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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 14:23

   L'Empire russe, quel qu'ait été sa dénomination, ses limites géographiques et même son centre, a mis longtemps à se constituer réellement et il faut pratiquement attendre l'avènement des Romanov pour que se construise une entité aux dimensions internes et externes de plus en plus développées.

   Officiellement, l'Empire russe est l'entité politique de la Russie de 1721, sous le règne de Pierre 1er, à 1917, année de la déposition de Nicolas II. Il constitue à la fin du XIXe siècle le plus grand Empire connu, plus peuplé que l'Empire allemand et que les États-Unis,  presque 1/6 des terres émergées du globe. En plus des territoires de l'actuelle fédération de Russie, la Russie compte les provinces baltes, la majeure parties de l'Ukraine, la Béliorussie, une partie de la Pologne, la moldavie orientale (actuelle République de Moldavie), le Caucase, le grand-duché de Finlande et une partie importante de l'Asie centrale, sans compter les colonies russes des Amériques, essentiellement l'Alaska vendue aux États-Unis en 1867), et la ville fortifiée de Port-Arthur, louée à bail à la Chine en 1894. En 1914, l'Empire russe se subdivise en 81 gouvernements et 20 régions, survivances d'anciens fiefs de boyards, qui entretiennent avec le centre des relations très diverses et... très compliquées...

   L'Histoire de la Russie est celle de la formation d'un vaste empire qui, du Xe au XXe siècle, s'est peu à peu étendu, à partir des plaines de l'Europe orientale aux rives du Pacifique et aux montagnes d'Asie centrale. Le mot "Russie" désigne un domaine où se sont rassemblés - avec peine et avec des phases d'expansion et de retours en arrière - des peuples divers, en grosse majorité slaves orientaux (Russes, Ukrainiens, Béliorusses), qui, dans leur progression vers l'Est, occupant une Sibérie presque vide d'hommes et promise désormais de nos jours à cause du réchauffement climatique à une autre histoire, ont européanisé la partie nord du continent asiatique et englobé, en Europe même ainsi qu'aux marges des pays conquis, quelque deux cents nationalités allogènes, d'importance relative très variée, où domine l'élément turc.

   Ce fut d'abord, expliquent Michel LESAGE et Roger PORTAL, le Grand Empire qui s'étendait sur tout le bassin du Dniepr avec Kiev pour capitale. Les princes de Kiev nouèrent des relations avec Byzance et adoptèrent la religion orthodoxe et l'alphabet grec. Au XIIe siècle, la prépondérance passa de Kiev aux cités russes du bassin de la Volga. Au XIIIe siècle, l'invasion des Mongols mit un terme à cette expansion vers l'Est. L'asservissement des principautés russes à l'empire de la Horde d'Or dura jusqu'au XVe siècle. La Russie fut détachée de l'Europe pour être incorporée à l'Asie. Cet écartèlement ne cessa de peser sur son destin. Parmi les vassaux de la Horde figuraient les princes de de Moscou, ville située au carrefour de routes fluviales, d'autant plus importantes qu'elles étaient les seules praticables dans une région de vastes forêts. Comment la petite principauté de Moscou parvint-elle à fonder une nouvelle Russie? Probablement grâce à la politique prudente de ses princes, qui se firent les agents zélés de la domination mongole jusqu'au moment où ils se sentirent assez forts pour se retourner contre elle. Une première insurrection échoua au XIVe siècle. C'est sous le règne d'Ivan III, contemporain du roi de France Louis XI, que fut libérée et unifiée la Russie, à la fin du XVe siècle, tandis qu'étaient renoués les liens avec l'Europe. Mais un long temps s'écoula avant qua l'influence européenne ne devint prépondérante. C'est Pierre le Grand, qui, au XVIIIe siècle, a fait de la Russie un État moderne, favorisant l'évolution de la société, développant l'économie et une fiscalité, encourageant la naissance d'une nouvelle culture, amorçant la constitution d'une administration permanente, tant civile que militaire. Avec Catherine II, la Russie prend place parmi les monarchies dites éclairées de l'Europe. Non sans une brutalité qui est de temps temps la marque d'un régime autocratique et autoritaire, d'autant plus importante qu'il s'agit de populations turbulentes à velléités d'indépendance (Pologne, États baltes...). Cette brutalité s'exprime lors des différents partages de la Pologne, jusqu'aux conditions de la victoire des alliances européennes contre la France de Révolution et de Napoléon.

La Russie ne renonce jamais à regarder vers l'Orient où s'effondre la domination turque et n'échappe pas, bien qu'elle ait été l'un des inspiratrices de la Sainte-Alliance, à la contagion révolutionnaire. Libéral, Alexandre II doit revenir sur ses réformes après l'insurrection polonaise de 1863 et les progrès de l'opposition. La répression est encore aggravée par Alexandre III ENTRE 1881 et 1894. Elle ne fait que retarder une échéance qui paraît inévitable. La révolution de 1904-1905 annonce l'effondrement de la dynastie des Romanov en 1917. La république socialiste fédérative soviétique sera pour plus de 70 ans la plus puissante des républiques de l'Union Soviétique. La Fédération de Russie, qui fait partie depuis décembre 1991 de la Communauté des États indépendants, se pose en successeur de l'URSS. (Michel LESAGE et Roger PORTAL).

