Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 14:41

          Depuis le développement très important à la fin de la dernière décennie de l'imagerie (photographies ou vidéos) biologique et médicale, de nombreux documentaires permettent de voir les micro-organisme évoluer les uns par rapport aux autres. Le moins que l'on puisse dire est que cela grouille dans le monde invisible! 

Nous présentons là trois documentaires différents sur la vie microbiologique qui abordent souvent le domaine des recherches médicales : L'aventure antibiotique, de Pierre BRESSIANT ; Les microbes, de Binh Nguyen TRONG et La guerre contre les microbes, de Mikael AGATON et Staffan BERQUIST. 

 

       L'aventure antibiotique, documentaire déjà diffusé plusieurs fois sur différents chaînes de télévision française, en 2008 et 2010 se compose de deux parties à peu près égales de 52 minutes, La Naissance d'un empire et La revanche des microbes. La Naissance d'un empire rend compte de l'écologie des bactéries depuis 3,5 milliards d'années et du combat désespéré mené par l'homme pour résister aux épidémies. Dans ce contexte, la découverte de la pénicilline en 1928 tient du miracle... et du hasard d'ailleurs. Son efficacité ne sera pas démentie durant plusieurs décennies, pendant lesquelles le développement de la recherche sur les antibiotiques et leur diffusion ont porté à croire que nous en avions terminé avec les microbes. C'était sans compter sur leur extraordinaire faculté d'adaptation : certaines souches, depuis les années 1980, sont en effet devenues résistances. La Revanche des microbes fait le portrait de ces bactéries qui ont acquis, grâce à leur capacité à muter et à transférer leurs gènes, une résistance à de multiples antibiotiques. En cause, la surconsommation médicale et agricole qui a abouti à une saturation de l'environnement générant une intense pression sélective à l'origine des multirésistances bactériennes. Aussi les antibiotiques ne sont-ils plus aujourd'hui un remède miracle, mais une ressource dont l'usage doit être limité. A grand renfort de combinaison d'images sous microscope et d'images de synthèse, ce documentaire nous fait réellement comprendre comment ces organismes vivent et se combattent.

 

    Les microbes, documentaires de 1998 d'une durée de 4 fois 13 minutes sont autant de modules pouvant être utilisés à des fins pédagogiques. Bien que destinés à la vie scolaire, ces documentaires restent une découverte pour de nombreux de nos contemporains qui n'ont pas eu l'occasion de voir ces multiples formes bouger et changer.

 

    La guerre contre les microbes date déjà de 2003 et nous place en première ligne de cette guerre contre les bactéries et les virus, une guerre sans fin bien plus meurtrière que n'importe quel conflit entre les nations. Grâce à un appareillage optique sophistique, le photographe Lennart NILSSON apporte un témoignage nouveau sur le travail de la recherche médicale : de la découverte par accident de la pénicilline par Alexander FLEMING en 1928 à la thérapie des cellules souches, en passant par la découverte de l'existence des bactéries, du système immunitaire, du vaccin de la poliomyélite et du fonctionnement de la transfusion... Des images que certains des inventeurs eux-mêmes n'ont pu voir à leur époque. Pour la première fois - et depuis les documentaires de ce genre ses sont multipliés - il est possible de visualiser en gros plan les virus du Sida et du SRAS, et les dégâts qu'ils provoquent. Même si la recherche fait d'énormes progrès, elle doit avancer plus vite - en une véritable course aux armements - que les virus qui trouvent des parades aux médicaments et aux vaccins.

 

  N'oublions pas, si nous voulons trouver des illustrations de cette lutte microscopique, de faire un tour dans les différentes banques d'images présentes sur Internet. Nous recommandons en autres celle de SEARCH, Photothèque mondiales où l'ont peut "piocher" sur plus de 600 clips vidéos, souvent très courts.

 

La guerre contre les microbes, de Mikael AGATON et Staffan BERQUIST, Images de Lennart NILSSON, Jan JONAEUS et Bo NIKLASSON, pour AGATON FILMS & TELEVISIONS, 52 minutes,  2003 (voir à http://stv.se) ; Les microbes, de Binh Nguyen TRONG, avec un montage de Noël BAYON, produit par Les Films d'Ici, avec comme partenaires La Cinquième et Ex Machina, 4 x 13 minutes, 1998 ; L'aventure antibiotique, de Pierre BRESSIANT, produit par Pascal BRETON, Emmanuelle BOUILHAGUET, MARATHON et WAKE UP, avec la participation de France 5, ARTE, du CNC et du Ministère Délégué à l'enseignement supérieur et la recherche, 2 fois 52 minutes, 2008.

 

FILMUS

Par GIL - Publié dans : FILMS UTILES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 12:57

    L'éventail relativement vaste des revues traitant de l'écologie, que ce soit en France ou ailleurs, contraste avec leur diffusion parfois proche de la confidentialité, comme si chaque revue avait son propre volant de lectorat, suivant sa sensibilité politique ou ses préoccupations professionnelles. Aux côtés de multiples titres, parfois très spécialisé, parfois généraliste possédant déjà une longévité importante, qui se centrent sur des aspects scientifiques - titres dont l'audience s'accroît à mesure de l'expansion des activités liées à la sauvegarde de l'environnement, figurent une quantité non moins importante de titres qui abordent à la fois les problèmes économiques, sociaux, politiques liés à une vision englobante de l'écologie. 

  Pour n'en rester qu'à l'espace francophone, des maisons d'éditions comme les Editions Masson, avec leur collection d'écologie des années 1970 aux années 1990, diffusent des données sur l'environnement qui font référence. Parfois réédités en anglais, ces volumes abordent tous les aspects qui ont révolutionnés l'approche de l'environnement. On note par exemple dans le Volume de 1979, réédité et renouvelé en 1996, l'Introduction à la théorie écologique de Veira da Silva ou dans le volume 21 de 1990, 1993, les écrits de S Frontier et Pichod-Viale (Ecosystèmes : structure, fonctionnement, évolution). Deux revues diffusées par l'intermédiaire entre autres du site Internet revues.org, Géocarrefour et Développement durable et territoires mettent à disposition des articles de qualité sur les nouvelles approches de l'environnement. La première, fondée en 1926 (anciennement Etudes rhodaniennes, puis Revue de Géographie de Lyon, publiée par l'Association des amis de la Revue de Géographie de Lyon, représentative de la géographie régionale française s'ouvre aux travaux des disciplines proches, aménagement et urbanisme, sciences sociales et sciences de l'environnement. La seconde, revue qui développe une approche interdisciplinaire (économie, science politique, géographie, droit, sociologie, ethnologie) du développement durable à l'échelle du territoire, est une émanation du Réseau développement durables et territoires fragiles, qui réunit une vingtaine de chercheurs des Universités et laboratoires de recherche de la région Nord-Pas-de Calais. Ses dossiers abordent abondamment par exemple Identités, patrimoines collectifs et développement soutenables (dossier 12) ou Les territoires de l'eau (dossier 6) ou encore Gouvernance locale et Développement Durable (dossier 2).

  Depuis quelques années, la réflexion écologique refleuri et, si elle ne connaît ni gros tirage ni forte visibilité - les milieux dits intellectuels n'ayant pas encore pris la mesure des enjeux, surtout en France - elle manifeste une vitalité certaine. Aucune revue n'émerge réellement comme le donneur de ton du débat écologique (Hervé KEMPF, article paru dans Le monde du 11 Août 2010). On peut citer par les revues qui composent le paysage de la presse écologique, Silence, la Revue critique de l'écologie politique, L'écologiste, La revue durable, Entropia et Ecologie et Politique.

Silence, lancée en 1982, a toujours assuré une parution mensuelle marquée par un dossier thématique complété d'une multitude de petites informations, témoins d'une mobilisation écologique multiforme. Cette revue a bien souvent été la première à repérer des thèmes émergents dans la communauté écologiste radicale avant de connaître une assez large fortune politique. C'est elle qui a lancé la thématique de la décroissance, en février 2002, reprise avec succès ensuite par le journal La décroissance, lancé en 2004. Silence diffuse près de 5 000 exemplaires, surtout par abonnement. Silence se veut toujours un lien entre "toutes celles et ceux qui pensent qu'aujourd'hui il est possible de vivre autrement sans accepter ce que les médias et le pouvoir nous présentent comme une fatalité." Avec à son actif plus de 370 numéros parus, elle ne cesse de faire des propositions alternatives. refusant l'hypocrisie d'une prétention à l'objectivité, elle se positionne pour une écologie radicale et sociale, les questions sociale et écologique étant pour elle intimement liées. Proche des milieux non-violents, son contenu reste toujours aussi appréciés par les acteurs d'un changement écologique.

Issue de militants des Verts, Ecorev publie son premier numéro en janvier 2000, sous le parrainage d'André GORZ, après un numéro zéro consacré à "Survivre au capitalisme". Elle est née, selon Jérôme GLEIZES , un de ses animateurs, d'un "refus de l'écologie d'accompagnement" incarnée par Dominique Voynet, lors de son passage dans le gouvernement de Lionel Jospin. "Nous allons des écologistes de gauche à des décroissants qui ne veulent pas se positionner à gauche". La Revue trimestrielle, Revue critique d'écologie politique, animée par des normaliens et des universitaires, recherche une bonne lisibilité, par des articles concis, sans appareil lourd de notes et souvent illustrés. Cette volonté pédagogique fait d'Ecorev l'explorateur de thématiques transversales (le corps, la démocratie, la science, l'histoire de l'écologie, la mondialisation, la décroissance...). Son choix rédactionnel lui fait délaisser les interrogations de l'actualité politique et économique pour des réflexions plus axée sur le moyen et le long terme. Avec une diffusion modeste (500 exemplaires), elle se veut en prise avec précisément cette réflexion longue d'acteurs sur le terrain. 

Né également en 2000, L'Ecologiste est la version française du mensuel The Ecologist, fondé par Teddy GOLDSMITH en 1970. Ce trimestriel prend la forme d'un dossier (d'une trentaine de pages) écrit par des auteurs souvent scientifiques, et intégrant nombre d'articles traduits de l'anglais. Animé par Thierry JACCAUD, L'Ecologiste a pris son autonomie par rapport à son parrain britannique, tout en restant sur la ligne d'une écologie naturaliste, portant une grande attention aux questions de biodiversité, de forêts, d'agriculture, de santé ou de pesticides. Diffusant à plusieurs milliers d'exemplaires, la revue se présente sous une couverture agréable et aborde aussi bien le récent scandale des gaz de schiste  que la tradition d'agriculture biologique (jardin, cuisine...).

Fondée en 202 à Genève, par Susana JOURDAN et Jacques MIRENOWICZ, La Revue durable, avec cinq numéros par an, sous une forme magazine assez comparable à L'Ecologiste, a progressivement gagné en visibilité en adoptant un angle axé sur la question de l'intégration des pratiques écologiques dans les sociétés modernes. S'intéressant davantage à l'économie qu'à la nature, La Revue Durable cherche un équilibre entre le pragmatisme du "développement durable", honni par nombre d'écologistes comme un faux nez du capitalisme, et la radicalité des choix qu'impose la crise écologique. On peut regretter que la dimension conflictuelle des choix sociaux soit souvent évacuée dans le traitement des questions traitées, sous forme de dossiers d'une quarantaine de pages, pourtant vastes, comme la maîtrise de l'énergie, les économies d'énergie, les énergies renouvelables, le réchauffement du climat, les changements climatiques, la préservation des sols, la biodiversité des forêts, l'architecture et l'urbanisme durables, l'aménagement de l'espace public en faveur d'une mobilité douce et des transports publics, la maîtrise des déchets, l'empreinte écologique, la décroissance des flux de matières...

Entropia, née en novembre 2006, avec un premier numéro consacré à "Décroissance et politique", lancée par Jean-Claude BESSON-GIRARD, Serge LATOUCHE, Alain GRAS, Agnès SINAÏ et d'autres, veut être une Revue d'étude théorique et politique de la décroissance. Editée par les Editions Parangon, bi-annuel, Entropia s'interroge par exemple sur "Crise éthique, éthique de crise?", "L'effondrement : et après?" ou "Territoires de la décroissance, avec des signatures qui se situent hors du champ de l'écologie, comme Zygmunt BAUMAN ou Hervé Le BRAS. Son numéro 10 de mai 2011 porte sur "Aux source de la décroissance", sur un ton critique sur la science aux origine de l'écologie.

A l'inverse de L'écologiste, la revue Ecologie et Politique dirigée par Jean-Paul DELÉAGE, aborde les questions écologique sans éviter leurs aspects conflictuels. A périodicité bi-annuelle, elle parait depuis 1992, dans une perspective proche du marxisme, avec des dossiers particulièrement étoffé (150 pages par numéro). Pour reprendre la présentation de la revue, "l'évolution des sociétés humaines met aujourd'hui en jeu les dynamiques fondamentales de la biosphère et la survie de la planète et de ses habitants. Aucun des rapports humains - oppositions sociales et de classes, domination de la femme, modes de production et de consommation, formes de domination politiques, représentations du travail - n'échappe désormais à ce dilemme fondamental de notre temps : l'immense progrès mis en route par la civilisation industrielle est aussi à l'origine de destructions inséparables pour notre Terre et pour la majorité de ses habitants. La revue Ecologie et Politique se veut un forum pour défendre et promouvoir les projets d'alternatives socio-politiques fondées sur l'appartenance des humains à la nature et non sur leur opposition. Elle se propose de débattre librement des valeurs de l'écologie et du socialisme, du pacifisme, de l'antiracisme, de la citoyenneté intégrale pour toutes et tous ; valeurs qu'ont inventées et qu'inventent les mouvements sociaux et politiques, qui n'ont jamais été aussi riches qu'à l'aube du XXIème siècle." Publiée par les Editions Syllepse, Ecologie et Politique structure chacun de ses numéros autour d'un dossier thématique, des articles libres et des documents historiques comme des comptes rendus d'actualité. Son comité de rédaction veille au traitement international des questions abordées. 

 

ENTROPIA, 52 Grand rue, 84340 MALAUCÈNE ; LA REVUE DURABLE, Cérin SARL, Rue de Lausanne 23, 1700 FRIBOURG, SUISSE ; L'ECOLOGISTE, disponible en kiosque ; ECOREV', http://ecorev.org. ; SILENCE, 9 rue Dumenge, 69317 LYON ; DÉVELOPPEMENT DURABLE ET TERRITOIRES, Centre Lillois d'Etudes et de Recherches Sociologiques et Economiques, Université de Lille, 59655 VILLENEUVE D'ASCQ ; GÉOCARREFOUR, 18, rue Chevreul, 69007 LYON. WWW.REVUES.ORG ; ECOLOGIE ET POLITIQUE, 17 Boulevard du Maréchal Foch, 45240 LA FERTÉ SAINT-AUBIN.

Par GIL - Publié dans : REVUES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 08:42

            Ce livre de 1948 écrit par le naturaliste Henry Fairfield OSBORN, Jr (1887-1969), longtemps président de la New York Zoogical Society (aujourdh'ui Wilfide Conservation Society, l'une des plus importante ONG internationales de protection de la nature), s'avère prémonitoire de l'ensemble des problèmes planétaires, même s'il ne connaissait pas bien entendu le problème climatique auquel nous devons faire face aujourd'hui. Réquisitoire sans appel qui suscite à sa sortie un vif intérêt aux Etats-Unis, il montre que l"humanité est en train "de suivre une voie qui risque de rendre un jour ou l'autre notre bonne vieille terre aussi morte que la lune. Il contient la démonstration évidente qu'une dégradation continue de la nature menace la survie même de l'humanité."

              Sur un ton volontiers alarmiste, l'auteur entend donné, comme il l'écrit dans son Introduction au mot nature la signification la plus étendue. "Au sens large, il se réfère au schéma général de l'univers. Au sens étroit, il ne désigne plus que le caractère d'un individu, ou encore les impulsions ou forces inhérentes par lesquelles son caractère se trouve déterminé ou contrôlé. La nature représente en réalité la somme totale des conditions et principes qui influencent ou plus exactement conditionnent l'existence de tout ce qui a vie, y compris l'homme lui-même. Le but de ce livre n'est pas seulement d'établir le bien-fondé de cette définition, mais encore et surtout de montrer que, si nous continuons à faire fi de la nature et de ses principes, les jours de notre civilisation sont dès maintenant comptés."

Comme il l'indique lui-même, "le présent ouvrage se divise en deux parties. La première tend à montrer que, malgré les extraordinaires réalisations mentales auxquelles est due sa civilisation moderne et si complexe, l'homme a été dans le passé, est encore et continuera toujours à être une simple pièce sur le grand échiquier de la nature. La seconde partie de ce livre s'efforce de montrer les ravages que pendant les derniers siècles l'homme a fait subir à la face de la terre et la vitesse toujours plus grande avec laquelle il continue à détruire les sources mêmes de sa vie. C'est là cette autre "guerre mondiale" silencieuse et mortelle à laquelle je faisais allusion (au début de l'Introduction). C'est elle qui engendre des conflits comme les deux premières guerres mondiales et, si rien n'est fait pour y porter remède, son résultat final ne saurait manquer de se traduire par une misère générale comme jamais encore l'humanité n'en a connue, avec menace finale pour son existence même."

 

      le livre se divise donc en 10 chapitres, répartis également entre ces deux parties, intitulées La planète et Le pillage.

   Dans cette première partie, l'auteur effectue d'abord (premier chapitre) des vues d'ensemble : Sommes-nous le résultat final d'un si vaste système? ; Une armée d'invasion qui grossit tous les jours ; Une petite planète parmi des millions de nébuleuses spirales ; Peut-il exister ailleurs d'autres êtres humaines? ; L'homme "civilisé" constitue un pour cent seulement de la vie de l'espèce ; Les hommes primitifs ont longtemps été en tout petit nombre...

Il décrit Les années obscures mais décisives... (chapitre II) : Les temps passés sont en réalité toujours avec nous ; Le point de différenciation dans l'évolution ; Tendances et instincts héréditaires ; Comment il faut entendre "la survivance du plus apte" ; L'homme représente un type animal non spécialisé mais "généralisé" ; Par sa spécialisation ultérieure il devient un force mondiale nouvelle. 

