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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 16:22

   L'Empire Ottoman a une longévité (près de dix siècles, de 1299 à 1923) et une organisation (une fois son socle anatolien consolidé, qui le fait comparer à l'Empire Romain d'Occident, même s'il est un tout autre genre d'Empire. Né de la nécessité de trouver un refuge, développé à cause de multiples circonstances, il se place à un endroit géostratégique majeur, entre Orient et Occident, entre Europe et Asie, et bénéficie de la maitrise de plusieurs accès aux mers. Il s'étend durant trois siècles en effet des portes de Vienne au Golfe Persique, d'oran en Algérie à Bakou sur la mer Caspienne, et des steppes de l'actuelle Ukraine aux marais du Nil dans l'actuel Soudan et aux montagnes de l'actuel Yémen. Dans le cadre de ses relations internationales, l'Empire Ottoman était appelé "Sublime Porte", du nom de la porte d'honneur monumentale du grand vizirat, siège du gouvernement du sultan à Constantinople. Il est longtemps un allié du royaume de France contre les Habsbourg.

 

Un développement d'abord aux dépens de l'Empire byzantin

    Fuyant les Mongols (1221), une tribu turque dirigée par ERTOGHRUL offre ses services au sultan seldjoukide de Konya qui lui concède un petit fief non loin de Constantinople.Son fils embrasse l'islam et règne sous le nom d'OSMAN (1291-1326). Ce dernier est à l'origine de la dynastie ottomane (Osmanli). La future expansion ottomane est une des conséquences indirectes de la conquête mongole. Celle-ci et la terreur qu'elle inspire poussent vers l'Anatolie divers groupes nomades, comme les Turcomans, qui y accroissent la proportion de turcophones.

La culture des marches qui se développe en Anatolie est dominée par le concept de guerre sainte, cependant que les traditions nomades, particulièrement sur le plan militaire, perdurent. Les luttes tribales sont incessantes entre les diverses principautés turcophones tandis que la guerre à connotation religieuse prend ou prendra bientôt trois directions : à l'ouest, l'empire byzantin ou ce qu'il en reste, au oord, le Pont, également tenu par les Grecs, et au sud-est, la petite Arménie.

OMAN se rend maître d'Iznik et de Brousse, son successeur ORKHAN s'empare de Gallipoli (1354) et d'Andrinople (1361). Cette dernière ville devient le quartier général de la principauté ottomane.

      Les bases du futur empire sont jetées par MOURAD 1er (1362-1389), le conquérant des Blakans. A partir de 1365, l'Empire byzantin, en dehors de quelques possessions mineures, se réduit comme une peau de chagrin autour de la cité et de ses remparts. Le Pape réclame une croisade. Seul le duc de Savoie accourt à la rescousse, reprend Gallipoli (1366) et rend bientôt la place aux Byzantins. Tandis que l'empereur byzantin lui-même quémande à Rome l'aide du Pape, les princes serbes sont défaits à la bataille de la Maritza (1371). Gallipoli est reprise (1379). Pourtant, dans les Balkans, rien n'est encore joué. Et MOURAD 1er doit retourner en Anatolie. A Konya, les Karamides, qui s'estiment les héritiers des Seldjoukides (du sultanat de Rum), défient les Ottomans. MOURAD parvient à les battre (1387). Les adversaires des Ottomans ne sont pas qu'à l'ouest et il faudra plus d'un semi-siècle pour que l'embryon d'empire que MOURAD est en train d'essayer d'édifier puisse véritablement prétendre à l'hégémonie régionale.

Pendant que MOURAD défait les Karamanides, c'est la révolte dans les Nalkans où il doit accourir. Il bat les Bulgares (1387- et surtout le royaume de Serbie à Kosovo (1389). MOURAD 1er paie la victoire de sa vie. Il a eut tellement à combattre divers ennemis sur plusieurs fronts que son énergie est consacré à la formation d'une armée, délaissant par là, par la force des choses, ce qui fait la force d'un Empire, la capacité d'accumuler des richesses (impôts, tributs...), le contrôle des différentes voies de circulation des marchandises et des hommes, l'emprise idéologique (l'islam est déjà là mais c'est insuffisant seul), la permanence d'un système administratif...

