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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 14:29

    Antimilitariste et pacifiste libertaire néerlandais, Barthélemy ou Barholomeus ou encore Bart de LIGT est un théoricien reconnu à son époque de la résistance non-violente.

Un activisme au sein de l'Église

   Pasteur protestant, fils de pasteur calviniste, il évolue du christianisme à l'athéisme, et parallèlement du socialisme à l'anarchisme. C'est ainsi que suivant l'exemple de son père Nicolaas Maringue de LIGT, il étudie la théologie à l'université d'Utrecht de 1903 à 1910 et qu'en 1909 ou 1910, il adhère à la Ligue des socialistes chrétiens (Bond van Christen-Socialisten, BCS). Lorsqu'en 1910, il est nommé pasteur protestant à Nuenen, près de Eindhoven en Brabant hollandais, il déploie une intense activité sociale et diffuse de la littérature socialiste. Il dénonce dans ses textes les positions réactionnaires des églises sur la question sociale (notamment le concept de charité chrétienne) et leur soutien aux classes sociales dominantes (Profeet en volksfeet, Amsterdam; 1913), la guerre et l'impérialisme (Profeet en volsnood, Amsterdam, 1914).

 

Pacifiste et Antimilitariste pendant et après la Première Guerre mondiale

     Il déploie, pendant et après Première Guerre mondiale une intense activité de soutien aux réfractaires et aux insoumis qui lui vaut plusieurs séjours en prison.

Dès 1914, il manifeste sa foi et ses convictions pacifistes dans ses sermons contre la mobilisation et la Première Guerre mondiale. Progressivement, il se sépare de l'Église et évolue du pacifisme chrétien à l'antimilitarisme et le socialisme libertaire. Sa rencontre avec Clara WICHMANN joue un rôle important dans cette évolution.

En 1915, il est le co-auteur d'une brochure, De Schuld der Kerben (La dette des Églises) où il affirme que la plupart des dirigeants de l'Église et les pasteurs sont en partie responsable de la guerre en raison de leur glorification du nationalisme et du militarisme, ce qui lui vaut d'être désavoué par la hiérarchie de l'Église réformée néerlandaise et banni de son domicile, de sa paroisse et d'une partie du territoire des Pays-Bas.

En septembre 1915, il signe le Dienstweigeringsmanifest (Manifeste contre le service militaire) en soutien aux réfractaires et aux insoumis. En mars 1916, il est condamné à 15 jours de prison. En juin 1915, il avait déjà prononcé un sermon radicalement antimilitariste lors de l'office de la Pentecôte.

Au printemps 1917, il est expulsé des provinces d'Overijessel et Gueldre. Il donne de nombreuses conférences, y compris à la Internationale School voor Wiljsbegeerte (École internationale de philosophie) de Amersfoort.

En 1919, il rompt définitivement avec les socialistes chrétiens du BCS.

 

Activisme anarchiste

    Comme bon nombre de libertaire de l'époque, il accueille avec enthousiasme la révolution russe d'octobre 1917, avant de prendre assez rapidement conscience (l'information circulait alors très bien en Europe, de Paris à Moscou) de la brutalité et de l'oppression du nouveau pouvoir bolchevique : l'État "communiste" a la même nature coercitive et violente que les autres États. La conférence anarchiste de Berlin du 25 au 31 décembre 1921 confirme ses intuitions et informations.

Dans la brochure Anarchisme et révolution (Baarn, 1922), il rappelle l'importance dans une situation révolutionnaire, de mettre en accords les buts et les moyens. Contre la centralisation et la "dictature du prolétariat", il réaffirme les principes anti-autoritaires d'autogestion, d'autonomie et de fédéralisme libertaire qu'il considère fondamentalement supérieurs au marxisme.

En 1921, suite à un meeting de soutien à la grève de la faim de l'objecteur de conscience Herman GROENENDAAL, il est poursuivi et condamnée à 26 jours de prison avec Albert de JONG pour "appel à la révolte".

 

Il participe alors à l'Association Internationale Antimilitariste (AIA) fondée le 28 juin 1904 à la suite du Congrès antimilitariste d'Amsterdam, et en 1921 dès sa fondation lors des rencontres de Bilthoven (Pays-Bas) à l'Internationale des Résistants à la Guerre (IRG). Les deux organisations fonctionnent en parallèle et le 27 juillet 1924, à la Maison du Peuple de La Haye, il est l'un des orateurs aux côtés de Domela NIEUWENHUIS, Rudolf ROCKER, Emma GOLDMAN et Pierre RAMUS, lors du meeting d'anniversaire des 20 ans de la création de AIA.

En 1924, il figure parmi les fondateurs de la Social-Anarchistisch Verbond (Fédération anarchiste sociale) et prend en charge la rédaction du journal De Vrije Samenleving (La société libre).

 

Exil en Suisse et théories de la résistance non violence

     En 1925, il quitte les Pays-Bas pour s'installer en Suisse, près de Genève. Il y nous des correspondances avec GANDHI, NEHRU, Albert EINSTEIN et Aldous HUXLEY. Ses échanges avec eux nourrissent en partie son travail éditorial : la renaissance de Marie (Arhnem, 1926), sur l'émancipation des femmes ; la paix et l'action (Arhnem, 1931-1932), sur l'histoire du mouvement pacifiste radical ; Érasme considéré comme l'une des figures majeures de la culture européenne (Arhnem, 1936). Rédacteur à partir de 1930 de Bevrijding (Libération), il publie en 1934 à Neue Niedorp, la brochure Religion et athéisme.

Il est également le fondateur de l'Association des intellectuels révolutionnaires (1919-1922) ainsi que du Bureau international Antimilitariste, qui propose en 1934 un "Paln de mobilisation contre toute guerre".

Dans la brochure de 1937, Le problème de la guerre civile, il exprime publiquement ses critiques sur les choix militaires des anarcho-syndicalistes de la Confédération Nationale du Travail pendant la guerre d'Espagne.

     En 1929, son Manuel de résistance passive, traduit et publié en 1936 en français (Pour vaincre sans violence- et en anglais en 1937 (The Conquest of Violence), préfacé par Aldous HUXLEY, a une grande influence sur les pacifistes anglais et américains.

 

 

  Sa vie durant, il récuse toutes les formes de guerre et de recours à la violence, qu'elle soit horizontale (entre les nations et les peuples) ou verticale (entre les classes sociales). De tous les penseurs anti-autoritaires non violents, il est celui qui parvient à définir et à organiser sur un plan théorique les nouvelles méthodes de lutte non-violente. Son "Plan de Mobilisation contre la Guerre", en 1934, développe de façon radicalement novatrice pour l'époque la "stratégie et la tactique antimilitariste", en période de paix ou de guerre. Cet ouvrage reste un guide pratique, très souvent imité, de l'action directe contre la guerre.

 

Barthélemy de LIGT, Contre la guerre nouvelle, Paris, Marcel Rivière, 1928 ; La paix créatrice : histoire des principes et des tactiques de l'action directe contre la guerre, Marcel Rivière, 1934 ; Mobilisation contre toute guerre, Bruxelles, Pensée et action, 1934 ; Pour vaincre sans violence : réflexions sur la guerre et la révolution, Paris, G. Mignolet et Storz, 1935 ; le problème de la guerre civile, Bruxelles, Pensée et action, 1937 (disponible sur Internet à kropot.free.fr).

Hem DAY, Barthélemy de LIGT, l'homme et son oeuvre, Bruxelles, Pensée et action, 1960.

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