On peut résumer ces deux chapitres de la manière suivante : Tous les bébés sont semblables, ce sont les enfants de la Terre : tous les jours et dans tous les pays ils arrivent sans arrêt en nombre toujours croissant, marée quotidienne. La venue au monde d'une telle armée de nouveaux-né vient jour après jour augmenter la masse vivante du milieu où chacun vient de faire son apparition. la force de ce milieu sera leur force ; sa faiblesses sera leur faiblesse. Entre 1830 et 1900, la population mondiale a doublé pour atteindre 1,6 milliards de personnes. En 1940, les deux milliards étaient largement dépassés et depuis lors le chiffre continue à monter : dans cent ans la population mondiale peut dépasser de beaucoup les trois milliards. Cet excès de peuplement due à la perpétuelle augmentation de leur nombre risque de ne pouvoir être résolu de façon compatible avec notre idéal d'humanité. Le nombre de nos semblables augmente sans arrêt, avec la famine comme conséquence ; même après les guerres les plus terribles il en reste encore de trop vivants. Même en prenant 1,6 milliards d'hectare pour représenter la surface de terre considérée comme convenable pour la culture, nous ne trouvons que trois quarts d'hectare environ par tête. Pourtant on compte en général que pour produire le minimum d'aliment nécessaire à un être humain, il faut au moins un hectare de terre de moyenne productivité. Il y a synchronisme perceptible ente l'accélération du commerce et celle de la reproduction humaine. Nous le voyons conquérir un continent puis dans l'espace de moins d'un siècle en transformer une bonne partie en solitudes désolées et inutilisables, après quoi il lui faut se déplacer pour trouver de nouvelles terres encore vierges. Mais où aller désormais? Aujourd'hui, sauf quelques rares et insignifiantes exceptions il n'y a plus nulle part de terres nouvelles. Jamais encore de toute mémoire humaine il n'en avait été ainsi. La plus cruelle, la plus meurtrière des guerres mondiales vient juste de prendre fin. A propos de cette combativité, il convient de préciser que la guerre telle que l'homme la pratique est un phénomène unique dans toute la nature, c'est-à-dire que parmi les populations animales les plus développés de notre planète il n'y a pas d'exemples de pareilles destructions à l'intérieur d'une même espèce. Pourtant les antipathies entre races ou nations, l'idée qu'il existerait des races supérieures et inférieures, n'ont aucun fondement biologique. Que peut-il bien y avoir dans l'ascendance de l'homme, quelles tendances héréditaires a donc l'être humain qui puissent rendre compte de pareils forfaits? La triste vérité est que pendant un passé infiniment long l'homme a été un prédateur, un chasseur, un carnivore et partant un tueur. très tôt l'homme est devenu un chasseur alors que ses plus proches parents dans le monde animal, physiologiquement les plus semblables à lui, restaient végétariens. Il convient en outre de remarquer que le nombre de carnivores, de ceux qui vivent de la mort des autres, reste infime par rapport aux grandes populations animales parmi lesquelles ils ne forment qu'une très petite minorité. On estime que le nombre de carnivores ne devrait pas dépasser un pour cent de la population animale.

Dans le chapitre III, l'auteur aborde Une nouvelle force géologique : l'homme : La Terre surpeuplée sous l'augmentation explosive du nombre des humains ; La planète semble rapetisser presque à vue d'oeil ; Disponibilités réelles en bonnes terres productives ; La distribution générale des grandes masses humaines ; Est-il possible d'arriver à un état d'équilibre?

Au chapitre IV, La vie engendre la vie, le zoologue expose l'interdépendance générale de tous les êtres vivants et les Destructions dues à l'érosion ; L'homme a tendance à détruire les sources mêmes de la vie ; Importance et signification de la vie animale.

Le chapitre V décrit Les flatteries de la science : La Terre n'est pas une mécanique ; Illusions qu'on se fait sur le pouvoir de "la science" ; Le sol lui-même est un milieu vivant ; Fonctions des êtres vivants qui l'habitent ; Relations entre la santé du sol et celle des animaux, y compris l'homme ; En quoi consistent au juste les "nouvelles" maladies? 

On peut résumer les trois chapitres précédents de la manière suivante : Que l'homme ait hérité de la terre, c'est là un fait accompli, mais en tant qu'héritier, il n'a tenu aucun compte des paroles du doux Nazaréen : "Bienheureux les humbles, car la terre sera leur héritage". L'homme a maintenant détruit une bonne partie de son héritage. Il a jusqu'ici manqué à se reconnaître comme un enfant du sol sur lequel il vit. Dans cette grand machine qu'est la nature chaque pièce dépend de toutes les autres. Retirez-en l'une des plus importantes et c'est toute la machine qui va s'arrêter. Là est le principe essentiel de cette science récente, la "conservation". Le sol productif doit être considéré comme une matière vivante parce que peuplé en nombre infini par de minuscules végétaux vivants, les bactéries, et de tout aussi petits animalcules, les protozoaires. Sans ce double peuplement un sol ne peut être que mort et stérile. Le ver de terre est le plus connu de tous ces petits auxiliaires du cultivateur mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soit le plus important. L'homme ne saurait donc pratiquement créer du sol productif qu'à titre d'expérience et en quantité très limitée. La nature met de trois à dix siècles pour produire un seul pouce d'épaisseur de sol productif. Ce qui peut avoir ainsi demandé un millier d'années pour se faire peut se trouver enlevé et détruit en une seule année, parfois même un seul jour comme on en a vu des exemples. Trop de gens ont encore l'idée que les terres devenues stériles par suite de l'abus qui en a été fait peuvent retrouver leur ancienne fertilité grâce aux engrais chimiques. Les engrais sont des suppléments et rien de plus. La richesse et la productivité du sol ne peuvent se maintenir que par la restitution de toutes la matière organique qui ne provient. Or il existe un courant continu de matière organique vers les villes où elle se trouve consommée et ses résidus détruits sans jamais faire retour aux sols dont elle a tiré son origine. Par là nous tendons à détruire le cercle où s'exprime l'unité organique du processus de la production naturelle. La question se pose donc de savoir si le jour viendra où nous aurons définitivement brisé ce cercle.

  Dans la deuxième partie, l'auteur fait le tour des dommages causés par l'homme en Asie jadis et aujourd'hui (chapitre VI), dans les pays méditerranéens et l'Afrique (chapitre VII), en Russie (chapitre VIII), en Europe, en Angleterre et en Australie (chapitre IX) et dans le Nouveau Monde (chapitre X). 

Les sous-titres de ces chapitres caractérisent bien les éléments abordés. Pour l'Asie : Le mal a commencé depuis trop longtemps ; Origines du mauvais usage de la terre par l'homme ; Disparition des premières civilisations ; Le problème des peuples en Asie ; La tragédie de l'Inde et de la Chine. Pour les pays méditerranéens et l'Afrique : La nature n'a pas de chèque en blanc pour le désir du profit ; La Grèce, terre désolée d'une ancienne splendeur ; Que vaut le récent prêt international? ; Coup d'oeil sur la Turquie, la Palestine et l'Egypte ; L'Afrique : influence des Empires et des colonisateurs ; L'érosion, dit un Premier ministre, est un problème plus important que la politique. Pour la Russie : Sa vie repose toute entière sur le Triangle des Terres centrales ; Pour la plus grande partie, le reste du pays est improductif ; Les rapports entre le Gouvernement Soviétique et la terre ; Effets de la guerre sur un sol déjà surmené ; Les méthodes soviétiques comparées aux méthodes américaines. Pour l'Europe, l'Angleterre et l'Australie : Les coutumes et le climat ont une bonne influence : le désir du profit une mauvaise ; L'Europe aidée par son climat et ses traditions ; Histoire des Marais Pontius ; Les Anglais délibèrent sur l'état de leurs terres ; Six générations ont suffi pour mettre à mal l'Australie et la Nouvelle-Zélande ; Néfastes conséquences de l'industrie pastorale et de l'introduction des lapins. Pour le Nouveau Monde : Désormais il ne mérite plus d'être qualifié de "nouveau" ; un présage bien alarmant : la chute de l'Empire des Mayas ; Le Mexique engagé dans une terrible bataille pour sa propre survivance ; Couper, brûler, planter, détruire et aller recommencer un peu plus loin ; Caractères physiques et climatiques de l'Amérique du Sud ; La grande illusion : les Etats-Unis peuvent nourrir le monde entier ; La soit-disant conquête du continent Nord-Américain ; La dernière et triple menace contre les forêts, la terre et les eaux ; Responsabilités morales et sociales de la propriété ; Les Etats-Unis sont encore sur la pente descendante.

L'abus que l'homme fait de la terre est très ancien, il remonte à des milliers d'années. On peut le lire dans les désespérants spectacles de ruines enterrées sous les sables, dans d'immenses étendues de pierres nues jadis recouvertes d'un sol fertile. La tendance des hommes à se concentrer remonte à la plus haute antiquité ; c'est là une des causes majeures du long et constant dommage que la race humaine inflige à la terre qui la porte. Les terres épuisées de l'Inde ne sauraient nourrir cette population toujours plus pressée et pourtant son accroissement immodéré se poursuit sans arrêt. Partout se fait jour le désir d'acquérir toutes les choses dont disposent les Européens. Il en résulte que les indigènes ont tendance à exploiter leur terre comme une mine pour en tirer le plus d'argent possible. Un autre facteur de détérioration des terres a été le système de taxation imposé par les puissance européennes désormais maîtresses de l'Afrique. Arrivons-en aux Etats-Unis, le pays de la grande illusion, "le pays qui peut à lui seul nourrir le monde". L'histoire de cette nation en ce qui concerne l'abus des forêts, des animaux sauvages et des ressources en eau est bien la plus violente et la plus destructrice dans toute l'histoire de la civilisation. La forêt primitive a été réduite au point de ne plus couvrir que 7% du territoire au lieu de 40%. Savamment appuyées par leurs représentants au Congrès, les manoeuvres de puissants éleveurs ont un effet marqué sur la conservation des dernières réserves forestières encore existantes. Les pertes que nous subissons du fait de l'érosion continue ont de quoi faire trembler : chaque année entre cinq et six milliards de tonnes. Le service de la Conservation des sols n'existe que depuis 1935, non pas tant grâce à la stratégie du gouvernement que parce que le grand public avait été frappé d'épouvante par la révolte de la nature contre l'homme, mise en évidence par l'incident du "Bol de poussière" le 12 mai de l'année précédente.

 

  Dans sa conclusion, Henry Fairfield OSBORN, Jr, écrit qu'il est une chose étonnante de voir combien il est rare de trouver une seule personne bien au fat de la destruction accélérée que nous infligeons sans arrêt aux source même de notre vie. Par ailleurs, les rares esprits qui s'en rendent compte ne voient pas en général le lien indivisible entre ce fatal processus  et les exigences irrésistibles d'une population humaine sans cesse en augmentation. Il semble n'y avoir guère d'espoir en l'avenir si nous ne décidons pas à accepter la conception suivant laquelle l'homme est, comme tous les autres êtres vivants, partie intégrante d'un vaste ensemble biologique. La terre aujourd'hui appartient à l'homme et par là se trouve posé le problème de savoir quelles obligations peuvent accompagner cette possession sans limites. La propriété privée des ressources naturelles d'un pays ne se justifie sur le plan moral que si ces ressources sont exploitées par leur propriétaire de façon conforme à l'intérêt général de la nation. Il n'y a rien de révolutionnaire dans l'idée que les ressources renouvelables appartiennent en réalité à toute la nation et que l'usage fait de la terre doit être partie intégrante d'un plan d'ensemble bien coordonné. L'action du gouvernement, en dernière analyse, repose avant tout sur l'opinion publique. Le fait que plus de 55% de la population américaine vit dans les villes a pour conséquence inévitable une indifférence marquée pour la terre et la façon dont sont traités les ressources naturelles du pays. Il est aussi probable que le plus puissant soporifique dont soit imbibée l'opinion publique vient de la croyance aujourd'hui inconsciemment partagées par nous tous suivant laquelle les miracles de la technologie moderne peuvent suffire à résoudre n'importe quelle difficulté. Seul un grand effort de la nation toute entière peut donner pour l'avenir des garanties suffisantes. Il n'y faut rien de moins qu'une complète coopération du gouvernement et de toute l'industrie, appuyée par la pression unanime de l'opinion publique. Un programme doit être enseigné dans toutes les écoles de façon à ce que les générations à venir puissent dès leur enfance se rendre compte de la situation exacte de ce qui est la base même de toute vie, un enseignement de la conservation. De même les cours d'économie politique, travaux publics, sociologie, etc, prendraient une vie nouvelle si l'on y faisait figurer les considérations bien comprises sur les relations de l'homme avec le milieu physique dans lequel il est appelé à vivre. Une seule solution est possible : l'homme doit reconnaître la nécessité où il se trouve de collaborer avec la nature.

 

   On trouve dans ce livre le schéma-type de nombreux plaidoyers pour une politique publique environnementale vigoureuse depuis lors. Mais ce n'est dans récemment, vers la fin des années 1980, à un moment où les esprits ne sont plus obnubilés par la menace d'une confrontation Est-Ouest, avec également l'accélération des changements climatiques, qu'un mouvement vigoureux va dans ce sens. Quelques autres ouvrages-cris d'alarme sont publiés par le naturaliste dans les années 1950 et 1960 notamment (ainsi Our Crowded Plante. Essays ont the Pressures of Population, 1962) qui actualisent et précisent les données et les propositions de son livre de 1948. 

 

Henry Fairfiel OSBORN, Jr, Our Plundered planet, Boston, Little, Brown and Co, 1948 ; La planète au pillage, traduction de l'américain par Maurice PLANIOL, Payot, 1949 ; réédition à Actes Sud, collection Babel, 2008, même traducteur, Préface de Pierre RABBI, 2008, 214 pages.

Par GIL - Publié dans : OEUVRES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 14:36

               Ce n'est que relativement récemment que l'ensemble des études biologiques quitte le modèle dominant de la culture sur boite de Pétri pour la recherche des moyens de lutte contre les micro-organismes responsables des maladies, pour entrer dans une problématique d'écologie microbienne. Aussi, si nous connaissons bien ces micro-organismes étudiés depuis plus d'un siècle (les premières descriptions sont dues à Charles SÉDILLOT en 1878, un mois avant PASTEUR), si leur classification suivant leur constitution, leur morphologie, leur cycle de vie, leur mode d'action dans les organismes complexes des plantes, des animaux et des hommes est devenir très raffinée, nous avons encore beaucoup de recherches à effectuer sur leurs interactions dans l'eau, dans la terre et dans les organismes vivants, sur leur évolution perpétuelle, évolution d'ailleurs souvent maintenant accéléréz par l'action des hommes pour se défendre contre leurs activités néfastes. Poussées par la nécessité de comprendre les dynamismes de la dégradation de l'environnement, autant que par les limites de l'action des antibiotiques, les disciplines biologiques autour de l'écologie microbienne se développent, avec une certaine difficulté due aux cloisonnements entre spécialités médicales. Comme l'écrivent les responsables du réseau Microtrop, "la microbiologie est l'une des sciences biologiques qui a le plus évolué au cours des 20 dernières années. Cette évolution, due au développement rapide des outils de la biologie moléculaire, a permis la naissance de l'écologie microbienne, devenue aujourd'hui l'un des domaines clés de l'écologie moderne. Les outils moléculaires permettent aux microbiologistes de franchir le stade de l'étude du micro-organisme isolé, pour passer à l'analyse des communautés microbiennens dans leur environnement naturel. Cela demande une double compétence d'écologiste et de microbiologiste, mais seule une approche globale, interdisciplinaire, et systémique des communautés microbiennes permettra d'aborder la complexité des problématiques environnementales (réhabilitation des milieux dégradés, durabilité des agro-systèmes, dépollution, bioremédiation, connaissance et exploitation des milieux extrêmes, etc.). Une telle approche de l'écologie microbienne nécessite cependant la maîtrise de connaissances à la fois théoriques et pratiques qui ne sont pas ou peu enseignées dans les cursus universitaires, particulièrement en Afrique (...)". Réseau voulant favorisant les échanges scientifiques sur les microorganismes entre le Nord et le Sud, Microtrop doit faire face également à une certaine lenteur de la progression de cette jeune discipline dans les pays les plus avantagés sur le plan de la recherche...

 

       Les micro-organismes ont été les premières formes de vie à se développer sur Terre, il y a environ 3,4 à 3,7 milliards d'années. Le transfert horizontal de gènes, de pair avec un haut taux de mutation et de nombreux moyens de la variation génétique, permet aux micro-organismes d'évoluer rapidement, de survivre dans des environnements nouveaux, de répondre à des stress environnementaux (changements constants du relief, changement de la composition de l'air, de la terre et de l'eau, changement de conditions de température et de pression, de luminosité aussi...) comme aux multiples agressions de la part de leurs concurrents. De manière récente, cette évolution rapide est importante, on le constate dans la médecine, car elle conduit à l'apparition de "super-microbes" - des bactéries (la plupart pathogènes) rapidement devenues résistantes aux antibiotiques modernes.

L'apparition des végétaux et des animaux complexes ont sans doute accéléré la compétition entre micro-organismes, celle des activités humaines de prévention et de soins aux maladies, l'ont accéléré davantage : la multiplication des terrains de lutte ont sans doute accru dans de notables proportions la variété des micro-organismes et ont complexifié leurs interactions, surtout par l'introduction dans ces terrains de lutte de nouveaux micro-organismes (dans le domaine médical et vétérinaire). Déjà le vaste mouvement de domestication avait orienté de nombreuses batailles entre ces micro-organismes. 

