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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 08:17

  Homme politique français, Marcel CACHIN est un parlementaire socialiste, puis communiste de 1914 à 1958, directeur du journal L'Humanité de 1918 à son décès. C'est à ces deux derniers titres qu'il a une influence certaine et longue, n'étant pas pacifiste lui-même, sur le paysage pacifiste français. Notamment du fait que le PCF a des positions souvent tranchées, mais également variables, sur la politique militaire, l'armement et la guerre, et qu'il a une emprise après la seconde guerre mondiale sur ce paysage, par l'intermédiaire du Mouvement de la paix. Il joue un rôle important dans le Mouvement breton.

Un dirigeant de premier plan de la mouvance communiste

   Député de 1914 à 1932, il se rallie à la politique nationale pendant la Première Guerre Mondiale et soutient donc la guerre. Il est envoyé en mission en Italie, puis une première fois en Russie en 1917. Durant l'été 1920, il effectue avec Ludovic-Oscar FROSSARD un voyage en Russie soviétique, l'un et l'autre en reviennent conquis par le nouveau régime.

Il est l'un des artisans de la scission de la SFIO lors du Congrès de Tours, durant lequel la majorité approuve la révolution d'Octobre et le soutien des bolchéviks. Il est l'un des fondateurs du Parti Communiste Français, qui adhère à la IIIeme Internationale.

En janvier 1923, il dénonce l'occupation de la Ruhr ordonnée par le gouvernement de Raymond POINCARÉ afin de contraindre l'Allemagne à accélérer les paiements des indemnités imposées par le Traité de Versailles. Il faut rappeler que, dès le début de la prise de connaissances des décisions de ce traité, L'Humanité les critique, pas tant en ce qui concerne d'abord la lourdeur des sanctions contre l'Allemagne que contre le fait qu'il "assume l'hégémonie complète du capitalisme anglo-saxon (...), élimine la concurrence la plus redoutable (...) (et) grâce à leur possession de toutes les matières premières, grâce à leur empire colonial devenu colossal, les citoyens de langue anglaise dominent à cette heure l'univers entier" (juin 1919). le Traité de Versailles n'est en fait dans ses colonnes que très peu mentionné...

Lui et d'autres communistes français organisent cette année 1923, d'importants meetings, notamment dans les villes de Francfort et Stuttgart. Inculpé pour "attentat contre la sûreté extérieure et intérieure de l'État", son immunité parlementaire est levée et il est emprisonné. Il reçoit en février une lettre de soutien de Grogori ZINOVIEV, le président de l'Internationale communiste, qui lui exprime ses "plus aimables salutations" et celle des "camarades Lénine, Trotsky et Boukharine". Il est finalement innocenté en mai par le Sénat et libéré. Élu délégué en 1928 au VIe Congrès de l'Internationale communiste, il est élu à son comité exécutif et prend part à la décision d'une journée internationale contre la guerre, le 1er août 1929. Le gouvernement saisit cette occasion pour frapper le PCF et pour s'attaquer aux finances de L'Humanité. CACHIN réplique en créant des comités de défense du journal, véritable réseau de diffuseurs militants.

Au tournant des années 1930, bien que député et membre du bureau politique, il n'est plus en odeur de sainteté pour les tenants de la politique soviétique. Trop unitaire pour ceux-ci, et réaliste envers la politique "classe contre classe", qui a contribué au désastre électoral de 1928. Mais contrairement au futur collaborateur Jacques DORIOT, à Henri SELLIER ou à Renaud JEAN, il continue de rester ficèle au Parti et à la ligne stalinienne.

En 1936, il est l'un des pilliers du Front Populaire. Refusant de désavouer le pacte germano-soviétique et suivant la ligne du Parti, il est déchu de ses mandats en 1940, dans la fournée des mesures de répression du gouvernement contre la mouvance communiste.

Pendant l'Occupation, confronté à la question des premiers otages à la suite des attentats perpétrés contre les soldats allemands, il rédige une lettre dans laquelle il condamne les attentats individuels contre l'armée allemande. Des extraits de cette lettre sont repris par le Parti ouvrier et paysans français, parti composé d'anciens élus du Parti communiste français dans un but de propagande pour la Collaboration. Mais il n'est pas inquiété à la Libération pour cet écrit.

Pendant la guerre, il se retire en Bretagne, y est arrêté en septembre 1941 et amené à la prison de la santé à Paris. Il y est libéré le mois suivant, à la suite probable de la lettre qu'il rédige condamnant les attentats. Surveillé, menacé après être retourné en Bretagne, il est "exfiltré" en août 1942 par une équipe spéciale du Parti communiste, amené en Région Parisienne où il mène une existence clandestine dans des pavillons. Après la Libération, il reprend ses activités jusqu'à sa mort.

