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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 11:02

    Robert JOSPIN est un enseignant et un militant socialiste, pacifiste et libertaire français. Secrétaire général adjoint des Unions chrétiennes de jeunes gens dans les années 1930, son pacifisme intégral le place dans la mouvance de la Ligue de pensée française de René CHÂTEAU et du journal Germinal pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il rejoint après la guerre, après avoir été exclu de la SFIO à la Libération, les milieux pacifistes, pour, dans les années 1960 participer à la fondation de l'Union Pacifiste de France.

    Il fait partie de ces socialistes qui, traumatisés par la Grande Guerre, sont devenus des pacifistes inconditionnels, au point d'accepter pendant longtemps le régime de Vichy, ce qui ne l'empêche pas, ensuite, d'aider les résistants (Michel TAUBMANN, voir le vrai roman de Dominique Strauss-Khan, Éditions du Moment, 2011). Il se trouve constamment pris entre ce pacifisme intégral et une adhésion aux idéaux socialistes (tendance planiste). Sans compter l'ambiance générale dans une grande partie de l'intelligentsia française  qui fait préférer le fascisme au communisme, tombant souvent dans les pièges de la propagande nazie justificatrice du Grand Reich.

Son anticommunisme guide beaucoup ses choix politiques jusqu'à la fin de sa vie politique.

 

Première guerre mondiale, le traumatisme de la guerre

    Juste après avoir été mis au travail à treize ans, lors de la Première guerre mondiale, les Allemands entrent à Saint-Quentin où il réside. Sous occupation, l'activité industrielle est à l'arrêt et il doit trouver des petits boulots pour aider sa famille. Évacué par les Allemands vers la Belgique lorsque l'offensive du général NIVELLE est déclenchée en 1917, il est confronté aux soldats morts au bord du chemin, aux corps mutilés et sanglants, aux horreurs de la guerre. Ce souvenir ne le quittera jamais. En 1918, sous l'influence d'une foi renaissance et précisément d'un pasteur, il décide de devenir pasteur.

Protestantisme, socialisme, pacifisme libertaire

   Tenté un moment par le pastorat protestant, Robert JOSPIN se consacre aux Unions chrétiennes des jeunes gens, organisation de jeunesse protestante.

Les UCJG, apparus dans les années 1850 dans les régions protestantes, sont le produit du Réveil protestant et du Piétisme. Centrées d'abord sur les domaines intellectuels (bibliothèques, cours du soir, théâtre), elles investissent le domaine du plein air (camping, scoutisme, randonnée) à partir du début du XXe siècle. Elles s'insèrent au niveau mondial dans le mouvement des YMCA. En 1909, l'Alliance nationale accueille pour la première fois des réfugiés et apportent pendant la Grande Guerre confort et réconfort aux soldats alliés. En 1939, avec d'autres mouvements de jeunesse protestants, elles fondent la Cimade (Comité InterMouvement d'Aide aux Évacués).

Adhérant en 1924 à la SFIO (tendance planiste de Georges ALBERTINI), il se rapproche ensuite du courant pacifiste dont le leader est Paul FAURE. Anticommuniste, il est candidat (malheureux) aux élections législatives de 1936.

Avant même d'adhérer à la SFIO, il croise André GIDE et de sa rencontre avec Victor MÉRIC et Roger MONDIN dans ces années 1920 naît sa collaboration à la presse libertaire : La Patrie humaine, Le Réfractaire, Le Libertaire... Il côtoie Hans RYNER. Il rédige l'article Sécurité pour l'Encyclopédie anarchiste initiée par Sébastien FAURE, entre 1925 et 1934.

Dans les années 1930, il est actif aux côtés de Victor MÉRIC, Roger MONCLIN, Jeanne HUMBERT, René DUMONT, Claude JAMET, au sein de la Ligue Internationale des combattants de la paix (créée en 1931) dont le mot d'ordre est "Non à toutes les guerres". En 1939, il en devient secrétaire général. Orateur de talent, il multiplie les conférences (4 à 5 par semaine) et les articles dans La Patrie humaine, qui déclare "la guerre à la guerre". S'affirme clairement cette conviction qui ne le quitte jamais que la paix est un objectif absolu. Grâce à ses orateurs, la LICP sait se faire entendre, notamment par l'usage des moyens modernes, y compris radiophoniques. Elle sait aussi recourir à des formes de désobéissance civile, notamment lors des exercices de défense passive qu'elle juge empreint (comme le PCF d'ailleurs) de visées bellicistes. La LICP se prévaut du patronage prestigieux de personnalités comme Albert EINSTEIN, Stefan ZWEIG et Georges DUHAMEL, sans compter Romain ROLLAND, même si les événements mettent ensuite à mal la possibilité d'une pareille cohabitation.