 

      Raymond VILAIN décrit sous une forme vulgarisée ces luttes microscopique : "L'écologie microbienne est la science qui étude tous les microbes présents sur un biotope et les facteurs d'équilibre. Le biotoque, c'est vous ou moi à partir du moment où nous sommes vivants. L'équilibre définit la bonne santé vis-à-vis-vis de ces petites bêtes. Connaître les facteurs de cette paix provisoire nous intéresse. Nous pourrons éviter la guerre et, si nous sommes obligés de l'affronter, préparer une bonne paix. Nous offrons aux microbes deux territoires étendus : la peau et les muqueuses. Le tube digestif a l'originalité d'être ouvert aux deux bouts. Tunnel chaud et humide, il est plutôt surpeuplé. Les autres biotopes muqueux sont en impasse : trachée, urètre, vagin. Les défenses sont bien organisées mais, au moins pour les muqueuses génitales, le tourisme est dangereux. Il ne faut pas que la simple découverte d'un microbe lors d'un examen bactériologique déclenche une panique chez le porteur. Nous sommes normalement habités par des microbes, partout où les conditions de vie sont bonnes ou simplement acceptables. Pour que nous nous inquiétions, il est nécessaire que le germe soit pris en flagrant délit et reconnu coupable. Les microbes forment en effet une interface grouillante qui sépare normalement notre corps du monde extérieur. Location, métayage, squattérisation, effraction sont les différents statuts de notre relations journalière avec eux." Ce début de description ne va sans doute pas assez loin : nous sommes en fait formés en partie de toute cette "faune", dans les vaisseaux comme dans les tissus. Les bactéries, virus et compagnie se livrent à des interactions conflictuelles (qui peuvent être coopératives sous forme de parasitages) incessantes autant à la surface qu'à l'intérieur de ces vaisseaux et de ces tissus, dans des modalités égoïstes (les microbes ne nous connaissent pas réellement...) et à courtes distances qui selon les cas bénéficient ou nuisent à notre intégrité physique. "Les bactéries, organismes unicellulaires, ont été les premiers habitants de notre planète. Elles ont laissé leurs traces dans les roches primitives (d'où nous pouvant les extraire, sous formes dégradées, leurs descendants plus ou moins directs). Elles vivaient et se multipliaient en se coupant en deux. (...) Cette donation-partage peut se faire à grande vitesse ou s'arrêter pour de longues périodes. Nourries dans la soupe primitive de l'Univers, elles fabriquaient de l'oxygène à titre de déchet. La quantité de ce gaz-ordure devenant de plus en plus importante, il leur fallut s'organiser pour survivre. Certaines, irréductibles, vivant là où l'oxygène ne pouvait pénétrer, continuèrent le régime qui leur réussissait (anaérobies). Les autres évoluèrent. Certaines se convertirent complètement et devinrent dépendantes de cet oxygène-déchet, élevé à la hauteur de principe vital (aérobies). Beaucoup se décidèrent à vivre selon les deux modes, appréciant l'oxygène lorsqu'il y en a, mais pouvant s'en passer. Lorsque les animaux apparurent, un nouveau destin s'offrit. Les microbes virent les reptiles sortir prudemment des mers de l'ère secondaire". Là, l'auteur fait un très grand raccourcit évolutionniste, qui peut empêcher de comprendre que c'est le résultat de l'évolution de ces micro-organismes qui produit des êtres vivants plus complexes. "Volontaires ou embarqués malgré eux, certains microbes tentèrent leur chance. Délaissant l'humus ombreux sous les fougères arborescentes, les feuilles et les arbres destinés à devenir du super ou de l'ordinaire (là, nous trouvons que l'auteur force dans la vulgarisation, mais peu importe!), les mousses battues par les flots, ils suivirent ces véhicules amphibies. Des options s'offrent pour cette croisière : la surface écailleuse ou les profondeurs digestives (ce choix n'en est pas vraiment un, puisque tout dépend des multiples contacts entre micro-organismes et de leurs caractéristiques attirances-répulsions...), le pont promenade ou les soutes encombrées. Seuls les aérobies vraies ou anaérobies facultatifs pouvaient survivre au-dehors. Tous, mais surtout les anaréobies, choisirent l'obscurité chaude, nutritive et pestilentielle des tripes (pestilentielle, c'est vite dit, pour reprendre même ton humoristique!). Devenus parasites, incapables ou presque de retourner à leur patrie d'origine, ils passèrent d'un animal à l'autre au gré de l'évolution, de leurs appétences particulières et des catastrophes naturelles. Ils préféraient l'abondante fourrure des grands signes mais n'hésitèrent pas à coloniser un modèle moins velu, bipède à temps plein, l'homme. (...) L'enfant naît stérile. Il est rapidement contaminé par les microbes (l'auteur parle là des microbes extérieurs, car son corps abonde déjà de micro-organismes...) dès le début de sa sortie par les voies naturelles. (...). En réalité, il n'accepte pas n'importe quel microbe de l'environnement (pour poursuivre sur le même ton, grâce à qui? aux micro-organismes déjà là...). La bouche, office d'immigration le plus tolérant qui soit, doit être placé sous haute surveillance.(...) Sur la peau, mise à l'air, recouverte de la layette ou culottée par les couches, s'installe dans la majorité des cas une flore paisible (pas si paisible que ça d'ailleurs!) dont les éléments viennent des espèces parentales et ancillaires (et alors, les parents ne transmettent qu'une flore paisible!). Les bactériologistes ont étudié ce peuplement progressif et sélectif en surveillant les enfants nés par césarienne et soustraits aux contaminations extérieures par une bulle. Nous avons notre flore microbienne personnelle exactement comme nos empreintes digitales. (...). Pour aller voir de près ces populations qui s'interposent entre la lame du bistouri et le corps humain et dont nous avons bien du mal à nous débarrasser provisoirement (il s'agit, l'auteur a bien raison, d'une lutte perpétuelle et sans fin...), réduisons-nous un instant à l'échelle de la bactérie et inscrivons-nous pour un circuit du grand tourisme cutané. La visite commence par le front. Le paysage est assez semblable aux steppes de l'Asie centrale, plus ou moins desséchées. La terre craquèle sous le soleil. De larges écailles de kératine se forment et se détachent. De minuscules roseaux, le duvet, émergent de-ci, de-là. une manne providentielle suinte le long de la tige et s'étale autour : le sébum. De petits puits, oasis en réduction, parsèment le terrain. Un geyser de sueur jaillit de temps à autre avec moins de régularité que le célèbre Old Faithful de Yellowstone. Sueur et sébum forment un limon dans lequel nous patinons si le front est exposé au soleil. Mais nous sommes venus voir les bêtes, comme au Kenya. Elles sont groupées en petites colonies autour des points d'eau. D'autres sont accrochées aux écailles de kératine que le vent emporte. Le guide nous montre des billes rondes et des bâtonnets, plus ou moins garnis de protubérances mobiles et changeantes. certains microbes s'accrochent comme des calamars. Les billes sont des staphylocoques dits blancs par opposition à d'autres, dorés. Ces staphylocoques blancs sont habituellement inoffensifs. Ils sont dépourvus de mâchoires agressives (comprenez que leur équipement enzymatique est sans danger pour les cellules vivantes). Les bâtonnets sont de débonnaires bacilles, parfois impliqués dans un conflit juvénile : l'acné. (....) Si nous campons sur place, nous pouvons constater que ces quelques tribus (deux millions de germes au centimètre carré) se nourrissent paisiblement, se reproduisent rapidement, mais que leur nombre reste remarquablement stable. Les plus hardis des touristes profitent de l'arrêt pour faire un peu de spéléologie. Ils descendent encordés dans les entonnoirs des glandes sudoripares et pitonnent le long des poils. Ils peuvent voir les cavernicoles groupés en petit nombre le long du poil et au fond des creux, à l'abri de la douche et du savon. Après les ouragans hygiéniques (...) ils envoient quelques uns des leurs repeupler la surface un moment déserte. Nous longeons ensuite une épaisse forêt, les cheveux. Nous ne nous y aventurerons pas, surtout s'il s'agit d'un de ces appendices capillaires de type mérovingien dont la résurgence a permis le retour des poux. Grouille dans les futaies une flore composite nombreuse et féroce. Elle résiste bien aux nouveaux shampooings de plus en plus parfumés et vitaminés mais de moins en moins antiseptiques. Nous allons directement à l'aisselle en traversant le thorax, savane herbeuse chez l'homme où paissent de nombreux troupeaux. La traversée de l'aisselle comble les touristes les plus blasés. dans cette forêt tropicale luxuriante, sous les pluies torrentielles et fréquentes, de nombreuses espèces (....) s'accrochent aux branches (...) patrouillent dans les marais. (...) Le grand tour continue par la visite du cratère géant, l'omblic. Peu d'animaux aux alentours de cette décharge privée géante où sédimentent les poussières champêtres et urbaines, les débris textiles les plus divers et quelques résidus alimentaires à l'abri des orages salvateurs. (L'auteur rend bien la multitude de micro-organismes nécrophages, se nourrissant de multiples débris naturels ou artificiels qui peuplent la peau...) (...) Nous traversons avec un grand frisson le désert de la soif : l'ongle. Rien n'y pousse. Rien n'y vit (Là, l'auteur exagère un peu!). Une grande corniche nous amène au-dessous des gorges du Tarn, je veux dire le périnée. Passent sans s'accrocher des hordes sauvages accompagnant les selles. Retournant à notre point de départ après cette visite au mètre carré et quelque chose de surface cutanée, le guide nous explique que les microbes que nous avons vu sont des résidents. Ils naissent, se nourrissent et se reproduisent sur place. Leur nombre, leurs espèces sont remarquablement fixes pour un individu donné, à un endroit précis, sous un microclimat stable. Cet équilibre est assuré par les qualités du sébum et de la sueur, nourritures pour les uns, poisons pour les autres, et par la présence même des habitants qui luttent pour conserver leur territoire. Cet équilibre démographique presque parfait (relativement...) et ce peuplement ethniquement homogène ne sont pas dus qu'au contrôle rigoureux des naissances. La lutte contre les envahisseurs est continuelle et sans merci. Il n'y a pas plus raciste que les germes résidents (l'auteur risque avec cette prose de tomber dans l'anthropomorphisme mais il indique par là la forte spécificité par rapport au milieu de nombreux micro-organismes...). Les microbes venus par les multiples contacts de la vie quotidienne ne sauraient s'éterniser là où ils ont été parachutés. Ils disparaissent en quelques heures. Mais ce temps est suffisant pour que la main ainsi contaminée aille dans une capable partie de ping-pong hospitalier contaminer quelque crudité, tétine de biberon ou aiguille à injection intramusculaire. Nous élevons nos propres envahisseurs du territoire cutané. A la jonction des muqueuses et de la peau des narines vivent des staphylocoques dorés, dotés d'enzymes à la gloutonnerie bien connue. Ils sont responsables des furoncles, des septicémies, des panaris, de l'infection au début de l'évolution des brûlures, de la très grande majorité des infections post-opératoires. De leur gîte narinaire, ils défilent sur toute l'aire cutanée en colonies si nombreuses qu'il y en a toujours une, quel que soit l'endroit où se produit la plaie. Certains d'entre nous élèvent plus de staphylocoques dorés que d'autres. S'ils sont pâtissiers, ils peuvent, en déposant ces chiots dans une crème anglaise, envoyer une noce à l'hôpital, les enfants d'une cantine scolaire en vacances forcées (c'est parfois digne de Stephen King, cette prose (voir son livre, Le fléau)....). Mais en dehors de conditions bien particulières, ces staphylocoques ne font que passer. (...) Les streptocoques vivant dans la gorge, les germes (...) des selles rejoignent ces touristes sans avoir, eux non plus, la possibilité de s'installer à demeure. La connaissance de l'écologie microbienne est indispensable, aussi bien à celui qui s'occupe d'hygiène alimentaire qu'au chirurgien ou au fabricant de déodorant. (...)". Ce texte montre bien la cascade d'événements entre le pullulement de certains micro-organismes en terrain favorable, les conséquences macrocospiques, les répercutions à l'échelle d'un organisme tout entier d'une multitude de combats microscopiques.

 

     Dans cette lutte, la biologie a bien identifier les différents acteurs, "amis" ou "ennemis" de l'organisme complexe qu'est un humain, a identifier nombre de ces cascades d'événements, souvent en faisant des sauts entre la présence de bactéries, virus et compagnie et l'effet de cette présence sous forme de maladie à des stades particuliers. Sans pour l'instant avoir le tableau complet des différents champs de bataille. L'objectif des études d'écologie microbienne est de parvenir à dresser la cartographie et le déroulement de ces batailles, en tenant compte de l'évolution qu'elles provoquent chez les acteurs mêmes, car c'est souvent au niveau génétique que cela se passe. Ils ont à élucider la nature, la fréquence et les lieux d'interactions entre plusieurs agents microbiens, pathogènes ou non pour l'homme. La chaîne d'évènements du niveau microscopique au niveau de la structure entière d'un individu n'est ni directe ni forcément aboutie : du niveau des relations entre microbes, entre virus, entre microbes et virus, entre cellules structurelles d'un part et cellules circulantes d'autre part et ces derniers, au niveau du système immunitaire jusqu'au niveau de chacun des organes éventuellement atteints, puis du niveau de chacun des organes à l'ensemble de la structurelle corporelle, il existe des batailles qui restent à un seul niveau comme d'autres qui mettent en jeu tout l'organisme. Longtemps l'ingénierie médicale s'est attaquée aux relations entre agents pathogènes et circuits défensifs. Maintenant, il s'agit de comprendre comment s'organise l'écologie microbienne. C'est d'abord au niveau microscopique que se situent les premières batailles, d'où l'importance de l'enjeu de telles recherches. 

 

   C'est ce que rappelle Philippe SANSONETTI dans une "leçon inaugurale" de 2008 au Collège de France. L'auteur titulaire de la chaire de microbiologie et maladies infectueuses traite alors des microbes et les hommes, de la guerre et de la paix aux surfaces muqueuses. Plusieurs points doivent demeurer à l'esprit lorsque l'on traite des batailles microscopiques :

- L'homme évolue dans un monde microbien : bactéries, virus, virus de bactéries (les bactériophages), levures et champignons. Citons aussi les parasites mono et multicellulaires, même s'ils n'entrent pas dans la définition des microbes stricto sensu car ils sont une cause majeures d'infection. 

- Dès que les êtres vivants sont devenus multicellulaires, ils ont dû socialiser avec les microbes, premiers occupants de la planète, et établir avec eux un état de commensalisme, voire de symbiose. Les êtres multicellulaires modèles, comme le vers Caenohabditis et la mouche Drosophilia, ont un mocrobiote commensal - c'est le terme désormais utilisé pour définir la flore microbienne résidente - et sont sensibles à des pathogènes. Les systèmes gouvernant la gestion de cette interface, qui sont nés de l'adaptation de mécanismes parmi les plus fondamentaux du développement, ont été remarquablement conservés au cours de l'évolution, de l'insecte aux primates supérieurs. La co-évolution homme-microbes ne s'est pas résumée à la reconnaissance et à l'éradication des pathogènes ; elle a aussi mené à la tolérance des microbiotes commensaux. La veille microbiologique de notre organisme est permanente.

- A côté des maladies infectueuses aiguës, on observe des colonisations chroniques ne donnant lieu à des complications significatives que dans un pourcentage limité de cas. Ainsi, dans les régions pauvres de la planète, la bactérie Helicobacter pylori, un pathogène gastrique, peut coloniser la population dès le plus jeune âge, mais elle ne donnera lieu à des complications (ulcère gastroduodénal, cancer de l'estomac) que chez une fraction limitée des individus. Faut-il la décrire comme un commensal violant la frontière, ou comme un pathogène furtif assurant sa survie prolongée? Faut-il invoquer la susceptibilité variable des individus en fonction de leur bagage génétique, ou des facteurs environnementaux? Probablement les quatre à la fois, ce qui souligne que la recherche dans le domaine des maladies infectueuses doit être multidisciplinaire.

- Pour compliquer ce schéma, certaines pathologies comme les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (la maladie de Crohn par exemple) reflètent une mauvaises gestion de l'interface avec notre microbiote commensal. L'analyse génétique de ces maladies commence à nous fournir des gènes candidats, qui sont autant de pistes orientant vers la nature moléculaire et cellulaire de cette interface. Va-t-il falloir revoir nos concepts et définitions des maladies infectueuses? Susceptibilité génétique à des organismes de l'environnement habituellement non pathogènes, infections opportunistes des sujets immunodéprimés, infections plurimicrobiennes : les postulats de Koch souffrent des exceptions. Les voies de la co-évolution hôte-microbe restent souvent impénétrables, et seule une perspective évolutionniste fondée sur une vision de pression sélective mutuelle a un sens.

- "Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements", écrivait déjà Charles Darwin. "L'évolution procède comme un bricoleur qui pendant des millions et des millions d'années, ramierait lentement son oeuvre, la retouchant sans cesse, coupant ici, allongeant là, saisissant toutes les occasions d'ajuster, de transformer, de créer", écrit François Jacob dans Le Jeu des possibles. Sans cette lecture, on ne peut comprendre comment s'est développée notre interface avec les microbes : par exemple comment une voie gouvernant le développement dorso-ventral de la mouche a pu devenir une voie de perception des microorganismes jusque chez les mammifères ; ou encore, comme un flagelle bactérien a pu se transformer en un appareil de sécrétion de toxines, ou vice versa. 

- Au fond, l'homme est un hybride primate-microbes. Nous hébergeons dix fois plus de bactéries que nous ne possédons de cellules somatiques et germinales. Le tractus interstinal héberge l'essentiel de ce microbiote, atteignant le chiffre astronomique de 10 puissance 14 bactéries (cent mille milliards). L'extrapolation des résultats d'indentification moléculaire indique que nous hébergeons de 15 à 30 000 espèces différentes. On peut donc considérer que la séquence du génome humain ne sera complète tant que l'on ne disposera pas de celle de son microbiome, soit probablement un poll de gènes 100 fois supérieur au génome humain. C'est une gageure, car le microbiote varie d'un individu à l'autre, d'une région à l'autre, d'un site anatomique à l'autre.

- Simplifions... Le microbiote intestinal comporte deux grands groupes : les firmicutes, bactéries à Gram positif anaérobies, et les bacteroidetes, bactéries à Gram négatif anaérobies. Les protéobactéries qui nous sont les plus familières, comme Escherichia coli, sont en fait ultraminoritaires - au moins à l'homéostasie, car dans les situations pathologiques, comme les maladies inflammatoires de l'intestin, les équilibres sont rompus et les bacteroidetes disparaissent au profit de pratéobactéries. Qui est l'oeuf, qui est la poule? Est-ce la maladie inflammatoire qui cause le déséquilibre microbiote, ou le déséquilibre qui cause la maladie inflammatoire?

- Essayons de simplifier. Le microbiote intestinal a une activité métabolique globale équivalente à celle d'un organe comme le foie. Cet organe surnuméraire a de nombreuses fonctions. Il mai tient un effet de barrière contre les microorganismes allogènes, éventuellement pathogènes. Il assure l'homéostasie de la barrière épithéliale intestinale en stimulant sa restitution en cas d'altération, mais assure aussi le développement et le maintien du système immunitaire muqueux ainsi que du réseau vasculaire sous-épithélial. Il joue un rôle clé dans la nutrition et le métabolisme : hydrolyse et fermentation des polysides complexes, biosynthèse de vitamines, production d'acides gras à chaînes légères qui représentent une source nutritionnelle majeure pour l'épythélium, détoxification des xénobiotiques alimentaires. Il ne s'agit donc plus de commensalisme au sens générique du terme, mais bien d'une symbiose.

- Mêmes si les pathogènes sont minoritaires dans cet environnement mocrobien, leur impact est majeur. Dans Destin des Maladies infectieuses,(dans les années 1930) Charles Nicolle se demende si l'on peut tirer une ligne définissant d'un côté les bonnes bactéries - le microbiote - et d'un autre les mauvaises, celles qui sont pathogènes?

- Emile Roux écrivait que "la virulence  d'un microbe (pathogène) (ce qui fait sa spécificité) est son aptitude à vivre dans l'organisme des êtres supérieurs et d'y secréter des poisons". Charles Nicolle, à la suite des travaux de Louis Pasteur et de ses élèves concluait qu'"il y a donc de bonnes raisons de penser que la virulence est liée à un support matériel. Ne la voyons-nous subir parfois des variations brusques auxquelles on peut donner légitimement le sens et de nom de "mutations", et ces variations subites se traduire, en dehors de l'adaptation à un être nouveau, par l'acquisition de propriétés pathogènes nouvelles vis-à-vis de l'espèce animales qu'elle (la bactérie pathogène) infecte ordinairement?

- Presque concurramment, Frederick Griffith découvre à Londres la transformation chez le pneumocoque, permettant la démonstration du principe transformant de Griffith - capable de restaurer l'expression de sa capsule, donc sa virulence, à une souche acapsulée de pnumocoque - était détruit par l'enzyme DNase. Cette expérience prouvait que le support matériel de la virulence étant l'acide désoxyribonucléinque (ADM) qui "accessoirement" devenait LE support de l'hérédité.

- On découvre rapidement que certains facteurs clés de la virulence, comme la toxine diphtérique, sont codés par des éléments génétiques mobiles comme le bactériophage bêta. Puis survient, dans les années 1950, la révolution moléculaire : André Lwoff, Jacques Monod, François Jacob, Elie Wolmann et bien d'autres forgent les concepts et les outils qui vont permettre de faire se rejoindre, sinon Escherichia coli et éléphant, au moins Escherichia coli et microorganismes pathogènes.

- Stanley Falkow eut alors l'intuition que cette génétique moléculaire naissante allait permettre de déchiffrer le pouvoir pathogène des microbes, dans Infectious Multiple Dru Resistance, de 1975. 