 

La formation du corps des Janissaires

MOURAD 1er est le créateur du corps de Janissaires qui rappelle celui des gulhams, ces esclaves militaires dont usaient, plusieurs siècles auparavant, les Samanides. Corps créé à partir d'un recrutement forcé (devichirmé) d'enfants non musulmans enlevés à leur famille, surtout d'origine balkaniques, islamisés, entrainés et encasernés dès leur plus jeune âge et formant un corps de fantassins d'élite dévoués au sultan régnant.

Nul ne pouvait être admis parmi les janissaires hors ceux recrutés par le système du devichirmé. Le code militaire des janissaires, tout particulièrement au début de l'institution, était strict - par la suite, ce corps interviendra à de multiple reprises dans les questions de succession :

- Obéissance absolue aux officiers. Corps (y compris sur le plan sexuel et âme) soumis aux exigences du service.  Soumission entière à l'égard de ceux qui exercent le pouvoir.

- Ne pratiquer aucun autre métier que celui des armes et s'y perfectionner sans relâche. Caractéristique qui interdit de comparer le système de la Légion romaine aux janissaires, les premiers intervenant dans les constructions (forts, routes, embarcations, machines de guerre...)

- S'abstenir de tout luxe indigne d'un soldat.

- Ne pas se marier (cette règle finit par être supprimée).

  Tout d'abord au nombre de 5 000, le corps des janissaires sera, au cours de l'histoire ottomane, doublé et même triplé. La réputation d'invincibilité venait à la fois de leur excellence et de leur esprit de corps (renforcé par une fréquente homosexualité, ce qui dans l'histoire de nombreuses sociétés militaires n'est pas rare chez les troupes d'élite). On ne rencontre cette réputation dans l'histoire auparavant en Orient que chez les Immortels des Perses.

 

L'entreprise impériale prend son lent essor jusqu'à la chute de Constantinople.

   Le successeur de MOURAD 1er, BAYAZID dit la Foudre (Yildirim) se révèle particulièrement énergique, d'une forme d'énergie qui est à la fois admirée et crainte alors pour une certaine culture répandue chez les élites du Moyen-Orient que celles-ci diffusent d'ailleurs dans les populations soumises. Après avoir fait exécuter son frère (qui pouvait prétendre au trône), il accourt en Anatolie soumettre les principautés qui s'étaient révoltées à l'annonce de MOURAD 1er (c'est en fait presque une tradition dans ces régions après la mort d'un souverain...). Profitant de ce qu'il se consacre à la mise au pas de l'Anatolie occidentale, les Byzantins reprennent Gallipoli et les Valaques reconquièrent Salonique (1394).

Pour contrer les Ottomans, le roi de Hongrie, SIGISMOND, fait appel au roi de France. Celui-ci dépêche quelque 14 000 cavaliers placés sous le commandement du comte de Nevers (le futur Jean sans Peur), auxquels se joignent, en chemin, des Anglais, des Allemands, des Suisses, des Polonais. A Nicopolis (1396), cette cavalerie, qui ne connait que la charge frontale, enfonce dans un premier temps le centre ottoman, mais elle est bientôt prise en tenailles et massacrée par les janissaires, tandis que les auxiliaires valaques, transylvains et hongrois qui se trouvent aux ailes font retraite. Cette victoire accroit la réputation de BAYAZID. Les Ottomans s'affirment comme une puissance militaire redoutable. L'année suivante, en Anatolie, ils soumettent la principauté turque des Kramanides. Puis, ils s'attaquent victorieusement au sultan de Sivas. BAYAZID met alors le siège devant Constantinople tandis que l'empereur MANUEL II va (encore) à Rome pour quémander une croisade. Au moment où BAYAZID semblait devoir l'emporter, il est écrasé par TIMOUR non loin d'Ankara (1402).