 

Difficiles années de la Seconde Guerre mondiale...

   Son pacifisme intégral le place dans la mouvance de la Ligue de pensée française de René CHÂTEAU et du journal Germinal.

La Ligue de pensée française est un organisation néo-pacifiste qui fonctionne ouvertement avec l'autorisation des services allemands. Hostille à Marcel DÉAT, elle est proche de Pierre LAVAL. Elle attire ceux qui sont rebutés par l'alignement systématique du Rassemblement national populaire sur le parti national-socialiste allemand. Elle ne défend pas l'idéologie fasciste mais soutient la politique de Pierre LAVAL, qui trouve toujours le soin de se ménager quelques appuis parmi les anciens socialistes pacifistes dans ses combats contre l'amiral DARLAN et contre l'entourage maurrassien du maréchal PÉTAIN. C'est entre autres à travers le LICP que Pierre LAVAL entretien des liens avec la mouvance pacifiste. Le régime de Vichy ne répugne pas à puiser dans ce vivier des compétences pour conforter son pouvoir. 

En 1942, pour avoir aidé des résistants, Robert JOSPIN subit une perquisition suivie d'une courte arrestation, sans suite, mais comme beaucoup d'intellectuels français à cette époque, il est très surveillés par les services allemands.

En avril 1944, l'ambassade d'Allemagne lance une nouvelle publication, Germinal (qui porte le bandeau Hebdomadaire de la pensée socialiste française), destinée à fédérer certains "collaborateurs de gauche". Presque tous ses rédacteurs sont des enseignants et d'anciens membres de la SFIO passés par le pacifisme. Cette publication ne dure que quinze numéros et il ne semble pas que Robert JOSPIN ait donné d'articles à ce journal (mais l'information reste à vérifier...). Il s'en éloigne de toute façon assez vite.

 

Une difficile vie politique et la fondation de l'Union Pacifiste de France

    Exclu de la SFIO quelques semaines après la Libération, il rejoint le Parti socialiste démocratique de Paul FAURE, lui aussi exclu, qui s'efforce de rassembler les exclus socialistes. En 1948, il prend position contre le colonialisme dans la presse libertaire.

Il renoue franchement avec les milieux pacifistes et, en 1951, participe à la fondation de la revue du Comité national de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRGO), La Voie de la Paix (avec Félicien CHALLAYE, Émile BAUCHET...), laquelle accueille et soutien, plusieurs années durant, l'ancien déporté Paul RASSINIER, futur "père" du négationnisme français. En 1961, il est parmi les fondateurs de l'Union Pacifiste de France, partisan du désarmement unilatéral et de l'objection de conscience.

Réintégré en 1955 à la SFIO, au moment de la guerre d'Algérie, il soutien une politique de maintien de la présence française (contrairement à son fils, Lionel JOSPIN, qui d'ailleurs n'adhère que peu à ses vues générales). Au Congrès fédéral de février 1956, il devient secrétaire-adjoint de la fédération de Seine-et-Marne (secrétaire en 1958 et 1959), et est candidat socialiste SFIO aux élections législatives dans l'Indre.

Sur le plan professionnel, en 1950, il est directeur d'une école spécialisée qui s'occupe de la jeunesse délinquante, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraire en 1966.

 En 1965, toujours très anticommuniste, il quitte la SFIO lorsqu'elle celle-ci appelle à voter François MITTERRAND aux élections présidentielles. En 1978, il adhère au Parti socialiste démocrate, mais en démissionne en janvier 1985, lorsque ce dernier fusionne avec le Parti social-démocrate, l'un des composantes de l'UDF.

En définitive, il dépense plus ses énergies au combat pacifiste, malgré une certaine dispersion, qu'à une carrière politique.

Ses nombreux écrits sont surtout des articles des différents journaux auquel il a collaboré, sans compter les multiples pétitions et appels...

 

Robert JOSPIN, La Question coloniale, Défense de l'homme, n°1, octobre 1948 ; Article Sécurité, dans Encyclopédie anarchiste, texte intégral dans le site encyclopedie-anarchiste.org.

Jean-Pierre BIONDI, La mêlée des pacifistes : 1914-1945,  La Grande Dérive, Maisonneuve et Larose, 2000. Yves SANTAMARIA, une passion française, Armand Colin, 2005.

 

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