Directeur de l'Humanité (1918-1958), membre du bureau politique du PCF (1923-1958) et sénateur (1935), puis député de la Seine (1946) et enfin député doyen de l'Assemblée nationale, participant à de nombreuses élections présidentielles,  il pèse sur l'évolution du paysage politique français, mais surtout dans le sens des revendications bretonnes (langue bretonne, entre autres). Il participe notamment à la refondation des "Bretons émancipés" qui deviennent l'Union des sociétés bretonnes d'Ile-de-France (USBIF). Il garde cette orientation même lorsque le PCF s'éloigne des aspirations régionalistes.

 

Une action qui pèse sur la mouvance pacifiste

    De ses positions, d'ailleurs à cette époque semblable à celle de la SFIO, pacifistes volet défensistes, dès le début de 1914, qui chargent l'Allemagne de la plus grande responsabilité dans le déclenchement de la guerre, qui la chargent également en 1918, et même après la signature du Traité de Versailles de 1919, de cette responsabilité, Marcel CACHIN ne figurent pas parmi les "vrais" pacifistes qui défendront la paix. C'est plutôt le wilsonisme qui constitue sa cible, surtout dès qu'en 1917, la nouvelle Russie soviétique conclu une paix séparée avec l'Allemagne. Dès la conclusion de cette paix séparée, il dénonce et ce jusqu'à la fin du conflit la collusion entre Berlin et Moscou.

Ce n'est que dans les années 1920 qu'il change de ton par rapport à Moscou, s'alignant de plus en plus sur les lignes soviétiques, et depuis cette période, il n'en dévie pas, malgré les nombreux débats. Au Congrès d'Amsterdam d'août 1932, par exemple, il valorise son ordre du jour : "Rassemblement anti-Genève" (anti-SDN), Rassemblement anti-socialiste", même s'il est conscient du caractère délétère pour les positions électorales du PCF de la politique soviétique classe contre classe. C'est qu'il défend de bout en bout la révolution bolchévique, dans un climat, rappelons-le, où les puissances occidentales, de la fin de la première guerre mondiale jusqu'à la fin des années 1920, cherchent à l'abattre, politiquement, militairement, idéologiquement... C'est le sens de presque toutes ses adresses au gouvernement français... Il demeure extrêmement vigilant sur cela, même s'il est obligé parfois de suivre les voies sinueuses de la diplomatie soviétique. A partir de l'été 1934, il milite dans le sens d'une approbation de STALINE de la politique française, à renfort d'affiches, tout en s'efforçant de ne pas couper les ponts avec tous les pacifistes (notamment par rapport à l'activité du CVIA), même ceux qui défendent l'action de la SDN.

Il est toutefois de plus en plus difficile de camoufler ce suivisme derrière le façade d'un pacifisme tonitruant. Les tiraillements entre les différentes tonalités des discours dans L'Humanité, pris dans des "débats" qui animent alors la direction soviétique elle-même. Marcel CACHIN, à cause d'un certain fidélisme, rend difficile la tâche de nombreux militants de la paix, surtout ceux qui sont membres du PCF et des organisations "frères". Au fur et à mesure qu'on approche de la Seconde guerre mondiale, notamment à partir de la guerre d'Espagne et du Front Populaire, les positions de Marcel CACHIN sont celles d'un leader qui doit concilier des positions pas très conciliables, gardien de l'unité d'un Parti et de son journal. Il ne peut empêcher d'ailleurs l'expression de ces militants, expression qui lui est reprochée en ricochet en quelque sorte par les tenants d'une ligne plus audacieuse sur la guerre et la paix, qu'elle soit détachée enfin de l'emprise de la diplomatie soviétique ou au contraire qu'elle suive bien plus la logique du "Grand frère"....

Cela se reflète dans les colonnes de L'Humanité avant la guerre, cela se reflète également après la guerre... Longtemps après les événements, l'étau idéologique du pacte germano-soviétique (1939) puis de sa dénonciation (1941) sur les esprits, le marque sans doute jusqu'à la fin, entre accusations de collabo-pacifisme puis d'attentisme devant les événements. Il se trouve en fait au coeur des contradictions de la mouvance politique sur les questions de la guerre et de la paix...

Marcel CACHIN, Carnets (qui couvrent de 1906 à jusqu'à sa mort), CNRS Éditions, 1993, Présentation de Denis PESCHANSKI et de René RÉMOND.

Yves SANTAMARIA, le pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005.

 

 

  

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