      La machine de guerre ottomane qui, en dehors des Hongrois, surclasse les armées balkaniques et danubiennes, ainsi que les troupes des principautés turcophones d'Anatolie occidentale, n'est pas de taille face à TIMOUR qui a triomphé de la Horde d'Or et des mamelouks. Car l'édifice de conquête est encore fragile. Pour TIMOUR, BAYAZID ,'est encore qu'un bey, tandis que ce dernier avait sollicité, en vain, des mamelouks d'Égypte le titre de "sultan de Rum" afin de devenir l'héritier légitime des Sedjoukides d'Anatolie. Après la victoire de TIMOUR, tout est à refaire pour les successeurs de BAYAZID. Les Hongrois continuent d'être influents dans les Balkans et constituent une puissance redoutable. Les principautés d'Anatolie, hier soumises, sont prêtes à la révolte, d'autant plus que les possessions durement acquises par BAYAZID sont maintenant divisées en trois par des frères qui bientôt se combattent. En Anatolie, c'est le désordre. Le centre de gravité des Ottomans demeure les Balkans au sud du Danube, avec Andrinople pour capitale.

Au lendemain de la mort de BAYAZID (1402), l'interrègne est difficile avec l'irruption de querelles dynastiques finalement réglées par un sultan, MEHMED, qui doit se monter conciliant avec les principautés turcophones d'Anatolie occidentale et ne pas susciter de conflit avec le successeur de TIMOUR, Shah Roukh.

Après lui, MOURAD II (1421-1451) mène lui aussi une politique prudente. Proclamé sultan à Brousse, il doit d'emblée affronter le fait qu'Andrinople est aux mains de son oncle MUSTAPHA qui défie son autorité. Ce dernier est, par ailleurs, soutenu par les Byzantins, maîtres dans l'art de diviser leurs voisins turbulents. MOURAD II parvient à se débarrasser de son oncle et, par représailles, met le siège devant Constantinople (1422) durant près de deux mois. Mais il doit repasser en Anatolie : les beys d'Anatolie ne reconnaissent pas son autorité. Les Karamanides et la dynastie des Germiyan soutiennent son frère cadet qu'ils proclament sultan. MOURAD parvient à faire exécuter son frère et à vaincre les beys de Kastamonu. Mais il ne réussit pas à soumettre les Karamanides, protégés par le fils de TIMOUR, Shah ROUKH.

Dès 1423 et durant 7 ans, MOURAD soutient une guerre surtout navale contre Venise dont la flotte est bien supérieure à la sienne. Il reprend Salonique qui avait été cédée à Venise par Constantinople (1430). Entre-temps, le royaume de Hongrie prend pied en Valachie et en Serbie. MOURAD parvient à réoccuper la Serbie mais échoue devant Belgrade tenue par les Hongrois (1440). La contre-offensive hongroise se développe : en 1441-1442, les Ottomans sont dans une situation extrêmement périlleuse. Jan HUNYADI, à la tête des troupes hongroises, inflige défaite sur défaite aux Ottomans. Il prend ,ish, Sofia et s'approche de Constantinople. La paix est cependant signée à Zlatica (1443), probablement par épuisement des deux parties.

MOURAD est amené à pratiquer une politique conciliante. Il se retire de Serbie dont le dirigeant, Georges BRANKOVIC, reste cependant un de ses clients. Il conclut la paix avec le dynastie des Karamides. En fait, en 1443, les possessions ottomanes dans les Blakans, sont, en terme de superficie, réduites. MOURAD renonce au trône en faveur de son fils. Le moment semble favorable pour lancer une croisade. On se contente d'une expédition menée par les Hongrois avec des contingents valaques et une proportion importante de chevaliers occidentaux. Une dernière fois, les Occidentaux cherchent - sans y mettre le prix - à desserrer l'étau autour de Constantinople. MOURAD II quitte sa retraite et reprend le commandement de l'armée. Les Serbes, sous la direction de Georges BRANKOVIC, ont choisi de rester neutres.

Le 10 novembre 1444, la chevalerie occidentale (surtout hongroise) est battue à Varna, comme elle l'avait été à Nicopolis. Cependant, Jan HUNYADI lance encore trois incursions meurtrières contre les Ottomans et s'efforce de nouer une alliance avec l'insurgé albanais SCANDERDEG, qui tient tête aux Ottomans depuis près de deux décennies. HUNYADI est finalement vaincu à Kosovo en 1448.