- Que nous ont appris la génétique moléculaire, puis la génomique des pathogènes. Escherichia coli s'est avéré dès le début constituer un excellent modèle. Cette même espèce comporte en effet des isolats commensaux et des isolats pathogènes, ces derniers pouvant se décomposer en plueurus pathovars intestinaux, urinaires, septicémiques, responsables de méni,gites. Il est vite apparu qu'au delà des propriétés métaboliques et antgéniques souvent prises en défaut, chacun de ces pathovars a une signature génétique complexe correspondant à l'accrétion génomique d'éléments ; certains sont mobiles, les bactériophages et les phagiques ; d'autres sont fixés dans le chromosone mais probablement d'origine phagique : les "ilôts de pathogénicité". Cette pathogénicité s'est construite par sauts quantiques, sous oublier la "touche finale" de mose de l'ensemble de ce dispositif sous le contrôle d'une stricte hiérarchie de régulations répondant aux conditions environnementales. Les séquençages et les analyses pngénomiques ont parfaitement confirmé ce concept, traduisant l'existence de flux constants de gènes.

- Des questions persistent : quelle est l'origine de ces gènes étrangers? Ce modèle est-il vrai pour l'ensemble des pathogènes? La réponde simple est "souvant mais pas toujours". Les organismes modèles sont des objets idéaux de recherche à condition de savoir en sortir. Enfin, les virus ont-ils subi une évolution génomique similaire? Oui, sans doute, pour les grands virus ADN comme les Pox et les Herpes, qui ont acquis des gènes de leurs partenaires cellulaires leur servant essentiellement à leurrer notre système immunitaire. C'est moins clair pour les virus ARN, où les recombinaisons intra-espèce et la piètre fidélité de l'ARN polymérase contribuent à générer la diversité nécessaire à l'adapation aux hôtes et aux sauts d'espèces. 

- Revenons au coeur du paradoxe du commensalisme et de la pathogénicité qui sont gérés par les mêmes systèmes de surveillance immunologiques. Les commensaux intestinaux établissent un subtil dialogue moléculaire avec l'épythélium à travers le filtre du mucus de surface, sur lequel ils sont établis en biofilms complexes. Ils sont maintenus à distance respectable par un gradient de facteurs antimicrobiens épythéliaux, et perçus en proximité et densité par l'échantillonnage permanent de molécules propres au monde procaryote. Ce dialogue moléculaire résulte, via l'analyse et le filtrage épithélial de ces signaux, en une situation tolérogène pour le microbiote. Des mécanismes sans doute très proches président à la tolérance des autres microbiotes, particulièrement le microbiote cutané.

- Les pathogènes disposent eux d'un arsenal de facteurs de virulence leur permettant d'accéder ausx surfaces de l'hôte, d'y adhérer, éventuellement de les envahir, d'y injecter grâce à des systèmes dédiés des toxines qui vont assurer la subversion de la barrière épithéilale et de ses système de défense immunitaire. L'ensemble de ces effets est perçu par l'hôte comme un signal de danger, d'un seuil d'alerte dépassé : d'où une réponse immunitaire innée inflammatoire microbicide, mais aussi destructrice, largement responsable des symptômes et lésions de la maladie.

 

Philippe SANSONETTI, Des microbes et des hommes, Guerre et paix aux surfaces muqueuses, Leçon inaugurale du Collège de France, 20 novembre 2008 ; Raymond VILAIN, "jeux de mains", Arthaud, 1987 ; Réseau Microtrop.

Par GIL - Publié dans : ECOLOGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 15:22

       Un des initiateurs en France de l'écologie politique dans les années 1970, René DUMONT ne cesse d'écrire, depuis ses ouvrages d'agronomie jusqu'à ses oeuvres politiques, en étroite relation avec la pratique professionnelle et la situation sur le terrain, que ce soit dans son pays ou dans le "tiers-monde". D'abord pacifiste intégral et favorable à l'égriculture promue par le régime de Vichy, il s'engage progressivement en faveur du développement des peuples du tiers-monde, de la paix dans le monde et pour un développement contrôlé (démographie, énergie, protection des sols) et équitable. Ses oeuvres se répartissent en une multitude d'analyses et propositions en agriculture, des thèses écologiques et sur le développement, des écrits-prises de position sur les guerres en cours. Il étudie d'abord la culture du riz en Asie (La culture du ris dans le delta du Tonkin, 1935) et y découvre l'exploitation coloniale. Il s'enthousiasme ensuite pour l'agriculture moderne (Les leçons de l'agriculture américaine, 1949) et plus encore pour les révolutions agraires (Révolution dans les campagnes chinoises, 1957). Il est persuadé ensuite du double échec du développement à l'occidentale et de ses imitations socialistes (Développement et socialisme, 1969). il dénonce pendant longtemps dans le public et les instances internationales, les erreurs de développement, notamment dans les régions les plus pauvres (L'Afrique noire est mal partie, 1962) sans pour autant être bien entendu par les responsables politiques et économiques. il conclue, à l'unité indissolube qui fonde l'écologie politique - un rapport sain entre les hommes, un rapport sain entre l'humanité et la terre (Paysans écrasés, terres menacées, 1978) et romp avec le socialisme étatiste et productiviste (Finis les lendemains qui chantent, 1983-1985, avec Charlotte PAQUET). il mène toujours un combat incessant contre les crimes du néo-colonialisme en Afrique (Pour l'Afrique, j'accuse, 1986) et, en même temps, souligne les aspects positifs (réforme agraire, priorité aux petites entreprises) du développement de Taïwan (Taïwan, le prix de la réussite). Il garde dans tous ses écrits ultérieurs la même pensée écologique, bien exposée dans son premier livre pleinement écologique, l'Utopie et la mort, écrit en 1973. Sur un certain nombre de sujets, notamment la guerre, son ton se fait même plus véhément et imprécateur à l'approche de la fin du siècle (Cette guerre nous déshonore, 1992 ; Famile, le retour, 1997). 

 

    Toute une série d'ouvrages permet de suivre l'évolution de son travail d'agronome, de son approche novatrice, pluridisiciplinaire, dans son premier ouvrage, La culture du riz dans le Delta du Tonkin, de tous ses textes lorsqu'il enseigne de 1935 à 1974 (Institut national agronomique Paris-Grognon, agriculture comparée), de sa défense du corporatisme agricole (1940-1945) aux travaux dans le cadre de la Reconstruction sur Le problème agricole français. Esquisse d'un plan d'orientation et d'équipement, jusqu'à ses études sur les différentes expériences et programmes agricoles aux Etats-Unis et dans le Tiers-Monde. Il part d'une approche très technique très vite empreinte de considérations politiques (prise de conscience précoce des méfaits du colonialisme) et indique par là, que jusqu'à des domaines où il semble surtout question de machines, d'engrais et de finances, les conflits sociaux sont toujours présents dont les conflits de portée longue, économique.

     C'est la réalité sur le terrain qui le pousse à considérer la nécessité de changer radicalement la manière de cultiver, de se nourrir, de vivre. Les traits saillants d'une telle critique sont très présents dans L'Afrique noire est mal partie. 

Refusant une sorte de fatalisme et de malédiction induite par l'existence de climats et de sols contrastés, il défend l'idée que l'Afrique noire n'est pas maudite., que l'Occident possède une responsabilité directe dans ses difficultés économiques actuelles (esclavage et colonisation). Constatant que l'indépendance, ce n'est pas toujours la décolonisation, il dénonce la marche forcée vers un type de développement à l'occidentale, privant par exemple par la scolarisation massive, les terres de main d'oeuvre indispensable. Prenant appui sur beaucoup d'exemples concrets puisés dans différents pays, il indique les obstacles à de véritables progrès agricoles. Pour se développer, l'Afrique doit repenser son école, ses cadres, sa structure... et se mettre au travail. René DUMONT indique les deux grands écueils pour l'Afrique : la sud-américanisation et le socialisme aventuré pour aborder de manière ample le problème alimentaire mondial. Il prône la solidarité internationale, faute de quoi la famine mondiale pourrait intervenir vers 1980... Dans l'édition revue et corrigée de son livre en 1973, il écrit : "En 1973, il n'est plus possible de se leurrer. Sauf transformations fondamentales (aide étrangère à l'équipement fortement accrue, plus désintéressées ; et surtout efforts internes de bien plus grande ampleur...), il faudra peut-être un siècle pour vraiment venir à bout du sous-développement africain, qui sera sans doute le plus difficile à vaincre de tous. Car l'Afrique part de bien plus bas que l'Amérique Latine - sauf dans ses montagnes andines - et même que l'Asie. Si la situation de cette dernière est rendue plus ddicile par le surpeuplement, elle part d'un niveau de civilisation générale et agricole bien plus avancé. Elle se trouve donc, en Chine par exemple, en état d'aborder avec un certain succès la Révolution industrielle ; surtout parce qu'elle freine rapidement sa dangereuses explosion démographique. L'Afrique, elle, démarre à un niveau très inférieur. Mais si les plus pessimistes avaient raison (et les faits sont en train de leur donner raison), le Tiers monde courrait bientôt aux plus graves disettes, sinon aux famines généralisées. L'Humanité est donc parvenue à une véritable croisée des chemins. Si nous prolongeons les types d'interventions en cours, dont l'eficience est absolument insuffisante, le Tiers Monde, bientôt affamé, poserait à la génération qui nous suivra le plus redoutable des problèmes. Le fait que nous aurions eu alors raison, pour la seconde fois, ne serait pas pour nous une consolation suffisante. A Meister estime que l'aide internationale à l'Afrique "risque de diminuer dans le proche avenir" et il parle du "mythe de l'aide étrangère désintéressé". Nous nous sommes donc efforcés de montrer, dans l'étude  sur la menace de famine rappelée en introduction, que, pour la première fois dans l'histoire, les nations riches ont le plus strict intérêt à se montrer beaucoup plus généreuses. Cela ne réduirait nullement leur expansion, tout au contraire. Tandis que si la famine montait chez les pauvres, qui sont de plus en plus avertis, pendant que les gaspillages se multiplieraient dans le camp des nantis; les risques d'exploosions, capables de mener à un suicide atomique mondial, augmenteraient dangereusement. Nous sommes tous acculés à revoir entièrement notre conception du monde, nos manières de penser et surtout d'agir, simplement si nous désirons la survie de l'espèce humaine. D'abord en limitant sa prolifération, à la mesure de ses subisstances. Même l'Afrique dépeuplée devra proportionner la multiplication de ses habitants à celle de ses ressources. Ces dernières douvent largement surpasser la première, si l'objectif d'une humanité heureuse reçoit enfin la priorité sur celui d'une humanité trop nombreuses. C'est pourquoi cette Afrique, dont il était inévitable que le départ hésite, non seulement peut mais doit partir très vite. Si elle mettait un siècle pour rattraper son retard, nous en pâtirions. Il nous faut donc, tous tant que nous sommes, chacun à notre poste, nous dépêcher de remplir toutes les conditions qui faciliteraient ce départ; car nous y avons le plus strict intérêt. Avis aux jeunes qui préfèrent vivre, suivant le titre de Tibo Mende, "Un monde possible". Il leur faudra le reconquérir."

 

    Dans tous ses ouvrages qui traitent des différentes voies de développement (Economies agricoles dans le monde, 1954 - Cuba, socialisme et développement, 1964 - Cuba est-il socialiste?, 1970 - Sovkhos, kolkhoz, ou la problématique communiste, 1964 - Chine, la révolution culturale, 1976...) se déploie toujours ce même souci d'analyse objective et de dénonciation des travers. Dans ce dernier ouvrage qui étudie les éléments "les plus neufs et les plus originaux" de la révolution chinoise; il met en relief, malgré de nombreux échecs, la réussite de la maîtrise de la démographie, maîtrise qui n'est sans doute pas pour rien dans l'actuelle position économique de la Chine. Il ne la présente pas comme un modèle pour tous - il en dénonce les retards et les inégalités (notamment les privilèges dont bénéficient toujours les collectivités urbaines par rapport aux communautés rurales), mais comme le long parcours depuis 1949, de politiques opiniâtrres. 

 

    Toujours à distance du monde politique, depuis ses déboires du fait de son attitude pendant le régime de Vichy, conscient des responsabilités provenant de sa grande connaissance de ce qu'il estime être les problèmes les plus importants du monde, il multiplie, dès 1974 (année de sa retraite professionnelle) les initiatives (dont la plus marquante est sa candidature à l'élection présidentielle, suivie de la fondation de la première organisation d'envergure nationale, le Mouvement écologique) et les écrits en faveur d'un autre développement : L'utopie ou la mort, 1973 - Seule une écologie socialiste, 1977 - Un monde intolérable : le libéralisme en question, 1988 - Mes combats. Dans quinze ans les dès seront jetés, 1989...

 Dans L'utopie ou la mort figure l'ensemble de sa problématique qu'il développe par la suite : l'annonce de la fin d'une civilisation, la dénonciation de la société de gaspillage, la responsabilité des pays riches, les révoltes inévitables dans les pays dominés, la mobilisation générale de survie dans les pays riches, le choix entre injustice et survie et la nécessité d'hommes et de pouvoirs nouveaux.  Ce sont de véritables transitions vers des socialismes de survie qu'il prône. Il lie la possibilité de cette survie de l'humanité à l'émergence du socialisme. 

 

   Même si ses ouvrages restent marqués par l'époque où ils sont écrits, il possèdent encore une force de conviction démonstrative qui influence de nos jours une grande partie du mouvement d'écoligie politique. Mais bien plus, dans la foulée du Rapport du club de Rome de 1972, il fait partie de ces intellectuels et praticiens qui changent les données de la perception sur l'environnement : les cinq tendances fondamentales, industrialisation accélérée, croissance rapide de la population, très large étendue de la malnutrition, épuisement des ressources naturelles non renouvelables, dégradation de l'environnement constituent toujours les problèmes les plus dramatiques de l'humanité. C'est en tout cas ce que pense maintenant une très large part de la population des pays riches et de l'intelligentsia politique et scientifique, même si l'une des cinq tendances, la surpopulation, est en passe d'être maîtrisée. Les oeuvres de René DUMONT sont considérés comme faisant partie des bases de l'altermondialisme (membre fondateur d'Attac), et leurs influences dépassent largement les frontières politiques. 

 

René DUMONT, L'Afrique noire est mal partie, Seuil, 1962, 1973 ; Chine, la Révolution culturale, Seuil, 1976 ; L'utopie ou la mort, Seuil, 1974.

J-P BESSET, René DUMONT, une vie saisie par l'écologie, Stock, 1992.

Par GIL - Publié dans : AUTEURS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 18:08

          Dans nombre d'études scientifiques ou plutôt surtout de vulgarisations scientifiques, dans maints documentaires sur la nature ou le monde animalier comme souvent dans la vie courante, nous entendons discuter de l'équilibre de la nature et des menées néfastes de l'humanité qui la déséquilibre de plus en plus. Or, comme en économie ou en politique, l'équilibre n'est jamais atteint, n'existe pas, et constitue soit un discours idéologiquement orienté, soit un objectif tout-à-fait théorique. La recherche de l'équilibre entre l'offre et la demande en économie, sans fin et sans doute impossible, comme celle de l'équilibre de quiétude de la nature semblent bien correspondre à la recherche d'un état utopique, d'ailleurs mal défini, parfois nostalgique dans le deuxième cas. Depuis l'élaboration des théories de l'évolution, pourtant, c'est bien l'instabilité qui semble être la règle et les mesures des déséquilibres dynamiques qui permettent comprendre comment les êtres vivants et la nature vivent. Un retour à un "équilibre naturel" semble bien impossible, puisque de toute manière, sans même l'intervention humaine (objet de tous les anathèmes), la terre tremble, bouge et se retourne, les volcans dénaturent à jamais les paysages, les eaux des océans et des lacs ravinent les reliefs, lentement ou brutalement, suivant les époques. La notion d'équilibre écologique revient pourtant sans cesse dans les discours et il importe de savoir ce qu'elle est réellement et comment celle-ci, en retour, oriente les diverses politiques d'aménagement des cadres de vie. Comment aussi, en se plaçant dans la perspective de continuels déséquilibres, naissent, vivent et meurent les constituants de la nature, comme on l'envisage de plus en plus.

 

      L'approche des questions écologiques restent marquées par un certain nombre de notions apparues tout au début de l'histoire des études scientifiques sur la nature. Lesquelles sont générées par des préoccupations économiques dans l'ensemble, mâtinées de considérations morales, voire moralisantes.

Comme l'écrit Jean-Paul DELÉAGE, qui fait partir cette approche des problèmes démographiques : "la démographie des populations animales intéresse depuis toujours les naturalistes, qui y ont souvent vu des modèles des dynamiques démographiques humaines." Cela remonte très loin, puisqu'il s'agit de tous les processus de domestication des animaux au service des hommes. "Le véritable initiateur de la démographie est Thomas R Malthus, qui développe dans son Essai sur le principe de population, la contradiction entre croissance géométrique du nombre des hommes et progression arithmétique des ressources. Plus d'un siècle durant, le paradigme malthusien restera le modèle indépassable de toutes les études de démographie animale. La première expression  mathématique de ce modèle est due à Pierre-François Verhulst, en 1838 sous la forme de la courbe logistique. Ignorée de ses contemporains, la courbe de Verhulst n'est redécouverte que vers 1920 par Raymond Pearl, à l'occasion d'études statistiques de la population américaine. Pearl est ainsi à l'origine des premiers travaux d'écologie mathématique de l'entre-deux-guerres, période qualifiée "d'âge d'or" de l'écologie théorique. Ce n'est pas le moindre paradoxe de l'abstraction mathématique que de tenter de répondre à des problèmes très concrets. Il s'agit pour W-R Thomson d'élucider les lois de pullulation des insectes et d'évolution de leurs prédateurs (1922). Alfred J Lokta et Vito Volterra, ont eux aussi des préoccupations pratiques. Volterra, par exemple, cherche une interprétation analytique des variations de stocks de poissons de l'Adriatique nord pendant le Première Guerre mondiale. Le formalisme de ces représentations est directement inspiré de schémas conceptuels issus d'autres domaines scientifiques, en particulier ceux des oscillateurs couplés empruntés à la mécanique et ceux des équilibres, inspirés de la chimie. Ces modèles suscitent beaucoup de réticences chez les naturalistes qui examinent la réalité vivante trop complexe pour se plier à l'abstraction mathématique. Cette abstraction a pourtant permis de révéler des relations dans la nature que jamais la simple accumulation de faits empiriques n'aurait permis de découvrir. Elle a suscité, de proche en proche, de nouveaux modèles, comme ceux de A-J Nicholson et V-A Bailey, ou d'ingénieux protocoles expérimentaux, reproduisant au laboratoire des cas simples de compétition, comme ceux de G F Gause." Plus tard, toujours en suivant Jean-Paul DELÉAGE, "la forme initiale des équations de Lokta-Volterra simplifiait à l'extrême les situations écologiques réelles. Confrontées à l'expérience, elles trouvent leur forme canonique dès les années trente. Ces modèles théoriques sont omniprésents dans les recherches de toute une génération d'écologistes. Ils offrent un cadre d'interprétation utile de leurs observations  jusqu'aux années soixante. C'est alos que la convergence des travaux d'un écologiste rompu aux mathématiques, Robert MacArthur, et de ceux d'un biogéographe et taxinomiste expérimenté, Edward O Wilson, chantre de la sociobiologie, relance la recherche écologique dans le cadre d'un paradigme nouveau, la théorie de l'équilibre dynamique. L'âge d'or de l'écologie théorique correspondait à l'affirmation de l'autonomie de l'écologie par rapport à la biogéographie et à la théorie de l'évolution. L'écologie mathématique proclamait alors son indépendance dans le champ du savoir. Sous l'impulsion de Robert MacArthur, la nouvelle écologie affirme, tout au contraire, son ambition de réintégrer, à l'intérieur d'une nouvelle synthèse, les approches qui s'étaient naguère diversifiées. Les modèles anciens ne sont pas abandonnés, mais repris au sein d'une théorie englobant biogéographie, évolution et écologie. Les perceptions du temps et de l'espace sont réorganisées au sein d'une pensée qui met l'accent sur la diversité des organismes et sur la régulation de cette diversité dans des milieux hétérogène et changeants ou, au contraire, stables. "D'un coup, commente le biogéographe Jacques Blondel, la théorie de l'équilibre dynamique constitue une nouvelle orthodoxie, conformant l'affirmation de Kuhn selon laquelle la science progresse davantage par étapes importantes suivies de pauses, que par accumulation progressive de petites trouvailles." (Biogéographie et écologie, Masson, 1979) Avec la nouvelle théorie sont élargies des notions anciennes comme celle de niche et de succession, ou identifiées, à l'intérieur d'une même communauté, diverses stratégies démographiques. Ces dernières interfèrent avec les mécanismes de sélection naturelle (...) selon les divers modes de reproduction et d'allocation de l'énergie disponible adoptés par chque espèce. Cette nouvelle vague d'écologistes a reposé les grandes questions de l'évolution et de la répartition des êtres vivants à la surface de notre Terre. Son étoile pâlit déjà lorsque Robert May relance les discussions fondamentales à partir de considérations inespérées de la physique non linéaire et des mathématiques du chaos. Une des conséquences les plus marquantes de cette nouvelle révolution est l'émergence de descriptions de la nature qui ne séparent plus le vivant de l'inerte. La non-linéarité est à l'origine d'une étonnante diversité de comportements des modèles qui rapproche ces derniers des réalités vivantes qu'ils prétendent décrire."

