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23 mai 2019 4 23 /05 /mai /2019 11:07

       Pour Thomas RÖMER, professeur au Collège de France, "la guerre est omniprésente dans la Bible, non seulement dans la Bible hébraïque ou l'Ancien Testament, mais aussi dans le Nouveau testament : ce dernier ne s'achève-t-il pas, dans l'Apocalypse de Jean, par une grande guerre cosmique, dans laquelle l'armée divine affronte et vainc les forces du diable! Dieu est impliqué dans les guerres humaines, y interférant ou donnant l'ordre de partir en guerre. Cet aspect, que de nombreux lecteurs de la Bible peuvent trouver chiquant, reflète cependant une conception commune aux cultures du Proche-orient ancien". Pour un regard venant de la culture chrétienne comme notre auteur, la guerre est dans la Bible hébraïque entre Histoire et Fiction, donnant souvent à celle-ci une fonction symbolique. Il rejoint d'ailleurs dans cette réflexion le regard de Pierre CRÉPON que nous avons restitué il y a un certain temps déjà, en tentant de comprendre les relations entre judaïsme et guerre, en commençant pour les commencements historiques de cette relation, la Bible. De même que pour de nombreuses autres religions, y compris monothéistes, il convient de parler au pluriel : il y a eu et il y a plusieurs judaïsmes, porteurs chacun d'une vision de la guerre et de la paix...

 

Plusieurs judaïsmes dans l'Histoire... et aujourd'hui...

   Éric SMILEVITCH, traducteur et enseignant au département d'étudeshébraïques et juives à l'Université Paris-Sorbonne, après avoir rappelé que le judaïsme est davantage une civilisation, une culture globale qu'une religion, plurimillénaire et influente depuis la Haute Antiquité, insiste sur le fait que "dans le cadre de la Torah, nul n'est philosophe ou critique de la philosophie par goût, en plus de ces engagements spirituels et moraux, mais très exactement à cause de ces engagements et pour répondre aux impératifs explicites de la Torah. Ainsi, la pratique des commandements de la Torah est susceptible d'inclure tous les domaines de la réflexion et de la pensée, même les plus théoriques. Mais inversement, la pratique des commandements de la Torah tombe sous la juridiction de l'étude. Car, une fois donnée la prophétie de Moïse, la législation du judaïsme dans tous les domaines est l'oeuvre des "sages", c'est-à-dire des savants versés dans la connaissance du judaïsme. Dès lors, l'étude et la réflexion gouvernent à leur manière l'ensemble des "pratiques" et des "usages" de la tradition, dans tous les détails juridiques, éthiques, liturgiques, etc, y compris le commandement d'étudier. En sorte que la façon dont chaque auteur ou chaque époque conçoit la tradition et ses préceptes modifie les pratiques concrètes."

Que ce soit avec le karaïsme (qui se réclame explicitement de la seule Torah écrite), le judaïsme alexandrin (de la ville égyptienne d'Alexandrie), le judaïsme espagnol ou le judaïsme babylonien, c'est toute une culture qui travers le temps et l'espace qui s'exprime, et ceci d'abord pour le "peuple juif" quel que soit sa situation au sein des différentes structures politiques, quel que soit aussi le degré d'autonomie au sein d'ensembles culturels où il est de toute façon toujours minoritaire, soit sous forme de communautés "ghetoïsées" et évitant les contacts avec les autres; soit sous forme, notamment dans maints foyers intellectuels, plus co-influencée entre judaïsme et Islam ou judaïsme et chrétienté, on ne peut qu'être frappé que la réflexion et partant, la pratique sur les problématiques de guerre et de paix, suivent des chemins singuliers et indépendants. Si dans, en suivant la périodisation (en 7 périodes) admise communément, l'époque de la Torah ("Pentateuque" en grec), qui correspond à la celle de la sortie d'Égypte jusqu'à la mort de Moïse dans laquelle la tradition situe le don de la Torah vers 1311 avant notre ère, et l'époque des prophètes et des rois (qui se déroule presque exclusivement en terre d'Israël), celle du Royaume, celle de la construction du Temple, de la scission des deux royaumes, de la destruction de ce Temple et de l'exil en Babylonie (jusqu'à 311 avant notre ère) sont propices à toute une problématique guerrière, les suivantes se révèlent surtout en creux par une sorte de distanciation d'avec tous les développements tactiques ou stratégiques, y compris sur le plan de la participation aux activités armées. Ainsi l'époque de la Mishna qui commence avec la "Grande Assemblée" et s'achève avec les derniers Tanaïm à l'époque de rabbi Juda qui dirige le Sanhédrin au IIe siècle de notre ère, l'époque des deux Gemarot ou "compléments" de la Mishna, qui donnent naissance aux deux Talmuds (dits de Jerusalem et de Babylone) (des premiers élèves du rabbi Juda au début du VIIe siècle de notre ère et qui couvre deux aires géographiques, la terre d'israël et la Babylonie, l'époque des Geonin, qui dure environ 5 siècles, des académies de Babylonie jusqu'au début du XIe siècle, l'époque des Rishonin qui se développe en Espagne, en France, en Allemagne et en Italie à partir du XIe siècle et s'achève avec l'expulsion d'Espagne en 1492 et une grande partie des A'haronin qui commence après l'expulsion d'Espagne, dans les pays d'Europe, du Maghreb et du Moyen-Orient et qui dure jusqu'à nos jours, toutes ces époques sont marquées par une sorte de mise à l'écart-sauvegarde culturelle - avec la recherche constante d'exemptions aux recrutement des armées -, par rapport à toutes les problématiques de guerre et de paix, surtout dans les périodes d'ostracisme et de persécutions - nombreuses.   