   Les Balkans vont désormais rester sous contrôle ottoman. La ténacité de ces derniers s'est révélée payante. restent l'Albanie (1486) et le Péloponnèse (1499). Pourtant, la politique de prudence n'est pas encore abandonnée. Sous la direction du grand vizir CHANDERLI, on en revient à éviter toute domination trop directe afin de ménager les principautés anatoliennes et les princes chrétiens des Balkans. Cette politique est rompue à la mort de MOURAD II (1451) et par la victoire au palais des pachas les plus énergiques. le jeune sultan MEHMET II a 19 ans. Tout nouveau règne a besoin d'être assis par une victoire militaire. La décision est prise de mettre le siège (encore une fois) devant Constantinople et de l'emporter avant que l'Occident ne puisse réagir.

   La remarquable machine de guerre bâtie à partir de MOURAD Ier dans la seconde partie du XIVe siècle, avec des fortunes diverses, a réussi en un siècle à exercer son contrôle au moins indirect sur l'Anatolie occidentale et centrale ainsi que sur les Balkans, au sud du Danube, étranglant Constantinople dont la survie ne dépend plus que de ses murailles et d'une éventuelle aide maritime de Gênes. Au bout de 54 jours de siège, l'artillerie ottomane a raison de Constantinople défendue par quelque 8 000 à 10 000 hommes, y compris un contingent de Génois. L'empereur romain d'Orient meurt les armes à la main.

 

Un Empire construit par les armes, uniquement par les armes, une entreprise toujours recommencée malgré la fin de l'Empire Byzantin....

   Du coup, les conquêtes territoriales des Ottomans qui, jusque là, pour TIMOUR et les Timourides, ou pour les mamelouks, passaient pour l'expression d'une puissance à leurs yeux secondaires, se transforment véritablement en entreprise impériale.

Très vite, le fait d'avoir abouti après tant de décennies, péniblement, à investir la cité amène les sultans ottomans à chercher à édifier un empire universel - à revivifier en quelque sorte sous leur tutelle l'Empire byzantin et son prestige.

Mais tout d'abord, MEHMET se bat pour établir solidement son hégémonie sur les Balkans : la Morée est aux mains des Vénitiens ; la principauté serbe reste ouverte à l'influence hongroise. MEHMET II ne parvient pas à s'emparer de Belgrade tenue par les Hongrois (1456). Mais, en 1459, la Serbie tombe définitivement aux mains des Ottomans et est cette fois annexée. L'année suivante, la Morée est occupée.

Cependant, une longue guerre a lieu avec Venise (1463-1471) ; la supériorité navale de la cité des Doges tient les Ottomans largement en échec. Venise cherche à susciter un allié de revers en faisant alliance avec les Ak Koyunlu d'Anatolie orientale et de Perse. Sa flotte vient défier MEHMET II jusque dans les Dardannelles. MEHMET mène une campagne en Albanie (1466-1467) pour en finir avec SCANDERDEG, afin que la domination ottomane au sud du Danube soit complète.

A l'instar de TIMOUR, Uzun HASSAN, le souverain des Ak Kyunlu qui est maître de la Perse, intervient en Anatolie centrale. En effet, Ottomans et Karamanides se heurtent, et ces derniers sollicitent l'aide de Uzun HASSAN. En 1472, une alliance est nouée pour faire échec à la menace ottomane, regroupant Venise, Chypre, les chevaliers de Rhodes et Uzun HASSAN. Les armées de celui-ci pénètrent jusqu'à Aksherir (1472), mais MEHMET parvient l'année suivante à mettre en échec Uzun HASSAN qui demande la paix. Un an plus tard, les Karamanides sont vaincus.

Ottomans et Mamelouks restent les deux puissances musulmanes majeures de la moitié orientale de la Méditerranée. Les mamalouks avaient soutenus les Karamanides, provoquant l'hostilité des Ottomans, mais ces derniers s'abstiennent de les défier.