       La géopolitique russe, au temps moderne, est d'abord celle d'un État multi-ethnique et multi-confessionnel, enclavé, et qui cherche à accéder à des façades maritimes : Baltique, mer Noire, mer Caspienne.

Au XVIIIe siècle, l'affaiblissement de ses voisins ottomans, perses, chinois, suédois, polonais, permet à la Russie de s'agrandir; tout en devenant une puissance européenne à part entière, surtout après qu'elle eût repoussé les armées françaises de NAPOLÉON. Durant le XIXe siècle, la Russie se servit du panslavisme et de la panorthodoxie pour s'étendre. Elle est aussi devenue une puissance américaine, présente en Alaska et en Californie. Mais surtout, elle est une puissance incontournable du concert européen, notamment à la suite du partage de la Pologne. Dès lors, ses objectifs se tournent vers le Sud, vers la conquête du Caucase, de la mer Noire, de la mer Caspienne et des steppes transcaspiennes de l'Asie centrale. La Russie déploie aussi des ambitions encore plus lointaines vers le golfe Persique, le Proche Orient arabe, la périphérie de la Chine - Tibet, Turkestan chinois - vers l'Inde et la Corée. Dans cette voracité territoriale, que rien ne semble arrêter, la Russie s'oppose à la Grande-Bretagne qui poursuit , en partie, les mêmes objectifs et qui s'alarme de l'avance russe, vers l'Inde, à travers la Perse et l'Afghanistan. L'essor de la rivalité austro-russe dans les Balkans où Saint-Petersbourg souhaite prendre pied par le truchement des peuples slaves et orthodoxes aboutit, au XXe siècle, à une refonte du dispositif géopolitique russe. L'Autriche, appuyée par Berlin, voit progressivement la Russie se rapprocher de la France et de la Grande-Bretagne pour contenir la poussée germano-autrichienne dans les Balkans. Dans ses calculs stratégiques, la Russie, lorsqu'elle entre en guerre en 1914, veut démembrer l'Empire ottoman et l'Empire perse, s'installer à Constantinople, au Moyen-Orient et dans les Balkans, et si possible sur l'océan Indien. (Aymeric CHAUPRADE, François THUAL). Le déroulement de la première guerre mondiale met en échec toute cette stratégie, d'autant que les dissensions internes reviennent au premier plan, malgré toutes les répressions effectuées tout au long du règne des Romanov. L'incapacité du régime de faire face à ses divisions tant politiques que sociales et économiques, joint à la perte de prestige liée aux échecs militaires, précipite le pays dans la guerre civile.

 

Une longue maturation historique grevée par des rivalités entre nobles.

    Alors qu'en Occident, et cela est d'autant plus vrai qu'on se tourne vers l'Ouest, un mouvement centrifuge favorisé par un maillage religieux (nommé catholique), entraine la formation d'États au détriment de toute une chaîne de seigneuries féodales, les rivalités tenaces entre boyards à puissances plus ou moins équivalentes, alors même que les pouvoirs établis à Kiev et à Moscou tentent des entreprises hégémoniques contrariées (notamment par de nombreuses invasions...), figent des situations centripètes fortes, et cela même en dépit d'un autre maillage chrétien, celui de la religion orthodoxe. La situation géographique des contrées observées ici a bien entendu une importance majeure, de même que les conditions d'exploitation des sols et des voies navigables, mais le poids de certaines traditions (familiales notamment) détermine souvent l'issue des possibles.

 

