Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 17:45
                 Le concept d'opposition (opoz en radical international, gegensatz ou gegensetzung ou encore widerstreit en allemand, opposition en anglais, opposizione en italien) - contradiction et contrariété - est non seulement l'un des acquis les plus anciens de la logique formelle (ARISTOTE), mais aussi l'un des plus féconds, tant il permet d'analyser des phénomènes aussi divers que traitent, dans le désordre historiquement,  la linguistique, l'anthropologie, la psychologie, la sociologie, la cosmologie....
   D'abord, l'opposition est la relation de deux objets placés l'un en face de l'autre, ou de deux mobiles qui s'écartent ou se rapprochent d'un même point (Vocabulaire technique et critique de la philosophie).
Par métaphore, André LALANDE précise : tout ce qui est antithétique. Il rappelle que, par exemple, des idées plus saines se sont faites sur la nature des phénomènes chimiques le jour où on a découvert le caractère opposé des bases et des acides. Pour ceux qui ne sont pas férus en chimie, il s'agit de substances qui, misent en contact, réagissent, parfois violemment (chaleur intense, explosions, effervescence...) et qui se neutralisent en donnant des sels. De même, en physique, toute action appelle une réaction et c'est par ce principe qu'on lance des fusées. Les minéraux s'opposent donc, les végétaux et les animaux également, et l'on comprend qu'une petite pincée d'anthropomorphisme suffise pour qu'on parle des forêts agressives, de racines combattantes, de combats des chefs dans une fourmilière... Sans tomber dans cette dérive, on peut s'adonner à une logique des oppositions qui traverse l'univers... de notre compréhension en tout cas du monde.
  Gabriel TARDE, dans son "L'opposition universelle" explique qu'"il importe beaucoup de ne pas confondre les deux formes sous lesquelles l'opposition se présente à nous, l'une sous laquelle le combat des deux termes juxtaposés a lieu dans l'individu même (résistance) et l'autre dans laquelle l'individu n'adopte que l'un des termes opposés (lutte).. et où le combat n'a lieu que dans ses rapports avec d'autres hommes". En logique (KEYNES, formal logic), deux termes sont dits opposés quand ils sont ou corrélatifs, ou contraires, ou contradictoires ; deux propositions quand, ayant le même sujet et même prédicat, elles diffèrent soit en qualité, soit en quantité, soit à la fois en quantité et en qualité. Les quatre sortes d'opposition sont la contrariété, la subcontrariété (deux propositions particulières opposées, l'une affirmative, l'autre négative), la contradiction et la subalternation (rapports des deux propositions subalternes). Si l'on cite ici de la logique pure, ce n'est pas pour ajouté une complexité à un article déjà complexe... mais pour dire simplement que dans l'effort pour comprendre ce que TARDE appelle l'opposition universelle, les hommes comme les choses s'opposent, mais aussi qu'à l'intérieur des hommes et des choses existent également des oppositions...
     C'est d'un monde de conflits partout que les logiciens veulent discuter. Dans l'effort pour comprendre le monde, nombre d'auteurs ont acquis la conviction qu'ils le comprennent mieux en mettant en évidence ces oppositions. C'est une conception si générale, qu'on se demande si - tout comme le conflit semble consubstantiel à la relation - la façon dont le cerveau humain, jusqu'ici en tout cas, parvient à utiliser plus efficacement les choses physiques dans lequel il baigne,comme toute compréhension opérationnelle, passe par une vision conflictuelle du cosmos.
                    Déjà toute la pensée antique grecque travaille et est travaillée par la logique des oppositions, et le fait que les sociétés grecques étaient des sociétés guerrières n'y est certainement pas étranger.
      La réalité formelle est étudiée par ARISTOTE selon quatre types d'opposition (Alain DELAUNAY, article Opposés, Encyclopedia Universalis, 2004) : les relatifs (double, moitié...), la privation (cécité, surdité...), la contrariété (bien, mal...), la contradiction (repos, mouvement). On doit mentionner HERACLITE par la mise en parallèle systématique des opposés : jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, surabondance et famine. Selon Jean-François PRADEAU, qui l'introduit dans la dernière édition des fragments retrouvés de ses pensées, HERACLITE a cherché à concilier deux hypothèses qui peuvent paraître contradictoires : d'une part que tout se meut et change, d'autre part qu'il existe un monde un et ordonné, soumis à une loi comme à une mesure. On y reviendra bien sûr, dans l'étude d'ensemble de la deuxième partie.
    Cette conception des oppositions qui traversent et forment le monde physique comme le monde social, a un pendant oriental incontournable : le yueng et le yuang chinois sur lequel nous reviendrons également.
        Dans une deuxième partie, nous tenterons de suivre le cheminement intellectuel, en le faisant historiquement si possible, d'auteurs tels que DESCARTES (encore, diront certains, mais je m'en explique dans la note au bas de cet article), KANT, FICHTE, SCHELLING, HEGEL, FREUD, Lancelot WHYTE, Robert BLANCHE, JOCOBSON, Claude LEVI-STRAUSS, WALLON, PIAGET et quelques autres...

