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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 09:22

   Josip Broz TITO, né Josip BROZ (il adopte le nom de TITO en 1934), homme d'État yougoslave, d'origine croate, est aussi un stratège militaire, tant par son rôle dans la résistance yougoslave à l'occupant nazi et dans la libération de son pays que dans l'établissement du mouvement des non-alignés lors de la guerre froide, contribuant à la formation d'une "troisième force" dans les instances internationales. Il participe dès l'entre-deux-guerres aux activités du Parti communiste yougoslave clandestin avant d'en prendre la tête dans les années 1930.

   L'essentiel de ses écrits se concentrent - hormis bien entendu des multiples textes administratifs et de politique interne au PCY - dans ses Mémoires et, notamment pour le grand public dans son livre De la résistance à l'indépendance publié en France en 1977. Un ouvrage intitulé Tito parle, sous la direction de Vladimir DEDIJER, est paru en France en 1953, mais l'auteur a écrit un ouvrage beaucoup plus scientifique paru en 1983-1984 dans son pays, Novi Priozi za biografiju josipa broza Tita (Nouveaux éléments pour une biographie de Josip Broz Tito), jamais traduit en français.

 

    Fils d'un paysan croate, Josip BROZ participe à la Première Guerre mondiale où il combat dans l'armée austro-hongroise. Fait prisonnier en 1915 par les Russes, il rejoint l'Armée rouge peu après la révolution d'Octobre, puis retourne en 1920 au royaume des Slovènes, des Croates et des Serbes récemment fondé. Membre du Komintern, il est arrêté et emprisonné de 1928 à 1933. Il travaille par la suite au secrétariat du Komintern à Moscou (section Balkans). Dès le début de la guerre d'Espagne, il recrute à Paris des volontaires pour les Brigades internationales puis retourne en Yougoslavie.

Après la rupture du Pacte germano-soviétique - la Yougoslavie étant déjà occupée - il organise les partisans communistes et, conjointement aux forces de MIHAILOVIC, combat énergiquement les Allemands en Serbie (entre temps, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine forment un État fasciste appuyé par l'Allemagne). la contre-insurrection allemande force TITO à replier ses forces vers le Monténégro et les régions montagneuses de Bosnie. Durant l'été 1941 et la fin de 1943, date à laquelle il est reconnu par les Alliés comme le dirigeant légitime de la résistance, il mène la plus efficace des guerres de partisans de l'Europe occupée. A l'été 1944, il passe à l'offensive et, en octobre, entre à Belgrade en même temps que les chars russes. Son prestige, nourri du fait qu'il a su, en comptant sur ses propres forces, libérer la Yougoslavie, lui permet de résister à STALINE en 1948 et à ne pas dépendre de Moscou comme les autres "démocraties populaires". Il reste au pouvoir jusqu'à sa mort en parvenant à maintenir le non-alignement grâce à une politique extérieure active qui cherche des alliés dans le tiers-monde. (BLIN et CHALIAND)

    L'organisation politique du pays après la seconde guerre mondiale suit de près l'expérience acquise pendant la Résistance. Tant dans les instances civiles qu'au sein de la Défense Populaire Généralisée de la Yougoslavie, on s'y réfère constamment, pratiquement jusqu'à sa mort, même si les ressorts s'en sont distendus avec le temps. En 1946, une nouvelle Constitution, copie de celle de l'URSS de 1936, elle aussi une fédération, consacre le fédéralisme de la Yougoslavie (6 républiques avec des autonomies diverses mais réelles) et le pouvoir de TITO. L'opposition est neutralisé avec sévérité et déclarée illégale ; c'est qu'elle est amalgamée pour le pouvoir aux tendances monarchistes et nationalistes (qu'elles soient croates ou serbes notamment) qui tentèrent de prendre le pouvoir lors de la Libération). Si l'idée de base au départ est de réaliser un État unifié, notamment par le biais des instances économiques et d'infrastructures centralisées et surtout des organisations de jeunesse yougoslaves, force est de constater que, jusqu'aux ramifications locales de l'armée (les armements resteront disséminés sur tout le territoire par exemple, ce qui exemple leur "disponibilité" lors des guerres civiles qui suivirent la chute de l'URSS), les autonomies régionales se renforcent de décennie en décennie. Malgré une grande réforme politique en 1963, le pouvoir titiste se renforce, même s'il repose de plus en plus sur un équilibre entre forces plus ou moins antagoniques présentes dans les différentes républiques. La référence à l'autogestion des paysans et des ouvriers n'est pas pour TITO une simple propagande - de vastes tentatives sont effectuées dans ce sens, tout un programme est mis sur pied, notamment sur la propriété social et des droits et devoirs des travailleurs, toujours en partant de la réalité concrète et des besoins des populations. Mais le poids des habitudes régionales (construction politique multiséculaire sous les monarchies) et les vives ambitions des responsables à la tête des institutions régionales, marquées par un esprit nationaliste qui est resté fort, n'a pas permis la réalisation sur le terrain, en fin de compte, sauf dans de notables exceptions éparses, de l'idéal marxiste socialiste révolutionnaire autogestionnaire... Le bilan reste à faire et de l'expérience yougoslave et de l'action de Josip BROZ, dont les écrits ont exercé tout de même une influence notable chez une grande partie des intellectuels marxistes occidentaux. C'est souvent en appui aux présentations des réalisations yougoslaves que des théories autogestionnaires ont été soutenues.

Les plus grands succès de TITO se situent en politique étrangère, par sa politique de non-alignement, politique active de soutien aux forces anti-colonialistes, notamment en Afrique.

 

Josip Broz TITO, De la résistance à l'indépendance, Anthropos, 1977.

Joze PIRJEVEC, Tito, une vie. Préface de Jean-Arnaud DÉRENS, Traduit du slovène par Florence GACOIN-MARKS, CNRS Editions, 2017. Milovan DJILAS, Tito mon ami, mon ennemi, Fayard, 1980.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

  

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