L'Empire Rus' de Kiev

    Le premier pôle où se manifeste une stratégie d'Empire se situe dans uns partie des actuelles Ukraine, Biélorussie et Russie. Fondée à l'origine par les Varègues et centré sur Novgorod, la Rus' établit son pôle à la fin du IXe siècle à Kiev, cité slave prise par les Varègues en 864, auparavant occupée surtout par un peuple turc semi-nomade. Au XIe siècle, la Rus' de Kiev est l'État d'Europe le plus étendu, atteignant la mer Nore, la Volga, ainsi que le royaume de Pologne, culturellement et ethniquement diverse, comprenant des populations slave, germaniques, finno-ougriennes et baltes. La Rus" st d'abord dirigée par une dynastie d'origine scandinave, les Riourikides, rapidement slavisés. Pendant les règnes de Vladimir le Grand (980-1015) et se son fils Iaroslav le Sage (1019-1054), les conversions à l'orthodoxie se multiplient, et émerge la langue slave écrite, notamment dans des codes juridiques. Cet essor, dû aux voies commerciales alors existantes entre la Scandinavie (bois, peaux, esclaves contre cire d'abeille, soie et or) et Constantinople, voies contrôlées par la Rus'. Les conditions de l'accumulation des richesses aux mains de Kiev sont celles du résultat de luttes sanglantes au sein de la même famille de Riourik, et sont en fin de compte mal connues, les historiens se contestant les uns les autres... Essentiellement, c'est sous forme de tributs imposés aux vaincus, par une série de rois relativement chanceux en terme de victoires de leurs armées (Oleg le Sage (fondateur du royaume en 880, Sviatoslav 1er (945-972)), et poussant jusqu'à tenter de piller Constantinople, que cette accumulation permet de payer les armées, de recruter des chefs militaires, et dans une deuxième période de son histoire de tenter d'instaurer un ordre successoral cohérent, condition importante pour la pérennité des conquêtes. La religion orthodoxe constitue alors un moyen de cimenter les fidélités pour Vladimir Le Grand. Des guerres civiles (notamment de 1015 à 1019) et des invasions (notamment venant de Pologne en 1018) constituent de grandes épreuves pour la dynastie régnante, prise également dans la difficulté de faire reconnaitre une lignée légitime, difficulté qui n'est surmontée qu'en cédant aux nombreux prétendants des territoires, jusqu'à transformer la Rus" en principautés dynastiques (1097) au congrès de Lioubetch - accalmie avant reprise de guerre civile - qui fait du pouvoir à Kiev un pouvoir plus nominal qu'effectif, un peu à l'image, mais sans doute en plus dégradé, du Saint Empire Romain Germanique... C'est précisément cette guerre civile aux multiples acteurs, tous enclins chacun à prendre le plus de rapines possibles, qui entraine le déclin de Kiev et l'essor de centres régionaux au XIIe siècle. Point de volonté d'Empire chez ces prétendants (jusqu'à 64 principautés), seulement la même manie kleptomane que l'on retrouve aussi ailleurs... et cela avant même l'invasion mongole. Parmi ces principautés, celle de Vladimir-Souzdal donne "naissance", par scission, à la principauté de Moscou en 1276, à la suite de la succession d'Alexandre NEVSKI.

Quels sont donc les ressorts insuffisants de cette puissance balbutiante qu'est la Rus' de Kiev? Ce n'est pas seulement une question d'histoire, c'est aussi encore un enjeu culturel pour l'Ukraine dont les historiens - contre les historiens russes jusqu'alors hégémoniques - veulent se réapproprier la réalité, les logiques... et le prestige!  Disons tout de suite que cette querelle est très contemporaine, puis que la notion même d'identité russe, biélorusse et ukrainienne est étrangère aux populations du moment...

- une société sans institutions fortes. Malgré une culture assez avancée par rapport à l'Europe occidentale (alphabétisation, urbanisation avec système d'égout et pavage en bois des rues, droits accordés aux femmes, système pénal surtout avec système d'amendes)n la société ne dispose pas d'institutions fortes basées sur les classes sociales ni de mouvement communal (pouvoir venant des villes) comme plus à l'Ouest. Si les artisans et les commerçants exercent une certaine influence politique via l'assemble municipale, le vetché, qui opère d'ailleurs sur les dirigeants une pression constante, génératrice d'une instabilité permanente (expulsion, remplacement...). A la base de la société se trouve un nombre importants d'esclave et la classe de paysan tributaire de leur seigneur, proche des serfs, fait qu'il n'existe pas dans la Rus' à la différence de l'Europe occidentale ou dans l'Empire russe ultérieur, de système généralisé de servage. La plus grand classe sociale est composé de paysans libres qui ne rend que peu de compte à des seigneurs...

- un système de succession qui disperse de richesses. Les prétendants au trône changent de fief à chaque fois que leur place dans la hiérarchie féodale change. Ils s'occupent, au fur et à mesure de leur ascension d'un territoire plus lucratif en abandonnant l'autre, laissant ainsi aux classes inférieures - surtout les artisans et les marchands - une grand latitude dans les décisions, quitte à attendre qu'un "mauvais" prince dégage de la scène. Les boyards - seigneurs - n'ont aucune pouvoir légal pour s'opposer à la volonté du prince, mais il semble que dans la Rus' de Kiev, ils soient devenus consultants et conseillers du prince, avec tous les conflits entre eux que cela comporte. D'importantes frictions opposent le vetché, assemblée d'hommes libres, aux princes, facteur de fragmentation de l'ensemble du Rus'.

- un commerce, notamment agricole, qui rend la classe des marchands très riches, soumis aux aléas de conflits armés... Il existe une certain circularité entre richesse en produits agricoles, transit de marchandises de plus en important, augmentation des convoitises, attaques des convois et entreprises de contrôles des routes de plus en plus fréquentes...

- la persistance d'un paganisme empêchant le christianisme d'avoir son rôle fédérateur puissant. La multiplicité des divinités empêche le système des princes d'acquérir la légitimité religieuse. L'évolution de l'art religieux, de la canonisation des saints et de l'influence de la société sur la religion permettent à l'orthodoxie de progresser, mais trop lentement pour conforter un pouvoir qui de toute façon n'attire les princes que temporairement, ceux-ci "circulant" d'une principauté à l'autre au fur et à mesure que les places se libèrent, et les places se libèrent vite dans un monde où l'espérance de vie est courte et les combats violents fréquents...