Note un peu liminaire : On oppose souvent dans les études de genre, si j'ose dire, le cartésianisme français au romantisme allemand, sans mentionner qu'une continuité existe entre philosophes qui connaissent très bien, mieux que leurs lecteurs et commentateurs du reste, leurs prédécesseurs. DESCARTES fut très lu pendant la période de la prépondérance intellectuelle française et au-delà. De même, plus tard, lorsque les oeuvres d'HEGEL seront publiées et commentées à leur tour, il sera de bon ton de se positionner comme hégélien ou kantien. Or les lignes de partage se situent plus du côté des positions socio-politiques et économiques des auteurs, du côté de leur attitude face aux pouvoirs constitués, qu'ils soient ecclésiastiques ou politiques que du côté d'une pensée plus ou moins déiste sur la réalité du monde. Précisément sur le conflit, on distingue bien les philosophes qui confirment l'ordre établi, de ceux qui le contestent. Les philosophes, même quand ils discutent logique pure, sont tributaires de la...logique de leur position sociale et ce ne sont pas les encyclopédistes qui ont écrits le contraire!

                                                                                                                               PHILIUS
Par GIL - Publié dans : PHILOSOPHIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 10 mai 2008 6 10 /05 /Mai /2008 17:23

   Fondée en 1975 par Pierre BOURDIEU, à la Maison des Sciences de l'Homme, cette revue trimestrielle, toujours publiée à l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), offre une gamme de connaissances intéressantes en ce qui concerne les conflits sociaux. Son équipe, insérée dans un vaste réseau international de chercheurs de sciences sociales et humaines, actuellement dirigée par Maurice AYMARD, est soucieuse depuis l'origine d'une interdisciplinarité qui lui fait aborder tous les sujets sociaux.
   On se souvient des numéros publiés dans les années 78-80 sur le déclassement, le capital social, l'institution scolaire. J'avais été frappé à cette époque par un article de Sylvain MARESCA sur "Grandeur de permanence des grandes familles paysannes", avec ses impressionnantes précisions généalogiques des relations familiales entre dirigeants d'un département français. Et également par l'article de Pierre BOURDIEU sur "les trois états du capital culturel" (numéro 30, novembre 1979).
  C'est par des monographies et des enquêtes du type de celui, encore un exemple, de Paul WILLIS sur "l'école des ouvriers" (numéro 24, novembre 1978) que l'on peut approcher scientifiquement et précisément la réalité sociologique, notamment les conflits, pris dans leur complexité.
  Aujourd'hui, cette rigueur se perpétue avec des numéros tels que celui de mars 2008, sur "les politiques impérialistes" avec une dizaine de contributions. Le Centre de Sociologie Européenne, qui publie les Actes de la recherche en sciences sociales, organise également des Colloques. On peut consulter les articles de cette revue sur le site créé par le ministère de l'enseignement supérieur, Persée.fr. et également pour les numéros plus récents sur Cairn.info.

    A signaler deux numéros successifs (173 de juin et 174 de septembre 2008) qui portent sur "Pacifier et punir", respectivement sous-titrés "Les crimes de guerre et l'ordre juridique international" et "La force du droit international et le marché de la paix". Ces numéros marquent la volonté de la revue d'aborder plus qu'auparavant des thématiques planétaires. Jérôme BOURDIEU, Sara DEZALAY et Franck POUPEAU, dans un "Prologue de la rédaction" les introduisent pour l'essentiel comme voulant faire "l'analyse des processus sociaux de qualification juridique et politique des (phénomènes de massacres collectifs) comme crimes dans un cadre supranational." "Le parti pris méthodologique de ces deux numéros a été non pas en fait de prendre les "crimes de guerre" pour des objets sociologiques en soit, mais de lire l'élaboration historique de cette notion comme le produit de la genèse multiforme d'un ordre juridique international de gestion par "le Nord" des "violences du Sud". Nous reviendrons dans la rubrique "Droit" sur les études très intéressantes de ces deux numéros.
  