 

    Cette théorie de l'équilibre dynamique présentée pa Robert  MACARTHUR et Edward WILSON (1969) constitue un modèle qui suppose que la richesse spécifique instantanée sur une île est la résultante d'un équilibre entre un taux de colonisation et un taux d'extinction. La richesse en espèces d'un île sera élevée si le taux de colonisation est élevé et si le taux d'extinction est faible. Une ile sera pauvre en espèces si le taux de colonisation est faible et si le taux d'extinction est élevé. Cela bien entendu, avec toute la gamme de situations intermédiaires. Le taux de colonisation diffère du taux d'immigration dans la mesure où seule une partie des espèces arrive à s'installer. Les ressources étant limitées, plus le nombre d'espèces déjà présentes sur un île est élevée, plus le taux de colonisation diminue. Le fait que les niches écologiques disponibles deviennent de plus en plus rares ne favorise pas l'installation de nouveaux arrivants. Symétriquement, l'évolution du taux d'extinction devrait être une fonction croissante du nombre d'espèces total sur l'île. Plus les espèces sont nombreuses, plus les interactions compétitives augmentent et provoquent une augmentation des taux d'extinction. L'intersection des deux courbes obtenues (il s'agit bien entendu d'un modèle très mathématisé) défini la richesse en espèces à l'équilibre, c'est-à-dire l'équilibre entre taux de colonisation et taux d'extinction. Le modèle prédit que si deux îles sont soumises au même taux d'immigration, le taux d'extinction sera plus important sur la plus petite et qu'en conséquence, le nombre d'espèces sera moindre sur l'ile de petite taille. Le modèle prédit aussi que plus une île est éloignée, comme elle est soumise à un taux d'immigration moindre, le taux de colonisation sera inférieur. A surface égale, l'équilibre de ces taux de colonisation différentiels avec un taux d'extinction similaire implique une moindre richesses sur les îles éloignées. le modèle suppose donc que le taux d'extinction dépend de la surface de l'île et que le taux d'immigration est lié à l'isolement de l'île. Pour valider un tel modèle, il faut que les observations indiquent : 

- moins d'espèce sur une île (ou milieu assimilé, isolat favorisé par des frontières géographiques tels que montagnes ou grandes étendues d'eau) que su un milieu similaire non-insularisé ;

- fréquences extinctions ;

- fréquentes arrivées de nouveaux immigrants ;

- stabilité relative du nombre d'espèces ;

- phénomènes de sursaturation, c'est-à-dire un grand nombre d'espèces en fin de colonisation, suivi d'une diminution et d'un retour à l'équilibre.

  Ce modèle fait l'objet depuis sa diffusion d'une très abondante littérature et est à l'origine d'un nouvel élan de la biogéographie qui perdure de nos jours. Si ce modèle suscite tant de recherches et de discussion, c'est aussi parce qu'il présente des simplifications majeures. Comme pour tout modèle scientifique, c'est l'observation qui module sa validité, et des difficultés existent pour reproduire ses conditions de fonctionnement... Ce qui alimente bien entendu les controverses et amènent à se poser la question de la possibilité d'un tel équilibre, notamment :

- A surface égale, les îles sont loin d'être comparables les unes aux autres. Le gradient d'altitude, la diversité des habitants, leurs niveaux de complexité et de productivité, conditionnent aussi le nombre d'espèces qui peuvent occuper une île...

- Le modèle est fondé uniquement sur le nombre d'espèces, sans tenir compte des différences de densité. Il semble en effet logique que la résistance qu'une espèce offre à un nouvel immigrant doit être proportionnelle à sa densité et que le modèle devrait en tenir compte...

- Il place toutes les espèces sur le même pied alors que leur écologie, leur aptitude à la dispersion... sont différentes et qu'elles n'ont pas toutes les mêmes chances de réussir la colonisation ni les mêmes risques d'extinction...

- Le modèle ne tient pas compte des possibilités d'adaptation (syndrome d'insularité...) des espèces qui tendent justement à s'opposer au renouvellement permanent des faunes et des flores...

Le grand point faible de la théorie réside dans la contradiction entre la dynamique supposée par la théorie de l'équilibre dynamique et la réaction des biocénoses traduites par les manifestations du sundrôme d'insularité. Gros point de difficultés également, si cette formule permet de calculer la richesse spécifique pour les années passée, le problème est qu'elle ne tient pas compte des processus évolutifs. 

 

     Les insuffisances et les lacunes de la théorie de l'équilibre dynamique laissent place à d'autres modélisations fondée, à l'inverse, sur la prédominance des déséquilibres. Ainsi, la théorie du Patch Dynamics Concepts, vers la fin des années 1970 et encore plus depuis les années 1990, est de plus en plus utilisée pour comprendre, décrire ou prévoir la dynamique des populations et des écosystèmes après une perturbation (naturelle ou non). Cette théorie éclaire en particulier les stratégies de reproduction, dispersion et compétition chez des espèces et des biocénoses. Historiquement apparue avec l'écologie du paysage issue elle-même de la biogéographie, elle met l'accent sur l'importance et la succession de stades ou de communautés d'espèces dans l'équilibre climacique théorique des communautés et des habitats, et se fonde sur trois notions de bases :

- Dans un paysage donné, chaque cadre spatial constitue une unité écologique fonctionnelle, plus ou moins stable ou isolée, pour un certain temps ;

- La perturbation écologique est la règle ;

- La pertubation écologique est permanente et chaque perturbation est suivie d'autres, provoquant des effets cumulatifs ou compensés, dans une succession écologique.

Cette théorie contribue au développement de l'écologie des perturbations naturelles, notamment dans le domaine de l'étude des réactions des écosystèmes aux incendies de forêt (de plus en plus amples de nos jours) et de leurs conséquences directes et indirectes sur les écosystèmes. Elle permet notamment une meilleure compréhension de l'importance de certains équilibres (prédateurs/proies, herbivores/carnivores, équilibres sylvocynégétiques en forêt cultivée...). Appliquée beaucoup dans les études sur le cycle de l'eau après les systèmes terrestres, cette théorie de dynamique écologique aide à comprendre les perturbations croissantes des écosystèmes. La littérature disponible sur cette théorie est surtout anglo-saxonne, on poeut consulter avec profit l'ouvrage de Nanako SHIGESADA et Kohkichi KAWASAKI : Biological invasions : theory and practice, Oxford University Press, 1997.

 

    La notion d'équilibre renvoie, en ce qui concerne l'équilibre adaptatif d'une population, au néo-darwinisme, sans oublier l'apprt très importance de la réflexion sur l'équilibre fluctuant développée notamment par Sewall WRIGHT. Les diverses approches sur les équilibres naturels font appel de façon plus ou moins nette à la sélection naturelle (darwinienne). Il ne faut pas oublier le modèle de formation des espèces élaboré par des paléontologistes américains, N ELREDGE et S J GOULD, à partir d'études sur les Tribolites (Arthropodes) du Primaire (Dévonien) de l'Etat de New York et appliqué ensuite à l'histoire d'autres groupes d'Invertébrés et de Vertébrés, connu sous le nom de Modèle des équilibres ponctués. Contesté, ce nouveau modèle ne constitue pas une "nouvelle théorie de l'évolution" car il ne propose pas de mécanisme du changement évolutif, mais décrit seulement une modalité possible du processus de spéciation (Charles DEVILLERS).

    Charles DEVILLERS et Yves GUY résument les éléments des modalités de la sélection naturelle, telle qu'elle est développée de nos jours par les auteurs modernes : "De la sélection naturelle (ils) reconnaîtront plusieurs modalités qui peuvent être expliquées en utilisant, pour représenter une espèce, la distribution statistique d'un de ses caractères. Cette distribution peut être résumée par deux paramètres : la moyenne des valeurs, et l'écart-type qui définit l'étalement des mesures, de part et d'autre de la moyenne. De part et d'autre de la moyenne, le nombre des valeurs mesurées va diminuant (courbe en cloche ou de Laplace-Gauss). Partant de cette représentation de la variabilité intraspecifique, quatre modes principaux de sélection peuvent être définis :

- Sélection stabilisante (Schmalhausen, Factors of evolution, Philadelphie, The Blackiston C°, 1949). Une population habitant un environnement uniforme manifeste une hémostase génétique, c'est-à-dire que la fréquence des allèles est stabilisée sous l'influence de la pression de sélection, des taux de mutation, des migrations (flux génique), etc. La valeur de la moyenne pour tel ou tel caractère correspond à ce qu'on peut désigner comme "optimum adaptatif". L'effet possible d'une rupture, légère, d'équilibre dans cette population est annulé par l'intervention de l'une de ces forces, dont la plus importante est la sélection. Celle-ci tend, au cours des gérations, à éliminer les déviants extrêmes, à uniformiser la population autour des valeurs moyennes de certains caractères, et donc à contenir la variabilité. La sélection est, dans ce cas, une force conservatrice - la seule reconnue à la sélection naturelle par les opposants du darwinisme. Darwin connaissait ce type de sélection, mais ne lui attachait que peu d'importance, son attention étant tournée vers les processus générateurs du changement. C H Waddington (Organizers and genes, Londres, Combridge University Press, 1940) souligne que la stabilisation relève de deux types de sélection. Dans un environnement uniforme, la stabilisation dépend simplemen de l'élimination de génotypes aberrants par une sélection normalisante. Comme le milieu n'est, en général, ni uniforme, ni stable, la sélection écartera ces génotypes qui déterminent des systèmes de développement à faible canalisation et qui, sensibles aux perturbations des conditions du développement, auraient tendance à engendrer des phénotypes anormaux. La sélection est alors stabilisante ou canalisante

- Sélection directionnelle (K Mather, Polymorphism as an outcome of disruptive selection, Evolution, 1955). Si la moyenne de tel caractère ne coïncide pas avec son optimum adaptatif, la sélection éliminera celle des valeurs qui sont les plus éloignées de l'optimum, pour ne retenir que celles qui en sont les plus proches. Il en résultera un glissement progressif de la moyenne vers l'optimum déterminé par les conditions d'environnement. Ce type de sélection, reconnu par Darwin, est une force génératrice de changement et qui doit être l'une des composantes de l'anagenèse.

- Sélection équilibrante (ou balancée) par hétérosis (Dobzhansky, A review of some fundamental concepts and problems of population genetics, Cold Spring Harbor Symposium Quantitative Biology, 1955). Si, pour un couple d'allèles a1-a2, la valeur sélective de l'hétérozygote a1a2 est supérieure à celle des hétérozygotes a1a1-a2a2, la sélection conduit vers un équilibre génétique entre hétérozygotes, favorisés, et hétérozygotes défavorisés mais qui se maintiennent parce qu'à chaque cycle de reproduction de nouveaux homozygotes se forment à partir des parents hétérozygotes (...)

- Sélection diversifiante (Dobzhansky, 1968 ; Disruptive selction, Mather, 1955). Lorsqu'un même caractère présente deux ou plusieurs optimums adaptatifs, la sélection retient les valeurs groupées autour des optimums, éliminant les intermédiaires. La distribution des valeurs du caractère, initialement unimodale, se transforme, dans le temps, en une distribution plurimodale. La population initiale s'est diversifiée, et non pas démantelée comme le suggérait la dénomination de séelction disruptive, inappropriée. Selon Mather (1943, 1953), la sélection diversificante conduit vers l'alternative polymorphisme ou isolement de sous-populations, le premier terme n'étant pas une étape nécessaire vers le second. Le polymorphisme peut s'établir et se maintenir entre populations (de la même espèce) qui échangent entre elles des gènes, par croisement ou par migration (...). L'isolement, c'est-à-dire la rupture totale du flux, est-il, comme l'admet Mather et comme le confirment les expériences de Gibson et Mather, une issue possible de la  sélection diversifiante? L'enjeu est d'importance car il signifierait qu'un processus d'isolement génétique pourrait s'enclencher sans séparation géographique des populations et se poursuivre dans une spéciation sympatrique de type cladogénétique. Mayr récuse une telle possibilité, puisqu'il n'accepte que la spéciation de type allopatrique. Le problème demeure.

Ces deux types de sélection, équilibrante et diversifiante, ont pour résultat, non point de réduire la diversité génétique, mais au contraire de l'entretenir, par avantage de l'hétérozygote, par partition écologique du milieu... en maintenant un équilibre entre des génotype. Elles peuvent être qualifiées de sélections balancées (Dobzhansky).

 

   Yanni GUNNEL, dans la réflexion sur la nature comme processus, postulats d'équilibre mais avec des perturbations omniprésentes, se demande d'où provient cette idée d'ordre dans les systèmes naturels. Il voit s'imposer cette idée par la manière même dont les disciplines scientifiques s'établissent : "Dans le même temps que l'anthropologie a forgé le mythe de la société primitive, pour asseoir sa légitimité en tant que discipline et y bâtir en son centre la notion de culture (....) la nature a aussi, dans une certaine mesure, été réinventée par les sciences sociales  pour la marginaliser. cela a permis de reléguer les milieux naturels au statut de toile de fond, de cadre, dont les fonctionnements sont censés être répertoriés et connus, et dont on n'a plus lieu de se soucier : l'histoire naturelle étant, postule-t-on, composée de cycles et non d'événements historiques, la nature n'a pas de passé ni de devenir car elle est à l'équilibre. Ce postulat permet de neutraliser la nature : la nature est une affaire classée. Cette vision d'une nature à l'équilibre n'avait d'ailleurs pas été remise en question par Darwin lui-même : malgré les accidents et les luttes incessantes entre espèces et entre individus, ce tumulte n'empêchait pas aux yeux de Darwin un règne de l'ordre et de l'harmonie". Même si l'auteur produit une citation de l'Origine des espèces, il faut tout de même souligner ici que la théorie de l'évolution est une théorie du changement, moins qu'une théorie de l'ordre... "Le progrès des connaissances, poursuit Yanni GUNNEL, en écologie au cours des 30 dernières années environ a débouché sur un renversement méthodologique et conceptuel qui repose sur la proposition suivante : la compréhension des écosystèmes ne gagne pas à graviter autour des notions de cycle, d'équilibre et d'homéostasie. Au contraire, c'est la notion en apprence antinomique de perturbation qui doit, non pas juste être conçue comme le poison inévitable de l'équilibre, mais au contraire se trouver au coeur de la pensée écologique. En effet, au moment de l'effervescence écologique de 1969-1972 (...), le combat semblait, à l'image du contexte de Guerre froide de l'époque, fort simple : la bataille devait se livrer entre une espèce humaine gournamde et destructrice d'une part, et ce qui restait d'une nature vierge et innocente, dont les équilibres fragiles avaient été résumés de façon si rationnelle dans les organigrammes écosystémiques d'Eugène Odum (...), d'autre part. Pourtant, vingt ans plus tard, et curieusement dans un contexte de fin de Guerre froide et de retour  à une certaine turbulence politique sur la scène internationale, l'écologie scientifique avait perdu toute notion de ce que "nature vierge" pouvait bien vouloir dire. La nature paraissait soudain moins rationnelle, moins stable, moins harmonieuse (BOTKIN, Discordant Harmonies, Oxford university Press, 1990). Le monde avait-changé, ou bien n'était-ce que la perception du réel qui avait encore franchi une étape historique. Suite aux efforts d'Odum (voir entre autres Ecology and our Endangered Life-Support Systems, Sinauer Associates Inc., Suderland, 1993) pour faire entrer l'écologie dans le champ des systèmes et de la thermodynamique tout en lui conservant sa métaphysique holiste (...), une écologie des systèmes perturbés fait son apparition durant les années 1980. Son originalité vient en partie du fait que, contrairement à l'écologie des 100 années qui l'ont précédée, la recherche menée n'est au départ pas universitaire et donc inféodée à des études courtes suivant des protocoles directifs. Cette recherche n'est pas non plus le fait d'explorateurs, et donx d'observateurs de passage dont la compréhension des états du système observé ne correspond qu'à un arrêt sur image, à une perception instantanée. L'écologie des systèmes perturbés est une écologie appliquée qui émane surtout des retours d'expérience de gestionnaires d'aires naturelles protégées qui ont exercé un suivi à long terme de mosaïques de milieux sur des superficies qui dépassent largement les dimensions de la placette classique (comme Peter S WHITE) (...). 

 Se définit alors un concept de perturbation, à partir de la formule de PICKETT et WHITE (1985) : Tout événement, relativement discret dans le temps, qui élimine des organismes vivants, modifie un stock de ressources, altère les disponibilités territoriales, ou transforme l'environnement biophysique." C'est une approche systémique qui est proposée. Tout système y est caractérisé par trois propriétés interne :

- une population d'éléments correspondants à des objets dénombrables : atomes, grains de sable, arbres, lapins, interfluves, humains...

- chaque élément possède des attributs, qui peuvent être décrits par les sens ou bien rendus sensibles par des mesures ou des expériences...

- si les attributs sont mesurables, on peut leur assigner une valeur et les soumettre à une analyse quantitative...