      Sauf bien évidemment depuis le "retour" d'une partie du peuple Juif en Palestine où les réflexions légitimant la défense de l'État d'Israel occupent une grande partie du temps de l'élite intellectuelle et pas seulement religieuse.

      Auparavant, et toutes les réflexions des deux premières périodes ressurgissent alors de manière bien concrètes, il s'agit surtout de paraboles, d'analogies, d'imagerie pourrait-on dire, où les conflits intérieurs - qui ouvrent sur les relations avec Dieu - avec toutes les implications morales et sociales prennent le dessus sur toutes les considérations - très prudentes - des relations avec les autres communautés. Les problématiques de pureté et d'impureté, avec tout son cortège d'obligations rituelles, demeurent alors au coeur de la vie de chaque fidèle du judaïsme.

La tradition hébraïque, ceci étant bien précisé, est, depuis toujours, un univers de débats et de controverses, où la violence physique n'est pas toujours absente, au gré, il faut préciser encore des séparations et des retrouvailles entre les différentes populations qui composent le monde juif.

     De plus, après la période de la fin du XVIIIe au milieu du XXe, où les problématiques d'assimilation surgissent au premier plan (et elles le demeurent encore aujourd'hui...), tant de l'intérieur des communautés juives que de la part des États dans lesquels elles évoluent, se situe à notre époque un bouleversement des relations entre religion et politique, dans une remise en cause radicale jusqu'aux fondements mêmes de la tradition juive, et on l'oublie trop souvent, à partir d'elle, et de cette réflexion incessante évoquée au début, de ses origines à ses implications morales et sociétales... Dans cette période d'intenses bouleversements des communautés juives, les intellectuels qui en sont issus contribuent souvent de manière fondamentale en Occident aux avancées dans de multiples domaines, dans les sciences sociales comme dans les sciences physiques.

Au-delà de ce qu'on a pu appeler les Lumières juives, et mêmes de nombreux mouvements révolutionnaires qui influent considérablement le cours des événements, rien n'est plus comme avant dans les communautés juives, qui subissent, même dans les plus traditionalistes d'entre elles, les influences, des évolutions du monde moderne, et parfois avec une brutalité qui rappelle celles que subissent maintes communautés musulmanes...

