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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 14:30

   Polybe est un homme d'État et un théoricien grec, né à Mégapolis en Arcadie et pris en otage en 190 à Rome. Pris comme précepteur personnel de Scipion Émilien, il joue dans le cercle des Scipion un grand rôle dans l'intégration de la Grèce centrale à la République romains après la victoire romaine sur la ligue achéenne en 146 av. J.C. Il est connu comme l'auteur de nombreux textes, notamment de l'Histoire générale. Son oeuvre d'historien retrace l'ascension de Rome, qu'il admire pour sa constitution mixte et son régime mêlant monarchie avec les consuls, oligarchie avec le Sénat, et démocratie avec les comices et les tribuns, notamment dans les années 264 et 146 av. J.C., moment critique qui voit la cité italienne devenir puissance méditerranéenne dominante, puis véritable empire territorial. L'ouvrage est un modèle de narration historique fondée à la fois sur l'enquête, la recherche et la réflexion.

 

 Une carrière au service des Scipions

     Hipparque (commandant de cavalerie) de la Confédération achéenne entre 180 et 190, POLYBE est l'un des mille notables achéens déportés à Rome après la défaite de PERSÉE DE MACÉDOINE. A  Rome, POLYBE a la bonne fortune de faire partie des familiers du général romain SCIPION ÉMILIEN. Il devient le mentor de ce deernier et séjourne à Rome près d'une quinzaine d'années (167-150). Il est possible qu'il accompagne SCIPION en Espagne (151) puis en Afrique. Sa présence est attestée lors de la campagne qui mène au siège et à la destruction de Carthage (146). Après cette date, peu d'événements de sa vie nous sont connus. Même lorsqu'il est libéré et autorisé à retourner en Grèce, il préfère revenir très vite à Rome. Le livre de POLYBE consacré à la tactique est perdu, de même qu'une importante partie de son ouvrage principal.

Le rôle de l'historien, selon POLYBE, consiste à collationner et à étudier des documents, à connaître le terrain géographique de l'action et à ses servir de ses connaissances historiques et de son expérience politique. Il a accès à des sources privées comme à de nombreuses sources orales. Il fréquente à Rome la plus haute société romaine, connait et fréquente les hommes politiques les plus importants de son temps, à l'instar de CATON L'ANCIEN. Par ailleurs, il voyage largement et jouit d'une solide expérience politique. La fortune et son talent le placent au plus près des centres de décisions militaires. POLYBE demeure le grand historien de la montée de l'impérialisme romain et un fin observateur des qualités de l'armée romaine. Il est considéré avec THUCYDIDE dont il est en quelque sorte l'héritier, comme le plus grand historien de l'antiquité gréco-romaine.

 

Des livres passés à la postérité

   Malgré la perte d'une partie de son oeuvre, nous avons un aperçu de l'ampleur de son érudition et de ses connaissances,. La dernière partie de sa vie est consacrée à la rédaction de sa grande oeuvre, les Histoires, en 40 livres où il mène de front l'histoire de Rome et celle des États contemporains tels les monarchies lagide, seulécide et attalide. Seuls 5  livres de cette oeuvre sont parvenus en intégralité jusqu'à nous, mais on possède aussi des fragments considérables des autres livres, notamment le livre IV. Dans cet ouvrage, il veut montrer comment et pourquoi les nations civilisées du monde sont tombées sous la domination de Rome.

   Outre les Histoires nous sont connus d'autres oeuvres mineures. Par exemple un Éloge de Philopoemen en 3 livres, servant probablement de livre d'exemple du bon commandement pour son élève SCIPION ÉMILIEN. Également un Traité de tactique, mentionné par ARRIEN et ELIEN LE TACTICIEN. Il recommande dans ce traité que le chef de guerre soit versé et connaisseur de l'astronomie et de la géométrie entre autres. Son traité de tactique s'intéresse probablement aussi aux qualités techniques et morales du chef : solution de terrain, poliorcétique, gestion de l'action. Le manuel contient probablement des conseils de siège importants, faisant le pendant à l'approche défensive (celle qui nous est parvenue) d'ÉNÉE LE TACTICIEN. C'est d'ailleurs certainement pour cette connaissance fine de l'art deu siège que POLYBE est requis pour les travaux relatifs à la prise de Carthage et de Numance. 2galement un Traité sur les régions équatoriales et un écrit intitulé Guerre de Numance, tous perdus.

 

Les Histoires

   Le but de l'ouvrage est exposé dans l'introduction : "Qui donc serait assez stupide ou frivole pour ne pas vouloir connaître comment et par quel mode de gouvernement presque tout le monde habité, conquis en moins de 53 ans, est passé sous une seule autorité, celle de Rome, fait dont on ne découvre aucune précédent?" Il s'agit de l'histoire du triomphe de Rome sur Carthage et de l'expansion romaine dans l'Orient grec, qui en est la conséquence. Pour POLYBE, il s'agit tout particulièrement d'une réflexion sur les causes et les modalités de la perte de l'indépendance de sa patrie.

 

Une méthode historique renouvelée inspirante jusqu'à nos jours.

   POLYBE met au service de cette grande oeuvre une méthode neuve, rigoureuse et hardie. Pour lui, l'histoire est une discipline scientifique, qui ne doit pas grand chose par exemple à la divination et aux oracles qui imprègnent pourtant encore à son époque jusqu'aux chefs militaires. Il ne tente pas de faire de la grande littérature ; son style est plutôt médiocre, banal, lourd, sans art. Il critique d'ailleurs sans ménagement ceux de ses prédécesseurs qui préfèrent l'effet de style ou le pathétique à l'exactitude et à la précision. Il n'entend pas non plus faire oeuvre de propagande, comme le font beaucoup d'hommes politiques lettrés de son temps. Son récit se fonde sur les faits et les témoignages, et est guidé par une réflexion d'ensemble comme par sa connaissance de la véritable géographie du monde connu. A la suite de THUCYDIDE, il distingue les causes immédiates, les prétextes, et les véritables causes, moins apparentes. Certes, il attache une grande importance aux forts personnalités, telles que SCIPION ou HANNIBAL. Il étudie essentiellement les faits militaires et politiques, mais il sait toujours dépasser le plan anecdotique. A la suite d'ARISTOTE, il voit le poids des structures politiques et leur évolution. Le lecteur moderne remarque avec grand intérêt que les faits économiques et sociaux ne lui sont pas du tout étrangers. Il comprend l'importance du dépeuplement, l'oliganthropie, dans le déclin de la Grèce. Surtout, il montre le rôle qu'a joué l'avidité des négociants romains dans le développement de l'impérialisme, l'importance, dans cette politique, de la recherche des capitaux et de la spéculation.

L'évolution de la méthode historique lui doit donc beaucoup. Pourtant, on doit constater, en l'état de notre documentation, qu'il n'a pas fait école. Ses successeurs lui sont très inférieurs, comme le montre le cas de TITE-LIVE qui utilise son oeuvre pour son Histoire de Rome, mais sans parvenir à égaler la rigueur de sa méthode et l'ampleur synthétique de son jugement. (Claude LEPELLEY).

Son très riche livre est beaucoup pillé par la suite, comme par POSIDONIOS d'APANÉE et STRABON.

Ce sont surtout les historiens du XIXe siècle qui reconnaissent plus tard en lui un précurseur.

Il s'apparente à HÉRODOTE par bien des côté (rationalisme qui n'évite pas le recours au principe métaphysique de la "fortune" ou de la destinée).

 

POLYBE, Histoire, traduction et présentation de D. ROUSSEL, collection La Pléiade, 1970, réédition 1988 ; Histoires, édition (bilingue) de Paul PEDECH, Les Belles Lettres, en 10 volumes, 1961-1990. Extraits (Bataille de Trasimène et Bataille de Cannes, Livre III, dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de la stratégie, tempus, 2016. Claude LEPELLEY, Polybe, dans Encyclopedia Universalis.

Paul PEDECH, La méthode historique de Polybe, Paris, 1964.

 

 

  

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