      On pourrait écrire que l'Empire Rus' ne subsiste que difficilement, à part dans certaines périodes, à cause d'un désintérêt des puissants, à la poursuite de situations plus attractives, poussés d'ailleurs vers la sortie par les vetchés... Les strates supérieures de la société semblent plutôt être attirées par le prestige des relations "au haut niveau" avec les classes princières ou royales situées plus à l'Ouest, pris dans des stratégies matrimoniales... et par une mobilité importante (toute la maison voyage), que par la gestion de leurs propres domaines, sans doute jugés d'appartenance temporaire...

    Les Slaves ont fait, à la fin de l'Antiquité, leur entrée dans l'Histoire, surtout via le groupe oriental - ancêtres des Biélorusses, des Russes et des Ukrainiens - série de tribus déjà groupées autour de centres proto-urbains, dont l'un fut à l'origine de la ville de Kiev. Cette mosaïque, encore unie - lâchement - par la langue écrite, la culture et la religion subit le choc des invasions mongoles de 1237-1240, dont on considère généralement qu'elles marquent la période "kiévienne" et le début de l'histoire différenciée des peuples slaves orientaux modernes.

 

L'Empire de la Moscovie

      Du XIII au XIVe siècle, l'une des principautés, la Moscovie, dirigée par des princes habiles - en tout cas plus que leurs homologues dans d'autres principauté - annexe progressivement tous les autres pour devenir la Russie. Ce mouvement centripète est toutefois très contrarié par la tradition de partage des territoires entre les différents fils de prince, engendrant des dissensions et même une guerre civile (c'est-à-dire une suite de combats plus longs et plus étendus que les autres) entre 1425 et 1453. Profitant de la division de l'Empire mongol (en plusieurs khanats), une succession de princes s'essaient à libérer la Moscovie de leur joug et notamment Ivan III (monté sur le trône en 1462) et à absorber les autres principautés russes. En 1458, Ivan III prend le titre de "souverain de toute la Rus'", donnant le coup d'envoi à l'expression de nouvelles ambitions. Ses successeurs Vassili III !1505-1533) et Ivan IV "Le Terrible" (1547-1584), sans doute pas plus (mais pas moins!) terrible en réalité que les autres précédents, mais probablement en but à plus d'oppositions qui s'expriment notamment en diffusant cette image, d'autant que ce dernier prend le titre contesté de "tsar", poursuivent cette oeuvre d'unification, sans parvenir à obtenir l'accès à la mer Baltique (se heurtant à une coalition entre l'Empire suédois, la Pologne et la Lituanie). Désormais, l'expansion de la Russie vers l'Est n'a plus d'obstacle sérieux. La colonisation par les paysans russes du vaste bassin de la Volga et de l'Oural prend son essor... Des paysans, des fugitifs et sans doute pas mal d'exilés (l'habitude d'éloigner les rivaux en leur confiant des terres à l'Est s'ancre bien...), parmi eux les cosaques s'installent sur les marges et s'organisent en "armée" tout en jouant les rôles de pionniers et de garde-frontières. Ivan IV peut se considérer comme l'unique héritier de Vladimir, bien qu'il ne possède pas la ville de Kiev aux mains de la dynastie lituanienne des Jagellons. Cette dernière avait alors conquis la plupart des territoires de la Rus' occidental.

 

Le tsarat de Russie

    Une nouvelle période s'ouvre, celle du tsarat de Russie, où des dirigeants ambitieux tentent, tant bien que mal, car leur puissance est basée surtout sur leur capacité à fédérer un moment des nobles très sourcilleux, de consolider leur territoire, pris par ailleurs vers 1600-1603 dans un changement climatique provoqué par des éruptions volcaniques en Islande.

   Il est parfois difficile pour les historiens de savoir si les titres que se donnent les souverains russes, qui les mettent sur un pied d'égalité avec les empereurs byzantins, le khan mongol ou les rois européens qui les reconnaissent en tant que tels, coïncident avec une réalité du pouvoir à l'intérieur de leurs propres territoires et une emprise réelle sur les puissances diverses nommément sous leur autorité. Toujours est-il que la cour de Moscou adopte le cérémonial byzantin, les rituels, les titres et les emblèmes. C'est surtout à partir du règne d'Ivan IV le Terrible que sans doute une réalité du pouvoir (fiscal, celui de lever les armées, juridique, soutien de l'Église orthodoxe, organisation administrative, contrôle des routes et des points de passage avec les pays voisins...) se manifeste.