Par GIL - Publié dans : REVUES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 17:00
  Une sociologie du tiers
      Georg SIMMEL (1858-1918) et Julien FREUND (1921-1993) développent la question du tiers dans le conflit souvent pensé en terme de duels, à deux protagonistes. L'intervention d'un tiers rompt la logique du duel et instaure, avec l'introduction d'un quatrième, puis de plusieurs autres acteurs des conflits, la relation de minorité à majorité, la possibilité d'alliances. En outre, pour Julien FREUND, le conflit, surtout le conflit politique, n'a de véritable sens que lorsque les adversaires "expriment également une solidarité qui transcende la lutte elle-même". Même les luttes violentes, les guerres civiles par exemple, qui mettent en question la constitution, le régime, l'existence même de la collectivité comme unité politique, présupposent la solidarité de ces membres sous une nouvelle forme, plus satisfaisante, plus rationnelle ou plus juste. Georg SIMMEL insiste de son côté beaucoup sur la socialisation qu'implique même le conflit. Cette problématique du conflit insiste sur la coopération des protagonistes, d'une façon que Julien FREUND reconnaît comme paradoxale.
   Julien FREUND, L'essence du politique, Dalloz, 2004; Georg SIMMEL, Le conflit, Circé, 2008.

  La sociologie de "Chicago"
     Une sociologie interactionniste, héritière du courant pragmatique américain, constitue la référence de la sociologie aux Etats-Unis. C'est par l'étude des communautés que des auteurs comme R REDFIELD (1897-1958), H BLUMER qui invente l'expression en 1937, E GOFFMAN (1922-1982) ou GARFINKEL abordent les conflits sociaux. Leur conception émiette les structures sociales en micr-structures et beaucoup d'études portent sur les multiples groupes déviants de la société américaine. Critiques du fonctionnalisme qui exagère selon eux la socialisation des acteurs en surestimant leur conformisme social, les auteurs de ce courant très large mettent en avant le flou de beaucoup de situations dans une société beaucoup plus mobiles que les sociétés européennes. Prônant une ethnométhodologie, GARFINKEL veut analyser les dynamismes sociaux de l'intérieur et utiliser le savoir des acteurs eux-mêmes. Ces démarches ignorent bien souvent (Lewis COSER) les facteurs institutionnels come du reste le pouvoir central. En privilégiant beaucoup le vécu des acteurs, même en tentant de ne pas tomber dans les mêmes représentations qu'eux, cette sociologie fait l'impasse sur les problématiques du pouvoir.
    Edwing GOFFMAN, les rites d'interaction, Editions de Minuit, 1974; Nicolas HERPIN, les sociologies américaines et le siècle, PUF, 1973.

  Une sociologie interrelationniste
    Une des grandes questions touche à la nature des conflits collectifs - conflits inter-individuels, conflits sociaux, conflits entre collectivités ou communautés - dans l'ensemble des interrogations sur l'importance à donner aux relations individus-sociétés. Des auteurs aussi divers que George LABICA, Raymond ARON, Georges GURVITCH, posent la question de la détermination des motivations des acteurs dans la société : multidétermination ou monodétermination. La question a surgi longtemps dans une grande partie de la littérature marxiste sur la sur-détermination de l'économie dans les comportements sociaux. Plus largement, le fait même de réfléchir à cette question - concernant les conflits entre autres - conduit beaucoup à mettre l'accent sur le symbolique, sur la représentation plutôt que sur la réalité sociale. On notera dans ce sens les contributions de Peter BERGER et de Thomas LUCKMANN, qui élaborent le concept de construction sociale de la réalité. L'individu exprime face à la société un "stock de connaissances objectivées" commun à une collectivité d'acteurs et son action est déterminée par ce "stock" à la fois dans les deux deux perspectives de l'ordre institutionnel et du rôle, étant donné que les rapport à l'individu au groupe est mouvant.
   Dans cette perspective, la délimitation d'une classe sociale d'appartenance constitue une question-clé. Georges GURVITCH élabore une définition complexe où entrent en compte la volonté d'y appartenir, le sentiment d'en faire partie, la perception des autres classes sociales comme étanches ou poreuses, la position de la classe par rapport au pouvoir...

