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29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 09:42

    Erwin Johannes Eugen ROMMEL est un général allemand, officier pendant plus de trente ans, dans l'armée de terre, au service des régimes politique qui se succèdent, Empire allemand, République de Seimar, Troisième Reich. Il jouit d'une excellence réputation chez les stratèges et les historiens militaires, qu'il se forge au cours de la Deuxième guerre mondiale en s'illustrant dans le désert lybien.

 

Deux carrières militaires successives de premier plan

   Engagé  en 1910 dans l'armée, comme élève officier, lieutenant en 1912, le jeune ROMMEL combat sur divers fronts pendant la Première guerre mondiale, à l'issue de laquelle il est décoré. Il combat notamment en Belgique, en Argonne, puis dans les troupes de montagnes, et ensuite sur le front de l'Est dans les Carpates avant de faire partie des sept divisions envoyées en renfort à l'armée autrichienne qui subi de lourdes pertes sur le front italien depuis 1915. En janvier 1918, ROMMEL est affecté à son regret, lui qui préfère le terrain, à l'état-major du 64e corps d'armée à Colmar sur le front français. Comme bon nombre d'officiers du Reich, il voit l'armistice du 11 novembre 1918 comme une trahison des politiques vis-à-vis de l'armée, car, pour lui, l'armée allemande n'a pas été réellement vaincue.

En juillet 1919, le capitaine ROMMEL prend le commandement d'une compagnie de sécurité intérieure à Friedrichshafen, d'abord avec difficulté (volonté des hommes d'élire un officier politique, ceux-ci étant en majorité d'anciens marins "rouges") puis grâce à son talent oratoire il parvient à les faire défiler.

Après avoir abandonné la carrière militaire pour poursuivre des études universitaires à Tubingen, il adhère à la SA et milite pour le national-socialisme. Avec l'arrivée au pouvoir de HITLER, ROMMEL entame une seconde carrière militaire. Son ascension est fulgurante, comme d'ailleurs nombre de militants nationaux-socialistes, bien moins compétents que lui d'ailleurs. Colonel, directeur d'une école militaire, il participe à la campagne de France en 1940 à la tête d'une division blindée, la "division fantôme", avant d'être nommé général par le Führer que le place à la tête de l'Afrikakrops.

Là, il a pour mission de sauver une situation, en Afrique du Nord, compromise par les armées italiennes. Après une série de victoires, il est finalement battu par MONTGOMERY à El-Alamein en Égypte, en 1942, et doit se replier sur la Tunisie. En 1943, il prend le commandement des armées allemandes en Italie du Nord avant de se retrouver sur le mur de l'Atlantique. En juin 1944, il ne parvient pas à endiguer le débarquement des forces alliées en Normandie, dont il avait prévu la localisation géographique (sans être entendu). Il participe au complot contre HITLER du 20 juillet 1944, sans y prendre part de manière active, et deux mois plus tard, se suicide par empoisonnement sur les ordres du führer.

     ROMMEL est connu pour ses exploits dans la guerre du désert où il se montre meilleur tacticien qua stratège. Il sait parfaitement s'adapter aux circonstances bien particulières de la guerre dans le désert, mais ses choix stratégiques lui coûtent la victoire. Sur un espace gigantesque et sur un terrain accidenté, ses armées effectuent de larges mouvements d'allers-retours et pratiquent une tactique de combat tourbillonnaire. ROMMEL sait surprendre l'ennemi et est passé maître dans l'art de la feinte. Il parvient à surpasser ses adversaires dans des circonstances difficiles où les contraintes physiques sont énormes. Les lignes de communication dans le désert sont très étendues, et la difficulté à concentrer les efforts est extrême. D'autre part, les ravitaillements - en armes, en munitions, en carburant et en moyens de survie - sont insuffisants (notamment à cause de la stratégie hitlérienne sur deux fronts...). ROMMEL combat avec des moyens très limité contre un adversaire largement supérieur en moyens matériels et humains, et de surcroit de plus en plus ravitaillé. (BLIN et CHALIAND)

 

Un faible engagement politique surestimé par les partisans de l'arrêt de la guerre

    ROMMEL, comme de nombreux officiers allemands ne cache plus en 1944 qu'il fallait négocier une paix séparée avec les Alliés occidentaux, sous peine d'une défaite totale au bénéfice de l'URSS. S'il a des contacts réguliers avec la frange d'officiers décidés à écarter HITLER di pouvoir, il ne souhaite pas son exécution, et les premiers ont peine à l'en convaincre. Blessé grièvement quelques jours plus tôt dans le mitraillage de sa voiture, il ne participe pas à l'attentat du 20 juillet. Il n'est donc pas inquiété lors des arrestations de juillet et d'août. il est forcé de se suicider, en échange de la préservation de son honneur et du respect de sa famille, ce qui préserve aussi les officiers nazis des contre-coups d'incarcération d'un maréchal devenu très populaire.

Très légaliste, ROMMEL ne prend pas part réellement au complot, et il se situe dans la stricte tradition des officiers allemands, discipliné et s'opposant très peu à HITLER dans l'élaboration de la stratégie globale, même s'il pointe de temps à autres les carences graves menant à la défaite, tant en Afrique qu'en Normandie.

 

Une postérité persistante

    Erwin ROMMEL, dès les années 1950, est une figure populaire et en partie mythique. Celle-ci se développe sous le Troisième Reich, mais perdure après-guerre avec le soutien notable de la presse britannique et du cinéma américain. Il incarne aux yeux de l'opinion publique la prétendue "Wehrmacht aux mains propres". Ses deux livres sont publiés maintes fois, même si leur intérêt est surtout dans la description des manoeuvres militaires pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans L'infanterie attaque, paru en 1937, il expose la tactique militaire, surtout à l'chelle des petites unités d'infanterie, notamment à l'échelle du Gruppe (escouade), en s'appuyant sur son expérience au sein du Sturmtruppen. Il développe son expérience en tant que lieutenant d'infanterie d'abord en France de 1914 à 1916, principalement en Lorraine, puis en Roumanie de 1916 à 1917. Il détaille ensuite son implication dans la bataille de Caporetto en Italie.

La Guerre sans Haine est un ouvrage recueillant les notes prises jour après jour par le général ROMMEL lors de ses différentes campagnes pendant la Seconde guerre mondiale. Elle sont organisées et annotées par Fritz BAYERLEIN. Le dernier chapitre, portant sur les derniers jours du général, est écrit par son fils Manfred ROMMEL. La première édition parait en 1953. la première traduction française date de 1960. Il se montre plus tacticien sur le terrain qu'autre chose de manière générale. Mais dans un chapitre intitulé "Règles de la guerre du désert", il se révèle non seulement praticien de grand talent mais également comme penseur de la guerre.

 

Erwin ROMMEL, L'infanterie attaque, éditions Le Polémarque, 2012 ; La Guerre sans haine, carnets présentés par Basil Liddel-Hart, Amiot Dumont, 1953, rééditions Le Livre contemporain Châtillon-sous-Bagneux, 1960 et Nouveau Monde Editions, 2012, 2018. "Régles de la guerre au désert" sont publiées dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990.

Benoît LEMAY, Erwin Rommel, Paris, 2009. Robert LEWIN, Rommel as Military Commander, Princeton, 1968. F. GAMBIEZ et M. SUIRE, L'Épée de Damoclès, la guerre de style indirect, Paris, 1967.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

 

   

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