    L'Anatolie est enfin soumise aux Ottomans jusqu'à l'Euphrate (1470). Quelques années plus tard, le khanat de Crimée devient un État vassal (1475). Les Ottomans se retournent contre Venise et parviennent à prendre pied à Otrante (1480), mais échouent, la même année, devant Rhodes. MEHMET disparait en 1481. Il est celui qui, en une trentaine d'années, a assis l'Empire tant en Anatolie centrale et occidentale que dans les Balkans jusqu'au Danube. Sous MEHMET, les janissaires passent de 5 000 à 10 000 hommes et constituent à la fois le fer de lance de l'armée otoomane et les soutiens du sultan régnant. Le pouvoir des beys dans les marches est réduit au profit du pouvoir central. Le grand vizir, nommé par le sultan, ne peut donner d'ordres aux janissaires. En dernier ressprt, le sultan reste le maître en tout, et plus particulièrement de l'armée et de l'édiction des lois. Tout au long de l'histoire ottomane, le problème de la succession au trône reste crucial.

    Le Qanum name de MEHMET décrète qu'il est approprié de supprimer ses frères lors de l'accession au trône. A la mort de MEHMET II, une révolte des janissaires éclate tandis que ses deux prétendants se disputent le trône. L'un d'eux, BAYAZID (1481-1512) est porté au pouvoir. Sa puissance est infiniment moins grande que celle de son père. Les notables, bridés par ce dernier, veulent davantage de pouvoirs.

BAYAZID se heurte aux mamelouks que, se targuant d'abriter le calife, s'estiment supérieurs aux Ottomans. Les hostilités (1485-1491) se soldent par un statu quo. La guerre avec Venise (1499-1502) montre que la puissance navale vénitienne surclasse celle des Ottomans. Le danger le plus sérieux qui menace la puissance ottomane en ce début du XVIe siècle vient de la Perse. Le shah ISMAËL qui est chiite s'appuie sur la secte religieuse des têtes rouges (Qizi Bash) d'Anatolie. Si le règne de BAYAZID II apparait comme une période de répit dans les conquêtes, celle-ci prend fin avec la venue au pouvoir de Selin YAZUV dit le Cruel (1512-1520).

   Conquérant énergique, il commence par éliminer tous les membres de la dynastie qui auraient pu prétendre au trône. Il cherche à nouer des relations pacifiques avec la puissance hongroise afin d'avoir les mains libres à l'est - contre les Séfévides. Il liquide en masse les partisans du shah ISMAËL en Anantolie orientale et, au nom du sunnisme, s'attaque directement au shah. Celui-ci est battu à Tchaldiran (1514). Mais le conflit avec la Perse s'étendra sur plus d'un siècle et demi. Diarbekir est investie l'année suivante. Deux ans plus tard, les mamelouks sont battus en Syrie.

Les Ottomans qui, jusque-là, constituaient une puissance sur la moitié ouest de l'Anatolie et les Balkans au sud du Danube, deviennent en ce début du XVIe siècle une puissance moyen-orientale - et s'inscrivent désormais dans la politique du monde musulman arabe. En 1517, grâce à l'artillerie ottomane, l'Égypte est conquise, au détriment des mamelouks en déclin. Dorénavant le califat est exercé à partir d'Istanbul (Constantinople rebaptisé ainsi).

 

Un Empire constitué

   L'Empire ottoman est désormais pleinement un empire, le sultan est le plus puissant des souverains de l'Islam et le protecteur de celui-ci - et de ses lieux saints : La Mecque et Médine (sources de revenus considérables lors des rassemblements religieux). La superficie de l'empire à cette date est égale à celle de l'Empire byzantin à la veille de l'expansion musulmane.

Avec SOLIMAN, l'empire atteint son apogée. Coup sur coup, il s'empare de Belgrade (1521), de Rhodes (1522), et, surtout, remporte contre les Hongrois la victoire de Mohacz (1526) et met le siège devant Vienne (1529). Bientôt, SOLIMAN s'inscrit dans la rivalité entre la France de François 1er et les Habsbourg. A l'est, c'est la prise de Bagdad (1534), en Méditerranée celle de Rhodes (1570).

Parallèlement à ces conquêtes terrestres, les Ottomans s'efforcent, avec succès, d'établir leur domination en mer de Méditerranée. Les flottes de la Sainte Ligue, sous la direction de l'amiral génois Andréa DORIA, sont défaites à la Preveza (côte occidentale de la Grèce) en 1538. Il s'en faut de peu que le contrôle de la Méditerranée ne passe aux mains des Ottomans. Malte et les chevaliers qui tiennent la forteresse parviennent à résister (1565) et sont secourus par une intervention espagnole.

C'est à la bataille de Lépante (1571) qu'un coup d'arrêt est donné par la flotte de la Sainte Ligue (Espagne, Venise, États pontificaux). Deux ans plus tôt, les Russes ont arrêté les Ottomans devant Astrakhan. Bientôt, le shah ABBAS de Perse lance une contre-offensive (1586).

       Cependant, l'empire demeure, quoiqu'il soit à peu près partout arrêté à son extension maximale, extrêmement redoutable, avec un pouvoir de nuisance qui gêne - et cela ira jusqu'à l'imagination populaire - toutes les puissances occidentales montantes au XVIIe siècle. Sans doute l'Empire Ottoman, jusqu'à la formation de l'armée de Louis XIV, est la grande puissance militaire en Europe comme en Orient. Le déclin ne viendra qu'à la fin du XVIIe siècle, à l'époque du traité de Carlovitz (1699) lorsque l'empire commence son recul graduel et inexorable. Ce qui tient alors cet Empire est qu'il n'est plus seulement militaire et naval, mais qu'il se dote d'une véritable administration, d'un protocole précis de succession, d'une diplomatie digne de ce nom, d'un système religieux, d'un ensemble de pratiques économiques, notamment commerciales, d'une politique culturelle, qui perdure même lorsque son territoire va se centrer sur la Turquie. On parle alors des Turcs et plus des Ottomans, mais c'est bien du même Empire qu'il s'agit, en bien et en mal pour les populations sous sa domination.

 

Déclin et force persistante de l'Empire Ottoman

     L'historiographie avait l'habitude de considérer que l'Empire Ottoman entre en décadence dès la fin du règne de SOLIMAN dit Le Magnifique. Aujourd'hui, au contraire, la majorité des historiens universitaires montrent que l'Empire, enfin doté de toutes les caractéristiques qui en font un, a continué de maintenir une économie, une société et une armée puissantes et flexibles tout au long du XVIIe et d'une grande partie du XVIIIe siècle. Les Ottomans subissent de graves défaites militaires à la fin du XVIIIe et au début du XIXe, ce qui amène une partie des élites à entamer un vaste processus de réforme et de modernisation, le Tanzimat. Ainsi, au cours du XIXe siècle, l'État ottoman est devenu beaucoup plus puissant et organisé malgré de nouvelles pertes territoriales, en particulier dans les Balkans où de nouveaux États émergent. L'Empire s'allie alors à l'Allemagne - ce qui explique les multiples influences prussiennes sur l'armée et l'administration pour échapper à l'isolement diplomatique et s'engage ainsi dans la Première Guerre mondiale du côté des puissances centrales. La dissidence interne, notamment arabe, crispe les divers gouvernements qui se succèdent, qui commettent de multiples exactions, notamment contre les Arméniens, les Assyriens et les Grecs. La défaite de l'Empire - qui consacre la fin définitive de toute stratégie d'Empire pour ce qui restait de la puissance ottomane - et l'occupation d'une partie de son territoire par les puissances alliées au lendemain de la Grande Guerre entrainent sa partition, et la perte des territoires du Moyen-Orient divisés entre France et Royaume Uni.

Le succès de la guerre d'indépendance turque contre les occupants occidentaux, mais on est entré là déjà dans une autre époque, conduit à l'émergence de la République de Turquie, dans le coeur de l'Anatolie, et à l'abolition de la monarchie.

 

