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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 14:37

      Général américain, William Tecumseh SHERMAN est, après Ulysses GRANT, le plus illustre des commandants d'armée ayant combattu pour l'Union pendant la guerre de Sécession. Militaire, homme d'affaires, enseignant et écrivain, il se trouve après cette guerre au centre des guerres indiennes bien connues grâce à son témoignage direct dans ses Mémoires. Liddel HART estime qu'il est le "premier général moderne", utilisant les ressources nouvelles issues de l'industrialisation pour la guerre et connu pour la dureté de sa politique de terre brûlée et la guerre totale qu'il mène contre les États confédérés.

 

Une carrière militaire de premier plan

   Il est comme GRANT et beaucoup d'officiers qui le combattront plus tard, élève à l'Académie de West Point, promotion 1840. A la fin de ses études, il sert au 3ème régiment d'artillerie, et passe une quinzaine d'années dans l'armée américaine avant de donner sa démission pour se lancer dans les affaires. Il réintègre l'armée peu après le début de la guerre de Sécession, mais il connait des débuts difficiles jusqu'à ce qu'il soit distingué par GRANT, lors de la bataille de Siloh, en avril 1862. Durant l'été de la même année, commandant le district du Tennessee Ouest, il doit lutter contre les tactiques de guérilla de ses adversaires, et il n'hésite pas à s'attaquer aux populations civiles pour punir le harcèlement subi par ses troupes. Ensuite, il prend part, aux côtés de GRANT, à la campagne de Vicksburg, qui marque une tournant décisif dans la guerre, au profit de l'Union.

SHERMAN est alors chargé par GRANT de prendre la direction des opérations sur le front occidental. C'est là qu'il mène la campagne, marquée par sa fameuse "marche vers la mer", qui établit sa réputation de tacticien à la fois audacieuse et impitoyable. Après s'être assuré le contrôle du Tennessee par la prise de Chattanooga, en novembre 1863, il entreprend d'investir la ville d'Atlanta, en Georgie. Véritable centre de gravité économique, industriel et militaire, Atlanta possède d'importants dépôts de munitions en constitue un point de ralliement pour toutes les lignes de chemin de fer de la région qui sont devenues les principales lignes de communication des Confédérés. SHERMAN comprend l'impact psychologique qu'une telle perte pourrait exercer sur l'ensemble de la population de la Confédération. Alors qu'il a pratiqué jusque-là une tactique de guerre reposant sur le mouvement et l'esquive, il tente un assaut frontal à Kenesaw Mountain (27 juin 1864) au cours duquel il subit un revers important. Malgré cet échec, il reprend sa marche vers Atlanta. Il commence par s'attaquer aux lignes de chemin de fer ennemis, puis, par une manoeuvre audacieuse au sud de la ville, il parvient à forcer la décision et à investir Atlanta, le 2 septembre. C'est ensuite la traversée de la Georgie jusqu'à Savannah, sur la côte atlantique, au cours de laquelle il emploie son armée à détruire tout ce qui se trouve sur son passage, afin d'anéantir la volonté populaire de son adversaire. Coupé de ses lignes de communication et se ravitaillant sur le terrain, il parvient à atteindre la côte en l'espace de quelques semaines, concentrant ses efforts sur la destruction des lignes de chemin de fer et veillant à laisser l'armée adverse dans le doute permanent quant à sa destination finale. Comme il l'a prévu, cette action a un effet démoralisateur plus puissant qu'aucune de ses victoires préalables. Ayant rétabli ses lignes de communication - par voie maritime - en arrivant à Savannah, il peut ensuite effectuer sa remontée vers le nord, passant Columbia et Goldsboro, avant de se diriger vers Petersburg, où l'attend GRANT. Pris en tenaille par GRANT, SHERMAN et SHERIDAN, Robert E. LEE est contraint de se rendre, le 9 avril 1865 à Appomattox. Après la guerre, SHERMAN accède aux plus hautes fonctions au sein de l'armée américaine dont il est le commandant en chef pendant 14 ans. (BLIN et CHALIAND)

Le bilan de son action militaire ne peut se mesurer uniquement en termes d'acquisition de la victoire. Cette guerre totale comporte bien des escès et accroit inutilement les souffrances des populations civiles ; elle attise des haines qui sont à peine éteintes, et contribue à faire du conflit entre Nord et Sud une guerre moderne (André KASPI). Le fait même, dans le déroulement des opérations, qu'il ravitaille son armée sur le terrain, occasionne des pillages "légaux", SHERMAN contribue à faire de la guerre de Sécession un point de départ de nouveaux conflits, plutôt que le point d'orgue de la lutte officielle contre l'esclavagisme. On peut comparer l'effet de ces spoliations-destructions aux effets des guerres napoléoniennes en Europe, réalisées une génération plus tôt en Europe (sur maints plans, économiques, sociaux, idéologiques...).

Sa carrière est essentiellement militaire ; il refuse de s'engager en politique.

 

Des Mémoires-références.

   A l'image des Mémoires de GRANT, ses Mémoires, publiés en 1875 constituent un des témoignages directs les plus connus à la fois sur la guerre de Sécession et sur les guerres indiennes. Par ailleurs, c'est le premier général à publier ainsi ses Mémoires, très connues bien plus que son Autobiographie, 1828-1861, connue surtout des spécialistes, non publiée, conservée par l'Ohio Historical Society. A noter que ses Mémoires, éditées plusieurs fois, et avec des modifications à chaque fois, de son fait ou, parfois contre sa volonté, comportent des variations parfois importantes.

La plus propice de ces éditions à des fins d'étude est celle de la Library of America de 1990, éditée par Charles ROYSTER. Cette version contient le texte complet de l'édition de SHERMAN de 1886, ainsi que des annotations, un commentaire sur le texte, et une chronologie détaillée de sa vie? Il y manque cependant l'important matériel biographique des éditions de Johnson et Blaine de 1891.

Comme nombre de ses "collègues", bien qu'il finisse par désapprouver l'esclavage, SHERMAN n'est pas un abolitionniste avant la guerre? Il ne croit pas à "l'égalité du nègre". Ses campagnes militaires de 1864 et 1865 permettent de libérer de nombreux esclaves qui l'accueillent comme un "Moïse" qui se joignent à sa marche à travers la Géorgie et les Caroline par dizaine de milliers. Considérant plus leur présence comme un "problème" que comme un "apport", SHERMAN s'occupe du sort de ces réfugiés, leur accordant des terres. Il décrit dans ses mémoires les pressions politiques afin d'encourager la fuite des esclaves, en partie pour éviter que les esclaves ne soient appelés à servir dans l'armée adverse. Dans ces mêmes Mémoires, il exprime ses idées sur la guerre en général, cruelle en elle-même et qu'on ne peut adoucir, et le primat du réalisme passe avant toutes considérations humanitaires, même si dans certaines conditions, qui n'entravent pas les opérations militaires, il puisse s'organiser envers les populations civiles les éléments de la reconstruction future, qui de toute façon passe par le rétablissement de la légalité des États-Unis et la répression impitoyable de toute "rebellion".

 

 

William Tecumseh SHERMAN, Memoirs of general W.T. Sherman, Paperbach, 2013 ; Library of America, 1990. Une recension de l'édition de 1875, publiée à l'origine dans la Revue des deux monde, tome 14, 1876, est disponible sur wikisource.

Alfred BORN, Lee, Grant and Sherman : A study in Leadership in the 1864-1865 Campaign, New York, 1939. LIDDEL HART, Sherman, Realist, American, New York, 1958.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016

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