 Une sociologie hésitante du changement social
    Selon Jean-Pierre DURAND et Robert WEIL (Sociologie contemporaine, Vigot, 2002), les sociologues d'aujourd'hui hésitent à se lancer dans la construction d'une théorie globale, ou universelle, du changement. La multiplicité des facteurs d'évolution d'une société mise en avant par David RIESMAN, Colin CLARK, et d'autres, ne les empêchent pas de mettre en avant très souvent le progrès technique comme facteur dominant de changement, un facteur qui ne serait maîtrisable directement par les acteurs sociaux. Du coup, malgré les remises en perspective de certains auteurs comme Lewis MUMFORD, une certaine sociologie dominante rendrait caduque toute une série de sociologies et même de politiques économico-sociales, en tout cas à l'échelle de la société globale, surtout si elle est vue en voie de mondialisation. Sans parler d'une disqualification des sociologues s'inspirant de trop près des marxismes, toute sociologue désireux d'ouvrir une perspective de changement social - et plus de changement social radical - se voit aujourd'hui rappelé à l'ordre, à l'aide de multiples arguments d'où ressortent le fait que l'évolution d'une société serait plutôt le fait de facteurs exogènes qu'endogènes, et les changements climatiques n'arrangent rien de ce côté-là.
        Restent une multitudes de sociologies sectorielles, où nombre d'auteurs cherchent plus précisément les facteurs d'ordre et de désordre sociaux : les médias, le sport, les institutions scolaires, la défense, les arts et spectacles... domaines dans lesquels nous allons poursuivre notre petit parcours...

                                                                                                SOCIUS
Par GIL - Publié dans : SOCIOLOGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 17:57
      Fondée en 1991 par Pascal BONIFACE, géopolitologue de l'Université Paris 8, cette revue trimestrielle offre toute une gamme d'analyses sur les multiples enjeux contemporains. Sur l'or bleu (entendre l'eau), sur l'Islam (peut-on le critiquer?) comme sur les nouveaux enjeux en Asie Centrale, une équipe d'une vingtaine de spécialistes des relations internationales fait le point régulièrement sur les nombreux conflits qui agitent notre globe.
    La revue de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) fait partie d'un ensemble de moyens d'information et de formation qui comprend également la livraison annuelle de "L'année stratégique", des ouvrages d'actualité comme "Lettre ouverte à notre futur(e) Président(e) de la République sur le rôle de la France dans le monde" de 2006, des interventions nombreuses dans les médias (Radio Orient notamment, mais aussi souvent dans C'est dans l'air, l'émission de La Cinquième, que je recommande d'ailleurs chaudement...), et diverses expertises auprès d'organismes nationaux et internationaux.
    Chaque année, l'IRIS publie en collaboration avec Dalloz, l'Année stratégique, Analyse des enjeux internationaux, sous la direction de Pascal BONIFACE. En plus de 600 pages, le lecteur peut trouver des informations sur tous les pays de la planète et des articles faisant le point sur les principaux problèmes internationaux. L'année stratégique constitute un excellent complèment d'une autre "atlas" annuel, dont nous parlerons plus loin, L'état du monde, publiée par les Editions La Découverte.
    Orientée plutôt à gauche, sans être partisane, cette revue revient souvent sur le conflit israélo-palestinien-arabe. Pour qui s'intéressent aux questions de défense et qui ne veulent pas se limiter à la "Revue de Défense Nationale", dont je parlerais d'ailleurs, et aux débats trop franco-français, c'est un outil indispensable.

