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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 07:26

   A l'époque où les grandes compagnes contre la faim sont révolues en Occident (en France notamment par la baisse des dons et des aides publiques), le livre de NASSER, consultant auprès des agences et programmes des Nations Unies, notamment de la FAO et du FIDA, constitue, avec d'autres récents, un utile rappel. L'ensemble des violences structurelles à l'origine de la persistance de la faim dans le monde, qui touche encore de nos jours 821 millions de personnes (chiffres des agences citées), et l'ensemble des conflits qui résultent de cette situation ne sont pas choses passées. Pour l'auteur, "La faim du monde, telle qu'elle est fabriquée et représentée par les médias, ne rend pas toujours compte de ce qu'est effectivement la situation des plus démunis de la planète et des enjeux réels qui circonscrivent ce scandaleux fléau."

  Le praticien qu'est NASSER subdivise son livre en trois partie : La fin, La faim, La fin de la faim, avant de conclure dans Success Stories où il expose des faits-expériences sur le terrain qui montrent que la faim n'est pas une fatalité.

"Avant d'arriver à la fin de la faim, il faudrait savoir ce qu'il adviendrait si nous continuions d'exploiter les ressources naturelles au rythme et à la manière actuels. Un scénario catastrophe qui décrit combien, et comment, est mise à mal notre planète et sa capacité à se régénérer, illustre cette première partie, la fin." Il est utile de répéter encore et encore, qu'au rythme actuel, nous n'en avons pas encore pour longtemps (des experts parlent de 2050 comme échéance), à vivre sur les ressources.

Notons que l'étendue du gaspillage alimentaire et l'existence de stocks stratégiques, à cet égard, agissent comme un retardateur pour les consciences sur les problèmes que nous aurons à affronter si nous continuons sur cette lancée. L'auteur décrit par le menu (sic), l'agriculture meurtrie, l'eau souillée, la mer sans poissons, les océans de plastique, les sols contaminés... En n'oubliant pas de pointer les responsabilités majeures des pays riches et des entreprises agro-alimentaires multinationales.

"Puis est traité le drame de la faim que traversent pas moins de 821 millions de personnes qui dorment souvent le ventre vide et de plus de 150 million d'enfants qui accusent des retards de croissance." Dans cette deuxième partie, l'autre s'essaie à la compréhension, à l'étendue et aux conséquences de ce fléau indécent qui interpellent l'humanité entière. Dans cette partie intitulée La faim, NASSER, expose la question de la faim comme élément du problème de développement, exposant ses causes (naturelles et humaines), pointant le fait que plus d'énergie sont encore dépenses en traitements des situations d'urgence qu'au développement et que les ressorts mêmes de l'aide au développement dans les organisations internationales ont encore des  effets pervers sur les bénéficiaires (fuite des meilleurs éléments techniques et intellectuels vers l'extérieur par exemple).

Dénonçant comme d'ailleurs beaucoup d'autres, le libéralisme économique imposé par les plus puissants aux pays du Sud, NASSER pose la question encore non résolue de la souveraineté alimentaire de bien des pays, dans la troisième partie. "Enfin, après l'indignation, l'action : pour éviter le pire, et vivre en harmonie avec notre environnement, des éléments de solutions, à la fois d'ordre technique, politique et humaniste, sont exposés dans la dernière partie", la fin de la faim.

Dans sa conclusion "Success Stories", NASSER expose des expériences réalisées en Angola, en Égypte, au Liban, en Mauritanie et en République Démocratique du Congo, où "des hommes et des femmes luttent tous les jours pour améliorer leur existence en pratiquent une agriculture vivrière."

   On mesure à la lecture de ce livre, qui n'aborde pas le problème de la faim au sein même des sociétés des pays les plus riches, que l'auteur n'ignore pas, combien depuis les cris d'alarme de René DUMONT, entre autres, les problématiques agriculture d'exportation/agriculture vivrière restent pendante dans de nombreux pays du Sud. Même si la faim a reculé depuis, notamment en Inde et en Chine, il reste beaucoup à faire et nombre d'efforts risquent d'être ruinés à cause des changements climatiques. Ce petit livre très à la portée du grand public sert au moins de rappel sur de sinistres réalités.

 

NASSER, La faim du monde, Balland, 2019, 220 pages

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