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11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 09:41

   Au-delà de son livre phare Sociologie de l'action, Alain TOURAINE développe toute une nouvelle sociologie, dès la fin des années 1960, qui, partie d'une analyse du monde du travail, aborde en profondeur la place grandissante des mouvements sociaux. Son livre, écrit entre 1960 et 1964, avec un sous-titre Essai sur la société industrielle dans les nouvelles éditions, amorce l'analyse de la fin de la société industrielle proprement dite, fin qu'il annonce dès 1968, dans Le Mouvement de Mai ou le communisme utopique, chose réaffirmée l'année suivante dans La Société post-industrielle. Alain TOURAINE ne varie pas dans tout son parcours de recherche et on retrouve les mêmes préoccupations dans Critique de la modernité (1992) et dans Pourrons-nous vivre ensemble (1997), de même que dans le plus récent ouvrage Défense de la modernité (2018).

Cette sociologie de l'action se distingue des autres différentes théories de l'action, comme l'explique Alain TOURAINE lui-même lorsqu'il préface la nouvelle édition de son livre Sociologie de l'action.

 

Une sociologie du Sujet historique

   "Revenons à l'essentiel, écrit-il, après avoir informé sur l'histoire de son livre. Ce livre analyse la société industrielle à partir de l'idée de Sujet. La notion centrale autour de laquelle il s'organise est celle de Sujet historique. (...) L'idée de Sujet est première. Dès le départ de ma réflexion, je refuse de parler en termes de système social, de formes d'autorité de rôle ou de division du travail. D'autant plus nettement que j'étais animé d'un fort sentiment antifonctionnaliste et que je m'opposais nettement à la pensée de Parsons, alors dominante. (...) Tout en moi se révoltait contre cette sociologie qui m'apparaissait comme une sociologie de l'ordre - d'ailleurs plus libérale que conservatrice -, alors que je voulais mettre en forme intellectuelle l'expérience du mouvement qui était celui des sociétés européennes et en particulier française, animé par l'esprit de la Libération, tendu à la fois vers la reconstruction industrielle, vers la transformation de la condition ouvrière et vers l'indépendance des peuples colonisés. Je voulais montrer que la vie sociale n'est pas gouvernée par les besoins d'intégration et d'efficacité de ce qu'on appelle la société mais par les exigences, affirmatives et revendicatives, de Sujets personnels et collectifs qui veulent à la fois créer et maîtriser leur création, comme des travailleurs qui se sentent participer à une création collective et qui luttent pour mettre l'industrialisation au service de leur bien-être et de leur liberté. Aucune idée n'est plus constamment présente dans mes livres, au point qu'ils contestent tous ce qui a été pendant longtemps la définition même de la sociologie. Celle-ci en effet s'est constituée, à partir de l'utilitarisme anglais et du positivisme français, comme une science morale affirmant que bien bien est ce qui est utile à la société et le mal ce qui est dysfonctionnel pour elle. Au moment où je préparais ce livre, je ne me sentais pas isolé. Friedmann, dont l'oeuvre me décidait à me tourner vers la sociologie, analysait les Problèmes humains du machinisme industriel (1946) et opposait des besoins humains aux contraintes du "milieu technique" ; et Gurvitch donnait une image effervescente de la vie sociale où les institutions et les normes n'étaient que les formes de refroidissement d'une énergie qui n'était pas définissable entièrement en termes sociaux. Mais le plus important pour moi, après les années d'enfermement dans la préparation des concours et dans une vie intellectuelle très introspective, l'explosion de la période qui avait suivi la Libération. Depuis lors, je n'ai jamais conçu l'action comme située dans la société, mais comme face à elle, la transformant et la produisant.

Vient ensuite la question : qui est ce Sujet ; au nom de quoi agit-il? C'est ici que Sociologie de l'action appartient le plus clairement à la société industrielle et que je sens la distance qui me sépare de mes idées d'alors. La réponse que donne ce livre, dès le début, est que l'action est travail, transformation du monde, volonté de création et de contrôle. Le Sujet est la volonté d'unir le modèle rationalisateur, c'est-à-dire l'esprit de la production industrielle, et la volonté des travailleurs à la fois de contrôler leurs conditions de travail et de transformer la production en progrès. (...)

