSON, l'écrivain Mark PERRY qualifie ces Mémoires de "plus importante oeuvre" américaine de non-fiction.

En fait, mais en dehors il est vrai de la période militaire, sujet de loin principal de ses Mémoires, peu de président ont vu leur réputation évoluer aussi radicalement que GRANT. Après sa mort, il était considéré comme un symbole de l'identité nationale américaine. C'est l'analyse de sa présidence qui attire surtout l'attention de la majeure partie des historiens et ils renvoient une imagé peu flatteuse, qui n'entâche d'ailleurs pas exclusivement GRANT : corruption envahissante dans l'administration, aidée en cela il est vrai de l'émergence d'un complexe militaro-industriel et les désordres socio-économiques dans certains États au Sud,  échec de la politique économique tant au Nord qu'au Sud.... Son activité pour la protection des Afro-Américains ainsi que celle des Amérindiens lui ont il est vrai attiré beaucoup d'animosités.

Après une période assez longue où ses carrières civile et militaire furent dévalorisées (McFEELY), on assiste de nos jours (depuis les années 1990) à un mouvement plutôt inverse (John Y. SIMON, Bruce CATTON). On reconsidère les qualités de son commandement militaire et au vu des crises "raciales" qui parcourent les États-Unis dans leur ensemble après sa présidence et jusque dans les années 1960, beaucoup estiment que sa politique présidentielle aurait sans doute, s'il elle avait réussi, tracé un autre destin à la nation américaine.

 

Bruce CATTON, Grant Takes Command, Boston, 1960. J.F.C. FULLER, The Generalship of US Grant, New York, 1929. John KEEGAN, The Mask of Command, New York, 1987.

Arnand BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de la stratégie, tempus, 2016.

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