  La revue internationale et stratégique, revue de l'IRIS, Editions Dalloz. Abonnements au 2bis, rue Mercoeur, 75011 PARIS. Site IRIS-France.org.
Un nouveau site est disponible depuis octobre 2008, www.affaires-stratégiques.info.
Par GIL - Publié dans : REVUES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 6 mai 2008 2 06 /05 /Mai /2008 15:31
        Voilà un livre qui permet de relativiser nos connaissances historiques, singulièrement celles de l'antiquité, et par exemple des méandres des relations entre philosophies grecques!  L'auteur, essayiste et poète vénézuelien, suite à ses fortes d'impression des destructions de la guerre en Irak, s'est attaqué à une entreprise salutaire qui montre combien les destructions des supports des connaissances, par les inondations et autres catastrophes naturelles, mais aussi par les guerres et multiples autodafés, ont pu retarder, freiner, dévier le cours de l'histoire de l'humanité. Voilà bien un ouvrage qui va permettre de commencer à tordre le cou au mythe de l'avancée des savoirs et des techniques grâce aux guerres et autres activités militaires! Toutes les périodes historiques, ou presque, sont visitées au cours de ces 527 pages publiées aux Editions Fayard, cette année, après sa parution en Amérique Latine en 2004.
    Nous aurons l'occasion de revenir longuement sur la problématique des destructions des connaissances et des identités culturelles.
Par GIL - Publié dans : LECTURES UTILES
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /Mai /2008 14:33
      Au mot Conflit,  Le "Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie" publié au PUF (Collection Quadrige, 2002) sous la direction, notamment,  de Pierre BONTE et de Michel IZARD,  renvoie immédiatement à Max GLUCKMAN.
     Celui-ci, anthropologue britannique (1911-1975) a étudié sur le terrain de nombreuses peuplades, dont les Zulu (Afrique du Sud), les Lozi du Barotseland, les Tonga et les Lamba. Il a publié de nombreux ouvrages comme "Custom and Conflict in Africa" (1956) ou "Order and Rebellion in tribal Africa" (1963). Le conflit, pour Max GLUCKMAN, loin de menacer l'unité du corps social, permet l'intégrité même de celui-ci. "Un conflit et son mode de résolution peuvent faire l'objet d'une mise en scène rituelle qui, dans le même temps, libère l'expression d'une rébellion contre l'ordre social et le résorbe".
     Visiblement, et on le comprend, tellement les études des sociétés dites primitives ont fait l'objet de batailles rageuses (allant jusqu'à la falsification de résultats d'études sur le terrain) entre différents auteurs, les coordonnateurs de ce Dictionnaire ne se sont pas hasardés définir le conflit.
    Faute de consensus sur une définition sur cette discipline aux frontières extrêmement mouvantes, on rappelera simplement ici différentes facettes qui sont autant de renvois à partir du mot conflit. La guerre (ses origines, ses modalités ancestrales), les structures de parenté et leurs système de répression sociale, notamment sur la prohibition de l'inceste, les relations conflictuelles de l'économie du don et du contre-don, la chasse (chasseurs-cueilleurs nomades et agriculteurs sédentaires), et les inégalités entre sociétés, constituent autant de thèmes beaucoup étudiés par les anthropologues et les ethnologues.
    
Par GIL - Publié dans : DEFINITIONS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /Mai /2008 13:43
  La sociologie compréhensive
     Max WEBER (1864-1920), père de la sociologie compréhensive, à partir d'une critique de l'illusion positiviste à la manière d'Auguste COMTE qui veut figer l'organisation sociale idéale à l'aide de concepts de la causalité qui ne sont que des idéaux-types de la réalité et non la réalité elle-même, a suscité nombre de vocations de sociologues. Dans ses nombreuses communications et publications, Il met l'accent sur le conflit de valeurs où selon que l'une ou l'autre l'emporte, entraîne la société dans une direction et non dans une autre. Pour comprendre ce conflit des valeurs, il est nécessaire, dans la démarche propre aux sciences de la culture, de ses distancier par rapport à ces valeurs, possibles préjugés qui faussent le jugement. Axant ses travaux sur la sociologie religieuse, il tente de voir les phénomènes à l'oeuvre par les effets des croyances collectives. Mais à trop se distancier de l'objet de leur étude, les webériens ne proposent pas de changer la société. Du coup, l'approche du conflit risque de ne pas se traduire par beaucoup de changements.
     Max WEBER, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Presse Pocket, Agora, Plon, 2002; Le savant et le politique, 10/18 biblothèque, 2005.