Au milieu de notre siècle, dominé par l'industrialisation et la modernisation de beaucoup de régions du monde, de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord, de l'Amérique latine et des "pays de l'Est", les trois régions que j'ai connues et étudiées, l'affirmation du Sujet se confondait presque naturellement avec une volonté d'industrialisation démocratique et, plus précisément, avec l'affirmation des droits d'une classe ouvrière et d'un mouvement ouvrier qui occupaient une place centrale dans la vie politique de tous ces pays. Aujourd'hui, au contraire, nous avons perdu notre confiance dans le progrès, moins à cause des échecs et des effets négatifs de l'industrialisation qu'en raison de son extension à la production de biens culturels et par conséquent sa capacité de mettre en cause et de transformer les orientations de notre culture et de notre personnalité et pas seulement l'organisation de la vie économique. Ce qui oblige à définir le Sujet hors de toute référence à des "forces supérieures", et par conséquent comme volonté d'individuation, opposée à la logique de tous les systèmes. Tel est le sens que j'ai donné à l'idée de subjectivation : le Sujet - personnels ou collectif - cherche à se construire en unissant sa participation dans le monde économique et technique et son identité culturelle, qui est faite à la fois d'héritage collectif et de formes personnelles de vie psychologique. Cette union ne peut se faire que dans l'affirmation d'une singularité et comme volonté d'individuation. Le Sujet n'oppose plus des valeurs transcendantes à l'ordre social, mais pose son désir de construire sa vie comme un ensemble portant en lui son propre sens. (...) Cette conception ne définit évidemment pas le Sujet hors de ses activités et de ses situations sociales, mais elle élimine toute référence à la logique interne d'un ordre social imposant ses valeurs et ses normes à ses membres et sanctionnant la déviance de ceux qui ne s'y conforment pas.

En un mot, la sociologie de l'action, qui était, au moment où j'écrivais ce livre, une sociologie du travail, est devenue une sociologie morale au centre de laquelle le Sujet apparaît comme un principe de résistance en partie grâce au travail plutôt que de participation à l'organisation sociale. Mais bien des passages du livre annoncent déjà cette évolution (...). Quand Parsons parlait d'action, c'est de fonctionnement du système social qu'il s'agissait ; quand les marxistes parlaient d'action, il s'agissait des contradictions du système capitaliste et de la libération ds forces productives. Toutes les philosophies sociales de la modernité ont cherché à éliminer la liberté responsable du Sujet, soit au profit de la recherche de l'utilité et du plaisir personnel, soit au profit de la rationalisation générale de la vie sociale, soit enfin au profit de la solidarité organique des sociétés modernes. C'est à travers la critique de ces trois écoles, libérale, marxiste et fonctionnaliste, que s'est constamment formée et affirmée ma propre pensée. Si j'ai trouvé en Sartre, au cours de mes années de formation, une inspiration intellectuelle, c'est parce que je trouvais en lui une conception de l'engagement-dégagement qui me convenait. (...)

Si je republie Sociologie de l'action, c'est aussi pour affirmer la nécessité d'une analyse socio-historique globale. Après une transition à peine terminée qui a fait triompher les marchés internationaux sur les volontés proprement nationales, nous entrons dans une société post-industrielle dans laquelle l'information et la communication sont les principaux enjeux des luttes pour la gestion de la société. Nous nous éloignons de la société industrielle et de sa conscience d'elle-même, mais nous avons déjà pénétré dans un type nouveau de société. Nous devons découvrir, au-delà de la confusion actuelle, des tentations opposées de retour au passé, de refus de l'avenir et d'abandon de toute analyse globale, les principes d'analyse de notre société qui est aussi définissable et particulière que l'a été la société industrielle."

   

Historicité, système d'action historique, rapports de classes, système institutionnel, organisation sociale et mouvements sociaux...

   On ne peut comprendre la spécificité de l'approche d'Alain TOURAINE sans partir de son premier livre, L'évolution du travail ouvrier aux usines Renault, analyse classique désormais en sociologie, qui combine déjà nombre d'éléments de ses analyses postérieures.

