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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 12:49

   L'anglicanisme est d'abord propre à l'Angleterre, modèle de protestantisme qui ne modifie que partiellement le cadre ecclésiastique catholique. On peut cependant parler, même si dans les protestantismes c'est la religion qui est restée la plus proche du catholicisme, d'une dynamique protestante qui rend l'histoire culturelle et religieuse de l'Angleterre différente de celle de la France, avec notamment les phénomènes de non-conformisme qui se développent suite à sa naissance à la frontière de l'anglicanisme. Confession chrétienne présente principalement dans les pays de culture anglophone, notamment dans les anciennes colonies britanniques mais aussi sur les terres d'expatriation des Britanniques de par le monde. Appelés "épiscopaliens" aux États-Unis, à la doctrine énoncées dans les Trente-neuf articles qui ont eu longtemps une valeur impérative, les Églises anglicanes présentent de nos jours un éventail de positions doctrinales élargi et donnant lieu à de nombreuses classifications.

 

   Jean BAUBÉROT présentent trois de ses caractéristiques principales qui font des pays où  l'anglicanisme domine, des contrées à pluralisme religieux.

- La façon dont la Réforme y est introduite. Le schisme d'Henri VIII en 1534, dû au refus d'annulation du pape de son mariage, pour des raisons d'ailleurs de doctrine et de lutte de pouvoir à l'échelle européenne, aboutit à une période troublée. certains trouvent suffisante la création d'une Église dirigée par le roi (sorte de catholicisme anglican) : le roi lui-même est un humaniste érasmien. D'autres souhaitent le rétablissement des prérogatives du pape, d'autres enfin une Réforme semblable à celle du continent. Ces deux derniers groupes ne tardent pas à avoir leurs troupes, leurs idées propres (avec leurs réseaux d'imprimerie...) et leurs leaders-martyrs (Thomas MORE pour les catholiques, Thomas CROMWELL pour les protestants).

- Les allers et retours religieux, sous les règnes successifs des trois enfants d'Henri VIII. Avec Édouard VI (1547-1553), l'Église d'Angleterre devient protestante sous l'influence de Thomas CRANNER, archevêque de Canterbury, et de Martin BUCER. Le Livre de Prière (Prayer Book) de 1552 et les Quarante-Deux articles (1553) sont imprégnés de calvinisme, et des catholiques sont pourchassés. Au contraire, Marie TUDOR (1553-1558), fervente catholique, impose à son pays une recatholicisation forcée dans des conditions qui lui valent le surnom de "Marie la sanglante" et créen un sentiment antipapiste durable. Élisabeth 1er (1558-1603) instaure un anglicano-protestantisme, cherchant à rallier les modérés des deux camps, dans une vision claire de ce que doit devenir l'Angleterre, une nation en soi. Le Livre de prière de 1552 est remis en honneur avec des formules atténuées et les Trente-neuf articles de 1571 (encore aujourd'hui plateforme doctrine de l'ensemble des sensibilités anglicanes) exposent, de façon "ambigüe, des conceptions chères à la Réforme continentale et, plus précisément, calvinienne" (Richard STAUFFER, Interprètes de la Bible. Études sur les réformateurs du XVIe siècle, Beauchesne, 1980). Mais le clergé, quand il officie, doit revêtir le surplis, ce que contestent certains.

Cela favorise l'apaisement, mais la bulle d'excommunication du pape contre la "reine prétendue du royaume d'Angleterre" propageant de "pernicieuses doctrines" ranime la lutte. Les catholiques anglais sont périodiquement pourchassés et considérés comme des "traitres" : comment être un fidèle sujet de la couronne quand on l'est d'un pape qui vous a délié de votre devoir d'obéissance? Le protestantisme apparait ainsi comme le porteur de la conscience nationale anglaise.

- La création de l'anglicano-protestantisme que l'on peut définir comme une Église théologiquement protestante dans un casre ecclésiastique resté proche du catholicisme. L'émergence de cette via media à travers un mouvement de balancier amène une pluralité de tendances dans l'Église d'Angleterre. Un courant reste assez imprégné par des éléments catholiques. En revanche, se développe un zèle protestant urbain, notamment à Londres, Oxford, Cambridge. D'autres villes se montrent plus tempérées, notamment York qui protège les opposants catholiques jusqu'en 1570.

Un protestantisme militant se forge aussi dans les milieux qui ont fui les persécutions de Marie TUDOR. C'est le cas de l'Écossais John KNOX (1505-1572) qui, en Suisse, rencontre CALVIN et BULLINGER et, de retour dans son pays en 1559, prêche le calvinisme. En 1560, le Parlement écossais abolit l'"idolâtrie" et l'épiscopat et adopte la Confession écossaise inspirée par l'Institution chrétienne. L'organisation est presbytérienne. L'Angleterre voit donc, à la frontière du Nord, se développer un protestantisme plus radical que le sien. Émerge chez elle un courant puritain qui souhait une protestantisation plus poussée. Un non-conformisme limité voit le jour : des pasteurs réussissent à conserver leur bénéfice sans mettre le surplis. Parfois, des puritains radicaux forment leur propre congrégation indépendante. C'est le début du congrégationalisme - alors pourchassé - sous l'impulsion de Robert BROWNE (1550-1633). (Jean BAUBÉROT)

   Malgré la tentative de l'archevêque de Canterbury d'uniformiser la religion anglaise, de 1633 à 1640, qui cause, entre autres, la Première Révolution anglaise, après la restauration de la monarchie où se font face plus clairement deux groupes dans l'anglicanisme (Haute Église uniformisante et Basse Église ouverte largement), on en revient aux conditions définies par Élisabeth 1er. De 1643 à 1648, le Parlement anglais organise une série de rencontre à l'abbaye de Westminster pour clarifier les questions de culte, de la doctrine, du gouvernement et de la discipline dans l'Église d'Angleterre. Il en sort plutôt une conception très liée aux désirs de la Basse Église, tout en donnant à l'archevêque de Canterbury une position morale de premier plan... La Confession de foi de Westminster, réformée suivant la tradition calviniste, est rédigée en 1646 et largement adoptée par l'Église d'Angleterre, comme par l'Église d'Écosse. Elle constitue la base d'accord et des relations entre les églises presbytériennes à travers le monde. Au cours du XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle, l'anglicanisme connait une phase d'intense Réveil religieux, qui voit l'émergence de l'évangélisme et aussi la fondation du méthodisme. A l'opposé, le mouvement d'Oxford emmène une partie des Anglicans  (Haute Église) vers une remise en valeur de la tradition apostolique et se forme le tractarianisme, qui devient l'anglo-catholicisme. Dans la lignée du protestantisme libéral naissant émerge encore un nouveau mouvement, qui se dénomme Broad Church.

Du XVIIe au XIXe siècle, les églises anglicanes, très prosélytes, déploient une activité missionnaire de plus en plus importante, dans toutes les colonies anglaises, et portent leur marque encore aujourd'hui sur le plan de l'organisation religieuse et sur les croyances aux États-Unis. Même si l'indépendance américaine a divers effets sur les fidèles, des structures de concertation apparaissent progressivement : la première conférence de Lambeth a lien en 1867 à l'instigation de l'archevêque de Canterbury Charles Thomas LONGHLEY. Une vingtaine d'années plus tard, les églises s'accordent sur 4 points fondamentaux qui forment une sorte de définition de l'identité anglicane. Ces accords qui demeurent aujourd'hui, sous le nom de quadrilatère de Chicago-Lambeth, forment le socle des conceptions anglicanes en matière d'oecuménisme.

   

    Religion d'État, l'anglicanisme en soi constitue une réponse à la question religieuse en Angleterre, qui resta longtemps la matrice de multiples conflits. L'anglicanisme se présente comme une solution au grand conflit entre catholicisme et protestantisme... en laissant largement ouvert l'éventail des choix des fidèles dans les prises de position théologiques ou organisationnelles. Si lors des synodes réguliers, les conférences des primats anglicans et d'autres assemblées moins importantes, qui sont le fonctionnement courant des églises ainsi regroupées, sont prises des décisions de toutes sortes, c'est de leur propre accord que les différentes composantes de l'anglicanisme adhèrent à celles-ci, au cas par cas. Ce qui fait qu'il est difficile de distinguer, face aux conflits, aux guerres, aux problèmes économiques et sociaux, des positions générales. La tolérance et le pluralisme religieux sont instaurés et garantis jusqu'à l'intérieur de plus petites unités religieuses, de la même façon que chaque fidèle est mise devant les Évangiles, personnellement. La Bible, plus que les dispositions pratiques ou les points de doctrine historiquement débattus, constitue l'élément dominant dans l'Église anglicane. Suivant leur sensibilité (Haute ou Basse Église, plus ou moins grand éloignement par rapport au catholicisme), dans la référence à la tradition anglaise que l'on fait remonter à l'évangélisation de l'Angleterre et des premiers chefs et penseurs d'Église, des positions peuvent s'exprimer dans un sens ou dans un autre, sans que cela nuise aux principes communs. C'est suffisamment répété partout, il n'y a pas de doctrine officielle en dehors des Tente-Neuf Articles.

     Dans les débats houleux sur l'ordination des femmes, de la même manière que sur le mariage des membres du clergé, chaque paroisse a son opinion et ses pratiques, même si des tensions peuvent apparaitre entre maintes unités de culte à deux extrémités des positions exprimées... L'Église d'Angleterre ne constitue plus que deux sections de l'anglicanisme, même si elles demeurent très considérées dans les débats : les provinces de Canterbury et d'York. Quand on parle d'anglicanisme, on parle d'Églises au pluriel.

C'est sur le problème des relations entre hommes et femmes dans l'Église que des ruptures, depuis le milieu des années 1970, peuvent intervenir au sein de l'anglicanisme, avec des tensions encore plus vives sur l'homosexualité et encore plus sur l'ordination d'homosexuel(le)s... En matière de conflit interne, c'est bien plus sur cette question centrale, que s'agitent maintes autorités religieuses, avec bien plus d'intensités que lorsque des questions d'objection de conscience ou des positions face à l'armement nucléaire (notamment dans les années 1980) ou même par rapport à chacune des deux guerres mondiales (où régnait d'ailleurs un très large consensus en faveur des initiatives de l'État) requerraient leur attention... A propos de l'attitude de l'Église anglicane sur l'armement, la manière de fonctionner, y compris sur le plan financier, est si décentralisée à chaque niveau de la hiérarchie qu'il peut survenir des contradictions, qui ne sont pas sans conséquences pratiques par ailleurs (il était question récemment de participation financière à Londres dans l'industrie d'armement)...

   De manière globale, sur le plan théologique ou sur le plan organisationnel, ce fonctionnement pluraliste constitue parfois un obstacle aux yeux d'interlocuteurs dans le débat oecuménique entre religions différentes. Il apparait aux yeux des biens des responsable catholiques et orthodoxes qu'il comporte des caractéristiques de relâchement...

 

J. Robert WRIGHT, article anglicanisme, dans Dictionnaire Critique de Théologie, Sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, PUF, collection Quadrige, 2002. Jean BAUBÉROT, Histoire du protestantisme, dans Histoire des religions, Que sais-je?/Humensis, 2018.

 

RELIGIUS

 

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