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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 08:31

   Un des artisans de la politique de dissuasion nucléaire de la France, Pierre-Marie GALLOIS (de son vrai nom Pierre Gallois), est un général de brigade aérienne et géopolitologue français.

 

Une carrière militaire au plus haut niveau

Après avoir, pendant la seconde guerre mondiale (dès 1939), été chargé d'instruire les jeunes officiers à l'état-major de la 5e Région aérienne à Alger, puis rejoint en 1943 la Grande-Bretagne pour être navigateur au sein de la Royal Air Force (bombardiers lourds), il est affecté au début des années 1950 à l'OTAN. En pleine période de définition du rôle de l'arme nucléaire et d'émergence des vecteurs balistiques. En 1953 et 1954, il est affecté au cabinet du ministre de la Défense nationale pour y suivre les questions aéronautiques. En 1953, exerçant parallèlement  ses deux fonctions, le colonel GALLOIS est également affecté au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE).

Dès 1953, il mène campagne pour l'arme atomique français, propageant la notion de "dissuasion personnelle" et l'idée d'une capacité d'intimidation du "faible par rapport au fort". Il est l'un des créateurs de l'opération "Gerboise bleue" et considéré comme le "père de la dissuasion nucléaire française". En 1954, toujours au SHAPE, donc très au fait de la coopération franco-américaine et des évolutions des États-Unis dans leurs aspects les plus confidentiels, il étudie un programme d'avion d'attaque à décollage court, qui donne naissance à une nouvelle génération d'avions de combat.

En 1955, il assiste aux essais nucléaires dans le Nevada. Le général américain Lauris NORSTAD le convainc d'aller exposer au général de GAULLE la transformation nucléaire de la doctrine défensive de l'OTAN. L'entretien du général GALLOIS avec le général de GAULLE, en avril à l'hôtel La Pérouse constitue l'aboutissement du travail effectué par le "lobby nucléaire" ("nucléocrate" pour les opposants). Ayant pris sa retraire en 1957, il mène toujours campagne pour un programme nculéaire militaire français et la mise sur pied d'un arsenal nucléaire approprié à une doctrine de dissuasion.

Il continue d'être actif les années suivantes, par exemple en 1979, il participe, selon Alain de BENOIST, à la rédaction sous le pseudonyme collectif de "Maiastra" de Renaissance de l'Occident?, paru aux éditions Plon. Avec Marie-France GARAND, il fonde notamment en 1982 l'Institut International de Géopolitique. En 1999, il signe pour s'opposer à la guerre en Serbie, la pétition "Les Européens veulent la paix", initiée par le collectif Non à la guerre. En 2003, avec l'ambassadeur de France Pierre MAILLARD, ancien conseiller diplomatique du général de GAULLE, et Henri FOUQUEREAU, président du Mouvement démocrate français, il fonde le Forum pour la France, un regroupement politique qui oeuvre pour "la souveraineté et l'indépendance de la France". Il a milité aussi pour le "non" au référendum sur le projet de traité constitutionnel européen.

Parallèlement à ces activités, il enseigne la stratégie nucléaire et les relations internationale dans les écoles de l'enseignement militaire supérieur français et étranger, notamment aux États-Unis, à Montréal, Tokyo, Séoul, Buenos Aires, Bruxelles... ainsi qu'à la Sorbonne et au Collège de France.

 

Au service de la stratégie de dissuasion française

   Profondément marqué par la défaite française de 1940, GALLOIS voit immédiatement le parti que peut tirer la France de ce qu'il va nommer le pouvoir "égalisateur" de l'atome. Dès 1960, il expose dans son ouvrage majeur, Stratégie de l'âge nucléaire, les propriétés de l'arme et surtout les implications stratégiques qui en procèdent. Il insiste sur la capacité de destruction unitaire du feu nucléaire qui bouleverse les rapports de force classiques et sur son efficacité qui dispense désormais de la recherche de la grande précision. Il fait valoir que, avec l'arme atomique emportée par des engins balistiques qu'aucune défense ne peut contrer efficacement, les notions traditionnelles de la stratégie subissent une transformation radicale. Le rapport traditionnel entre l'offensive et la défensive doit donc être reconsidérer. L'avènement de la stratégie de dissuasion nucléaire en procède directement.

GALLOIS montre que le coût exhorbitant que représente le risque, jamais nul, de représailles massives devient inacceptable dès lors que l'enjeu n'est pas suffisamment élevé. Il suffit de disposer d'une capacité de frappe nucléaire limitée mais assurée parce qu'elle peut survivre à une attaque surprise, susceptible d'infliger des dommages équivalent ou légèrement supérieurs à la valeur de l'enjeu qu'il représente pour un éventuel ennemi. Pour garantir le caractère insupportable de représailles éventuelles, sans avoir à surdimensionner les forces nucléaires et rester dans les limites de coûts supportables, il importe de ne pas prendre pour cible l'appareil militaire de l'adversaire mais bien ses forces vives, grandes villes et centres industriels riches et peuplés. La légitimité du but, protéger l'intérêt vital et lui seul, justifie cette posture choquante pour l'éthique traditionnelle. (Mais il faut dire que cette éthique a déjà bien été écornée par les bombardements massifs de la seconde guerre mondiale...). Car un principe de proportionnalité détermine la crédibilité de la dissuasion. Nul ne peut faire croire  qu'il mettrait en enjeu son intérêt vital pour des enjeux secondaires ou mineurs. Enfin, la crédibilité repose sur la volonté et la fermeté morale des responsables politiques, indépendamment de l'opinion populaire. Il en découle que la validité des alliances s'en trouve sérieusement ébranlée. face à la menace nucléaire c'est plus que jamais l'égoïsme sacré qui prévaudrait en cas de crise grave. Affirmant que dans la crise où se jouerait le vital il ne saurait y avoir délégation du feu nucléaire, GALLOIS tourne en dérision la "farce multilatérale", les acrobaties de la rhétorique de l'OTAN et du ministre de la défense américaine de l'époque MAC NAMARA au point de dénier toute crédibilité à la doctrine de riposte graduée adoptée par l'Alliance.

GALLOIS s'emploie constamment à dénoncer l'absurdité de la course aux armements des deux grandes puissances. Il critique dans L'Adieu aux armées, de 1976, l'incapacité des forces françaises, aux effectifs pléthoriques, d'épouser la logique de la stratégie de dissuasion nucléaire. Le souci de contrer les dérives, qui constamment menacent une stratégie fondée sur la suffisance, fait du général GALLOIS un auteur prolixe dont l'oeuvre se caractérise par la rigueur des raisonnements logiques et un sens aigu de la critique, non exempt d'esprit polémique, comme en témoigne sa querelle avec Raymond ARON.

    Progressivement, les études de GALLOIS s'orientent vers la stratégie classique et la réflexion sur l'enseignement des maîtres (Géopolitique, 1990). Tirant les conséquences de la guerre froide, il est parmi les premiers à déclarer révolu le temps de la dissuasion nucléaire qui doit momentanément laisser la place à une pratique stratégique plus complexe et plus traditionnelle. Ainsi poursuit-il une veille rigoureuse des insuffisances de la réflexion stratégique contemporaine. Au Livre Blanc de 1994, on le voir opposer un Livre Noir (1995) qui dénonce les manquements d'une stratégie sans objectifs perdant de vue les principes de l'autonomie et de l'indépendance nationale diluée dans un projet européen qu'il ne cesse de dénoncer depuis 1974. Fidèle à son engagement national, il combat ce qu'il considère comme les illogismes d'une défense collective européenne qui lui parait aussi utopique qu'incompatible avec les intérêts de la France. (François GERÉ)

 

Pierre-Marie GALLOIS, Le Sablier du siècle, Mémoires, Lausanne, L'Âge d'homme, 1999 ; L'Europe au défi, Plon, 1957 ; Stratégie de l'âge nucléaire, Calmann-Lévy, 1960 ; L'Alliance atlantique, Berger-Levrault (en collaboration), 1961 ; Paradoxes de la paix, Presses du Temps Présent, 1967 ; L'Europe change de maître, L'Herne, 1972 ; La Grande Berne, Plon, 1975 ; L'Adieu aux armées, Albin Michel, 1976 ; Le Renoncement, Plon, 1977 ; La Guerre de cent secondes, Frayard, 1985 ; Géopolitique, les voies de la puissance, Plon, 1990 ; Livre noir de la défense, Plon, 1994 ; Le Sang du pétrole, en deux tomes, L'Âge d'homme, 1995 ; Le Soleil d'Allah aveugle l'Occident, L'Âge d'homme, 1995 ; La France sort-elle de l'Histoire?, L'Âge d'homme, 1999 ; Écrits de guerre, L'Âge d'homme, 2001 ; Le Consentement fatal, Éditions Textuel, 2001 ; L'Année du terrorisme, L'Âge d'homme, 2002 ; L'Heure fatale de l'Occident, L'Âge d'homme, 2004.

Christian MALIS, Pierre Marie Gallois : Géopolitique, histoire, stratégie, L'Âge d'homme, 2009.

François GERÉ, Pierre-Maris Gallois, dans Dictionnaire de la stratégie, Sous la direction de Thierry de MONTBRIAL et de Jean KLEIN, PUF, 2000.

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