Les sociétés industrielles passent par principalement 3 phase, A, B et C :

- Phase A : Elle commence aux débuts de l'ère industrielle. La machine la plus primitive, par exemple le tour du poter, reste encore pour la conception des machines dans l'industrie un modèle. Il permet la rencontre de trois éléments : l'outil (la main de l'artisan), la matière à travailler (la terre), la machine elle-même (plateau souvent actionné par le pied de l'homme. Les premières machines sont des machines universelles sur lesquelles les outils sont démontés puis remontés différemment à chaque opération nouvelle. Ces machine, comme la célèbre fraiseuse universelle de Brown de 1861, sont des machines flexibles ou souples. Leur production est de type unitaire ou de très petite série. L'ouvrier acquiert savoir et savoir-faire et il y a un réel travail d'équipe, avec une hiérarchie dans l'équipe correspondant à une connaissance fondée sur l'expérience. Le rapport avec la hiérarchie est caractérisé comme celui du retranchement professionnel. L'ingénieur qui le commande ne peut lui dire le "comment faire". Le profil de l'agent de maîtrise-type chargé de commander plusieurs équipes d'ouvriers sera celui d'un bon technicien et d'un bon organisateur, la compétence technique est indispensable ici pour s'imposer.

- Phase B : C'est celle de la production en grande série. On y passe par un mouvement de décomposition du travail. Les différentes opérations que faisait l'unique machine universelle de la phase A sont décomposées et attribuées à différentes machines spécialisées donc dans une seule opération. L'ouvrier ou l'ouvrière travaillant à charger et décharger la pièce sur ces machines est appelé "spécialisé", nom dérisoire car il n'a en fait aucune spécialisation. C'est la machine qui est spécialisée dans une seule opération. Cet ouvrier a radicalement changé : un OS se forme en quelques heures et atteint un niveau de production moyen en quelques jours ou quelques semaines. Son rapport  à la hiérarchie est un rapport de soumission aux services fonctionnels des méthodes. C'est à un véritable transfert de pouvoir que l'on assiste : la part du pouvoir technique qui était aux mains des ouvriers de l'atelier de la phase A passe entièrement à celles des membres des bureaux des méthodes de la phase B. Ce moment est celui où intervient TAYLOR et l'organisation scientifique du travail.

- Phase C : Elle s'inscrit dans un mouvement de recomposition du travail sous la pression économique de production en très grande série et l'effet de la découverte de l'automation. Elle est caractérisée par le regroupement des opérations décomposées de la phase B. Les tâches élémentaires sont désormais exécutées successivement par une seule machine qui regroupe les opérations effectuées de façon séparée par des machines spécialisées. La nouvelle marche s'appelle la "machine-transfert". Elle effectue elle-même le transfert des pièces d'une machine à une autre machine, chacune de celles-ci se mettant automatiquement en marche lorsque la pièce est devant elle. Le nombre des ouvriers spécialisés décroît : ils gardent la tâche manuelle de charger-décharger la machine-transfert - tant que cela n'est pas aussi automatisé -, obtiennent une tâche de surveillance et de contrôle, mais toujours sans initiative. Il se crée par contre une catégorie plus nombreuses qu'en phase B d'ouvriers d'entretien très qualifiés, mais dont la qualification est étroite : réparateurs, travaux d'entretien et surtout de maintenance. Le principe central de la phase C est l'interdépendance, toutes les forces de l'entreprise convergeant vers le maintien en état de marche simultané de tous les ateliers ou de tous les services. Le profil de l'agent de maîtrise se modifie, car son rôle est d'assurer le fonctionnement harmonieux, de veiller à ce que l'équipe ne manque de rien mais peut être plus encore à ce que les tensions et les conflits n'éclatent pas dans les sous-groupes de travail. Plus que dans la phase B, le pouvoir technique semble s'éloigner de l'atelier et de l'entreprise. Il est entre les mains des services d'ingénierie qui conçoivent les procédés ou des sociétés de service créant les ateliers de toutes pièces.

    On est passé d'un système professionnel qui repose sur l'autonomie professionnelle de l'ouvrier qualifié de fabrication à un système technique de travail défini par la priorité accordée à un système technique d'organisation sur l'exécution individuelle du travail.

