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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 12:26

    A partir de 1989, s'ouvre une période qu'il est encore difficile de caractériser, par manque de recul. C'est que l'incertitude ouverte par la décroissance concomitante des nationalismes et des puissances publiques, pourtant d'abord bien accueillie au départ par la plupart des mouvances pacifistes, est le fruit également d'une grande déconvenue : la fin d'un des blocs sur la planète ne suffit pas à garantir la paix. Bien au contraire, les chants du libéralisme triomphant deviennent bientôt des oraisons funèbres de la justice économique et de... la paix... L'impression de nouveauté radicale, comme l'écrit Yves SANTAMARIA, par l'écroulement des Twin Towers en septembre 2001. Avec la mise en musique sur-médiatisée d'actes de terrorisme, suivis (un peu vite) de désignation d'adversaires de la paix et de la sécurité internationale, vient un ère anxiogène pour de nombreuses populations, où l'insécurité tout court rejoint une insécurité économique de plus en plus vite, faite de délocalisations et de désindustrialisations massives aux États-Unis et en Europe et faites aussi de la formation d'un nouveau visage international qui voit l'émergence notamment de la Chine et de l'Inde... L'Europe occidentale, et l'Occident tout entier avec elle, est ressentie comme en perte de vitesse dans la marche du monde, et ce d'autant plus que "surgissent" de nombreux conflits armés épars sur la planète, dont les acteurs ne sont plus aussi discernables et contrôlables que durant la guerre froide et pendant l'existence de cette fameuse "coupure" Est-Ouest.

  Même si l'heure est à la réduction des budgets militaires et du format des armées, qui semblent plus dû d'ailleurs à une volonté d'amaigrissement des États (question de la dette publique) qu'à une réelle politique de paix, alors même que décidément les questions de guerre et de paix - à part les conflits très proches comme en ex-Yougoslavie ou en Crimée  - ne passionnent en France ni l'opinion publique ni l'ensemble de la classe politique, s'installe le sentiment d'occasions manquées pour les peuples et les États pour récolter de réels dividendes de la paix...

  Plusieurs actualités mobilisent après 1989 les différentes composantes du paysage pacifiste français, qui se positionnent et agissent alors de manière relativement dispersées, et surtout dans une faiblesse croissante, faiblesse qui ne la touche pas seulement, mais l'ensemble des mouvements associatifs et jusqu'aux forces politiques qui structuraient depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le paysage politique en France.

- Parmi les dividendes attendus de la paix figurent en premier lieu le devenir des armées. Partout en Europe et aux États-Unis, se réalisent des réductions d'effectifs, des suppressions ou suspensions du service militaire, abandons de casernements qui vont dans le sens d'une professionnalisation des outils militaires. Si ces réductions touchent également l'industrie d'armement, dont nombre d'entreprises entrent en "crise" et en restructuration, il s'agit surtout de changement de paradigme dans la fourniture des théâtres d'opération militaire, l'accent étant mis à la fois sur les engins autonomes (missiles notamment, mais aussi éléments terrestres...), sur le développement des armes légères et sur... l'arsenal de répressions des mouvements de contestation partout dans le monde. La suspension du service militaire en France (1996) a pour premier effet le changement de mode de recrutement - progressivement d'ailleurs et sur la lancée d'une évolution qui remontent à plusieurs décennies - et... l'extinction de nombreux foyers de contestation de l'armée, aux premiers chefs le mouvement des comités de soldats qui abandonnent toutes analyses politiques pour se concentrer sur le niveau de vie du soldat, et le mouvement des objecteurs de conscience et des insoumis qui, par ailleurs donnait une part non négligeable des moyens humains de très nombreuses associatifs (via le service civil...)... Mais ces dividendes de la paix, que d'aucuns qui criaient un peu vite victoire - comme ceux qui prenaient triomphalement des pierres du Mur de Berlin, et qui déchantèrent quand ils virent que la chute des régimes à l'Est était vite suivi d'un véritable pillage économique - pensaient qu'ils allaient s'accentuer...