 Une sociologie de la division du travail
     Avec Emile DURKHEIM (1858-1917), on entre de plein pied dans une vision normalisatrice de la société : la sociologie permet de distinguer entre un état normal d'une société ou d'une organisation donnée et un état normal qu'il faut éviter, entre le normal et le pathologique. Se plaignant d'une évolution morale des société modernes aux individus atteints par un dérèglement de la division du travail, il met l'accent sur le fait que l'état maladif résulte des changements profonds dans la structure de la société. Ses études sur l'anomie sociale, sur les suicides, l'amènent à penser les conflits comme les symptômes de ces maladies. De là à penser que le conflit est une pathologie sociale... beaucoup de ses successeurs semblent vouloir le faire, à commencer par des auteurs comme BOUDON et BOURRICAUD qui soutiennent que sa conception holiste de la société est responsable du flou qui enrobe les concepts durkheimiens. Son invention de la conscience collective, issu de ses études sur la religion, est combattue par les tenants d'un individualisme méthodologique. Il faut rendre justice à Emile DURKHEIM car cette conception même permet de concevoir comment ses structure une société, dans ses conflits mêmes.
    Emile DURKHEIM, Le suicide, PUF Quadrige, 2004; De la division du travail social, PUF, 2007.

 Une sociologie de l'imaginaire
    Réfléchissant sur l'expérience du monde ouvrier, Cornélius CASTORIADIS (1922-1997), le cofondateur et animateur du groupe et de la revue "Socialisme ou Barbarie" prolonge les études de Karl MARX en insistant sur les rapports à l'imaginaire des sujets sociaux et critique l'approche marxiste dominante économico-fonctionnelle. Au delà du symbolique, qui détermine des aspects de la vie en société, et partant, des aspects de ses conflits sociaux, Cornélius CASTORIADIS veut saisir l'imaginaire de la société. Support de l'ordre social, l'imaginaire social actuel permet l'irrationalité de la rationalité du monde moderne à travers la construction de besoins artificiels ou la multiplication des crises financières. Les conflits sociaux se situent dans un espace où se rencontrent le réel et l'imaginaire, la psyché et le social-historique, mais les recherches sur les liens entre les uns et les autres sont simplement en projet dans l'oeuvre de cet auteur.
    Cornélius CASTORIADIS, l'institution imaginaire de la société, Seuil essais points, 2006; La société bureaucratique, Tome 1, Les rapports de production en Russie et Tome 2, La révolution contre la bureaucratie, 10/18, 1973.

 La sociologie critique
     L'ECOLE DE FRANCFORT, à la longue postérité malgré son hétérogénéité, à travers la théorie critique, se retrouve tout à fait dans des problématiques de conflits. D'emblée sociologie critique, elle promène l'analyse des conflits de classe, de la propriété à l'autorité, dans une superposition de leurs différents aspects.
   La dialectique de la raison (ADORNO, HORKHEIMER) est un processus où les idéaux du progrès tendent à éliminer ses propres valeurs avant même leur entrée dans la pratique sociale. Consciences de classe, formations de caractères sociaux, luttes des classes, tout cela alimente une dynamique dans le monde moderne où les individus agissent rarement en fonction de leurs véritables intérêts matériels. Le triomphe des apparences de la circulation des choses (marchandises, réalisations scientifiques...) camoufle la dynamique réelle des rapports sociaux. En clair, les consciences de classe tendent à dériver vers la négation des conflits sociaux en mettant en avant les bienfaits supposés de la société de consommation de masse, dans le temps même où l'évolution de ces conflits tendent à devenir de plus en plus préjudiciables à des classes sociales de plus en plus étendues.
  Sous la direction d'Alain BLANC et de Jean-Michel VINCENT, La postérité de l'école de Francfort, Syllepse, 2004; Max HORKHEIMER, Theodor ADORNO, La dialectique de la raison, Fallimard Tel, 2007


                                                                                                  SOCIUS


Par GIL - Publié dans : SOCIOLOGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /Mai /2008 13:37


 Je vous donne le choix entre plusieurs définitions de la publicité.
   - Propagande commerciale ;
   - Mensonge organisé de façon à orienter les actions d'achats des consommateurs ;
   - Matraquage psychologique répétitif détourneur d'attention et polarisateur de pulsions sur le futile et l'inutile ;
   - Putlicité est un anagramme entre publicité et prostitution : les panneaux publicitaires fixes ou mouvants font la rue et les lignes, comme les ondes, comme des prostituées archi-racoleuses, insistantes, agressives et perverses.
  - Economie de la stupidité, du gaspillage et de l'inutilité (quoique pas pour tout le monde...)