   Cette évolution du travail influe non seulement sur les rapports de pouvoir à l'intérieur du système productif mais également sur les relations sociales en général. La culture, la manière de se représenté soi-même et la société sont influencés par cette évolution. Si au fur et à mesure de la réflexion, on s'éloigne de cette évolution technique, elle continue d'influencer les manières de penser et de vivre.

   Toutefois, à partir de son livre sociologie de l'action, certaines notions trouvent un sens quelque peu différent, et notamment l'historicité.

    Cette notion d'historicité devient le point de départ de l'analyse actionnaliste dans production de la société. Il est fondé à partir de celui de sujet historique largement développé dans Sociologie de l'action. La première formulation signifie qu'il y a tension et distanciation entre l'activité concrète des hommes (le travail) et l'historicité (le sens donné à leur travail, le travail sur le travail,). Une deuxième formulation fait état des choix de société quant au sens donné à ses pratiques ) en particulier à son travail - par rapport à son fonctionnement réel. Ces choix sont ceux du modèle culturel qui va orienter les investissement du surplus dégagé du travail des hommes (consommation, investissement, science et développement...). L'historicité est cette capacité que possède la société de se produire elle-même en donnant un sens à ses pratiques. C'est pourquoi la société n'est pas ce qu'elle est, mais ce qu'elle se fait être. L'historicité repose sur le modèle culturel qui définit les orientations de l'accumulation. La société doit aussi établir un mode de connaissance définissant les rapports entre l'homme et  la matière. Cette historicité entraîne directement l'existence et le conflit de classes sociales opposées. C'est la classe dirigeante qui gère le mode de connaissance, l'accumulation et le modèle culturel, et là Alain TOURAINE rejoint le marxisme (sphère de l'idéologie, modèle culturel). Le modèle culturel et les orientations de l'action historique sont au coeur du conflit de classes : la classe dominée répond à cette domination à la fois par la défensive et par la contestation du pouvoir.

L'historicité, définie par l'état de l'activité sociale à un moment donné, génère des rapports de classes, qui induisent à leur tour l'historicité. La société est ce qu'elle se fait être (historicité) à partir de ce qu'elle est (rapport de classes). Cette circularité des deux dimensions s'accompagne d'une distanciation et d'une tension entre elles. Enfin, l'historicité se réalise dans un système d'action historique et dans des rapports de classes (qui constituent ensemble le champ d'historicité ou champ d'action historique), dans un système institutionnel et dans l'organisation sociale.

    Le système d'action historique (SAH) est le système d'emprise de l'historicité sur la pratique sociale. Il assure le lien entre l'historicité et le fonctionnement de la société. En raison des tensions existant entre l'historicité et l'activité sociale, le SAH lui-même est le lieu d'exercice de ces tensions qu'Alain TOURAINE articule autour de trois couples :

- mouvement-ordre, la tension entre dépassement du fonctionnement social (mouvement) et organisation sociale (ordre) ;

- orientation-ressources, les orientations de l'historicité (modèle culturel) s'opposent aux ressources (naturelles, techniques, biologiques, psychologiques) ;

- culture-société, le passage d'un modèle culturel, modèle de créativité à un modèle de consommation situé du coté de l'ordre et des ressources.

Ces éléments organisés en trois couples d'opposition caractérisent le système d'action historique en tant qu'emprise de l'historicité sur les pratiques sociales : le mouvement se transforme en ordre jamais complètement stabilisé : les orientations (du modèle culturel) dépendent des ressources disponibles tandis que celles-ci participent à la définition des orientations ; enfin, on ne peut penser la société sans sa culture (au sens large : relation au milieu et relations entre acteurs), les deux termes renvoyant nécessairement aux deux précédents couples d'opposition. Ces trois couples d'opposition permettent à travers leur combinaison de définir les quatre éléments composant le champ d'organisation socio-économique de l'édifice tourainien.

On pourra remarquer au passage que sa terminologie, bien qu'influencée par le marxisme, tente de s'en démarquer et que le niveau pratiquement méta-sociologique auquel il veut accéder pour la compréhension de la société rappelle les efforts de Karl MARX pour expliquer pourquoi et comment la société existe et tient malgré toutes ses contradictions.

Ces quatre éléments du champ d'organisation socio-économique, pour Alain TOURAINE et ses collaborateurs sont :

- le modèle culturel, mouvement et non ordre, orientation et non ressources, culture et non société ;

- la mobilisation, complément indispensable du modèle culturel afin que celui-ci se réalise, qui est du côté des ressources, du mouvement et de la société ;

- la hiérarchisation induite par le modèle culturel, laquelle est du côté de l'ordre (la société ne peut pas être que mouvement) qui correspond aux orientations (il ne s'agit pourtant ni de stratification, ni de rapports de classes) et à des effets dans la société ;

- l'historicité commande, en même temps que ce principe de hiérarchisation (et de répartition), une définition des besoins, liés aux ressources (donc à l'ordre)) et à la culture de la société en question.

Ces quatre éléments interagissent pour former quatre types de société :

- la société programmée (ou post-industrielle) où ce qui est accumulé est la capacité de produire la production, à savoir la connaissance (voir la place du mode de connaissance dans l'historicité) ;

- la société industrielle où l'accumulation porte sur l'organisation du travail (rôle de la mobilisation) ;

- la société marchande où l'accumulation porte sur la répartition :

- la société agraire, à faible accumulation où la majeure partie de la production est consommée pour satisfaire les besoins élémentaires.

L'analyse actionnaliste refuse avec force toute vision évolutionniste : ces quatre types de systèmes d'action historique (SAH) ne se situent pas sur une ligne de progrès mais constituent chacune une configuration particulière du même système.

Encore une fois, se réalise un effort de conceptualisation qui veut se démarquer du marxisme, mais pour autant les rapports de classes ne sont pas négligés. Si Alain TOURAINE refuse l'explication sociologique en termes de classes, il le fait au profit d'une analyse de rapports de classes? C'est-à-dire que le contenu et les caractéristiques des classes se définissent par leurs rapports : "Les rapports de classes ne sont ni des rapports de concurrence ou de superposition à l'intérieur de l'ordre social, ni des rapports de contradiction, mais des rapports de conflit, qui se manifestent le mieux par les mouvements sociaux qui mettent en oeuvre la double dialectique des classes sociales, lutte entre deux adversaires défendant des intérêts privés, mais prenant aussi en charge le système d'action historique" (Production de la société, 1973). C'est donc à la fois le refus d'une théorie de la stratification sociale à partir des valeurs (comme chez PARSONS ou dans la sociologie américaine) et le rejet d'une théorie des contradictions (comme chez Karl MARX et Friedrich ENGELS) au bénéfice d'une théorie des conflits de classes dont l'expression la plus visible est celle des mouvements sociaux.

La double dialectique des classes sociales oppose la classes supérieure à la classe populaire. La première, expression sociale du modèle culturel, exerce une contrainte sur l'ensemble de la société. C'est-à-dire qu'à la fois elle réalise le modèle culturel et se l'approprie. Voilà pourquoi elle est en même temps classe dirigeante et classe dominante. A l'opposé; la classe populaire est dirigée et dominée car elle participe à la mise en oeuvre du modèle culturel sans le gérer. Elle est donc sur la défensive tout en étant contestataire par rapport aux contraintes que lui fait subie la classe supérieure, dans le modèle de la société post-industrielle, bien entendu. Cette classe inférieure est dans un rapport d'aliénation car elle participe au modèle culturel sans emprise sur elle. Cependant, la classe populaire peut ne pas accepter passivement cette situation. Ses membres sont partagés entre une participation dépendante et une participation conflictuelle.

    Dans ses analyses, Alain TOURAINE, suivi en cela d'un certain nombre de sociologues, suit l'évolution du système institutionnel et de l'organisation sociale, concrètement, en se servant de sa grille théorique, qui sert surtout pour comprendre et ensuite agir sur) la société. Ce qu'il vise, et ses positionnement dans les débats concrets l'indiquent, c'est en fin de compte le changement social et sa maîtrise. L'intervention sociologique constitue l'aboutissement naturel en quelque sorte de toute cette réflexion.

 

Alain TOURAINE, Sociologie de l'action, Le Seuil, 1965. Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL, Sociologie contemporaine, Vigot, 2002.

 

SOCIUS

 

 

 

 

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