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21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 14:05

   Il est parfois difficile de qualifier ce courant, parfois plus philosophique politique que sociologique de marxiste, quand on a lu certaines oeuvres des auteurs qui s'en réclament...

   Toujours est-il que de nombreux intellectuels ayant contribué à la pensée marxiste dans le monde anglo-saxon ont évolué de manière significative depuis les dernières décennies des années 1900. Dans les années 1960, une "nouvelle gauche" s'affirmant d'ailleurs sans guillemets comme telle, émerge en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne. Les écrits "redécouverts" du "jeune" MARX (Manuscrits de 1844 ; L'idéologie allemande), l'influence de la philosophie "existentialiste" de l'après-guerre, les turbulences politiques de la décolonisation et les bouleversements socioculturels des pays capitalistes industrialisés, marquent une nouvelle génération de penseurs marxistes et de militants de gauche en Occident.

Ce renouveau du marxisme est accentué par l'intérêt porté aux écrits de Louis Althusser, D'Antonio GRAMSCI et, vers le début des années 1970, à l'École de Francfort (ADORNO, HORKHEIMER, MARCUSE...). A la fin de cette même décennie, la remise en question des thèses marxistes s'accompagne d'une réaction conservatrice jusque dans les rangs des marxistes. Après le structuralisme marxisant inspiré de Michel FOUCAULT, l'attention se tourne vers les comportements politiques et le discours idéologique : la structure du discours devient un sujet primordial d'analyse. La mode intellectuelle évolue dans la même direction que la politique : le repli sur soi s'accompagne de la critique des systèmes théoriques jusqu'alors considérés comme révolutionnaires. D'où l'émergence d'anti-systèmes portant un préfixe significatif : post-marxisme, post-structuralisme, post-modernisme.

Parmi les intellectuels qui se réclamaient encore du marxisme, certains parlèrent d'une nouvelle tendance, le marxisme analytique. Il n'est plus question d'approche "totalisante", selon l'expression de Jean-Paul SARTRE. Les marxiste analytiques remettent en question les propositions fondamentales de MARX : la lutte des classes, le déclin du taux de profit, la théorie de la plus-value et jusqu'au matérialisme historique. Se référant aux économistes néo-classiques (MARSHALL, Von HAYEK), ils choisissent de baser leurs analyses sur des hypothèses de comportement d'acteurs individuels plutôt que sur les rapports de production ou sur les rapports entre classes sociales. Leur méthode est une application des techniques économétriques et des principes de la logique philosophique, c'est-à-dire des mathématiques, à l'étude de l'économie. Une procédure qui tend à enfermer l'analyse dans une logique rigide et sans grande perspective? Les principales figures du marxisme analytique sont Erik Olin WRIGHT, John ROHMER, Jon ELSTER et Gerald A. COHEN. Il faut mentionner également Adam PRZEWORSKI, Philippe Van PARIJS et Robert-Jan van der VEEN.

Même en dehors des cercles marxistes en Europe qui ne sont pas tendres envers cette forme de marxisme, le marxisme analytique est bien souvent critiqué parce qu'il ne prend pas en compte les collectivités comme moyen d'appréhender l'exploitation et la domination économique dans les sociétés capitalistes. (THIRY, FARRO et PORTIS)

  Dans l'ensemble, le projet de marxisme analytique est en fin de compte un échec et aujourd'hui, il semble que cette source intellectuelle se soit bien tarie, pour des raisons très diverses et il existe bien des avis contradictoires sur cette question.

 

Grandeur et décadence du marxisme analytique

    L'oeuvre fondatrice du marxisme analytique est Karl Marx's Theory, de Gerald COHEN, qui représente l'un des trois courants ayant contribué à sa formation. Lié à l'origine au Parti Communiste du Québec mais formé à Oxford aux techniques de la philosophie du langage ordinaire de l'après-guerre, COHEN s'efforce d'utiliser rigoureusement ces compétences afin d'exposer la structure conceptuelle d'un matérialisme historique qui fait du développement des forces productives le moteur de la transformation sociale. Sa thèse principale consiste à élaborer un type d'explication fonctionnelle qui lui permet d'affirmer que les rapports de production existent à cause de leur tendance à développer les forces productives et que la superstructure tend à stabiliser ces rapports.

L'élégance et l'originalité avec lesquelles COHEN interprète le matérialisme historique modifie durablement les termes du débat portant sur l'oeuvre de MARX. Plus encore peut-être que le contenu de l'interprétation de COHEN, c'est le style de son approche intellectuelle qui importe - il contribue à une connaissance fine de l'oeuvre de MARX et une attention méticuleuse à la précision des formulations et à la qualité du raisonnement. Bientôt pourtant, aussi bizarre que cela puisse paraître, ce n'est pas principalement autour du développement du matérialisme historique que travaille le groupe de philosophes et de spécialistes des sciences sociales dont les réunions annuelles sont le fondement intellectuel du marxisme analytique. Profitant du fait que COHEN  postule que les homme sont "partiellement rationnels", certains s'empressent pour critiquer ses positions, d'en déduire que les forces productives ont tendance à se développer au cours de l'histoire. La tentative de reconstruction systématique du marxisme sur la base de ce postulat est menée à bien par le second courant de pensée - sans doute majoritaire au sein du marxisme analytique.

    Jon ELSTER expose de la façon la plus systématique les principes du marxisme du choix rationnel (MCR) dans Making Sense of Marx (1985). Les deux thèses qui le fondent sont l'individualisme méthodologique (les structures sociales sont la conséquence involontaire d'actions individuelles) et la rationalité instrumentale qui possède les agents humains, au sens où ils choisissent le moyen le plus efficace pour atteindre leurs fins. La première thèse est liée à l'offensive idéologique menée contre le marxisme, mais plus loin contre tout "holisme" - en fait la plus grande partie de l'oeuvre de DURKHEIM et de ses continuateurs de tout courant - par POPPER et HAYEK  en pleine guerre froide ; la seconde généralise l'un des postulats les plus important de l'économie néo-classique. Beaucoup d'auteurs (et nous avec d'ailleurs) se demandent comment une approche si étroitement liée à des théories anti-marxistes a t-elle pu se trouver associée à une tentative de reconstruction du marxisme?

Un tel résultat découle partiellement de l'évolution de la théorie économique marxiste dans le monde anglophone. La progression considérable des idées radicales à la fin des années 1960 encourage à la fois l'étude critique approfondie du Capital de MARX, en particulier par ceux qui sont influencés par ALTHUSSER ou par l'école allemande de la logique du capital, et la tentative de développer la tradition marxiste de l'économie politique en expliquant les raisons de la fin de l'âge d'or du capitalisme de l'après-guerre. Pourtant, dans les années 1970, ces tentatives sont mêlées à d'interminables débats à propos de la cohérence interne et de l'intérêt explicatif de la théorie de la valeur de MARX. En généralisant à partir de vieilles controverses sur la transformation des valeurs en prix de production et sur la baisse tendancielle du taux de profit, des économistes de gauche influencés par Piero SRAFFA affirment que la théorie de la valeur-travail ne permet pas de déterminer l'évolution des prix et constitue un obstacle à la compréhension des économies capitalistes réellement existantes. La théorie des crises des disciples de SRAFFA rappelle celle de RICARDO, selon laquelle les salaires sont inversement proportionnels aux profits - on leur donne donc le nom de néo-ricardiens. Cela parait bizarre à bien des spécialistes de MARX, sachant que MARX avait repris à son compte et largement dépassé cette conception...

    Certains marxiste analytiques - notamment John ROEMER et Philippe Van PARIJS - prennent part à ces débats du côté des néo-ricardiens. Mais en ce qui concerne ROEMER, il est allé beaucoup plus loin : il adhère à l'orthodoxie néo-classique que SRAFFA avait pourtant critiquée de manière subversive. Dans A General Theory of Exploitation and Class (1982), il s'est efforcé de détacher la théorie marxienne de l'exploitation de la valeur-travail et de la reformuler en utilisant la théorie de l'équilibre général et la théorie des jeux. Ces deux derniers paradigmes réduisant les rapports sociaux aux activités d'individus rationnels, la rigueur et l'imagination dont ROEMER fait preuve en les utilisant afin de construire divers modèles d'exploitation semble alors démontrer la fécondité d'une approche fondée sur la théorie du choix rationnel.

