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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 10:03

   Cette histoire des pollutions à l'âge industriel, utile synthèse de nombreuses études à ce sujet, montre les effets des activités humaines sur l'environnement, pollutions globales à l'échelle de la planète qui constituent, comme l'écrivent fort justement le maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne François JARRIGE et le chargé de recherches au CNRS (CRH-EHESS) Thomas LE ROUX. une contamination globale. Au gré de nombreux chapitres éclairants, ils démontrent que ces pollutions, longtemps considérées comme des enjeux secondaires, déterminent le destin de notre planètes et de nos vie et survie. Tous les spécialistes, en dépit des rugissements des complotistes et des négationnistes de tous bords, s'accordent pour considérer que les pollutions sont demeurées relativement limitées dans leur nature et leur étendue jusqu'à l'avènement de la civilisation industrielle, "dont l'essor transforme les données du problème, et depuis l'ampleur des pollutions ne cesse de s'étendre et d'évoluer selon des cheminements complexes, jusqu'à saturer le monde contemporain et des imaginaires".

   Depuis quelques décennies, l'histoire environnementale s'est beaucoup développée, aux États-Unis d'abord, puis peu à peu à l'échelle mondiale, contribuant à donner une visibilité nouvelle au phénomène des pollutions. Les auteurs ont choisi d'arrêter l'essentiel de leur étude historique au débit des années 1970, car avec la mondialisation et le développement de l'écologie politique, la mutation du système monétaire, la fin des guerres coloniales, le retour de la pénalité environnementale, l'émergence de la "société du risque", et, surtout, la redistribution géographique et néolibérale du système productif, s'ouvrent des configurations inédites qu'une analyse historique peine à mesurer pour l'instant. Ce qui ne les empêchent pas en fin d'ouvrage d'esquisser des pistes d'analyse. La chronologie retenue, des premiers pas de l'industrialisation jusqu'à ces années-là, implique une réflexion sur les temporalités et les discontinuités de l'écriture de l'histoire, d'autant que ces pollutions ont un développement discontinus et ignorent les frontières nationales.

Les deux auteurs écrivent à la fin de leur Introduction : "A l'âge de l'anthropocène, ou plutôt du "capitalocène" qui bouleverse peu à peu tous les grands grands équilibres physiques du globe, les pollutions industrielles touchent désormais toutes les parties du monde (référence au livre de Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L'évènement anthropocène, l'histoire et nous, Seuil, 2013). Plus qu'un effet indirect regrettable de certaines formes de production et de consommation, elles sont devenue un élément décisif du fonctionnement du système-monde capitaliste. Suivre les pollutions dans leur cheminement historique, c'est aussi penser les conflits et l'organisation des pouvoirs à l'âge industriel, les rapports de force sociaux, tout en reconstituant les dynamiques qui ont modelé la modernité. D'abord de faible ampleur, très dispersées et localisées, les pollutions s'intensifient avec l'accroissement des productions et la libéralisation des environnements à la fin du XVIIIe siècle. Après 1830, l'industrie s'impose de plus en plus comme la condition du progrès, nouveau fétiche qui contribue à naturaliser les nuisances industrielles comme un phénomène bénéfique et inévitable, en dépit de plaintes et de protestations récurrentes. Le XXe siècle qui s'ouvre avec l'expérience des guerres totales inaugure une période de démesure particulièrement polluante. Il accroît et redistribue les contaminations selon des logiques toujours à l'oeuvre aujourd'hui. L'hypothèse du "paradis des pollueurs" suggère ainsi qu'à l'ère de la globalisation marchande des productions les plus polluantes tendent à quitter les pays à forte réglementation environnementale pour les pays pauvres ou aux politiques plus laxistes en matière de contrôle. L'enjeu de cet essai de synthèse est d'examiner s'il existe des régimes sociaux de pollution industrielle, d'en comprendre les ressorts politiques, les dynamiques économiques et sociales, de dégager des invariants tout en les remettant en contexte afin de caractériser au mieux les principaux points d'inflexion et de rupture. Il ne s'agit pas seulement d'offrir une synthèse sur l'état écologique de la planète dans son développement historique, mais de proposer une interprétations politique du devenir du monde industriel à travers l'étude des émanations et résidus qui l'encombrent toujours plus."

  Nous aurons l'occasion de nous référer à cette étude d'ensemble dans l'examen de différents conflits impliquant de plus en plus l'environnement, à l'heure du changement climatique actuel. 2020 est l'année la plus chaude sur notre planète depuis que les relevés systématiques des températures existent (1880 environ), et c'est aussi sans doute l'année la plus polluée. Ce livre nous permet de faire un point historique bénéfique, en attendant un autre sur l'ensemble des méfaits environnementaux depuis la fin des années 1970...

 

François JARRIGE et Thomas LE ROUX, La contamination du monde, Une histoire des pollutions à l'âge industriel, Éditions du Seuil, 2017.

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