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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 10:19

   Dans ma vie de militant non-violent et mes approches du marxisme, me trouvant par un heureux hasard dans un mouvement non-violent qui avait à la fois une approche des conflits économiques d'inspiration marxiste et une attitude réaliste (s'éloignant de préoccupations philosophico-morales dans le même mouvement de la pensée) sur l'efficacité de la non-violence, j'ai toujours trouvé navrante cette opposition des militants marxistes révolutionnaires et des non-violents. Ceci pour plusieurs raisons :

- La non-violence (politique) et le marxisme (non dogmatique) ont en commun une approche du conflit s'opposant frontalement à des perceptions les niant, comme le font toutes ces idéologies consensuelles prenant leurs désirs pour des réalités, qui s'expriment de manière de plus en plus tapageuses au fur et à mesure que s'aggravent les inégalités économiques, les désastres écologiques et les dissociations sociales.

- Si les traditions (prises très globalement) non-violentes et marxistes divergent en pensée et en action, cela tient d'une part à la position anti-religieuse, mâtinée d'un athéisme militant, de la tradition marxiste (par rapport à des courants principalement religieux) et par la volonté d'exprimer par la violence les rapports de classes sociales, dans l'estimation que rien de révolutionnaire ne peut avoir lieu sans la violence de celle-ci (par rapport à des courants qui placent précisément la violence au coeur de leur réflexion, dans ses conséquences comme dans son expression).

- Pourtant, ces traditions se sont trouvées souvent au carrefour des problématiques de la violence, mais sous des angles différents et suivant des motifs qui ne se rejoignent pas théoriquement, même si dans la pratique, à de nombreuses reprises, marxistes et non-violents se sont retrouvés côte à côte dans de nombreux conflits. D'une part, toute l'expérience "révolutionnaire" dans les courants marxistes est marquée par une opposition nette entre un anarchisme violent et un marxisme plus préoccupé par les conséquences directes de l'usage de la violence par les masses ou leurs représentants, qui à la lumière de nombreux faits politiques, économiques et sociaux : à la destruction des machines et aux prises d'otages des dirigeants capitalistes, les courants marxistes préfèrent les actions collectives, la grève et les manifestations de masse ; à l'insurrection violente dans la rue, ils préfèrent l'organisation, parfois ici et maintenant, de la vie collective, et là l'expérience de la Commune agit comme un marqueur important... D'autre part, maints courants non-violents axent leur réflexion et leur action non seulement sur la violence physique (qu'elle soit politique ou interpersonnelle), et aussi et surtout sur les violences structurelles de toute sorte, qu'elles soient culturelles, politiques, économiques ou sociales. Mais, tendanciellement, des courants marxistes songent plutôt aux rapports de forces globaux immédiats en faisant l'économie d'une véritable réflexion sur la violence, refusant de faire d'elle un critère majeur de leur action, et tendanciellement, des courants non-violents se laissent guider surtout par une expérience personnelle de la violence et par des préoccupations d'ordre moral et spirituel, la majorité d'entre eux s'ancrant délibérément dans une conviction religieuse et notamment aux États-Unis, dans un mode de vie communautaire.

- Cependant également, dans nombre de conflits, des organisations non-violentes ont souvent pris faits et causes pour la lutte syndicale et le combat pour les libertés et fraternités. Des organisations marxistes - hormis celles qui se trouvaient dans le giron d'États ou de gouvernements soit-disant prolétariens - n'ont pas hésité à s'associer à nombre d'actions de désobéissance civile menées par des mouvements non-violents. Au fur et à mesure des progrès de l'irréligion et de la laïcité, le "marqueur" religieux perd de son importance dans l'association entre non-violents et marxistes dans de plus en plus de domaines.

- Sur un plan plus théorique, l'idéologie marxiste et la démarche non-violente s'inscrivent dans une démarche anti-système claire. Depuis les origines, les organisations non-violentes s'inscrivent contre un monde de violences et d'intolérances, contre la guerre de manière générale et contre les injustices. Cette démarche se veut plus ou moins intégrée dans un combat systématique, jusqu'à, dans ses tendances les plus radicales, se retirer du monde dans une non-coopération globale. Depuis les origines également, la politique marxiste veut combattre le système capitaliste qui ravage absolument tous les domaines de la vie, y compris la nature. Il s'agit dans ces deux cas de transformer radicalement le monde, même si les voies pour y parvenir comme les ultimes objectifs à atteindre ne sont pas toujours les mêmes. A l'heure des changements climatiques et des crises les plus importantes du système capitaliste, le champ des convergences entre marxistes (surtout ceux qui ont renoncé au productivisme) et non-violents (surtout ceux qui s'écartent d'une logique séparatiste) n'a jamais été aussi grand.

- Le rapprochement entre marxisme et non-violence est d'autant plus fructueux qu'il s'appuie sur une analyse à la fois de l'expérience de "socialisme", des révolutions violentes qui ont abouti aux différentes expériences "communistes" qui montrent en tout cas qu'imposer un système "de bonheur" à des populations rend intrinsèquement mauvais ce système, et sur une analyse critique des différentes résistances non-violentes et mouvements d'indépendance ou de libération reposant sur la désobéissance civile. Allier démocratie et justice des moyens utilisés et efficacité de ceux-ci constitue un impératif pour une révolution débouchant sur un système durable.

Par ailleurs, une étude théorique tels que ceux de Théorie de la violence par ENGELS (voir article dans ce blog) montre que du côté du marxisme, les visions du rôle de la violence sont bien plus nuancées que veut bien le dire une certaine vulgate marxiste (plus révolutionnaire et plus violent que moi, tu meurs!). De même, les critiques du communautarisme, d'un certain système social autoritaire dans certaines communautés non-violentes, débouchent sur un refus du repli sur un espace "protégé" de la violence (repli de moins en moins possible d'ailleurs...) et, in fine, après bien des circonvolutions, sur des conceptions bien plus démocratiques et plus pragmatiques dans l'adoption des méthodes de lutte non-violentes à bien des situations.

 

 

PAXUS

 

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