 

  La mauvaise humeur peut se répandre très facilement de nos jours avec la prolifération de la publicité. Très loin de l'adage - très commercial - selon lequel la publicité adoucirait la vie, égayerait le paysage, introduirait de la musique dans le quotidien, comme un doux aphrodisiaque - il semble que la multiplication des sollicitations visuelles et sonores, amplifiées de manière grotesque dans les pages d'Internet, rendent de plus en plus agressives les moeurs. En effet, comme d'ailleurs toutes les études sur le bruit (dans l'information comme dans la rue, ou dans les immeubles...) le montrent constitue, à partir d'une certaine intensité et d'une certaine continuité, une agression majeure, la publicité en tant que bruit agace de plus en plus. 

  Le fait qu'une grande partie des médias soient constitués de ces bruits, qui se nichent un peu n'importe où, dans les tranches horaires comme dans les pages écrites, sans parler des coupures intempestives de films sur certaines chaînes de télévision, publique ou privé d'ailleurs, devraient interroger les responsables de la presse en général sur la qualité de leur informations, qui ne se juge pas seulement par leur contenu vérifiable et valide, mais également sur leur présentation et leur lisibilité ou visibilité...

   Le fait que l'outil Internet, au sens large, base une grande partie de son économie sur les messages publics - d'ailleurs de plus en plus invasifs - est plutôt inquiétant, dans la mesure où plus les fenêtres publicitaires sont sollicitées passivement ou activement par les internautes, plus la circulation de l'argent est rapide et importante dans cette économie.C'est l'envers sans doute de la gratuité - en fait pas si gratuite que ça! - de l'accès à Internet , clament les... publicitaires et leurs clients. mais de même qu'il n'est pas sûr que les téléspectateurs refuseraient une augmentation de la redevance pour avoir beaucoup moins de publicités à l'antenne, il n'est pas sûr que les internautes n'acceptent pas un renchérissement de l'accès si l'on supprime ces sollicitations bruyantes.

    Enfin, cette mauvaise humeur, ce sentiment publiphobe qui nous envahit à chaque fois qu'une vidéo intempestive nous empêche de nous concentrer sur ce que nous lisons ou visionnons, cette tendance à développer des attitudes défensives (des logiciels bloquants à des réflexes oculaires), ne vont t-elles pas à l'encontre du but recherché par les publicitaires? De même que trop d'impôt tue l'impôt, trop de publicité tue la publicité.

Par GIL - Publié dans : MOTS CONFLICTUELS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /Mai /2008 13:05
    Livre indispensable pour ceux qui veulent étudier la psychanalyse et singulièrement le conflit psychique, "Trois essais sur la théorie sexuelle" (1905) eut un accueil virulent.
   Comme l'écrit Michel GRIBINSKI dans la préface de l'édition de 1987, le livre tout entier est porté par une détermination iconoclaste, celle d'attaquer le savoir antérieur sur la sexualité humaine. Jean LAPLANCHE, dans "Vie et mort en psychanalyse" (Flammarion Champs, 1977) indique que c'est la sexualité qui représente le modèle de toute pulsion et probablement la seule pulsion au sens propre du terme.
     Accusé de pansexualisme, Sigmund FREUD n'a cessé de répéter que toute sa théorie est fondée sur le conflit. Du conflit psychique, il en fait donc trois essais, parmi les textes les plus remaniés de sa vie : le premier, sur les aberrations sexuelles veut montrer qu'il ne s'agit justement pas d'aberrations et qu'elles se ramènent à la sexualité humaine, le deuxième sur la sexualité infantile veut prouver qu'elle existe et existe fortement, le troisième sur les remaniements de la puberté veut argumenter sur le fait que la découverte de l'objet sexuel n'est qu'une retrouvaille.
    Ouvrage à la fois polémique et de recherche scientifique, "Trois essais sur la théorie sexuelle" part des aspects les plus répandus de toutes les perversions, le sadisme et le masochisme (nommés par Von KRAFFT-EBING) pour retrouver le mécanisme du refoulement sexuel, dont l'origine se situe dans l'enfance. Par l'analyse des explications infantiles de la sexualité (théories fausses de la naissance, conception sadique des rapports sexuels), la redécouverte des manifestations physiques des appétits de l'enfance dès son plus jeune âge (activités musculaires, masturbations, suçotements) comme ses manifestations phantasmatiques (envie de pénis et complexe de castration), il dresse un tableau de la genèse et de développement de l'organisation de la sexualité (orale, sadique-anale, génitale), de ses ambivalences, de son choix des objets sexuels. Les métamorphoses anatomiques et physiologiques de la puberté déplacent les modalités et les lieux d'expression de la sexualité infantile.
   Dans sa récapitulation en fin d'ouvrage, Sigmund FREUD indique que la recherche sur la sexualité humaine est toujours à entreprendre pour comprendre aussi bien le normal que le pathologique. Il faut sans cesse combattre les idées fausses, nées des refoulements eux-mêmes. En sériant les facteurs de la sexualité humaine, la prématuration dès la naissance, la temporalité des manifestations physiologiques, l'adhérence ou capacité de fixation des pulsions sur un objet, l'auteur n'arrête pas au fil de ses années de recherche d'approfondir, de mettre en question, de questionner constamment les ressorts des pulsions sexuelles. En tout cas, 'une bonne part de déviations qu'on peut observer plus tard par rapport à la vie sexuelle normale est déterminée d'emblée, aussi bien chez les névrosés que chez les pervers, par les impressions de la période infantile, soit-disant libre de toute sexualité." A notre époque de résurgence de pseudo-spiritualités et de religions castratrices, il est bon de rappeler de bonnes évidences, qui n'en sont pas toujours pour tout le monde.