Toujours est-il que l'expansion militaire de la Russie se poursuit, signe d'une capacité à lever des troupes et à les mener. Sur le plan interne, ce dernier souverain développe une hostilité à l'égard de ses conseillers, du gouvernement, et des boyard, jusqu'à constituer une gestion du pouvoir en deux parties : un domaine privé (sur les territoires les plus prospères) et les régions qui conservent leurs anciennes administrations. Les méthodes employées sont souvent brutales et confiscation rime avec exil, massacre et exécutions. Par cette politique, Ivan IV réussit à briser le pouvoir économique des principales familles de boyards, mais en contrepartie assoit sa légitimité non sur la fidélité mais sur la peur, la terreur. Cette "gouvernance" par la violence est la marque du tsarat, même après lui, et il suffit de mauvaises récoltes, d'une mauvaise conjoncture économique pour que le pouvoir central soit menacé, les ambitions de la Pologne ou de la Suède se manifestant sous la forme d'une ingérence non seulement territoriale mais aussi dynastique. La Pologne occupe d'ailleurs le Kremlin à Moscou en 1609 et des boyards acceptent un moment Ladislas IV Vass, fils du roi Sigismond III de Pologne, comme tsar de Russie. Guerre civile et guerre étrangère se mêlent, usurpateurs soutenus par des camps opposés s'aident d'armée de "volontaires" financées de manière obscure et pendant ce temps, aux environs des grandes villes, les terres changent parfois de mains, des fonctionnaires mettant mains basses sur elles pour accroitre leur domaine et transformer le domaine viager en fief héréditaire, s'efforçant de faire tomber les tenanciers en servage... C'est presque une tradition nationale : aux moments de faiblesses de l'État central (comme au moment de la chute de l'URSS), les fonctionnaires transforment des domaines publics en domaines "réservés" ou privés... Ce n'est, conjoncturellement, qu'au moment où se confondent "sursaut national" provoqué par les exactions mêmes des soldats "étrangers", désunion dans les pays voisins et regain de commerce et de récoltes, qu'une famille princière réussit à acquérir une légitimité pour asseoir une nouvelle dynastie aux membres préoccupés de rétablissement d'ordre et de sécurité militaire. C'est ce qui se passe avec les Romanov à la fin de la guerre polono-russe (1605-1618).

 

L'ère des Romanov et de l'Empire russe

     La maison Romanov règne sur la Russie depuis l'élection du 21 février 1613 de Michel Ier jusqu'à l'exécution le 16 juillet 1918 de Nicolas II. Pendant toute cette période vit réellement un Empire ; la maison des Holstein-Gottorp, une branche de la maison d'Oldenbourg, est originaire de Novgorod. C'est une des nombreuses familles des boyards qui font vivre et pillent en même temps des portions d'un vaste territoire, qui, grâce à l'action de Kouzma Minime, se hisse au trône impérial et bon an mal s'y maintient... Une succession d'hommes et de femmes consolident ce que le premier d'entre eux, nomme Empire de Russie (les précédents s'appelant encore Tsars) :  Pierre 1er (1682-1725), Catherine 1er (1725-1727), Pierre II (1727-1730), Anne 1er (1730-1740), Ivan VI (1740-1741), Elisabeth Petrovna (1740-1762), Pierre III (1762), Catherine II (1762-1796), Paul 1er (1796-1801), Alexandre 1er (1801-1825), Nicolas 1er (1825-1855), Alexandre II (1855-1881), Alexandre III (1881-1894), Nicolas II (1894-1918). Tous se succèdent les uns les autres possédant réellement le pouvoir ou étant possédé par lui. Loin d'être simplement une succession de père ou mère à fils ou fille, cette suite de monarques règne dangereusement (quelques assassinats, quelques tutelles), pris dans des intrigues qui mêlent ambitions rivales et velléités de prises d'autres trônes à l'extérieur de la Russie... Et n'ayant pas, et parfois pas du tout, les mêmes conceptions du pouvoir sur leurs sujets et n'ayant pas non plus les mêmes marges de manoeuvre pour régner, sans compter des alliances très changeantes parmi les nobles. Varient aussi l'orientation culturelle de beaucoup, et ce n'est qu'à partir du règne de Catherine II - qualifiée de "despote éclairée" - que réellement est choisie délibérément l'inscription de la Russie dans un ensemble européen, nonobstant la conservation de l'emprise sur tout l'Est, et sur une partie, anciennement byzantine ou turque au Sud de l'Empire.

Mais l'essentiel à propos de cette dynastie des Romanov n'est sans doute pas là. Car l'illusion de cette permanence du pouvoir - qui est une sorte de stratégie idéologique d'occupation du pouvoir, stratégie d'ailleurs soutenue par l'Église orthodoxe - qui fait ériger au titre de monarque des enfants (et même un bébé), est surtout entretenue par les plus proches de leurs conseillers directs, qui ne sont pas loin de posséder les leviers du pouvoir symbolique, mélanges de nobles et d'ecclésiastiques, dont aucun ne se dégage en compétence et en rigueur, à l'égal d'un Colbert ou d'un Vauban.

   Dans cette Maison des Romanov, qui se maintient d'ailleurs à force de consanguinité, seuls s'en dégagent Pierre 1er, qui fait de la Russie une nation européenne par des réformes profondes, Catherine II et Nicolas 1er.