    Le troisième courant de pensée au sein du marxisme analytique - incarné principalement par WRIGHT et BRENNER - entretient des rapports quelque peu ambigus avec le marxisme du choix rationnel. WRIGHT se sert de la théorie de ROEMER dans Classes (1985). Mais ce qui inspire sa propre recherche depuis beaucoup plus longtemps, c'est la volonté systématique de tester empiriquement une théorie marxiste des classes soigneusement élaborée qui reste fidèle à ses origines althussériennes jusque dans ses dernières versions. WRIGHT et BRENNER sont tous deux opposés à l'individualisme méthodologique. Même si l'interprétation de BRENNER de l'origine du capitalisme européen faisait la part belle au rôle des agents, en insistant sur les luttes de classes entre seigneurs et paysans dans les campagnes à la fin du Moyen-Age, elle fait dépendre l'action des individus des "règles de reproduction" s'imposant aux acteurs sociaux du fait de leur place dans la structure des "rapports de propriété" (ainsi que préfère nommer BRENNER les rapports de production).

   Étant donné l'hétérogénéité du marxisme analytique, il n'y a guère lieu de s'étonner qu'il ait pu continuer bien longtemps à prétendre proposer une interprétation spécifiquement marxiste du monde. Ce qui est une manière très polie d'écrire que des raisonnements très spécieux ont été formulés à partir de lectures "légèrement" biaisées de certains textes, avec un zeste de mauvaise foi idéologique. Dans un certaine mesure, ceci découle aussi des contradictions internes du MCR. Il s'avère que la théorie de la valeur-travail et la baisse tendancielle du taux de profit ne sont pas les seuls éléments de la pensée marxiste incompatibles avec les principes de la théorie du choix rationnel. Le vide intellectuel qui s'ensuit après la publication des premiers textes (notamment au milieu des années 1980) encourage certaines figures de premier plan - notamment COHEN et ROEMER - à infléchir leur réflexion pour l'orienter vers la philosophie politique normative et à contribuer aux débats initiés par les théoriciens libéraux de l'égalité John RAWLS, Ronald DWORKIN et Amartya SEN, qui s'efforcent d'élaborer une théorie de la justice ménageant une place de choix à l'égalité (COHEN, 1989 et ROEMER, 1995).

  Des raisons internes à la théorie expliquent cet infléchissement. Les philosophes marxistes de langue anglaise avaient conduit une large débat qui avait attiré l'attention sur le fait que, pour condamner le capitalisme, MARX s'appuyait tacitement sur des principes de justice alors même qu'il niait s'en inspirer (Norman GERAS, 1985). Au terme de sa tentative de reconstruction de la théorie marxienne de l'exploitation, ROEMER finit par conclure que l'injustice et l'exploitation ne provenait pas de l'appropriation du surtravail mais de l'inégale distribution initiale des moyens de production, qui explique l'origine de ce surplus. Mais l'adoption de cette position impose l'énonciation de principes égalitaires de justice avec lesquels on puisse évaluer les différents types de distribution. COHEN, quant à lui, a tenté de relier ces mêmes principes dans une démarche qui s'inspire moins de la rigueur théorique que du sentiment plus général de l'urgence absolue que revêt pour la théorie socialiste l'identification des présupposés normatifs d'une société égalitaire. Il finit par considérer que le matérialisme historique "n'a pas beaucoup d'importance", au contraire des questions d'injustice, position qui revient selon nous à ne pas entreprendre d'efforts théoriques (qui gênent de toute façon beaucoup d'autorités...) pour savoir d'où viennent ces injustices... (Alex CALLINICOS)

 

Des auteurs dispersés pour une théorie marxiste analytique introuvable

- Gerald Allen "Jerry" COHEN (1941-2009), l'un des principaux représentants du marxisme analytique, philosophe politique anglais d'origine canadienne, a une réflexion qui évolue au fil du temps, d'une défense traditionnelle du matérialisme historique à l'opposé, à une position proche du christianisme social. Se confrontant successivement aux travaux de MARX, de NÖZICK, de DWORKIN et de RAWLS, il enseigne à University College à Londres entre 1963 et 1984 avant d'obtenir la Chaire de théorie sociale et politique à l'Université d'Oxford. Après avoir, dans le fil droit de ses confrontations intellectuelles, publié en 1978 Karl Marx's Theory of History : a defence, à l'origine du "marxisme analytique" il publie successivement History, Labour and Freedom : Themes from Marx (1988), Self-Ownership, Freedom and Equality (1995), If you're an Egalitarian, How Come You're So Rich? (1999), Rescuing Justice and Equality (2008). Dans Why not Socialism?, publié à titre posthume, COHEN propose une série d'arguments, sur le mode de la philosophie analytique, à propos de la désirabilité et de la faisabilité du socialisme. Cet ouvrage constitue en fait une défense très faiblarde du socialisme, l'obligeant à rappeler que si le socialisme de marché est certainement un modèle aux nombreux avantages, incontestablement supérieur au statu quo, il ne faudrait pas oublier que tout marché mobilise des motivations mesquines, entrainant des effets indésirables (!) Il conclut tout de même : "Tout marché, même socialiste, est un système prédateur"... Ce dernier ouvrage est publié en français en 2010 sous le titre Pourquoi pas le socialisme, par L'Herne (avec une préface de François Hollande!).