    Sigmund FREUD, Trois essais sur la théorie sexuelle, traduction de l'allemand de Philippe KOEPPEL, Gallimard, folio essais, 2001, 213 pages. Auparavant traduit en français "Trois essais sur la théorie de la sexualité" par Blanche REVERCHON-JOUVE en 1923. Cette traduction fut simplement revue en 1962 par Jean LAPLANCHE et J-B PONTALIS. Editions allemandes de 1905, 1910, 1915, 1920, 1922, 1925, 1942 et 1982.
Par GIL - Publié dans : OEUVRES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /Mai /2008 15:31

    Cette revue trimestrielle traite, sous l'angle de la géographie et de la géopolitique, de pratiquement tous les conflits politiques et sociaux. Par exemple, en 2007, l'équipe dirigée par Béatrice GIBLIN et Yves LACOSTE a traité du Proche-Orient, de la Chine, de la langue française et du tourisme. Il s'agit donc d'une mine d'informations où se mêlent souvent sociologie et histoire au long cours, rassemblées en un dossier consistant par numéro (vers 180 pages de lectures denses).
   Créée en 1976, en même temps que la parution du livre-manifeste, "La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre", la revue a aujourd'hui un tirage de 3 500 exemplaires (1 200 abonnés). Son équipe, basée à l'Université Paris 8, anime également un "Institut Français de Géopoltique, qui forme au master de géopolitique, avec option recherche et option professionnelle.
  A signaler que la revue va fair l'objet prochainement (dans 6 mois) d'une mise en ligne de tous les numéros (130 numéros) par la Bibliothèque Nationale Française (octobre 2008).

      Site Internet : Hérodote.org 
                 Editions La Découverte
                     Abonnements : Editions Masson, 21 rue Camille-Desmoulins, 92789 ISSY-LES-MOULINEAUX CEDEX 9

  A noter le numéro du premier trimestre 2009, portant le Numéro 132, un dossier très instructif sur les plans stratégiques et économiques autant que géopolitiques proprement dits, sur "L'amérique d'Obama". Prenant ouvertement parti pour le nouveau président des Etats-Unis, qui sucite beaucoup d'espoir après les années catastrophiques des administrations Bush, la revue propose une longue interview de Pierre MELANDRANI (Vers une nouvelle politique étrangère?) ainsi que neuf gros articles portant sur divers domaines. Ainsi sur les relations des Etats-Unis avec les diverses parties du monde, sur les défis énergétiques et climatiques, sur la question de l'immigration très vive là-bas, comme sur les enjeux de la revitalisation urbaine est dressé l'ensemble des problèmes qe doit affronter Barak Obama, ainsi que la nouvelle administration qui se met en place. En juin 2009, il est utile de jeter un coup d'oeil sur les structures pour juger rationnellement les diverses initiatives des Etats-Unis.


    
Par GIL - Publié dans : REVUES
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés