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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 11:21

    Sociologue espagnol, réalisant au départ nombre de ses études comme auteur marxiste en France, Manuel CASTELLS OLLIVAN, depuis janvier 2020 ministre espagnol des Universités dans le gouvernement espagnol, est un spécialiste de l'espace urbain, puis de la communication.

 

Militantisme et carrière universitaire

    Issu d'une famille très fortement conservatrice, selon ses propres dires, il doit lutter contre pratiquement tout l'environnement culturel pour "être soi-même" et se battre et se politiser dès l'âge de 15 ou 16 ans... .Il quitte l'Espagne à 20 ans pour cause de militantisme antif-franquiste, et étudie en France la sociologie et l'urbanisme. Titulaire d'un diplôme de droit en 1964 à Paris, il développe dans ses travaux une approche structuraliste des formes urbaines et des relations entre l'économie, le social et les structures spatiales. Il s'intéresse particulièrement au rôle de l'État en tant que régulateur des crises urbaines.

    Se succèdent de nombreux livres et articles sur la question urbaine, de La Question urbaine (1972) à The City and the Grassroots (1983).

    Entre 1967 et 1979, il enseigne dan plusieurs universités parisiennes (dont l'université Paris X de Nanterre, qui le congédie pour participation aux manifestations de mai 1968) puis à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris, avant de rejoindre l'Université de Californie à Berckeley. Il s'intéresse alors à la Silicon Valley et à la société de l'information. Il en devient un spécialiste reconnu avec sa trilogie consacrée à "l'Ère de l'information" (1998-1999), qui met particulièrement en évidence les transformations de la société au travers du développement des réseaux. Son livre La Galaxie Internet (2002) en fait une référence sur les nouveaux modes de communication. Il reste très attaché à l'étude du pouvoir, et pas seulement du pouvoir d'État, comme le montre un de ses derniers ouvrages, Communication et pouvoir, en 2013.

Outre son poste à Berckeley, il est directeur de recherche à l'Université ouverte de Catalogne, université virtuellement mondiale qu'il rejoint en 2001.

 

Une oeuvre sociologique importante sur l'urbanisme et la communication

    Il participe à l'ensemble que constitue les études marxistes sur l'urbain dans les années 1970-1980 avant de tenter une synthèse entre sociologie urbaine, études d'organisations, études sur Internet, des mouvements sociaux dans les années 1990-2010.

   Optimiste, CASTELLS soutient que l'ère de l'information peut "libérer le pouvoir de l'esprit", ce qui augmenterait considérablement la productivité des individus et conduirait à une plus grande libération de temps pour les loisirs, permettant aux individus d'atteindre "une plus grande profondeur spirituelle et plus de conscience environnementale". Un tel changement serait positif en ce qu'il entrainerait une diminution de la consommation de ressources. L'ère de l'information, l'âge de la consommation et la Société des réseaux sont autant de perspectives qui définissent la vie moderne.

    Depuis les années 1970, suivant le chemin ouvert par les études d'Alain TOURAINE (qu'il considère comme son père intellectuel), il ouvre dans une perspective marxiste tout un pan de la sociologie urbaine, qui met l'accent sur le rôle des mouvements sociaux dans la transformation conflictuelle de la ville (ce qui est une des principales caractéristiques selon lui de la société post-industrielle). Il étudie tout un éventail de luttes sociales, déplacées de la strate purement économique à la strate politique par l'intervention de l'État.  

    Transcendant, mais sans en renier la pertinence, les structures marxistes au début des années 1980, en se concentrant sur le rôle des nouvelles technologies dans la restructuration de l'économie : il introduit le concept de "l'espace des flux", ensemble des composantes matérielles et immatérielles des réseaux d'information mondiaux utilisés pour la coordination en temps réel et à longue distance de l'économie. Dans les années 1990, il combine ses deux volets de recherche dans The Information Age : Economy, Society and Culture.

    Dans sa théorie des organisations, dans laquelle s'enracine sa réflexion sur l'ère de l'information, il se situe dans le sillage de Max WEBER, tant dans son utilisation de la sociologie historique que dans son style théorique. Pour lui, l'économie de l'information n'est pas le résultat direct de l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Il s'agit plutôt de la convergence de ces technologies avec un processus d'organisation en réseaux plus ancien et autonome, axé sur le flexibilité et la capacité d'adaptation en tant que mode d'organisation clé.

Manuel CASTELLS s'inscrit dans tout un débat sur la nature et la portée de cette révolution de l'information, débat loin d'être clos. Il ne conçoit pas sa théorie à partir des réseaux comme une simple métaphore :

- Les réseaux constituent l'unité principale de l'organisation sociale. Il soutient qu'il existe une nouvelle géométrie variable qui relie l'activité économique, les États et la société. Cette géométrie variable est le réseau.

- Ils sont flexibles et reconfigurables à l'infini. L'hyper-concurrence sans relâche de la production mondiale des produits de base tout au long de la chaîne d'approvisionnement et des chaînes d'approvisionnement intégrées en un un exemple.

- Ils ont une logique fondamentale liée aux signification culturelles : pour chaque réseau, la culture est intégrée dans des états binaires exclusion/inclusion. Tous les noeuds n'améliorant pas la logique de ce réseau sont bientôt découplés. Dans le méta-réseau financier mondial, les centres de productions qui n'améliorent pas les rendements à court terme sont bientôt exclus, ce que les nombreuses crises financières (Mexique, 1994 ; Asie, 1997-98 ; Russie, 1998 ; États-Unis, 2008-??) ont amplement démontré.

- Les réseaux ont des limites poreuses et mobiles telles qu'ils pourraient tout aussi bien s'adapter à l'infini. (CASTELLS, 1996)

 

Manuel CASTELLS, La Question urbaine, Maspéro, 1972 ; Monopolville, Analyse des rapports entre l'entreprise, l'État et l'urbain à partir d'une enquête sur la croissance industrielle et urbaine de la région de Dunkerque, Paris, La Haye, Mouton, 1974 (avec Francis GODARD) ; Luttes urbaines et pouvoir politique, Maspéro, 1975 ; The Urban Question : A Marxist Approach, 1977 ; The city and the Grassroots, 1983 ; L'Ère de l'information, 3 volumes, Fayard, 1998, 1999 ; Dans quel monde vivons-bous?, le travail, la famille et le lien social à l'ère de l'information (avec Martin CARNOY et Paul CHEMLA), 2001 ; La Galaxie Internet, 2002 ; Communication et pouvoir, Maison des Sciences de l'Homme, 2013.

 

  

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