     De cette période de bouleversements est issu un paysage moral, où il n'est plus de langue commune entre diverses parties du monde juif ; les courants spirituels qui prirent auparavant en charge l'héritage par exemple de la hagada, sont désormais en conflit ouvert et s'affrontent via des débats qui peuvent apparaitre de l'extérieur de nature exclusivement politique ou même économique... via des appareils politiques ou syndicaux qui régissent la vie d'Israël...  Aussi, lorsqu'on traite des relations entre judaïsme et guerre, il n'est pas étonnant que nombre d'auteurs se réfèrent presque exclusivement aux deux premières périodes précisées auparavant... Et dans les différentes études sur le judaïsme et la guerre, revient toujours et parfois un peu exclusivement, le thème de la guerre dans la Bible hébraïque, étant donné que plus rien dans la période contemporaine ne semble distinguer réellement les approches juives et les approches non juives de la stratégie. Soit les religieux semblent se désintéresser des questions contemporaines de guerre et de paix, soit ceux qui s'y intéressent ne semble le faire qu'en signalant, à titre historique lointain, que ces relations entre Bible et guerre, et n'en faire cas que de façon très lâche. Il est vrai que les stratèges d'Israël - qui se rattachent encore officiellement à son passé "glorieux" quand il s'agit de justifier les diverses colonisations en Palestine et dont l'État se prévaut souvent de cette filiation historique, sans compter toute une fraction du monde politique qui relie toujours projet religieux et projet politique - trouvent dans les écoles européennes, américaines et... arabes, l'essentiel de leur pensée sur la défense et les relations internationales... Il est vrai aussi que, là, on sort pratiquement, nonobstant l'opinion profonde de maints de ces stratèges, du cadre de la religion juive...

   Étant donné l'histoire et l'état des lieux du judaïsme, il est particulièrement difficile de discuter des conceptions juives de la guerre, en faisant abstraction des profondes divisions actuelles. C'est pour cela que par la suite, il convient de discuter des conceptions des différentes branches du judaïsme, étant donné que, seul, la lecture (mais, de plus, il y en a... de très différentes) de la Bible hébraïque, est le seul point commun entre elles...

 

La guerre dans la Bible hébraïque

    Elle se situe, pour Thomas RÖMER, entre histoire et fiction et cela dès le début de l'établissement des textes religieux. On a l'habitude d'opposer, explique-t-il, la guerre et la paix. "En hébreu, c'st le mot salom qui signifie "prospérité, plénitude, bien-être, paix". Il est dérivé de la racine s-l-m, attestée dans d'autres langues sémitiques, "être complet, intact, accompli" et correspond au concept égyptien de la Ma'at.

"Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, la guerre (milhama) dans la pensée hébraïque n'est pas l'opposé du salon ("paix, plénitude"). Guerre et paix sont toutes deux opposées au chaos, au désordre. La guerre est donc considérée comme un moyen de combattre le chaos et de rétablir l'harmonie et l'ordre. On comprend dès lors, dans certains psaumes de la Bible hébraïque, les ennemis concrets du roi d'Israël sont comparés à des forces démoniaques.". Notre auteur rappelle que dans le Proche Orient ancien, la création est un combat, voire une guerre. Il repère par exemple un héritage de cette manière de voir dans la Bible, dans le psaume 74,12-16. Où la création du monde par YHWH, le dieu d'Israêln est également la conséquence d'une guerre contre les forces chaotiques et aquatiques.

   Toujours dans le cadre de cet héritage proche-oriental, au niveau de la royauté, la guerre est vue comme moyen de "rétablir l'ordre" et comme moyen d'affirmer l'autorité et la puissance du roi qui est secouru par les dieux. "Ainsi, dans tout le Proche Orient ancien se développe une véritable idéologie de la guerre, qui se fait jour dans l'iconographie (reliefs) et surtout dans les récits de guerre qui jouent un rôle important dans la littérature royale. (...) On observe d'abord que la guerre, au moins dans la rhétorique royale, sert à rétablir la paix." Mais Thomas RÖMER, à la suite de toute une série d'études critiques sur les sources de l'histoire antique du Moyen-Orient, nous met fort justement en garde, sur la véracité des différentes inscriptions dans la pierre ou sur les rouleaux de parchemins. "Contrairement à ce qu'affirme l'inscription (ici celle trouvée en Syrie, alors région où se trouve Israël), Israël n'a pas été anéantie, au contraire, elle va entrer dans l'histoire peu de temps après la rédaction de la stèle de Mérenptah. Cela confirme le caractère hautement propagandiste des textes officiels sur la guerre." "La guerre réussie, précise-t-il, renforce l'autorité et le pouvoir du roi, d'où aussi une certaine "comptabilité" : on compte les têtes, les mains, les sexes, etc, des ennemis tués."