 

Une structure sociale "traditionnelle" et pratiquement immuable... ou une sorte de fuite en avant vers la puissance extérieure au détriment d'un véritable renforcement intérieur des soutiens de la population envers le régime. Un empire à puissance extensive croissante mais à cohésion interne fragile.

     La structure des classes sociales n'est pas du tout, et ne le sera jamais, de type occidental, et seules certaines d'entre elles adhérent à l'idéal des Lumières au XVIIIe siècle. Ce qui frappe toutefois, c'est la netteté des frontières qui séparent les boyards (métier des armes, offices publics, propriétaires les plus importants), les bourgeois des villes (commerçants et artisans), religieux (prêtres et moines de l'Église orthodoxe, qui assure la cohésion de l'ensemble, et qui se plient pour une grande part aux réformes de Pierre 1er), et les paysans (la plus grande partie de la population, divisés entre hommes libres possesseurs des terres, liés au trône par le service militaire et serfs, captifs eux des boyards et des monastères, soumis aux corvées et assignés à résidence). Les hiérarchies sont très marquées, de même que le caractère patriarcal (du trône aux villages) de l'autorité exercée, souvent de manière brute, brutale et parfois violente. Les institutions administratives centrales restent longtemps rudimentaires, assurant tout juste la collecte des impôts et le contrôle des mouvements de population, l'essentiel des pouvoirs (de justice, d'administration...) restant locales, et cela d'autant plus que de véritables États provinciaux (autant de Russies) subsistent jusqu'à la veille de la Révolution. Malgré des tentatives d'occidentalisation dans l'organisation judiciaire (tant dans l'ordonnancement des attributions que dans le contenu des peines), le pouvoir s'exerce, dans d'immenses territoires pas toujours accessibles et parfois peu visités par les souverains - tout orientés en esprit par la diplomatie européenne. On remarque cette persistance, sauf chez certains empereurs réformateurs, d'un manque d'intérêt pour leurs propres territoires, même en pleine industrialisation...

   Le développement économique, auquel s'intéresse une partie de la noblesse, elle-même surtout occupée à faire fonctionner l'État, intervient donc surtout dans le courant du XVIIIe siècle. Un ensemble d'évolution la favorise en même temps qu'elle renforce l'État, dans des conditions que rendent celui-ci en fin de compte extrêmement fragile. On peut écrire que les entreprises napoléonienne ont joué un rôle accélérateur dans l'évolution de l'État et de la société vers un régime absolutiste, conservateur, expansionniste.

- Après une longue guerre avec la Suède, la Russie de Pierre le Grand obtient un accès à la mer Baltique. Construction de Saint-Petersbourg (à partir de 1712 la nouvelle capitali), constitution d'une industrie métallurgique, la première d'Occident à l'époque, qui soutient l'effort de guerre, extension des frontières vers l'Ouest (au détriment de la Pologne), conquête de l'Ukraine et de la Biélorussie, colonisation par les Cosaques de la Sibérie, exploration de l'Alaska, font de la Russie l'État le plus important d'Europe...

- Un code édicté en 1649 lie désormais le paysan et ses descendants à la terre et à son propriétaire, généralisant et officialisant le servage, à contre-sens de l'évolution du statut du paysan en Europe occidentale. Cette disposition permet au tsar de s'attacher personnellement les propriétaires terriens, qui ne sont pas, contrairement encore à l'Occident, reliés dans une cascade de droits féodaux, et ne sont dépendants que de lui. C'est sur cette masse de propriétaires que le souverain compte pour asseoir son pouvoir. Le mécontentement des paysans et d'une classe naissante d'ouvriers, exploités par ces propriétaires, lourdement taxés par la fiscalité ce l'État en pleine croissance déclenchent au XVIIe et XVIIIe siècles de nombreuses révoltes paysannes dont la plus importante, menée par le cosaque POUGATCHEV, parvient à menacer le trône avant d'être écrasée (1773). L'Église à l'époque joue un rôle idéologique essentiel dans la société russe, leurs monastères étant dotés par les tsars et par les grands boyards d'immenses domaines, tant pour assurer les Romanov de la fidélité de la plus grande partie des propriétaires  que pour assurer de la même loyauté les masses paysannes et les ouvriers par rapport à l'État, donc aux propriétaires...

- Si la période située entre 1725 et 1762 est caractérisée comme l'époque des révolutions de palais (en 87 ans, 6 souverains), et si sous le régime absolutiste, la personnalité du souverain a une très grande importante dans la mesure où le monarque détient la totalité du pouvoir, ces révolutions de palais et le caractère des personnes proclamées tsar ne peuvent pas être considérés comme les événements principaux de cette époque. Car la haute administration, chapeautée par les conseillers directs, conserve l'intégrité de l'État. Au premier rang de laquelle figure la garde, à la fois armée personnelle du souverain et corps de protection de sa personne. Organisation policière militaire, très homogène, aux membres annoblis et donnant naissance à des familles illustres, elle personnifie la noblesse russe "distinguée". Elle est très différente de celle du XVIIe siècle, à une époque où les strelzi - les soldats de la garde de Moscou - étaient encore étroitement liée aux habitants des faubourgs et pouvaient constituer un danger pour la noblesse. Ces révolutions du palais, risibles pour les observateurs étrangers, ne concernaient que des cercles retreints et ne mettaient en jeu que les intérêts des côteries de la haute noblesse. La bureaucratie de la garde, structurée grâce à un "Tableau des Rangs", constitue alors pleinement un corps de fonctionnaire fidèle à la Monarchie comprise globalement, fonctionnant en roue libre, son "chef" pouvant changer sans changer ni sa fonction, ni ses objectifs, ni son fonctionnement, tout entier orienter vers l'accomplissement des droits régaliens : levée de l'armée, rentrées fiscales, stabilité civile...

- Plus que les mouvements divers au sommet de l'État, qui n'influent guère alors sur les changements profonds dans l'appareil d'État, l'évolution de la situation dans la hiérarchie bureaucratique influe sur la réalité de l'Empire. La fonction, le mérite, l'ancienneté du service prend plus d'importance que le lignage, à contresens d'une représentation traditionnelle de la noblesse sur elle-même. Avec l'identification entre la vocina (le patrimoine nobiliaire) et la pomestié (le domaine octroyé par l'État), la mise en application du "Tableau des Rangs" et la suppression plus ou moins complète de l'obligation du Service, la noblesse russe "distinguée" perd les caractères qu'elle héritait du Moyen Age et les anciennes distinctions formelles qui la divise s'effacent. Désormais, ce ne sont plus les services rendus par ses ancêtres qui déterminent la situation d'un noble dans la société mais l'importance de ses possessions et le rang auquel il s'est personnellement élevé dans l'administration en raison de son ancienneté. Vers le milieu du XVIIIe siècle, après l'échec des tentatives oligarchiques des membres du conseil secret suprême (les verkhovniki), les intérêts de la minorité aristocratique se confondent déjà, pour l'essentiel, avec ceux de l'ensemble de la noblesse. Cependant, l'exploitation des paysans et des couches laborieuses des villes s'intensifie, provoquant un mécontentement qui parfois tourne à l'émeute. La politique extérieure plus active conduit en effet l'État à être plus exigeant et à renforcer les pouvoir des fonctionnaires et de l'armée. Ces transformations vont par la suite faire de l'appareil d'État une immense machine bureaucratique indépendante et aboutir à la toute puissance des fonctionnaires et de la police sur un peuple dépossédé de tous ses droits.

- Cette aggravation de la lutte des classes oblige les gouvernements que domine la noblesse à prendre des mesures législatives "sociales". Tandis que la condition des serfs s'aggrave au point de se confondre avec l'esclavage, les privilèges et les droits de la noblesse sont continuellement renforcés. Les restrictions qui limitaient la faculté de disposer des serfs sont en particulier abolies et les charges se son "service" allégées. Tout se passe comme si, au fur et à mesure des besoins de l'État, la noblesse se décharge de plus en plus sur les serfs pour assurer les besoins en matériels, en hommes, en ravitaillement... Et dans le même mouvement, cette même noblesse se trouve pourvue de plus en plus de droits et détachées de plus en plus d'obligations. Et cela s'aggrave notablement dans la foulée d'une première industrialisation vers 1750 où l'activité de la noblesse se transforme. Elle s'efforçait d'utiliser le système du servage dans des conditions nouvelles et surtout la haute noblesse entreprend de monopoliser toutes les branches d'activité économiques liées à l'exploitation de la terre et des serfs. Pris d'une fièvre industrielle, ses membres deviennent propriétaires de fabriques et de grosses exploitations, organisent des sociétés commerciales, réclament des droits de monopole sur certaines marchandises. Ce développement industriel et commercial enrichit la noblesse et dans une certaine mesure les couches les plus aisées des villes et des campagnes. Malgré les progrès de son importance économique, la bourgeoisie en train de se former n'a cependant que des droits politiques très inférieurs à ceux de la noblesse et les nouveaux riches n'aspirent qu'à entrer... dans la noblesse. Les anciens comme les nouveaux tendent à reproduire dans les usines les mêmes conditions de travail et de subsistances que pour les serfs, même si les ouvriers sont présents de manières beaucoup plus concentrées dans les fabriques.

- Devant l'aggravation des inégalités de tout ordre et surtout devant comme un rétrécissement et un allongement de la pyramide sociale vers le haut, laissant l'énorme base dans le besoin et bien plus exposée aux aléas des mauvaises années, que ce soit de récoltes ou de méventes de produits industriels, se multiplient des projets de réformes, surtout vers 1780, dont on discute beaucoup dans les salons - donnant l'impression d'un siècle des Lumières russes, mais qui n'aboutissent que rarement de manière concrète. Parmi eux, les projets  - aristocratiques, mais aussi tendant à réduire les privilèges de la noblesse - du comte Petr Ivanov SUVALOV furent particulièrement nombreux et importants. Dans l'ensemble, les "intellectuels" étaient bien plus préoccupés, ainsi que la Monarchie, par une réforme des douanes, des impôts indirects et de l'état de la monnaie, pour réduire les dépenses et augmenter les recettes de l'État que d'améliorer le sort de la paysannerie ou de la classe ouvrière, envers lesquels le sentiment le plus marquant dans les cours princières était le mépris.

- L'attention des tsars se porte bien plus sur les réformes nécessaires de l'armée, tant pour maintenir un ordre intérieur traversé de révoltes tant au long des XVIII et XIXe siècles que pour faire face à des revers cinglants dans la politique d'expansion, que sur les moyens économiques. Mais ici, les réformes militaires entreprises portent souvent leurs fruits, tant celles entreprises vers la fin du XVIIIe siècle (et qui allaient permettre de vaincre les armées françaises et faire de l'armée russe la première d'Europe) que celles du milieu du XIXe siècle (1861-1874).

Cependant, la disproportion entre la grandeur des desseins politiques et la faiblesse des moyens économiques et financiers du pays est sensible, et si par l'industrialisation , notamment par conquête des marchés asiatiques, la Monarchie tente d'y pallier, l'effort reste trop faible et tardif (postérieur à 1880).

- Malgré toutes les difficultés et les mécontentements à la ville et à la campagne,, la monarchie réussit à maintenir son pouvoir jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle. La constitution d'un prolétariat vers les années 1880, concentré dans des grandes villes et des régions déterminées, la montée d'oppositions dans un nouvelle intelligentsia recrutée parmi les éléments des classes moyennes, popes, fils de popes, cadets d'écoles militaires, nobles ruinés, médecins, instituteurs, ens instruits et véritables "émigrés de l'intérieur" qui refusent l'absolutisme, qui développe des actions alternativement ou parallèlement pacifiques et violentes, la floraison de propositions "révolutionnaires" populistes, pas seulement en provenance des milieux marxistes, une manière de gouverner inchangée, faites d'oukases (non tout-à fait officiels des mesures gouvernementales, malgré précisément une élévation considérable d'éducation niveau scolaire et universitaire, elle-même nourrie par une vie culturelle foisonnante dans de nombreux foyers, une perte d'autorité de la monarchie suite à des défaites militaires (côté asiatique notamment), alors que précisément celle-ci compte depuis des lustres sur le prestige de la force de sa police et de son armée, tout cela forme un cocktail auquel elle ne résiste pas. Les révoltes sporadiques vite réprimées font place à un climat de violences politiques continuelles dans certaines campagnes et dans certaines villes, là où précisément le pouvoir veut tirer l'essentiel de ses ressources. Malgré la mise sur pied - tardive - d'une réforme politique qui transforme le régime en une monarchie constitutionnelle, au début du XXe siècle, la vie politique participe à ce climat de violence, venant de nombreux partis politiques. Devant les désastres militaires de la première guerre mondiale, l'armée n'étant pas préparée à la nouvelle guerre moderne ni moralement (un état des relations entre soldats et officiers... conflictuel!) ni matériellement, et l'industrie ne pouvant faire face à l'alimenter d'armements nouveaux, les mouvements de révoltes et d'insurrections débouchent sur la révolution de 1917.

- Avec l'avènement de l'URSS s'achève l'ère des Romanov et c'est une toute autre époque historique qui s'ouvre, même si ce n'est pas celle dont rêvaient les révolutionnaires, notamment marxistes. C'est une autre forme de stratégie impériale qui se met en place, mais après une guerre civile, qui est aussi une guerre idéologique et politique entre puissances occidentales capitalistes et forces armées soutenant une nouvelle idée de l'organisation du pouvoir (économique notamment) qui dure jusqu'à l'orée des années 1930. A noter que bien des caractéristiques sont héritées par le régime soit-disant soviétique et communiste qui se met alors en place : une conception très rigide de l'autorité, un rapport de soumission au pouvoir plutôt que de participation au pouvoir, Staline étant vu comme un nouveau tsar, et le Parti remplaçant d'Église, un fonctionnement économique qui depuis des lustres - et ici pour des impératifs militaires - favorise les grandes villes au détriment des campagnes, une vie culturelle et institutionnelle surveillée par une police politique très active, cette manière de répondre aux soulèvements par la répression brutale et sanglante et par des déportations, servant également de méthode de colonisation de régions peu développées (goulag, non inventé par les marxistes...)...

 

Michel LESAGE et Roger PORTAL, Histoire de la Russie, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Tchoudinov Alexandre V. et Roi-Tanguy Hélène, Gilbert Romme à propos de l'armée russe au XVIIIe siècle, dans Cahiers du monde russe, volume 40, n°4, octobre-décembre 1999. www.perse.fr, 2018. Sigurd O. SCHMIDT; La politique intérieure du tsarisme au milieu du XVIIIe siècle, dans Annales, Économies, sociétés, civilisations, 21e année, n°1, 1966. www.persee.fr, 2019.

 

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