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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 14:52

   On pourrait imaginer que le cinéma a abordé pratiquement toutes les facettes des batailles de la seconde guerre mondiale, mais il n'en est rien, ne serait-ce que sur un plan géographique. Même dans les grands documentaires, les débuts de la guerre sont passés assez rapidement en revue, voire expédiés, pour arriver à la bataille de la France, sur laquelle se focalise énormément de films de fiction et de documentaires. Enfin, pas toute la bataille de France, car c'est surtout le front franco-allemand qui est examiné, parfois avec forces descriptions des détails des mouvements des troupes et analyses tactiques et stratégiques. Le front franco-italien ne fait guère l'objet que de courtes séquences et les batailles en Afrique ne sont guère présentées comme étant de premier plan, du moins celles de 1940, celles qui se déroulent précisément en même temps ou presque que les opérations sur le continent.

Ce que l'on nomme la "drôle de guerre" tant en France qu'en Angleterre, est regardé surtout sous l'angle de l'arrière et des civils français pris de panique. Et pourtant, il se passe bien des choses, sur le plan politique et sur le plan militaire, entre la déclaration de guerre, consécutive de l'invasion de la Pologne, et les premiers combats sur le sol français. En revanche, la bataille de France proprement dite (on a passé-expédié sur l'invasion de la Belgique...), fait l'objet de présentations et d'analyses, qui d'ailleurs changent avec le temps, car il ne s'agit en définitive ni d'une défaite en rase campagne, ni le résultat d'un laissez-aller sur le plan des matériels (voir les stigmatisations de l'effort d'armement pendant la période du Front Populaire). De fait, l'invasion (éclair, hum!...idée un peu fausse d'ailleurs) de la France a été une divine surprise pour HITLER, qui, sans doute, après l'invasion de la Tchécoslovaquie et de la Pologne, s'est auto-intoxiqué sur une pseudo-invincibilité de l'armée allemande de la "race supérieure"...

 

  Ce qu'on a appelé la "drôle de guerre" et la bataille de France sont évoqués dans deux documentaires  :

- 39-45, le monde en guerre, , Sur un fond de guerre et également La Chute de la France (septembre 1939-mai 1940)....

 

- Apocalypse, la seconde guerre mondiale, dans sa première partie.

 

Sur la période de la drôle de guerre, suivie de près par la chute de la France, également, deux films :

- Le discours d'un roi, de Tom HOOPER. Ce dernier, film de fiction, exprime un point de vue britannique, même si ce métrage de 2010, américano-australo-britannique, se centre sur les difficultés du prince (d'ordre physiologique d'élocution, mais aussi dynastique, à avoir sa position dans l'attitude bien ambigüe des membres de la maison des Windsor) à préparer et déclamer son discours de septembre 1939, dans lequel il proclame l'entrée en guerre du Royaume Unie contre l'Allemagne.

   

C'est aussi le point de vue britannique qui s'exprime dans Les heures sombres, de Joe WRIGHT. Ce film britannique sorti en salles en 2017 raconte les quelques jours avant l'arrivée au pouvoir de Winston CHURCHILL, fraichement nommé Premier ministre, et son succès face aux hommes politiques (proches de CHAMBERLAIN, et de Lord HALIFAX) partisans de négociations de paix avec l'Allemagne, en pleine bataille de France.

   

     La bataille de France fait l'objet de nombreux documentaires et films, avec en point d'aboutissement l'épisode de Dunkerque, où le corps expéditionnaire britannique et de nombreux soldats et pilotes français sont rapatriés en Angleterre.

- Dans la série des grandes batailles, de Daniel COSTELLE, Jean-Louis GUILLAUD et Henri de TURENNE, diffusée à la télévision française dans les années 1960 et 1970, la bataille de France, l'avant-dernière partie diffusée (2 mai 1974) la raconte en 1 heure et 49 minutes, avec beaucoup de détail et aussi beaucoup de finesses d'analyse, renversant pas mal d'idées encore reçues à cette époque. Les DVD, diffusé par TF1, sont placés dans un coffret dont le contenu n'est guère explicite....

 

- Le volume 1 de 39-45, le monde en guerre expose également les conditions de la chute de la France (voir avant)

- Apocalypse, seconde guerre mondiale, 2/6, l'écrasement, où l'on retrouve, il faut le dire maintes images des Grandes batailles... (voir avant)

 

- Pourquoi nous combattons? dans sa troisième partie Diviser pour régner expose les raisons d'aller combattre l'Allemagne nazie en se centrant sur la bataille de France.

 

- La bataille de France, de Jean AUREL, documentaire sorti en 1964, montage d'archives commenté par Cecil SAINT-LAURENT a un ton décalé particulier qui vaut le détour, à défaut d'être très didactique. Pendant 86 minutes se déroule sous nos yeux une façon particulière de voir cette défaite de la France.

- Juin 1940, Le grand chaos, de Christophe WEBER, montre en 90 minutes, en premier lieu l'exode des Belges et des Français devant l'avance des armées allemandes, et insiste sur les atrocités commises par celles-ci, notamment sur les prisonniers de guerre africains. Il montre la décomposition du gouvernement, du fait des conflits de personnes et de la pusillanimité des dirigeants civils et militaires, lesquels ne suivent qu'avec retard l'évolution des opérations (du fait de la quasi absence de communication en temps réel), alors que beaucoup de Français résistent avec l'énergie du désespoir. Le documentaire débute le 2 juin et s'achève le 22, par la répétition inversée de l'armistice de 1918, dans la fameuse clairière de Rethondes, avec un éclairage bref sur après...

 

- Dunkerque, d'Alex HOMES, mini série britannique, de 176 minutes au total, donne un tableau saisissant des événements, notamment des conditions du rapatriement.

- Dunkerque est aussi le titre du film de guerre américano-britannico-franco-néerlandais écrit et réalisé par Christopher NOLAN en 2017. Oscarisé, le film pèche pourtant sur le plan historique, se concentrant quasi-exclusivement sur le côté britannique : flotille hétéroclite des bateaux qui permet le rapatriement, débats au sein de l'état-major anglais, vues surtout des combattants britannique. La mise en scène fait surtout ressortir un côté survival, ce qui lui a été reproché par une partie de la critique.  On préférera de loin la série de Alex HOMES.

- D'autres cinéastes se sont penchés sur l'épisode de Dunkerque, qui semble en fait dans la filmographie celui le plus visité de cette bataille de France : Henry KING (1941, dans Un Yankee dans la RAF), Leslie NORMAN (Dunkerque, 1958), Henri VERNEUIL (Weed-end à Zuydcoote, 1964)... Avec NOLAN, VERNEUIL est le seul réalisateur à avoir reconstitué l'opération Dynamo sur les véritables plages de Dunkerque. On n'oubliera pas le film sorti en 1969 de Enzo CASTELLARI, réalisateur italien aux nombreux films de série B plus que recommandables d'ailleurs, Sur ordre du Fuhrer (mauvaise traduction française du titre original, La battaglia d'Inghilterra) (120 minutes, italo-franco-espagnol), où de Dunkerque, une poignée d'espions SS parvient à s'introduire en Angleterre dans le but de détruire la défense anti-aérienne de l'intérieur du pays permettant à la Luftwaffe de bombarder l'Angleterre. Même si l'action est centrée sur l'amitié impossible entre deux officiers, allemand et anglais, le métrage, très bien construit, spectaculaire et très rythmé (malgré l'abus des zoom et gros plans), montre bien l'atmosphère et le contexte de cet épisode important de la seconde guerre mondiale.

  Si on passe assez vite sur l'épisode belge, certains documentaires et séries montrent mieux l'invasion de la Pologne :

- Pourquoi nous combattons?, où elle constitue le véritable casus belli qui mène à la seconde guerre mondiale, et justifie que l'Amérique s'en mêle ou

- La deuxième partie de la série Le Souffle de la guerre, où est bien mis en évidence l'application du pacte germano-soviétique concernant la Pologne.

- Par ailleurs, la bataille de Westerplatte, lors de cette invasion est relatée dans le film polonais du même nom de Pawel CHOCHLEW, sorti en 2013. Cet affrontement entre les troupes allemandes et la garnison polonaise stationnée à Dantzig entre le 1er et 7 septembre 1939, est le premier de la seconde guerre mondiale. Cet avant-poste militaire devait être pris par les troupes allemandes pour favoriser la suite de l'invasion. Un film de 1967, Westerplatte, de Stanislaw ROZEWICZ, évoquait déjà cette bataille. (elle est relatée de manière très détaillée dans le livre de Chris MANN, Les grandes batailles de la seconde guerre mondiale, Parragon Eds, 2009).   On note d'ailleurs que les événements précédents l'invasion de la France font actuellement l'objet d'un regain d'intérêt (livres et films).

 

Certains mythes sur la bataille de France...

   La défaite de la France en 1940 a été souvent présentée comme inéluctable, pour diverses raisons (évolution historique de la France dans l'entre-deux-guerres, batailles perdues sur le plan diplomatique, démographie, décadence morale...), or même l'état-major allemand craint au moment de l'engagement les forces armées françaises et pour Hitler lui-même, le fait et la rapidité de cette défaite est une surprise... Sur le plan militaire, on a mis en avant l'infériorité qualitative et quantitative des armements et la faiblesse combative des Français. Or, et les documentaires le montrent bien - moins les films de fiction... - la campagne de 1940 menée par l'armée ne ressemble ni de près ni de loin à une guerre éclair, des combats acharnés ont eu lieu, et les plans stratégiques français, qui prévoient une guerre longue, gardent jusqu'au bout leur logique. Mais l'armée allemande ne se comporte pas du tout comme prévu, s'attaquant à des points vulnérables à des moments décisifs, des divisions s'enfonçant dans le territoire sans souci de la logistique suivante pour les troupes derrière elles - les forçant d'ailleurs à plusieurs reprises à ralentir leur avance... Mais si sur le plan qualitatif et quantitatif, les deux armées se valent largement, et même avec une tendance à quelques armements supérieurs du côté français, la répartition du matériel français, réalisée en dépit notamment des demandes de Charles de Gaulle, est parfaitement inadéquate. Les blindés sont dilués dans les divisions français au lieu de pouvoir être utilisés comme de véritables fers de lance. La seule supériorité matérielle flagrante du côté allemand est aérienne, les aéronefs anglais n'étant pas engagés dans la bataille de France, contrairement à certaines espérances françaises. C'est sur le plan stratégique que la décision se fait et également du fait de l'inaction française durant la "drôle de guerre" : au lieu de s'élancer directement après la déclaration de guerre en territoire allemand, comme le craignait d'ailleurs l'état-major allemand et une partie des diplomates (qui avaient d'ailleurs établis des plans de propositions de trêves en prévision de ce cas), à un moment où les armées allemandes n'étaient pas encore prêtes à l'Ouest, l'armée française attend sur pied, dans une position strictement défensive... Enfin, les forces allemandes bénéfices de chances incroyables à plusieurs reprises, preuve supplémentaire que la guerre est d'abord un chaos (dont l'inertie française face à un gigantesque embouteillage de 41 000 véhicules allemands dans le corridor des Ardennes...). Ernest MAY décrit bien cette rapide victoire de l'Allemagne bien plus difficile à expliquer qu'une finalement mythique inévitable défaite française (Strange Victory : Hitler's conquest of France, New York, Hill & Wang, 2000) plus intéressant que le livre de Marc BLOCH, L'Étrange défaite, Gallimard, 1990...) (Maurice VAISSE, dans Les mythes de la seconde guerre mondiale, Sous la direction de Jean LOPEZ et Olivier WIEVERSKA, Perrin, 2020)

FILMUS

 

Complété le 21 février 2020, le 27 juin 2020, Complété le 30 octobre 2020.

 

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