Cette volonté propagandiste fait que dans l'Antiquité, souvent, notamment dans la Bible, mais aussi dans l'histoire récente, où les deux groupes ou pays qui s'affrontent dans une guerre revendiquent, chacun pour soi, la victoire sur l'ennemi, brouille souvent les pistes pour interpréter l'histoire. Les récits divergents de l'abandon de Jérusalem après un siège en 701 av J.C., donnent des visions très différentes de l'histoire. Ainsi, dans la Bible, la défaite évidente de Juda a été transformée en victoire éclatante et l'idée de l'invincibilité de Jérusalem a renforce la théologie sioniste selon laquelle YHWH protège pour toujours sa montagne sainte dans cette ville oh combien revendiquée. D'intenses campagnes médiatiques mettent en relief la confirmation de passages entiers de la Bible par les découvertes archéologiques réalisées depuis le XIXe siècle dans le Moyen-Orient. Peu d'organes de presse - il faut lire la littérature grise  de l'archéologie pour s'en rendre compte - révèlent ce qu'on a surtout trouvé : au-delà de vestiges sur les sites, qui montrent le souci réel de la géographie des rédacteurs de la Bible, les inscriptions, souvent d'origines diverses, indiquent surtout des différentes visions de l'histoire de sièges ou de batailles... Et ces "révélations" jouent un rôle ravageurs dans les luttes culturelles et idéologies des différentes parties du judaïsme...

Autre éclairage de cette "manie" de manipulation de l'histoire, le livre de Josué où la conquête de Canaan. Le texte raconte une Blitzkrieg de quelques semaines, durant laquelle Josué et son armée massacrent toute la population autochtone et remportent la victoire grâce à des interventions divines. Les archéologues et les exégètes s'accordent pour dire que les récits qui se trouvent dans la première partie du livre de Josué ne reflètent pas une réalité historique - la naissance d'Israël est le résultat d'un processus de sédentarisation longue et complexe - mais qu'il s'agit d'une propagande littéraire des scribes judéens du septième siècle avant notre ère, confrontés à la propagande et à la rhétorique guerrières des Assyriens. "Face à l'affirmation des Assyriens que leurs dieux assuraient la victoire sur tous les peuples, les auteurs de la première édition du livre de Josué insistent sur le fait que YHWH a donné le pays à Israël en lui donnant la victoire sur toutes sortes de peuples qui portent souvent des noms symboliques et ne reflètent pas des peuplades historiques." Le récit du siège de Jérusalem en 2 Rois atteste cette propagande par la parole et l'écrit.

C'est d'ailleurs contre ces archéologues et ces exégètes qu'une partie du judaïsme s'insurge en rejetant en même temps toute étude historique qui ne serait pas lecture littérale de la Bible, rejetant également, pour la sauvegarde de ce qu'elle considère comme une atteinte à l'"âme du peuple juif", toute étude scientifique de quelque genre que ce soit...

    Thomas RÖMER poursuit : "Les auteurs de la première version du livre de Josué repressent cette rhétorique de la violence pour la tourner contre les Assyriens." Idem pour la chute de Jéricho (Jos. 6) où le récit qui décrit le massacre de toute une population sur ordre de Yahvé n'est pas le compte-rendu historique de la conquête de Jéricho par les tribus israélites. "En effet, de nombreuses fouilles effectuées dès les années 1950 ont démontré l'impossibilité de lire le récit de Jos 6 comme un récit historique. Ses auteurs sont identiques à ceux du Deutéronome, qui cherchaient à riposter théologiquement à la menace assyrienne."

"En affirmant la supériorité de Yhwh sur l'Assyrie et ses dieux, les auteurs de la version josianique de Jos 1-12 transforment du même coup Yhwh en un Dieu aussi guerrier et militariste que l'est Assur. C'est peut-être à l'époque de Josias qu'on a conçu pour la première fois l'installation d'Israël dans le pays comme le résultat d'une conquête militaire. Jos 1-12 est alors à lire comme un texte idéologique et non pas comme un rapport historique.

La perspective militariste de Josué est d'ailleur relativisée à l'intérieur du livre même. Après la destruction de Jérusalem et la dispersion des Judéens en Babylonie et ailleurs à la fin du VIe siècle avant l'ère chrétienne, le livre de Josué subit plusieurs rédactions qui transforment l'idéologie du livre. Dans le discours initial que Yhwh adresse à Josué, ce dernier apparaît d'abord comme un chef militaire (Jos 1, 1-7). Or l'ajout du verset 8 transforme un Josué belliqueux en un rabbin respectueux de la Torah : "Ce Livre de la Loi ne s'éloignera pas de ta bouche, tu la murmureras jour et nuit". La conquête du pays se mue ainsi en une quête de la Torah. Une autre manière de critiquer l'image d'un Dieu nationaliste et guerrier fut l'ajout de l'histoire de Rahab en Jos 2. Cette histoire est une insertion tardive car elle interrompt la chronologie de 1, 11 - annonce de la traversée du Jourdain après trois jours. L'histoire de Rahab dénonce une théologie ethnocentrique, puisque c'est une femme étrangère qui confesse Yhwh comme étant le dieu du ciel et de la terre (2, 11) et c'est elle qui sauve les espions et rend ainsi l'installation d'Israël possible. D'où la nécessité d'intégrer les autres en Israël, comme le montre l'ajout de Jos 6, 25 (...)."

    "Contrairement, poursuit-il, mettent ainsi en relief une tradition pacifiste, aux livres de Josué, de Samuel et des Rois, le terme "guerrier" est presque totalement absent du livre de la Genèse : il n'apparait qu'au chapitre 14, un texte tardif qui implique le Patriarche Abraham dans une sorte de guerre mondiale qui reflète des préoccupations proto-apocalyptiques. Et le grand exégèse Julius Wellhausen (en 1927) de déclarer : "les héros de la légende israélite se montrent peu de goût pour la guerre." Le livre de la Genèse en témoigne par divers aspects : Abraham et les Patriarches prônent l'idée d'une cohabitation pacifique, les Mohabites et les Ammonites sont présentés comme les descendants directs d'Abraham via Hagar et Qetouah, le pays des Philistins se révèle un pays d'accueil possible. Dans la Genèse, le fait que Yhwh donne ou promet le pays aux Patriarches, voire à leurs descendants, n'implique nullement la guerre. Il s'ensuit que l'origine des traditions patriarcales se situe ailleurs qu'à la cour royale. Les textes sur Abraham, Isaac et Jacob reflètent des contextes socio-économiques des campagnes. Les aueurs de ces textes prônent des échanges et une cohabitation pacifique avec les voisins de l'Est et du Sud".

   Toujours pour Thomas RÖMER, certains textes bibliques vont plus loin encore et envisagent une fin de la guerre qui se situe cependant à la fin du temps, comme le montre notamment un fameux passage, qui a été transmis dans deux livres prophétiques différents (Es2,2-4 et Mi 4,1-5). Mais il rappelle également que l'utopie de la fin de la guerre est corrigée, voire critiquée, dans les discours sur le jugement universel des nations par Yhwh, qui est annoncé en Joël 4. C'est même une guerre eschatologique qui apparaît également dans le livre d'Ézéchiel aux chapitres 38-39 avec le combat contre les forces du mal symbolisées par Gog de Magog et en Daniel 7. 

   L'étude des textes quant au moment de leur élaboration et de leur insertion progressive dans le corpus de la Bible hébraïque indique que s'ils participent à l'idéologie proche-orientale ancien, les différentes catastrophes militaires et notamment celle de 587 avant notre ère, amènent les rédacteurs à une réflexion sur la possibilité de la disparition de la guerre tandis que se maintien en même temps le concept de guerre avec l'idéologie du combat contre le chaos ou les forces du mal. Dans la série des textes des Prophètes, la critique morale du comportement des Rois se mêle d'une critique de fond contre la guerre. Ce qui montre que même dans les deux premières périodes évoquées auparavant, la réflexion sur la guerre et la paix s'avère complexe. Il existe réellement dans la Bible hébraïque des fils rouges différents qui permettent l'émergence dans différents courants du judaïsme dans les périodes suivantes, d'attitudes et de pensées qui tranchent avec le comportement général des autres peuples.

 

RELIGIUS

Thomas RÖMER, La guerre dans la Bible hébraïque, entre histoire et fiction, dans Guerre et religion, Sous la direction de Jean BAECHLER, hermann, 2016. Éric SMILEVITCH, Histoire du judaïsme, dans Histoire des religions, Que sais-je?/Humensis, 2018.

 

 

 

 

 

 

 

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