"L'état du système est défini lorsque toutes ces propréiétés (ou variables d'état) ont une valeur définie. Certains éléments internes au système peuvent toutefois subir une modification de leurs attributs, ce qui affecte l'état du système dans son ensemble. la manière dont s'effectue un changement d'état dans un système thermodynamique s'appelle un processus. Si au cours d'un changement d'état, le processus a tendance à ramenr le système à son état initial, alors le processus s'appelle un cycle. Les mécanismes d'homéostasie, cette capacité à maintenir une certaine organisation structurelle et à perdurer en dépit des entrées et des sorties de matière et d'énergie qui les traversent, constituaient une caractéristique majeure des systèmes naturels ouverts dans l'éconologie écosystémique d'Odum. L'homéostasie caractérise la plupart des organismes vivants individuels, mais on a l'occasion d'examiner les abus métaphoriques qui ont consisté à étendre cette vision organiciste à d'autres domaines. Les attributs d'une perturbation sont sa durée, son intensité, son instantanéité et la superficie de son empreinte. Un processus qui affecte le fonctionnement de l'écosystème mais pas sa structure est donc un stress plutôt qu'une perturbation. La notion de perturbation est fondamentale cas elle intègre explicitement la réalité du temps saggital, c'est-à-dire de l'histoire. En effet, s'il n'y a que des équilibres, il n'y a pas de temporalité ; il n'y a que des cycles, sans flèche te temps. Or, le temps réversibl, par exemple, de la physique newtonienne, est une absurbité en ce qui concerne la trajectoire des écosystèmes. L'écologie n'est pas une science d'éprouvette. Par conséquent, penser les perturbations oblige à prendre en charge une réflexion sur la temporalité. Dans la mesure où il existe un champ toujours grandissant de techniques pour mesurer le temps et pour connaitre l'histoire longue des écosystèmes, un effort de compréhension des temporalités qui régissent les milieux physiques s'avère être du plus grand intérêt pour savoir comment agir sur les écosystèmes sans détraquer leurs fonctionnements naturels. Les travaux dans ce domaine révèlent que les perturbations ne sont pas des anomalies. Dans un très grand nombre, sinon la totalité, des milieux naturels, la perturbation est une composante normale, car récurrente bien que ne frappant pas nécessairement à chaque fois un même lieu, de la dynamique des systèmes. Evidemment, l'homme éprouve des difficultés à admettre que les écosystèmes puisent leur vitalité dans la perturbation, dans ce que nous percevons comme étant le signe d'un désordre. Mais ceci conduit à un réexamen des postulats d'équilibre dans la nature. ce réexamen est abordé (...) dans une perspective temporelle qui dépasse le pas de temps conventionnel de l'écologie (la décennie ou la siècle) et qui intègre les paléoenvironnements à l'échelle de la dizaine à la centaine de milliers d'années : donc les époques géologiques correspondant à l'Holocène et au Pléistocène."

 

 L'instabilité devient la condition de la diversité biologique : le comportement métastable des systèmes naturels, l'adaptabilité différentielle des espèces aux perturbations, les différentes trajectoires des différents écosystèmes, tout cela devient l'objet d'études d'une nouvelle écologie. Dès lors que la nature n'est plus conçue comme étant stable de toute manière, la tentation peut être grande de considérer les perturbations humaines comme faisant partie d'une histoire obligée de la nature, celle-ci retrouvant de toute façon, à plus ou moins long terme un état qui peut être qualifié de moins instable. Mais outre le fait que les humains risquent de ne plus faire partie de cette nature retrouvant ses marques, une perception de ce genre possède l'inconvénient de faire apparaitre comme légitime l'exploitation effrenée de la nature, avant que celle-ci entre dans de grands bouleversements. L'activité humaine fait partie effectivement d'une longue lignée d'activités des êtres vivants, mais au lieu que les résultats de cette activité soit étalée sur de nombreux siècles, les effets de l'activité des humains se font ressentir dans des périodes de plus en plus courtes... C'est en prenant en compte à la fois l'évolution multiséculaire des écosystèmes et les changements induits par l'activité humaine que la gestion de l'environnement , en gardant cet environnement viable plus l'homme, devient efficace. Le fait même que la nouvelle écologie provienne d'abord des acteurs en recherche de l'efficacité pratique sur de longs espaces-temps, permet un certain optimisme relatif.

 

 

 

Yanni GUNNELL, Ecologie et société, Armand Colin, Collection U, sciences humaines et sociales, 2009 ; Charles DEVILLERS et Yves GUY, Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996 ; Jean-Paul DELÉAGE, Une histoire de l'écologie, 1991.

 

ETHUS

Par GIL - Publié dans : ECOLOGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 28 septembre 2011 3 28 /09 /Sep /2011 13:43

                 La prédation constitue un des modes de relations à l'intérieur des écosystèmes et se retrouve dans tous les règnes de la biosphères. Mais loin d'être une sorte de "loi de la jungle", cette prédation est circonscrite à de nombreuses conditions (d'existence et de modalités) qui, du coup, n'en fait pas le principal élément de l'écologie, quelqu'en soit le terrain. 

 

               Ce qui motive cette prédation, c'est avant la recherche concurrentielle de la nourriture par les différents espèces présentes dans un même écosystème. Nombreuses en fait sont les adaptations qui permettent aux animaux de fuit leurs ennemis ou de s'en protéger (Atlas de biologie).

Les réactions de fuite et les adaptations morphologiques correspondantes (organes sensoriels et locomoteurs développés) ont évolué de façon convergente dans des groupes différents (Ongulés, Kangourous, Ratites, Reptiles). Certains comportements rendent la fuite encore plus efficace : le Lièvre et l'Autruche d'Amérique du Sud opèrent de brusquement changements de direction ; les Céphalopodes projettent un nuage d'encre ou, comme le Céphalopode abyssal Heterotenthie, un liquide luminescent.

Des dispositifs mécaniques de protection se rencontrent chez les animaux immobiles ou peu mobiles. Le corps des Eponges renferme souvent des spicules qui les rendent immangeables. Les animaux de nombreux groupes sont couverts de piquants, souvent associés à une carapace dure (oursin) ou à des comportements qui augmentent leur efficacité (le Hérisson se met en boule, le Poisson porc-épic se gonfle). Beaucoup d'animaux possèdent une carapace, des plaques, une coquille (nombreux Protistes, Bivolves, Gastéropodes, Tortues, Tatous) ; ces enveloppes peuvent être constituées de matière étrangère au corps de l'animal (Amibe Difflugia, larves des Trichoptères). On peut mentionner aussi les cavités que recherchent ou construisent certains animaux (Sphécoïdes, Pics, nombreux mammifères).

Les moyens de défense chimiques varient entre deux possibilités extrêmes : tout l'animal est toxique, donc immangeable, ou il met en oeuvre des mécanismes hautement perfectionnés (cnidoblastes des Coelentérés, poils urticants des chenilles, éjection de liquide : Brachynus, Serpent cracheur, Moufette). Ces animaux sont souvent protégés contre les assaillants par la teinte voyante de leur corps (Parure prémonitrice ; exemple Guêpe, Frelon, Salamandre commune). Les animaux sont camouflés quand les teintes de leur corps se confondent avec leur environnement (homochronie, par exemple du Phalène du Rouleau) et quand l'animal ressemble par sa forme à un objet du milieu où il vit (Homomorphie). Même des dessins apparemment très voyants peuvent dissimuler l'animal (somatolyse). Parfois une espèce inoffensive possède les mêmes couleurs prémonitrices qu'une autre espèce vivant dans le même milieu, mais réputée immangeable ou dangereuse (mimétisme, par exemple de divers Papillons tropicaux ou du Frelon-Série apiforme).

Les interactions quantitatives entre espèces sont par ailleurs limitées par de nombreux phénomènes, même lorsqu'elles sont très proches géographiquement. Ces phénomènes sont considérés comme des interactions (plante-phytophage ; proie-prédateur ; hôte-parasite). Vito VOLTERRA (1860-1940), sur la base d'un modèle mathématique, en a donné une représentation quantitative sous forme de trois lois :

- Dans les relations nutritionnelles entre deux espèces se produisent périodiquement dans les courbes d'abondance des oscillations en déphasage ;

- Les abandances oscillent autour d'une valeur moyenne bien définie ;

- Des influences extérieures tout aussi signifiantes pour les deux espèces agissent plus durablement sur le prédateur que sur la proie.

 

           La prédation est définie généralement comme l'ensemble des mouvements qui s'ordonnent en vue de l'appropriation par capture et, généralement de la consommation alimentaire d'organismes vivants (proies). (Patrick TORT) Ce processus comportemental caractérise l'activité de chasses des animaux prédateurs - l'expression s'étant étendue de façon discutable selon le même auteur à certains végétaux. Elle implique une agression conduisant à la capture de la proie, et se trouve sous-tendue en chacune de ses manifestations par des stimulus activants, déclenchant un comportement d'appétence suivi d'actes consommatoires. Les proies, au cours de l'évolution, ont souvent développé des comportements multiples de réaction adaptative au comportement du prédateur, l'exemple le plus simple de cette adaptation étant la "distance de fuite" qui oscille autour d'une moyenne spécifique, tout en étant réglable suivant les individus. Ces comportements sont variables selon que l'animal-proie bénéficie ou non de capacités de camouflage. L'animal-proie reconnaît fréquemment son prédateur, comme l'attestent les expérimentations faites avec les Canards et les Oies soumis au spectacle d'un leurre représentant alternativement la forme d'un proche parent inoffensif et celle d'une Rapace. Ce genre d'expérimentation est souvent présenté par des auteurs comme Konrad LORENZ. 

Mais la prédation ne peut être comprise que dans la distinction entre compétition intra-spécifique et compétition inter-spécifique, les comportements constatés n'étant pas du tout les mêmes.

 

              Pour qu'il y ait compétition, comme l'écrit Vincent LABEYRIE, il faut qu'il y ait "à la fois même habitat et même niche, c'est-à-dire que plusieurs organismes recherchent, en même temps et dans une même localité, les mêmes éléments existant en quantité limitée, et indispensables à la synthèse de leur matière vivante. La compétition résulte d'une capacité limitée de l'habitat", suivant des paramètres démographiques bien précis. 

La compétition peut être intraspécifique ou interspécifique. Dans les deux cas, elle ne concerne que des individus ayant à un moment déterminé des exigences communes, dans le domaine de l'alimentation en particulier. Le déplacement compétitif, qui évite la compétition, contribue à diversifier les niches et les habitats. Vincent LABEYRIE se réfère surtout à E R PIANKA, qui résume dans "competition and niche theory" (in Theorical ecology, de R MAY en 1976, chez Blackwell Scientific), les différents aspects théoriques de la compétition interspécifique et modélise son influence sur la dynamique des populations à partir des équations de VOLTERRA, en soulignant que "les coefficients de compétition de ces équations peuvent être illusoires et obscurcir souvent les mécanismes réels des interactions compétitives." Il remarque que la compétition interspécifique n'est jamais absolue, car "aucun organisme réel n'exploite entièrement sa niche fondamentale puisque ses activités sont de quelque façon limitée par ses compétiteurs autant que par ses prédateurs." Puisque les individus d'un même stade de développement d'une même espèce ont par définition des caractéristiques biologiques identiques, au polymorphisme près, la compétition intraspécifique doit être par nature plus sévère que la compétition interspécifique. Dans ces conditions, la compétition intraspécifique introduit une sélection active dès que K est limité. Cette sélection entraînant une modification qualitative de la population, c'est-à-dire pouvant induire son évolution, on peut en déduire que la limitation des ressources doit être un facteur d'évolution. 

Charles DEVILLERS indique dans l'explication du principe de compétition-exclusion (ou principe de GAUSE (Georgij Franceric GAUZE (1910-1986)), établit en 1934) que "deux espèces ayant les mêmes impératifs écologiques ne peuvent coexister sur de longues durées. ou bien l'une des formes est éliminée, ou bien elle modifie ses impératifs écologiques". Suivant aussi Garrett HARDIN (The competitive-exclusion principle, Science, 1960), "il ne peut y avoir de compétition totale", ce qui signifie que la compétition ne peut porter sur toutes les composantes de l'écologie des espèces en question. Sous l'apparence d'une constatation banale - il existe bien des carnivores qui ne s'attaquent qu'à des espèces bien spécifiques - ce principe décrit en fait une situation hautement théorique qui impose, pour bien la comprendre, signale toujours Claude DEVILLERS, "de définir au préalable compétition et niche écologique."

"Il y a compétition quand des organismes, anaimaux ou végétaux, de même espèce ou d'espèces différentes, utilisent les mêmes ressources, qui sont en quantité limitée, ou se nuisent mutuellement en cherchant ces ressources. Une niche écologique peut être décrite comme un "hyper-volume" à n dimensions, chaque dimension étant l'une des composantes de la niche : conditions physiques et chimiques du milieu, ressources nutritives, habitats, lieux de reproduction... Il est hautement improbable, impossible même, que toutes les utilisations des "dimensions" des niches de deux espèces soient strictement les mêmes. Il suffira que l'une d'entre elles soit différente pour que la coexistence ait lieu."

En fait, indique bien aussi le même auteur, ce principe a ses partisans et ses adversaires dans la communauté scientifique. Pour J Viera Da SILVA (Introduction à la théorie écologique, Masson, 1979), c'est l'un des concepts les plus utiles en écologie théorique. Dans la pratique, il incite à rechercher la causalité des coexistences, de mettre au jour les différences écologiques, parfois subtiles, qui les rendent possibles. 

Charles DARWIN, sans l'énoncer sous forme de principe, formule à plusieurs reprises le contenu du principe de Gause dans L'Origine des espèces : "Or, ainsi que nous l'avons vu traitant de la lutte pour l'existence, c'est entre les formes les plus voisines - variétés de même espèce, et espèce de mêmes genres ou de genres voisins - que, par suite de la similitude de leur conformation, de leur constitution et de leurs habitudes, se déclarera la concurrence la plus sévère. Chaque nouvelle variété ou espèce tendra donc, pendant le cours de sa formation, à serrer de près les formes qui ont le plus d'analogie avec elle, et à les exterminer."

 

Vincent LABEYRIE, article Compétition intra- et interspécifique, Charles DEVILLERS, article Compétition-exclusion et Patrick TORT, article Prédation, dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996 ; Günther VOGEL et Hartmunt ANGERMANN, Atlas de biologie, Le livre de poche, La pochothèque, 1994.

 

ETHUS

Par GIL - Publié dans : BIOLOGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 15:38

         Si la notion de parasitisme est largement péjorative, notamment en philosophie morale et en philosophie politique, les réflexions en matière de biologie et d'évolution obligent à à en avoir une toute autre perception. Et cela depuis assez longtemps, comme en témoigne certaines documents animaliers pour le large public et les recherches en matière de développement dans la nature en ce qui concerne les spécialistes en sciences naturelles.

 

      Le phénomène parasitaire est largement répandu dans le monde vivant, comme le rappelle Georges LARROUY. "Chaque espèce est susceptible d'être parasitée. Tous les grands groupes, depuis les unicellulaires jusqu'aux Végétaux et aux Animaux, comprennent des espèces parasites. Sous des formes diverses, le parasitisme est présent depuis les êtres les plus simples, nécessairement parasites, tels les Virus, jusqu'aux êtres organisés les plus complexes, termes actuels de l'évolution des grands Embranchements : Mollusques, Crustacés, Insectes, Oiseaux, certaines Orchidées, etc. Le fait parasitaire permet de poser, séparément et d'une façon plus synthétique, tous les grands problèmes de la biologie à travers un couple privilégié, le couple hôte-parasite, dont l'étude permet des modélisations fructueuses. Grâce au travail de générations de biologistes et de zoologistes, le parasite peut être utilement comparé à des espèces apparentées, demeurées libres, afin d'apprécier les modifications induites par la vie parasitaire, qu'elles touchent à la morphologie, à la physiologie ou aux comportements. Aussi les principales questions relatives au parasitisme se posent-elles d'emblée en termes d'adaptation, d'évolution, de sélection : "...Le parasitisme est directement lié aux problèmes de l'adaptation et de l'évolution" (L GALLIEN, 1948). "Le parasitisme réalise des expériences naturelles aussi variées que nombreuses, riches en enseignement pour l'évolutionniste" (P P GRASSÉ, 1966)."  Dans sa définition du parasite, le même auteur écrit que "le parasite est, littéralement, "celui qui vit à côté de sa source de nourriture". Mais le terme implique aussi que le parasite vit aux dépens, au détriment de son hôte, dont il tire les matériaux indispensables à la synthèse de sa propre substance. ON peut ajouter qu'il s'agit, dans la plupart des cas, d'une association de longue durée (...) ayant un caractère de profit unilatéral. Il existe des cas situés à la limite entre le parasitisme et d'autres types de relations interspécifiques. En principe, un prédateur tue sa proie sitôt qu'il entre en contact avec elle, alors que l'hôte survit plus ou moins longtemps à la présence d'un parasite. Il est vrai qu'une large tolérance du parasite par son hôte est un gage de réussite parasitaire et signe une bonne adaptation.(...) Bien des parasites provoquent la mort de leur hôte, parfois rapidement (...)" "Le poids, ajoute t-il après quelques exemples, du dommage causé à l'hôte par les prélèvements du parasite permet de distinguer le commensal, qui, tout en détournant de la nourriture, n'exerce pas trop de dommages, des inquiliens ou cleptoparasites, qui volent de la nourriture ou les matériaux préparés par l'hôte pour sa subsistance, voire sa progéniture, et sont plus spécifiques et parfois beaucoup moins nuisibles (...) Ainsi tous les degrés peuvent être observés dans la nuisance parasitaires, depuis le dommage léger lié à la présence dans le caecum humain de quelques Trichocéphales jusqu'à la mort à terme de toute une fourmilère de Tetramorium caespitum liée à l'exécution de la reine par ses propres ouvrières sous l'influence d'une femelle d'Anergates atratulus nouvellement adoptée (...)". 

Georges LARROUY toujours écrit, après avoir décrit les types parasitismes et des adaptations parasitaires sur le plan de la morphologie, de la physiologie et des réactions immunitaires de l'hôte, les modifications comportementales induites chez un hôte par la présence d'un parasite, que l"on peut retrouver dans les travaux de E MAYR (1981) quelques réflexions applicables à (...) des comportements parasitaires complexes." "Un comportement a d'autant plus de chance d'obéir à un programme génétique ouvert que la durée de vie de l'individu, et plus particulièrement la durée relative de la période consacrée à l'apprentissage, est longue. Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas que E Mayr considère les comportements interspécifiques ou les comportements non communicatifs très stéréotypés qui relèvent du parasitisme comme obéissant à des programmes génétiques fermés, car ils ne permettent guère de variations ; le coût de l'erreur est dans ce cas souvent trop lourd. On note toutefois, dans un nombre parfois élevé de cas, des comportements aberrants du parasite qui, en règle générale, mais pas toujours, amènent sa destruction sans descendance : les Furcocercaires de Bilharzies peuvent venir parasiter des hôtes inadaptés, les migrations des Douves hors des voies habituelles ne leur permettent pas de se reproduire, certaines Filaires animales peuvent se retrouver chez l'Homme, mais perdent toute chance de survie. C'est tout le problème des "impasses parasitaires" qui sont nombreuses. Le manque de rigueur de tels programmes génétiques comportementaux (car plusieurs séquences sont impliquées) traduit-il une variabilité élevée de certains déterminants génétiques de ces comportements, variabilité sur laquelle la sélection n'aurait pas eu le temps de manifester ses effets? Quoi qu'il en soit, la prolificité du parasite (source de variabilité elle aussi) compense largement le déficit populationnel issu de l'échec de quelques représentants de l'espèce. On doit par ailleurs constater que le "flou" dans le déterminisme de certaines séquences de reconnaissance a permis à nombre de parasites "opportunistes" la colonisation de nouvelles niches écologiques dont leur espèce a tiré le plus grand bénéfice. C'est évidemment le cas des parasites venus de l'animal à l'Homme, mais ce peut être aussi le cas de tous les parasites "en attente" et qui se révèlent à la faveur de modifications de leur environnement. L'aspect véritablement des réflexions de E Mayr concernant l'évolution rapide, cohérente et corrélée de caractères génétiquement déterminés - évolution dont le sens, la vitesse et l'harmonie peuvent condition la réussite ou l'échec de l'espèce (...) réside dans sa prise en compte de l'équilibre interne du génome, des phénomènes épigénétiques et du rôle des gènes ou systèmes de gènes régulateurs. A la suite de Britten et Davidson (1969), il écrit (en 1974, Populations, espèces et évolution, Hermann) (...) : "le fait que les macromolécules des gènes structuraux les plus importants sont si semblables, des Bactéries aux organismes les plus supérieurs,se comprend beaucoup mieux si on attribue un rôle majeur aux gènes régulateurs. Comme ils affectent fortement la viabilité de l'individu, ils constituent les cibles principales de la sélection naturelle. Les gènes régulateurs font partie d'un système délicatement équilibré, beaucoup plus que les gènes de structure, et on peut donc présumer qu'ils constituent un mécanisme majeur pour la coadaptation. Il est vraisemblable que le taux de la transformation évolutive des macromolécules des gènes structuraux importants est contrôlé en grande partie par le système des gènes régulateurs..." Le dernier niveau d'explication concernant l'évolution des organes, des fonctions ou des comportements parasitaires peut maintenant être recherché et caractérisé à l'étage moléculaire. Le phénomène de l'amplification des gènes favorables en un laps de temps très bref à l'échelle des générations, comme cela a été démontré pour la résistance des Culicides aux insecticides organo-phosphorés (...) fournit aux évolutionnistes une image nouvelle des effets d'une pression sélective élevée. Il en est de même pour l'incorporation rapidement généralisée de plasmides conférant à des espèces parfois très différentes de Bactéries une résistance élevée, à tel ou tel antibiotique."

   Il s'agit donc, à la lumières des récentes recherches, d'une nouvelle conception du parasitisme. Pour A J MAC INNIS par exemple (A general theory of parasitism, Proceeding of the Third International Congress of Parasitology, Munich, 1974), le parasite peut être défini comme l'un des partenaires d'un couple d'espèces interagissantes aux génomes intégrés de telle manière que la survie du parasite dépend au minimum d'un gène de l'autre espèce interactive appelée hôte. Tout organisme susceptible de fournir l'information génétique requise est un "hôte spécifique". Parmi ces hôtes, certains peuvent d'ailleurs n'être que des hôtes potentiels ou en attente si des barrières écologiques, géographiques, comportementales... font obstacles à la constitution du couple hôte-parasite. Selon K VIKERMAN (The impact of future resarch on our understanding of parasitism, international Journal of Parasitology, 1987), notre compréhension de la nature du parasitisme dépendra en dernier ressort d'une analyse de la dépendance génétique des parasites vis-à-vis de leurs hôtes.

 

      Dans son exposé sur le parasitisme et l'évolution des traits d'histoire de vie, Y MICHALAKIS met l'accent sur les modifications induites chez l'hôte de l'action du parasite. Face à des parasites virulents, les hôtes cherchent d'abord à se défendre : la première défense consiste à éviter de rencontrer le parasite, mais les hôtes n'y parviennent pas toujours et doivent donc lutter en cas de rencontre. Lutter, c'est-à-dire, empêcher le parasite de pénétrer dans l'hôte par des barrières physiques (peau...) ou par des mécanismes de reconnaissance (gène-pour-gène) ou empêcher son développement, limiter sa croissance, par un système immunitaire (pour les organismes libres. Le fonctionnement de la machinerie immunitaire complexe comporte souvent des coûts énergétiques qui entraînent des modifications des traits d'histoire de vie. Le professeur du GEMI de Montpellier décrit le problème de l'allocation des ressources entraîné par la présence du parasite et les conditions qui favorisent l'antagonisme entre plusieurs fonctions à l'intérieur de l'organisme. Si plusieurs mécanismes se mettent en fonction dans la plupart des cas observés pour tenter d'éradiquer ou de limiter le parasite, il existe d'autres cas où s'opère un ajustement de l'allocation de ces ressources dans le sens d'une tolérance au parasite. Si l'attention des chercheurs s'est polarisé sur l'hôte, de plus en plus ils s'orientent vers la connaissance des mécanismes d'évolution du parasite, dans ses ajustements aux efforts de l'organisme hôte. C'est une véritable écologie des systèmes parasitaires qui se découvre.

 

Y MICHALAKIS, Parasitisme et évolution des traits d'histoire de vie, GEMI de Montpellier, site internet //GEMI-MPL.IRD.FR ; Georges LARROUY, article Parasite, Parasitisme, dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996.

 

ETHUS

Par GIL - Publié dans : BIOLOGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 10:03

                L'origine de la vie constitue toujours une énigme qui mobilise imagination et recherches scientifique. En dehors des hypothèses douteuses issues des religions, plusieurs théories rivalisent aujourd'hui, qu'elles veulent se situer à la toute première origine (de l'inanimé au vivant) ou plus modestement dans le processus évolutif qui mène des organismes simples à des organismes de plus en plus complexes. Les traces de cette origine, s'ils en existent, font que nous en sommes réduits à des hypothèses et les grands théoriciens de la biologie ou de l'évolution, même si une réflexion n'est pas absente chez eux, évitent de faire dépendre leurs reconstructions d'une explication sur l'origine de la vie. Sans céder à une mode, même scientifique, l'hypothèse de l'action de virus (par essence parasites) dans les premiers moment de l'apparition de la vie sur notre planète montre une dynamique de coopération-conflit à l'oeuvre.

 

             Charles DARWIN, dans une lettre (à J-D HOOVER, 1863), indique la possibilité du démarrage de la vie à partir de "quelque petite marre chaude, avec tous les espèces de sels d'ammoniaque et de phosphore, de la lumière, de la chaleur, de l'électricité, etc, en présence, un composé protoïque était là chimiquement formé, prêt à subir des changements plus complexes encore". Comme le commente André BRACQ, "malheureusement pour le chimiste, la vie a profondément bouleversé la Terre primitive" et "quelle que la puissance sz la vérification expérimentale, la réalité historique du modèle ne pourra jamais être démontrée dans l'absolu car la variable "temps chronologique" échappe au contrôle de l'expérimentateur". 

Pour fixer les idées, André BRACQ rappelle que "le fonctionnement de tous les système vivants contemporains, qu'ils appartiennent au Règne animal ou au Règne végétal repose sur la cellule. Parmi les quelques 10 millions de molécules organiques (à base d'oxygène, d'hydrogène, de carbone et d'azote) qui constituent une cellule simple de Bactérie, par exemple, trois familles de molécules jouent des rôles fondamentaux :

- les molécules de compartimentation qui permettent de retenir les constituants de la cellule et évitent ainsi leur dispersion dans le milieu environnant. La membrane est formée par des phospholipides. Ce sont des molécules amphiphiles qui possèdent à la fois une tête polaire qui aime l'eau et des chaînes carbonées qui aiment l'huile.

- les molécules informatives qui permettent de stocker et de copier les informations nécessaires au bon fonctionnement de la cellule. L'ADN et l'ARN (acide ribonucléique) sont des chaînes très longues constituées pour la répétition de maillons élémentaires, les quatre nucléotides. Chaque nucléotide se compose d'un sucre, d'un phosphate et d'une base. Comme la séquence des lettres définit le sens d'un mot, l'ordre d'enchaînement des quatre principaux nucléotides définit le message génétique. La reconnaissance très spécifique des bases, deux à deux, permet de transférer l'information contenue dans la séquence, et plus particulièrement de faire des copies conformes de l'ADN.

- les molécules catalytiques qui effectuent le travail chimique de la machinerie cellulaire. La plupart des réactions chimiques sont assurées par les enzymes, qui constituent une classe particulière de protéines. D'une manière générale, les protéines peuvent être comparées à de longs mots écrits à l'aide de vingt lettres différentes, les acides animés. En moyenne, une protéine compte deux cent acides animés dans sa chaîne."

   Tout le travail des chercheurs consistent à comprendre, à l'aide de méthodes qui permettent de visualiser l'invisible et de le quantifier, comment les différents éléments simples s'organisent dans l'espace et dans le temps, pour faire vivre des ensembles vivants de plus en plus complexes. Une des difficultés pour le grand public de comprendre ces phénomènes est que l'accumulation des connaissances, depuis la découverte de l'ADN, ne faiblit pas, et que les biologistes font des découvertes de plus en plus rapides (parfois trop rapidement publiées, sans recul, quitte à ce que dans les publications scientifiques, très mal relayées d'ailleurs dans la grande presse, un terme soit mis ensuite à certaines explications), grâce à la présence de calculateurs de plus en plus performants (informatique) et par la mise au point de nouvelles techniques de manipulation des matières vivantes. Sans compter que les applications techniques de ces découvertes, qui valident en passant un certain nombre d'explications, entrent de manière très discrète dans la vie quotidienne, posant d'ailleurs la question de la démocratie dans un société de plus en plus "technologisée". Dans ce domaine des recherches qui, de manière souvent indirectes, peuvent nous aider à comprendre comment est née la vie, les conceptions bougent aussi énormément. Car ce travail de compréhension de l'agencement et du fonctionnement des constituants auparavant cités amènent la communauté scientifique à émettre des hypothèses de plus en plus fines en même temps qu'elle offre des applications industrielles (sans compter les applications dans les affaires criminelles) de plus en plus massives. La rencontre des progrès en matière biologique et en matière informatique donne d'ailleurs naissance à une toute nouvelle branche d'activités : la nanotechnologie médicale.

 

       Il n'existe pas de consensus dans la communauté scientifique sur l'origine de la vie, mais des modèles couramment acceptés comme base de travail, après l'élaboration de processus par John Maynard SMITH, Eörs SZATHMARY ou John Desmond BERNAL :

- Des conditions prébiotique plausibles entraînent la création de molécules organiques simples qui sont les briques de base du vivant ;

- Des phospholipides forment "spontanément" (en fait sous l'effet de phénomènes d'attraction-répulsion entre les différents atomes constituants les molécules de ces phospholipides) des doubles couches qui sont la structure de base des membranes cellulaires) ;

- Les mécanismes qui produisent aléatoirement des molécules d'ARN en mesure d'agir comme des ARN-enzymes capables, dans certaines conditions très particulières, de ses dupliquer. Une première forme de génone apparait ainsi que des protocellules.

- Les ARN-enzymes sont progressivement remplacés par les protéines-enzymes, grâce à l'apparition des ribozymes, ceux-ci étant capables de réaliser la synthèse des protéines.

- L'ADN apparaît et remplace l'ARN dans le rôle de support du génone, dans le même temps les ribozymes sont complétés par des protéines, formant les ribosomes. C'est l'apparition de l'organisation actuelle des organismes vivants. 

 il s'agit d'une soupe d'organismes de plus en plus complexes qui dans des conditions précises de température, de pression et de mise en relation de molécules susceptibles de s'agréger et de durer, permet la formation d' organismes vivants. Des éléments laissent penser qu'il y eut plusieurs occasions manquées, pour une raison ou pour une autre, pour la formation de tels organismes. Les divers agencements à l'intérieur de ces organismes, comme leur rencontre avec d'autres organismes en formation, dans le temps et dans l'espace, meurent ou perdurent suivant un processus évolutif, qui est essentiellement un processus cumulatif qui évolue dans des conditions plus ou moins favorables. L'existence dans la nature de très peu de types de structures indique que le vie requiert des conditions étroites. 

 

     Parmi les chercheurs qui veulent retracer l'histoire de l'ensemble du monde vivant, Carl WOESE introduit dans les années 1990 (mais ses premières recherches datent des années 1970) un troisième règne dans ce monde jusqu'alors partagés entre eucaryotes et procaryotes, les archées, au côté des bactéries et des eucaryotes. Ces archéobactéries, méthanogènes, trouvées dans les environnements chauds de marais volcaniques. Patrick FORTERRE estime que "concept d'archéobactérie a révolutionné la biologie en soulevant de nombreuses questions inédites" dont l'une des plus importantes est "à quoi ressemblait l'ancêtre commun des trois lignées ainsi mises en évidence, un organisme virtuel que Woese appelait à l'époque le "progenote" et que nous appelons aujourd'hui LUCA (Last Common Universal Ancestor), le dernier ancêtre commun universel? A la vision linéaire qui prévalait jusque-là (des bactéries primitives - procaryotes - aux eucaryotes évolués) se substituait une histoire beaucoup plus complexe (trois lignées et un ancêtre mystérieux) qui allait entraîner des débats passionnés entre spécialistes de l'évolution." "l'ancienneté supposée de ce troisième groupe du monde vivant se trouvait (...) confortée par le caractère anaréobie des plus extrémistes des hyperthermophiles, qui étaient mis en relation avec l'absence d'oxygène dans l'atmosphère de la Terre primitive." Une première version de l'arbre universel de la vie, arbre non enraciné obtenu en 1985 par Gary OLSEN, met en présence les Eucaryotes, les Bactéries et les Archées et toute la difficulté - qu'il est d'ailleurs impossible de restituer ici - est de construire une chronologie d'apparition entre ces trois formes et le LUCA. Toute une discussion scientifique s'organise autour des conditions d'apparition du LUCA (un hyperthermophile ou non). Toujours est-il que les biologistes, dans leur très grande majorité, estime que le monde à ADN que nous connaissons a été précédé "par une période où le génone des organismes cellulaires était constitué d'ARN".

Patrick FORTERRE résume que cette théorie, proposé dès 1965 (mais admise beaucoup plus tard...), entre autres par Carl WOESE et Francis CRICK (...) repose désormais sur des bases très solides, avec en particulier la découverte, au début des années 80, de molécules d'ARN capables de catalyser des réactions chimiques : les ribozymes. Ces véritables enzymes à ARN ont contribué à résoudre un problème qui avait longtemps semblé insoluble : qui est apparu le premier, l'ADN ou les protéines? (...). L'ARN à la fois  peut se comporter comme une protéine, en agissant  comme une enzyme, et jouer le rôle de l'ADN, en étant le support d'une information génétique codée sous la forme d'une succession de nucléotides (...). Dans un deuxième temps, l'ARN aurait "inventé" les protéines et nous serions entrés dans une nouvelle ère, celle d'un monde de cellules plus complexes, composées d'ARN et de protéines, mais ne possédant toujours pas d'ADN. Finalement, l'ADN serait apparu grâce à l'invention de protéines enzymes capables de modifier les nucléotides de l'ARN (....) en désoxynucléotides, monomères de l'ADN."

Dans un avant-propos au sujet d'une Conférence internationale de 1996, le même auteur, sur les étapes qui ont précédé l'apparition de cet ancêtre, commun à ces trois groupes, décrit une des pistes explorées par les chercheurs, du côté des virus. "Ces parasites cellulaires obligatoires très simples pourraient être le témoin d'une période antérieure à la séparation des trois domaines. Certains mécanismes moléculaires atypiques que l'on découvre chez eux et qui sont absents chez les cellules pourraient correspondre à des mécanismes très anciens, testés au cours des premières étapes de l'évolution et qui n'ont pas été retenus par le dernier ancêtre commun aux bactéries, archaebactéries et eucaryotes. Les formes cellulaires rejetées par la compétition darwinenne (et qui portaient ces mécanismes) n'auraient pas eu, dès lors, d'autre choix pour survivre que de parasiter les cellules victorieuses, juste retour des choses. Si cette hypothèse est correst, on peut considérer que nous payons encore aujourd'hui le prix, au travers des maladies virales, de cet affrontement ancien entre différentes formes de vie primitives!" Plus tard, en 2007, il écrit dans un texte consacré aux origines de la vie : "Si les virus font aujourdh'ui fréquemment la une des journaux (...), ils n'avaient pas jusqu'à ces derniers temps jamais beaucoup intéressé les évolutionnistes. En particulier, ils n'avaient pas pu être inclus dans l'arbre universel du vivant fondé sur les travaux de Carl WOESE, car ils n'ont pas besoin de ribosomes dont pas d'ARN 165. Toutefois, de nombreux virus à ADN possèdent des gènes qui leur permettent de fabriquer leurs propres enzymes de réplication de l'ADN (...). Or ces enzymes virules sont souvent très atypiques : elles ne ressemblent pas (sinon de très loin) à celles qui accomplissent la même fonction dans la cellule hôte de ces virus. Il existe donc dans la biosphère actuelle, à côté des deux systèmes de réplication cellulaire (celui des bactéries, et celui des archées et des eucaryotes), plusieurs autres systèmes de réplication qui sont caractéristiques des virus à ADN. Tous ces systèmes, viraux ou cellulaires, sont sans doute très anciens. On pense en effet aujourd'hui que les virus existaient déjà à l'époque de LUCA, et peut-être même avant, du temps des cellules à ARN. On peut donc bien imaginer que, tout au début de leur évolution, différentes lignées de virus à ADN se sont "bricolées" une grande variété de protéines pour répliquer leurs génones. Pour expliquer les liens de parenté embrouillés des enzymes cellulaires qui répliquent l'ADN, il suffit d'imaginer que celles-ci n'ont pas été héritées d'une ou de plusieurs enzymes ancestrales présentes chez LUCA, mais qu'elles proviennent de différents virus qui les ont transférées de façon plus ou moins aléatoire aux ancêtres des trois domaines de l'arbre du vivant. Deux transferts indépendants auraient à chaque fois impliqué d'un coup les trois principales protéines de la réplications de l'ADN (...). L'un de ces transferts aurait conduit au système de réplication que l'on observe aujourd'hui chez les bactéries, un autre à ceux que l'on observe chez les archées et les eucaryotes. Des transferts ultérieurs n'auraient concerné qu'une seule protéine, expliquant les différences observées entre le système de réplication des arches et celui des eucaryotes (...). Dans cette hypothèse, on voit que toutes les protéines qui répliquent l'ADN des cellules actuelles seraient d'origine virale. Comment expliquer cela? Le plus simple est d'imaginer que l'ADN lui-même a été "inventé" par les virus. Cette idée, a priori inattendue, est en fait plutôt raisonnable si l'on y réfléchit à deux fois. Comme nous l'avons vu (...), l'ADN est un ARN ayant subi deux modifications chimiques : l'une de ses bases azotées, la thymidine, correspond à une molécule d'uracile à laquelle a été ajouté un groupement méthyl, et le sucre constituant chacun de ces nucléotides, le désoxyribose, est produit par la réduction du ribose (élimination de son oxygène en position 2'). Or l'évolution des virus peut impliquer de telles modifications chimiques des acides nucléiques. Ainsi, un virus actuels (appelé T') qui attaque et tue la bactérie Escherichia coli possède un génone à ADN modifié : des groupements hydroxyméthyl sont ajoutés sur toutes les cytosines! Pour le virus T', cette modification confère un avantage sélectif évident : elle lui permet de résister aux enzymes produites par les bactéries pour détruire son génone (ce sont les fameuses enzymes de restriction utilisées par les biologistes moléculaires pour couper l'ADN en des endroits précis). On peut transposer cettte histoire à l'aube de la vie : si, dans le monde ARN, est apparu un virus capable de réaliser la transformation chimique de l'ARN en ADN, il s'est trouvé pourvu d'un génone à ADN résistant aux attaques des enzymes coupant l'ARN que les cellules à ARN produisaient sans doute pour se défendre. Un tel mutant ayant "inventé l'ADN" a dû obtenir un avantage immédiat dans la compétition qui l'opposaient aux autres virus. Les descendants de ce premier virus à ADN ont pu se diversifier pendant une longue période, donnant naissance à de nombreuses lignées qui ont développé chacun de leur côté une grande variété de mécanismes de réplication de l'ADN. Voilà ce qui expliquerait la diversité des enzymes en jeu. L'ADN aurait ensuite été transféré aux cellules au cours de l'évolution. Ainsi seraient nées les premières cellules à ADN, qui auraient rapidement éliminé toutes les cellules à ARN. En effet, l'ADN étant plus stable que l'ARN, il permet de construire de plus grands génones, qui peuvent porter plus d'informations génétique. Ce transfert de l'ADN des virus aux cellules aurait pu se produire en même temps que le transfert des protéines de réplication (...). Dans ce scénario hypothétique, tous les êtres vivants cellulaires actuels seraient donc au moins en partie les descendants d'un ou plusieurs virus à ADN qui aurait pris le contrôle d'une cellule à ARN!" 