- La première guerre du Golfe (1991) voit de plus une coalition internationale menée par les États-Unis prendre le pas sur l'Organisation des Nations Unies qui, logiquement, aurait pu être le moteur de ces dividendes de la paix...

- Les guerres qui secouent les territoires de l'ex-Yougoslavie, la question bosniaque, divisent la mouvance pacifiste, entre tenants de la paix à tout prix traditionnels et partisans d'une intervention (même jusqu'aux mouvements non-violents...). Au lieu de manifestations derrière des banderoles "Paix en Bosnie", on assiste plutôt à un affrontement entre deux types d'interventionnisme, et d'une véritable division entre pro-serbes et pro-croates, la problématique se répercutant sur l'attitude à avoir face à l'Islam, dont l'extrême droite affirme qu'elle veut prendre la place de la Chrétienté en Europe... Questions humanitaires et questions politiques se télescopent au point d'une difficulté réelle à comprendre les positions des uns et des autres... Le droit d'ingérence devient une notion clé de ce débat, où gauches et droites ne forment plus entre elles des lignes de démarcation claire.

- Les attentats aux États-Unis de septembre 2001 achèvent de déstabiliser l'ensemble du paysage pacifiste français, suivant les analyses divergentes que l'on peut faire face au terrorisme et surtout de son association avec le monde musulman, et notamment l'Irak, sorte de bouc émissaire international, où l'on voit une partie de la gauche (communistes...) se rallier à la politique américaine et une partie de la droite, notamment au nom des intérêts divergents entre Vieux et Nouveau Continent, combattre cette guerre du Golfe...

  Seul pôle sans doute à résister à une certaine déliquescence idéologique, une mouvance, fortement présente auparavant au CODENE, participe à l'altermondialisme, où se retrouvent d'ailleurs parfois des frères auparavant ennemis (PCF, éléments du mouvement de la paix, CFDT, CGT, éléments du CODENE, extrême gauche), dans de nombreux forums internationaux. Des structures comme le CEDETIM, partie prenante d'ATTAC, jouent un rôle décisif en France dans la popularisation - qui mord d'ailleurs sur l'ensemble de l'opinion publique - d'une redistribution des cartes socio-politiques et économiques non seulement entre Nord et Sud, mais surtout à l'intérieur de tous les pays, entre forces populaires et entreprises capitalistes. Même s'il existe des ambiguïtés à l'intérieur des organisations qui soutiennent l'altermondialisme (et notamment à propos des Musulmans, mais aussi en ce qui concerne la nature du libéralisme...), l'image de l'altermondialisme demeure bonne. Cette opinion publique, comme l'écrit Yves SANTAMARIA, partage le "refus des guerres" dont elle fait un attribut caractéristique - même si c'est évidemment réducteur - de l'extrême gauche, en tout cas de l'ensemble des mouvements de contestation, qui se réunissent parfois sur le plateau du Larzac, véritable symbole de toutes les résistances au capitalisme destructeur... d'emplois et de l'environnement. Mais aujourd'hui comme hier, et même plus qu'hier, les capacités de mobilisation à propos d'objectifs fédérateurs peinent à dissimuler l'absence de lignes directrices communes, et notamment en matière de défense nationale et de défense européenne. C'est probablement la faiblesse de propositions alternatives aux luttes (tendancieuses) des États contre le terrorisme, au chaos mondial issu de la dissolution des bloc - et face à un certain repli culturel de fractions larges, notamment celles des populations mises en insécurité économique -, qui obère toute capacité de mobilisation réelle non seulement sur le plan des faits (peu de manifs réussies, sauf celle... contre l'accession de l'extrême droite au pouvoir), mais également sur le plan des idées...

Bien entendu, un certain état du paysage pacifiste français de la fin des années 2000-2010, ne signifie pas que le pacifisme ait dit son dernier mot sur les affaires du monde.

 

PAXUS

 

Yves SANTAMARIA, La pacifisme, une passion française, Armand Colin, 2005.

 

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