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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 11:09

     La filmographie, comme d'ailleurs l'historiographie, n'est pas tendre envers les armées italiennes. Passé l'épisode éthiopien, elles se sont illustrées sur nombre de champs de bataille, par de nombreuses défaites... Que ce soit en Afrique ou dans les Balkans, la réputation des officiers et des soldats italiens, est faite de mollesse, d'hésitations et de... retraites... Heureusement, des documentaires font justice de cette réputation et dans la série française Les grandes batailles, Italie - 1943, l'un des intervenants, dans la partie finale, où ils interviennent toujours pour commenter, et souvent corriger les impressions du téléspectateurs à la vision du film proprement dit, indique avec justesse que si les Italiens se font battre ainsi tout au long de la guerre, sur de nombreux fronts, c'est que, tant chez les soldats que chez les officiers, hormis les dirigeants fascistes, souvent aiguillonnés par des "conseilleurs allemands", l'envie de se battre n'existe pas réellement... Surtout contre des Français - hormis l'épisode où les Alliés commencent à prendre pied sur leur sol (prenant par surprise des états-majors, qui croyaient que cela allait être facile...), qui rappelons-le avait contribué à la libération de l'Italie, en 1870, des austro-hongrois, et surtout avec pour alliés des Allemands dans lesquels ils n'ont pas alors de sympathie particulière.... Sans remonter aux temps du Saint-Empire-Romain germanique dont principautés italiennes et principautés germaniques se disputent (Église romaine en tête) l'hégémonie et direction... Bref, dans l'imaginaire italien, les fascistes - même au moment de leur grande popularité - se trompent d'ennemi! L'homologie, souvent montrée entre nazisme allemand et fascisme italien, n'existe souvent que dans l'esprit des dictateurs et de leurs entourages et fait oublier l'antériorité forte des italiens sur les Allemands dans la marche vers la dictature...

   Dernière remarque liminaire : pourquoi s'obstiner à parler de bataille d'Italie, alors que nous avons affaire là à tout un pan de la seconde guerre mondiale, de plusieurs batailles d'envergures et parfois très sauvages : campagne de Sicile, bataille de Monte Cassino (elle-même série de quatre batailles...), Opération Avalanche, Conquête du Nord de l'Italie, Offensive de printemps 1945

     Les deux documentaires Les grandes batailles cité et 39-45, Le monde en guerre - Plus dur qu'on ne le pense 42-44, montrent bien ces facettes des armées italiennes, lorsqu'elles sont confrontées aux forces alliées.

La Bataille d'Italie, dans la série d'émissions télévisées historiques de Daniel COSTELLE, Jean-Louis GUILLAUD et Henri de TURENNE, en un peu plus d'heure et demie, a le grand mérite d'apporter un éclairage sur les événements de 1943, alors que relativement peu de films traitent de cette période.

 

L'autre documentaire 39-45, Le monde en guerre, créé par Peter BATTY j Jeremy Isaacs et Hugh RAGETT Plus dur qu'on ne le pense, traite d'une période plus étendue (1942-1944), et montre l'ensemble de la progression alliée dans la Péninsule (volume 2 sur le DVD2), même s'il le fait dans une durée un peu plus courte. le sous-titre indique que les combats furent plus durs que prévus par les Anglo-saxons et les Français, tant en Sicile que vers le Nord de l'Italie.

   

   Nous retenons principalement quatre films pour cette "bataille d'Italie" : Anzio, B-17, Bienvenue en Sicile et Païsa.

La bataille pour Anzio, film italo-américain coréalisé par Duilio COLETTI et Edward DMYTRYK, sorti en 1968, mêle la grande bataille, l'une des plus dure de la guerre, en 1944, aux aventures d'un correspondant de guerre (campé par Robert MITCHUM). Si l'un des enjeux de l'histoire est la compréhension des raisons profondes qui poussent les hommes à se faire la guerre (et là le propos est plutôt pessimiste, c'est parce que... ils aiment ça!), les 118 minutes du métrage permettent de bien voir le déroulé des opérations, depuis la pénible tête de pont de Salerne en Sicile en été 1943. Même si la responsabilité de la stagnation des forces alliées dans le film est porté sur le commandement (le général LESLEY étant démis pour être remplacé par "un chef plus énergique", le problème principal est bien la répartition des forces à consacrer aux opérations en Italie concurremment à celles en France, via les débarquements en Normandie et en Provence.

 

B-17, la forteresse volante, film réalisé par Michel R. PHILLIPS, sorti en 2011, de 97 minutes, conte l'histoire de l'équipage du bombardier américain B-17 Flying Fortress Lucky Lass, pendant la campagne de bombardement de l'Italie à partir de l'Afrique du Nord. Il s'agit de plusieurs opérations en juillet 1943, d'abord au-dessus de Gerbini en Sicile puis à la fin sur Rome, qui  ont eu réellement lieu. Le film est un mélange d'images réelles et d'images de synthèse, notamment pour les vols en escadrille. Le film montre ce qui fut une des grandes stratégies du commandement allié, bombardement pour écraser le potentiel militaire de l'adversaire - objectif peu atteint on le sait par ce moyen, d'autant plus que ces raids furent d'une intensité bien moindre que ceux réalisés en Allemagne. Même si sur le plan technique, les prouesses de l'avion et de l'équipage semble peu réalistes, l'effort de l'équipe des effets spéciaux est méritoire, car de toute façon entre le spectaculaire nécessaire de la mise en scène et la réalité des opérations elles-mêmes dans le bombardier, elle n'a guère le choix...

 

Bienvenue en Sicile, film italien de Pierfrancesco DILIBERTO, sorti en 2016, se situe en 1943, et démarre quand l'armée américaine prépare son débarquement. Le film de 99 minutes tourne autour d'une sicilien à la famille appartenant à la mafia et qui découvre la guerre, alors qu'il est tout à ses tentatives de mariage. Il lie une étrange relation avec un lieutenant américain échoué lors d'un parachutage, en pleine autre guerre, celle de deux branches de la mafia tandis que celles-ci aident les Américains à envahir l'île. Outre les aventures romantiques contrariées du sicilien, le film montre bien l'implication américaine dans la restauration de la mafia en Sicile en échange de son aide, celui-ci tenant à dénoncer toute cette entreprise au Président des États-Unis. Fictive, l'histoire se base en revanche sur la vérité historique de cette implication. Loin d'être donc un film "de guerre", Bienvenue en Italie montre bien les conséquences de certains moyens employés dans la "libération" de l'Italie.

 

Païsa, film italien réalisé par Roberto ROSSELLINI, sorti en 1946, de 126 minutes, présente six récits successifs, liés par le thème à la libération de l'Italie par les Alliés durant la compagne d'Italie. Chaque court métrage suit une grande étape de leur progression géographique. Ces récits non titrés sont introduits par une voix off, et simplement séparés par une zone noire. Ainsi la Sicile, Naples, Rome, Florence et la Romagne, puis enfin le delta du Pô sont conquis de haute lutte. A chaque fois est représenté le vécu d'Italiens et de soldats, sans fioriture ni lyrisme. L'ensemble constitue un tableau très représentatif d'aspects de la guerre, surtout vue hors des combats proprement dit, le récit intervenant souvent au début ou à la fin d'une "bataille". Païsa constitue le deuxième chapitre de la trilogie de la guerre mondiale de ROSSELLINI, qui commence par Rome, ville ouverte (1945) et se conclut avec Allemagne année zéro (1948). Chef d'oeuvre réalisé principalement avec des acteurs non professionnels choisis sur les lieux de tournage, il est exemplaire du style du réalisateur, humaniste et témoin lucide de son temps. Film désespérant aussi, car il n'y a que des hommes et des femmes qui tentent de survivre plutôt que de vivre et même que de se battre (même s'ils le font effectivement), excepté quelques uns, d'ailleurs écrasés dans la tragédie de toutes ces destructions.

 

FILMUS

 

 

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