- Erik Olin WRIGHT (1947-2019), sociologue américain, professeur de sociologie émérite de l'Université du Wisconsin à Madison, également président de l'American Sociological Association en 2011-2012, oriente ses travaux principalement vers l'étude des classes sociales, avec comme objectif de "moderniser" le concept marxiste de classe. Il tente notamment de prendre en compte le cas des salariés qualifiés, s'inspirant du modèle weberien d'autorité. Selon lui, les salariés avec des capacités recherchées sont dans une contradictory class location, parce que bien que n'étant pas capitalistes, ils sont plus précieux au propriétaire des moyens de production que les travailleurs moins compétents ou qualifiés. Plus proche des intérêts des "patrons" que ceux des autres salariés. Son ouvrage le plus important, publié en 1997, Class, est un travail théorique, mais aussi empirique, utilisant des données collectées dans plusieurs pays industrialisés. Un résumé des acquis théoriques de Erik Olin WRIGHT a été publié en français dans l'article "Comprendre la classe" (Contretemps, avril 2014). Il s'efforce d'identifier, dans Utopies réelles (en français) des modalités d'action opératoires pour fonder une plus grande justice sociale et politique (voir Cairn.info, EcoRev n°46, été 2018 dans Quels espaces libérés pour sortir du capitalisme? par Jérôme BASCHET).

- John ROEMER (né en 1945), économiste, politologue et philosophe américain, actuellement professeur d'économie et de sciences politiques à l'Université Yale, a contribué, avec Jon ELSTER, Gerald COHEN ou encore Philippe Van PARIJS, dans les années 1980, au marxisme analytique, relisant l'oeuvre de MARX avec les outils de la philosophie analytique et de la théorie du choix rationnel. D'Analytical Maxisme (1986) à Political Competition : Theory and Application (2001), il suit plutôt une carrière qui va de l'analyse théorique à la politique institutionnelle ou non. A noter, comme ses collègues, sa recherche de l'équité et de la justice, plutôt du côté de l'individualisme méthodologique (Theories of Distributive Justice et Equality of Opportunity, 1998). on peut lire en anglais, What's Left to Marx? de Michael WALZER, paru dans The New York Review of Book, du 21 novembre 1985 (nybooks.com).

- Jon ELSTER (né en 1940), philosophe et sociologue norvégien, porte ses travaux sur le marxisme analytique et sur la théorie du choix rationnel. Après des études secondaires à la prestigieuse école de la cathédrale d'Oslo, il effectue une partie de ses études à l'École normale supérieure de Paris et obtient un doctorat de philosophie à la Sorbonne. Enseignant un temps à l'université d'Oslo ainsi qu'à l'université de Chicago, il est actuellement titulaire de la chaire Robert King Merton et professeur en sciences sociales à l'Université Columbia. Élu en 2005 au Collège de France, où il a dispensé 5 ans son cours dans la chaire de Rationalité et sciences sociales, maints de ses ouvrages sont disponibles en Français. Notons ainsi notamment le désintéressement : Traité de l'homme économique suivi d'un tome 2 sur l'irrationalité du même traité (2009-2010) parus aux Éditions Seuil. Non seulement ses travaux sont disponibles en plusieurs langues (français, anglais, norvégien...), mais ils portent sur des objets assez divers, tous dans la veine d'une théorie générale de l'action humaine (Nuts and Bolts for the Social Sciences, 1989), qui consiste à considérer celle-ci comme le résultat d'un double filtrage : ensemble de contraintes structurelles, puis sélection de l'ensemble des actions faisables. Sont ainsi abordés la psychologie politique, la faiblesse de la volonté, l'histoire de la formation de l'esprit capitaliste (Leibniz)... On conseillera son ouvrage Karl Marx, une interprétation analytique, édité en 1989 chez PUF.

- Philippe Van PARIJS (né en 1951), philosophe et économiste belge, docteur en philosophie à l'université d'Oxford et docteur en sociologie de l'université catholique de Louvain, entame son parcours philosophique dans le domaine de l'épistémologie (sous la direction du philosophe Jean LADRIÈRE), puis après sa rencontre à Oxford avec Gerald COHEN, s'adonne au marxisme analytique. Auprès des membres du September Group ("No-Bullshit Marxisme Group), il mène des recherches qui débouchent sur son ouvrage Marxisme Recycled (1993). Il y prend acte d'une révolution dans la théorie des classes, avec un déplacement de l'opposition capitalistes-prolétaires vers une opposition travailleurs-chomeurs, et défend une transition du capitalisme à l'idéal communiste par l'instauration d'une allocation universelle versée à chaque individu de manière inconditionnelle tout au long de sa vie. Cette dernière idée constitue le coeur de son ouvrage majeur, Real Freedom for All (1995), qui, sous l'inspiration de John RAWLS et Ronald DWORKIN, notamment, apporte une contribution originale aux théories de la justice? Partant du double présupposé que la liberté est une valeur fondamentale et que nos sociétés capitalistes sont pleines d'inégalités injustifiables, il y déploie sa conception de la justice sociale : la défense d'une liberté réelle égale pour toutes et tous via l'instauration, à l'échelle politique la plus large possible, d'un revenu de base individuel et inconditionnel. Dans son dernier ouvrage, Linguistic Justice (2011), Philippe Van PARIJS examine l'évolution contemporaine des langues dans le monde, proposant de développer l'anglais comme nouvelle lingua franca, en même temps que de protéger les autres langues. Il constitue un exemple de ces intellectuels qui ont délaissé complètement l'étude ds principes marxistes (ne se donnant même plus la peine de les réfuter), prenant acte de l'idée diffuse (mais que loin d'être partagée par tout le monde) de la "fin du marxisme", pour se concentrer sur la pensée et l'action sur les moyens d'une transition du capitalisme. On lira notamment Le modèle économique et ses rivaux. introduction à la pratique de l'épistémologie des sciences sociales, Droz, 1990 ; Qu'est-ce qu'une société juste? Introduction à la pratique de la philosophie politique, Le Seuil, 1991 et Refonder la solidarité, Éditions du Cerf, 1996.

- Robert BRENNER (né en 1943), historien marxiste américain de l'économie, professeur d'histoire et directeur du Centre de théorie sociale et d'histoire comparative à l'ULCA, membre du comité de rédaction de la New Left Review et éditeur de Aganinst the Current, bimensuel lié l'organisation anticapitaliste Solidarity. Ses recherches portent principalement sur le début de l'histoire moderne de l'Europe et sur l'histoire économique depuis 1945. Ses travaux sont à l'origine du marxisme politique, auquel se rattachent aussi Ellen Meiksins WOOD, Georg COMNINEL, Benno TESCHKE, Charlie POST, courant marxiste qui insiste sur l'aspect déterminant des conflits de classes dans l'histoire. Avec ces collègues, il ne suit plus les différentes variantes du marxisme "analytique", se détachant ainsi de l'ensemble des autres auteurs cités auparavant. Robert BRENNER est surtout connu pour sa contribution au débat sur la transition du féodalisme au capitalisme. Dans un article de 1977, il a l'occasion de critiquer une sorte de "marxisme néo-smithnien", une forme de marxisme qui accorde trop d'importance, selon lui, aux facteurs objectifs (essor du commerce ou développement des forces productives) en négligeant les rapports de classe. Des auteurs, selon lui toujours, comme Paul SWEEZY, Immanuel WALLERSTEIN et André Gunder FRANK, assimile commerce et capitalisme, ce qui les amènent notamment à négliger les questions de propriété dans l'avènement du capitalisme. Depuis les années 1990, il étudie également l'histoire récente du capitalisme. Dans The Boom and the Bubble (2002) et The Economics of Global Turbulence (2006), il propose sa propre interprétation du long déclin qui touche les économies capitalistes depuis les années 1970. On lira avec profit L'économie mondiale et la crise économique, dans Agone, n°49, de 2012, en attendant la traduction en Français de ses livres, surtout The economics of global turbulence : the advanced capitalist economies from Long Boom to Long Downturn, 1945-2005, paru chez Verso à New York en 2006.

 

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