Forces et faiblesses de l'Empire Ottoman

    Ce qui fit longtemps la force de l'Empire Ottoman, une fois ses possessions de l'Anatolie et des Balkans consolidées, est l'existence d'un système administratif et militaire imposant, dans une région à la démographie forte. Au début du XVIIe siècle, l'armée turque est forte de 150 000 à 200 000 hommes, formée des odjaks, milices soldées par le Trésor (dont les Janissaires, avec également des artilleurs, des soldats du train, des gardes des jardins palatins), de troupes irrégulières, de moins en moins recrutées et des troupes de provinces fournies par les feudataires (les plus nombreuses). Les fiefs attribués à des militaires qui doivent fournir un contingent passent progressivement aux serviteurs du seraï, ce qui les soustrait aux obligations du service. Les troupes de province fournissent de moins en moins de soldats. La pression fiscale augmente et alimente des troubles provinciaux. Les Janissaires forment un État dans l'État et sont recrutés de plus en plus parmi les musulmans, et devient une garde prétorienne, à l'instar de ce qui s'est passé pour la Rome d'Occident, arbitre les compétitions dynastiques. Lorsque l'Empire devient de plus en plus assiégé, entrant de plus dans une décadence économique, ne parvenant pas à se doter par exemple d'un système de transport (chemin de fer) performant, pourtant nécessaire à cette époque pour la cohésion de l'Empire et pour la circulation des marchandises. Au coeur sans doute de la faiblesse de plus en plus grande de l'Empire, qualifié d'Homme malade de l'Europe, est la persistance de traditions remontant à la période reculée où les nomades faisaient encore les royaumes sédentaires (avant de se défaire et de recommencer à en faire...). Indice certain de cette persistance, l'incapacité de se doter véritablement d'une pensée militaire et d'une pensée économique à la hauteur de l'importance des territoires et des populations. Bref de garder en mémoire la capacité d'une stratégie d'Empire. Une stratégie qui permette entre autres une fidélité des sujets à Istambul. La seule institution où cette fidélité demeure longtemps, les Janissaires, devient elle-même pénétrée par les rivalités internes. L'administration, donc le système fiscal, bâtie dès le XVe siècle, sur le modèle de celle de l'Empire byzantin, est adaptée si souvent au gré des conquêtes puis des reculs, avec des limites et des dénominations changeantes, aggravant au fur et à mesure que le temps passe, surtout à partir du XVIIIe siècle, les difficultés d'acheminement des rentrées fiscales, des informations nécessaires pour garder la maitrise de l'ordre public, des éléments du contingent militaire. Alors que le droit musulman s'impose dans beaucoup de contrées et que l'alimentation même de l'administration et de l'armée se fait sur une base religieuse, il est de plus en plus difficile de s'assurer de l'adéquation de la théorie du droit tel qu'on la voit dans les capitales des provinces et sa réalisation sur le terrain, ce qui explique que l'on passera assez rapidement, malgré les oppositions, à un droit laïc qui ne fasse plus reposer l'alimentation de l'État sur la religion. Beaucoup de réformes seront entamées et non abouties, les familles royales et princières refusant pour l'essentiel toute modification des assises de leur pouvoir. Ce n'est qu'à l'issue de la première guerre mondiale, dans un Empire réduit à la dimension d'un simple État, après une "guerre d'indépendance", que des réformes radicales sont entreprises : laïcisation de la législation et de la société, égalité hommes-femmes, romanisation de l'écriture (plusieurs systèmes d'écriture existant dans l'Empire Ottoman, nécessitant une bureaucraties... dantesque) et réorganisation territoriale en provinces aux contours modifiés et définis.  Mais il ne s'agit plus d'un empire, il n'y a non plus aucune visée impériale en termes de territoires et de populations, mais la modernisation est aussi une entreprise de conquête des coeurs et des esprits...(qui ne se fait plus uniquement par la seule violence).

     Dans un monde où parfois seule la puissance militaire et la terreur était la seule source de respect envers le pouvoir central, toute défaite se traduisait par une démoralisation radicale. Et les défaites s'accumulaient de plus en plus, les puissances montantes (Russie, France, Angleterre, Allemagne), instrumentalisant tour à tour le  pouvoir central ou les diverses ethnies qui composent l'Empire dans leurs stratégies impériales (maritime notamment)... Et même après la naissance de l'État laïc, cette instrumentalisation ne cesse pas, étant simplement rendue plus difficile par l'apparition d'un véritable sentiment national.

 

Sous la direction de Robert MANTRAN, Histoire de l'Empire ottoman, 1989.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. DUBECQ, Lettres turques, dans William H. MCNEILL et Marilyn Robinson WALDMAN, The Islamic World, University of Chicago Press, 1973, extraits dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, Bouquins, 1990.

 

STRATEGUS

 

 

 

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