 

Patrick FORTERRE, Microbes de l'enfer, Belin/Pour la science, 2007 ; Les orgines de la vie, Nouveaux concepts, Nouvelles questions, avant-propos au sujet de la conférence organisée par l'ISSOL (11ème conférence internationale sur l'origine de la vie, Orélans, 7 juillet 1996). André BRACQ, article Origine de la vie, dans le Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996.

 

ETHUS

 

 

 

 

 

Par GIL - Publié dans : BIOLOGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 15:47

            La notion de conflit en Écologie recouvre plusieurs réalités qui vont des multiples luttes entre micro-organismes biologiques aux heurts entre populations à propos de la distribution de ressources-clés, dans un environnement changeant. Sérier les différents conflits liés à l'écologie est autre chose que de décrire l'écologie d'un conflit, si tant cela ait un sens. Avant d'aborder ce qui fait la spécificité d'un conflit écologique et pour ne pas céder à une mode ou à ue dérive intellectuelle, il convient de comprendre la notion d'Ecologie, dont la lente émergence dans le vocabulaire scientifique et dans le vocabulaire courant, dans les sciences naturelles, puis sociales, puis encore socio-politique... dans tout son aspect conflictuel. Au début, c'est dans le développement même des réflexions sur l'évolution qu'elle naît, avec d'abord la botanique géographique.

 

     L'écologie, aux sens de Ernst HAECKEL (1834-1919) (1866, selon l'Atlas de biologie de Gunter VOGEL et d'Hartmunt AUGERMANN, est l'étude des interactions qui s'exercent entre êtres vivants et le milieu où ils vivent. Elle concerne toujours des systèmes supra-individuels. On peut l'appréhender sur 3 niveaux :

- Autoécologie : son objet est l'étude des relations entre l'individu et son environnement ; elle est en relation spécialement avec la physiologie et d'autres disciplines comme l'Ecophysiologie et l'Ecoéthologie.

- Démécologie : son objet est l'étude des relations entre l'environnement et les structures internes de la population, en relation avec la génétique des populations avec laquelle elle forme la biologie des populations, et a des liens étroits avec les sciences appliquées (dégâts dus aux parasites...).

- Synécologie : son objet est l'écosystème ; en passant du qualitatif au quantitatif, grâce à l'analyse systématique moderne, c'est la transition vers une écologie nouvelle, au sens d'Eugène ODUM (1913-2002). L'écosystème regroupe la communauté des êtres vivants (biocénose) et le lieu de vie (biotope) dans leurs dépendances réciproques.

L'action des facteurs abiotiques (lumière, température, eau, sol) est étudiée dans ces sciences naturelles, notamment pour les Végétaux. 

Pour les Végétaux comme pour les Animaux, trois effets écologiques sont distingués :

- l'effet directeur (Attirance, Répulsion) ; qui est le plus important pour les formes libres, se déplaçant activement que pour les espèces fixées. Les organismes fixés ne réagissent à l'effet d'attirance/expulsion des facteurs écologiques que par les mouvements des cellules isolées (Tropismes positifs ou négatifs). Chez les organismes qui se déplacent librement, cela conduit à des mouvements réactionnels orientés (taxies) pour rechercher des conditions favorables ou éviter les défavorables.

- l'effet modificateur (Modification ou Transformation) ; Cet effet ne concernent que le phénotype mais peuvent avoir une grande importance écologique : la réponse de l'organisme aux conditions du milieu dépend beaucoup de la durée d'action de ces facteurs.

- l'effet limitant influe fortement sur la répartition et les manifestations vitales des individus, que ce soit à grande échelle ou à échelle plus restreinte. Les facteurs biotiques fixent en général seulement la limite des possibilités d'existence (maximale au niveau des prédateurs, minimale au niveau de la prioe-nourriture.

       Un écosystème constitue la base des interactions entre espèces, ces relations allant de la concurrence à la neutralité, en passant par le parasitisme, la prédation, la symbiose, la coopération, la fructification et le commensalisme. Toutes ces relations peuvent être considérées sous l'angle coopération/conflit, à condition expresse de ne pas verser dans un certain anthropomorphisme, et d'exclure, sauf pour une partie du monde animal et l'espèce humaine, toute forme de conscience, la plupart des comportement étant commandée par soit des taxies ou des tropismes.

 

   La diversité des définitions données par HAECKEL n'a pas favorisé, selon Vincent LABEYRIE, la clarté des orientations ni la convergence des recherches. "Ses premières définitions, étroites et voisines de celle de l'éthologie (...) concernaient le champ d'étude des relations entre les êtres vivants et leur environnement. Elles n'apportaient rien de nouveau, car depuis HIPPOCRATE (490-370 av JC), chaque naturaliste sait qu'aucune étude sérieuse des êtres vivants ne peut être efficace si elle néglige le cadre de vie, si elle ignore l'existence des interactions. Ainsi, tout biologiste ou tout naturaliste pouvait faire naturellement de l'écologie ou de l'éthologie. Dans ce contexte, il était possible d'affirmer très tôt : "L'écologie est pour la biologie la science du réel". La première définition de l'écologie par Haeckel ne provoquait aucune rupture conceptuelle avec la position des naturalistes français du XIXème siècle. Il n'y avait par ailleurs aucune contradiction, a priori, entre cette définition et le positivisme ambiant puis Comte lui-même avait recommandé en 1834 de ne pas dissocier l'organisme de son milieu. Mais Ernst Haeckel  a donné de l'écologie une seconde définition beaucoup plus opérationnelle. Il a repris, dans une perspective évolutive, la notion finaliste de l'économie de la nature utilisée par Linné en 1749 dans la rédaction de la thèse de son élève Isaac J BIBERG. (...) C Limoges résume la pensée de Linné : "L'économie de la nature c'est, essentiellement, une conception de l'interaction finalisée des corps naturels; en vertu de laquelle un équilibre intangible se maintient au cours des âges... Dans cette conception de l'économie de la nature, la proportion se dit de l'équilibre constamment maintenu entre les populations spécifiques. Cette proportion n'est pas vraiment un effet des interactions des phénomènes naturels, mais plutôt le principe qui les régit. (...) Une économie de la nature comprise comme autoreproduction exacte à l'infini implique comme postulat premier une téléologie que l'école linnéenne, loin de récuser, se donne pour tâche ultime d'exhiber." Il est possible que ce finalisme béât des partisans du holisme de l'économie de la nature ait détourné pendant la première moitié du XIXème siècle - et éloigne encore - des naturalistes soucieux de comprendre le fonctionnement de la nature, mais pour lesquels méthode analytique et rigueur scientifique sont indissociables. En effet, les notions de base nécessaires à une étude scientifique du fonctionnement de l'écosphère et des écosystèmes étaient déjà acquises pendant la première moitié du XIXème siècle. (...). H Nicol trouve des raisons idéologiques à ce retard dans l'utilisation et la définition de la démarche holistique de l'écologie : "L'enseignement des relations de l'homme moderne avec la totalité de son environnement a été bâti sur des charpentes plus adaptées au XVIIIème siècle qu'au XIXème ou au XXème. C'est au contraire, en rupture avec le finalisme créationniste, et dans la perspective darwinienne d'un holisme matérialiste et évolutionniste, que Haeckel a introduit le concept d'écologie comme économie de la nature. Il en avait éprouvé le besoin pour expliquer l'origine des adaptations chez les êtres vivants. Haeckel précise sa position : "Cette science de l'écologie, souvent improprement considérée comme biologie dans un sens étroit, a longtemps formé le principal élément de ce qui est communément considéré comme l'histoire naturelle."".

Vincent LABEYRIE indique que des remarques très importantes avaient été faites avant DARWIN par exemple par J-B LAMARCK, dans les Recherches sur les causes des principaux faits physiques (1793). Il y montrait l'importance des organismes vivants dans la formation des cycles biogéochimiques de circulation de la matière. Comme la définition de l'écologie comme économie de la nature n'a été suivie d'aucun réel travail marquant de Ernst HAECKEL, la confusion est entretenue par la suite. "Parallèlement, le divorce dans les relations entre économie de la nature (écologie) et économie humaine, n'est apparu qu'à la fin de la première moitié du XXème siècle, quand la puissance d'intervention humaine est devenue telle que l'inadéquation des stratégies d'aménagement et de production a atteint des proportions catastrophiques. (...). L'intérêt de la définition de l'écologie comme étude  de l'économie de la nature a été reconnu très lentement. Il a fallu attendre 1935, avec l'introduction du conception d'écosystème par  Arthur George Tansley (1871-1955), pour que l'insertion de la démarche écologique se traduise par l'apparition de concepts complémentaires opérationnels. A travers l'étude holistique de ces systèmes spatiaux naturels, l'unité fonctionnelle de la nature du XVIIIème siècle était retrouvée." Notamment par les travaux de R L LINDERMAN en 1941 et de E ODUM (Fondamentals of ecology - 1953), pour expliquer le fonctionnement des écosystèmes, et en particulier étudier la circulation de l'énergie et de la matière entre les différents compartiments de l'écosphère." La forte demande sociale pour des études d'impact des activités humaines sur l'environnement se traduit par de grandes difficultés d'évaluation, dues précisément aux connaissances encore embryonnaire en écologie. 

La plupart des conflits sur l'utilisation de l'environnement, que l'on pourrait baptiser peut-être un peu rapidement conflits écologiques (cette fois strictement à l'intérieur de l'espèce humaine) se trouve aggravé par cette relative méconnaissance, malgré les progrès très importants réalisés ces derniers temps sous l'effet de l'urgence pour faire face aux changements climatiques accélérés. 

 

Par définition, en suivant toujours Vincent LABEYRIE, "l'approche écologique se situe aux interfaces. Elle se distingue des disciplines scientifiques traditionnelles qui se définissent en isolant l'objet de leur étude. le fonctionnement (l'économie) de la nature implique des flux qui transcendent les interfaces ; ainsi toute étude écologique exige la mise en relation d'au moins deux entités du système. Etude de fonctionnement des ensembles spatiaux, l'écologie s'intéresse aux relations entre sous-ensembles. Ainsi, il y a une écologie forestière, une écologie lacustre, une écologie prairale..., mais il n'y a pas d'écologie végétale ou d'écologie animale. De telles expressions sont contraires au concept d'écologie comme économie de la nature, puisque l'animal ou le végétal ne peuvent constituer à eux seuls des ensembles isolés. La circulation de la matière implique au moins la présence dans un même système de végétaux pour stocker de l'énergie sous forme de molécules organiques, et de micro-organismes pour précéder à leur minéralisation. Il est même difficile d'envisager une écologie du sol, ce dernier ne constituant pas un écosystème ; en revanche, aucune étude écologique ne peut ignorer les échanges impliquant le sol."

 

     La position privilégiée de l'homme en tant qu'espèce dans l'écosphère, capable d'entreprendre l'exploitation de tous les écosystèmes sans connaissance réelle des conséquences, met en danger la base même de son existence, ce surtout depuis l'ère industrielle. Du coup, l'ensemble des acteurs des sociétés humaines conscient de ce fait (se considérant aussi de cette manière) veut s'opposer de manière de plus en plus ample à des entreprises humaines idendifiées comme responsable de bouleversements environnementaux. Ils donnent à leur combat le nom d'écologie politique, dans le même temps où se développe de manière accélérée l'acquisition de connaissances sur l'écologie humaine, au sens d'interaction entre l'activité de l'espèce humaine et l'ensemble de l'environnement. A partir du moment où l'espèce humaine est considérée comme facteur écologique majeur, une philosophie issue de l'écologie se développe, l'écologisme. Ce terme, recouvre, à vrai dire, des courants idéologiquement divergents (sur les moyens d'action et/ou sur les objectifs), dont la plupart, la partie la plus combative en tout cas, refuse d'ailleurs d'être catalogué ainsi.

De toute manière, sous la poussée des effets de plus en plus dévastateurs de l'utilisation anarchique de l'écosystème, est né une écologie politique qui inclut la politique et la gestion de la cité. En ce sens le conflit écologique met aux prises des intérêts particuliers, toujours sur la lancée d'idées d'une époque où ces conséquences n'étaient pas encore perceptibles, à l'intérêt général qui commande une grande prudence dans l'exploitation de la nature et en même temps une refonte globale des relations humaines. 

 

      Jean-Paul DELÉAGE regrette la coupure persistante entre sciences de la nature et sciences humaines, "préjudiciable à la compréhension des nouveaux problèmes posés à nos sociétés." Mais la simple transposition, précise t-il "de concepts écologiques comme capacité de support, niche, stabilité, ect. à l'analyse sociale ne suffit pas à constituer une écologie humaine. Elle risque au contraire d'égarer les recherches dans les impasses d'une écologie gestionnaire qui s'accomoderait des injustices du monde". Nous pensons comme lui que "la rationnalité écologique ne peut à elle seule ni fonder la décision politique ni se substituer au calcul économique. En effet, et nous le suivons toujours, "toutes les sociétés historiques ont exploité des ressources et ont entretenu des rapports déterminés avec le monde naturel. "Dans les sociétés contemporaines, poursuit-il, ces rapports sont entrés en crise profonde. L'écologie scientifique, maintenant relayée par l'écologie politique, a l'irremplaçable mérite d'avoir ouvert un large débat  sur cette crise. Ce débat met en cause les modèles de gigantisme et d'uniformisation sociale, les régulations par la valeur d'échange ou la planification autoritaire et finalement la place de l'économie elle-même dans toutes les formations sociales."

"L'écologie pose ainsi une question essentielle, sans y apporter de réponse unique, parce qu'elle-même ne constitue pas une approche unique et simple des énigmes de la nature, parce qu'elle est le produit d'une histoire extrêmement complexe, fécondée par de multiples controverses." Il n'y pas d'autorité définitive scientifique d'un point de vue écologique, et le message écologique est plutôt un message de prudence, comme peuvent le témoigner les multiples dispositions regroupées sous des politiques de précaution. L'écologie est toujours travaillée par des forces contraires, de l'intérieur. "Ainsi perdure, écrit encore Jean-Paul DELÉAGE, à l'intérieur même de l'écologie le conflit majeur entre une conception réductrice de cette science et sa vocation originelle, animée de la grande idées humboldienne d'un souffle unique donnant vie aux plantes, aux animaux et aux humains. L'écologie nous incite à sortir des oppositions stériels entre réductionnisme et holisme, analyse et synthèse, conflit et coopération. Au-delà du remarquable progrès que constitue l'écologie opérationnelle rendue possible par l'ordinateur (Marcel BOUCHÉ, Ecologie opérationnelle assistée par ordinateur, Masson, 1990), l'écologie doit se familiariser avec l'incertitude de l'aléa, que permettent de formualiser les mathématiques du chaos". En fin de compte le défi des problèmes mondiaux de surpopulation, de déficit énergétique, des dangers climatiques...est bien celui de l'émergence d'une nouvelle citoyenneté écologique et planétaire, qui renverse toutes les variantes identitaires connues depuis des millénaires. 


    Yanni GUNNELL, qui exprime la peine à s'y retrouver dans le foisonnement d'études consacrées à l'écologie, et en se limitant à l'écologie en tant que discipline scienfitique propose de distinguer :

- tantôt une science à partie entière, avec des ambitions réductionnistes que l'on retrouve dans toute science. Cette science s'est longtemps contentée d'étudier la nature sans l'homme, ou en tout cas une nature dans laquelle elle postule ne pas avoir détecté d'impacts humains, et donc "vierge". Dans les précis et manuels d'écologie scientifique, une part si large est consacrée aux concepts et à la théorie que parfois on peine à croire que l'écologie est une science naturaliste faite d'observations, d'études de cas et de retours d'expériences vécues au contact de la faune et de la flore. Ce n'est évidement pas dans ce genre de science que nous pouvons trouver trace d'un quelconque type de conflit....

- tantôt une discipline qui fait la synthèse des résultats sectoriels acquis par plusieurs disciplines ; auquel cas elle se confondrait partiellement avec cette autre discipline "carrefour", la géographie. Une géographie, oublieuse de ses orgines de visées stratégiques, décidément bien paisible...

- tantôt non uns science, mais un domaine informel de recherches pluridisciplinaires. Dans ce cas, l'écologie court le risque de n'être que l'objet de colloques pluridisicplinaires plutôt que de revues spécialisées ou de manuels didactiques, sans parvenir la plupart du temps à proposer un discours cohérent et une visibilité académique distincte ; et sans se forger une légitimité auprès du public. Cette approche renoue cependant avec la tradition de l'écologie anglo-américaine comme discipline extra-académique, incarnée par des sociétés savantes rassemblant elles-mêmes des individus émargeant à des disiciplines variées et à des intérêts socio-économiques, il faut bien le dire, tout aussi variés....

- tantôt une science de l'environnement, qui s'occuperait de recherches sur la nature et ses états multiples, mais aussi de développement humain (appelé aujourd'hui durable...). L'écologie se développe sous la pression d'une demande sociale et cela revient à placer l'écologie dans une position de science applicable, avec des attentes concrètes et des obligations de résultat. Cette science de l'environnement se trouve souvent au coeur des enjeux socio-politiques, donc au coeur de conflits sociaux et culturels.



 

 

Günter VOGEL et Hartmunt ANGERMANN, Atlas de biologie, La pochothèque, Le livre de poche, 1994 ; Vincent LABEYRIE, article Ecologie, dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, PUF, 1996 ; Jean-Paul DELÉAGE, Une histoire de l'écologie, Editions La Découverte, Points Sciences, 1991 ; Yanni GUNNELL, Ecologie et société, Armand Colin, 2009.

 

ECOLUS

Par GIL - Publié dans : DEFINITIONS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés