Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 10:16
  Très loin de l'historiographie officielle, cette histoire des Etats-Unis part d'une même chronologie, mais avec une tonalité différente pour le moins. De l'arrivée des premiers colons européens et de leurs heurts avec les civilisations indiennes d'Amérique du Nord aux élections de 2000 et de la "guerre contre le terrorisme", l'auteur - professeur émérite d'histoire et de sciences politiques à la Boston University - trace une autre vision de l'Amérique. Il met à mal certains idées lénifiantes sur le modèle étatsunien, loin du consensus partisan colporté par des médias complaisants. Des luttes violentes des classes, de l'oppression persistante des Noirs, des résistances tenaces et renouvelées au système avec ses aspects multiformes, de l'opposition aux guerres (VietNam, Golfe) aux lutes "sociétales" (femmes, environnement, homosexualité), c'est vraiment le portrait d'une autre Amérique que l'auteur nous fait découvrir.

   Hoxard ZINN, Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2003, 806 pages.
     Agone : BP 70072 - 13192 MARSEILLE CEDEX 20, site : www.agone.org
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Vendredi 30 mai 2008 5 30 /05 /Mai /2008 16:58
         La dissidence d'Alfred ADLER et la psychologie adlérienne
  Même si Affred ADLER (1870-1937) a renoncé sur le tard à qualifier sa théorie de psychanalytique, lui préférant celui de la psychologie individuelle, l'un des premiers premiers disciples de Sigmund FREUD (qu'il rejoignit en 1901)  gardera dans son oeuvre l'aspect conflictuel de la nouvelle discipline. Contre la primauté de la libido et la notion de refoulement, il rompt en 1911 pour développer une théorie personnelle : au centre de toute névrose comme au centre de tout fonctionnement psychologique, se trouve la lutte contre le sentiment d'infériorité, d'insuffisance, une lutte animée par un principe de "protestation virile", le désir sexuel n'étant que l'expression de cette visée de puissance et de domination.
   La compensation et la surcompensation, les stratégies de retournement et de contournement du sentiment d'infériorité, qu'elle soit physique ou sociale, définissent une palette assez large de caractères, qui possèdent des traits de nature agressive (vanité, jalousie, envie, avarice, haine... ) ou non agressive (isolement, angoisse, pusillanimité, instincts indomptés exprimant une adaptation amoindrie...). Ses études sur le développement de l'enfant, notamment sur les symptômes d'inadaptation, ont beaucoup été suivis aux Etats-Unis, où il a émigré en 1933.

   Alfred ADLER, La compensation psychique de l'infériorité des organes, 1907 (Payot, 1956); Le tempérament nerveux, 1912 (Payot, 1926); Connaissance de l'homme, 1927 (Payot, 1949); L'enfant difficile, Payot, 1949 ; Rudolph DREIKURS, La psychologie adlérienne, Blond et Gay, 1971 ; Sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette, collection Pluriel, 2005.  La plupart des oeuvres d'Alfred ADLER sont disponibles en France chez Payot (Petite Bibliothèque Payot).


        La dissidence jungienne et la "psychanalyse" de l'inconscient individuel et collectif.
    Dès l'origine, Carl JUNG entendait suivre la voie de l'étude des psychoses et des mythologies. Rompant avec Sigmund FREUD en 1914, il voulait en fait depuis longtemps "libérer" la théorie et la pratique de tout ce qui touchait trop directement et trop crûment à la sexualité, à l'animalité de l'homme. La psychologie analytique qu'il fonde veut décrire les invariants de l'âme, elle-même de nature "paradoxale" : "Le conflit entre la Nature et l'Esprit n'est que la traduction de l'essence paradoxale de l'âme" écrit-il. Inventeur des notions d'intraversion et d'extraversion, il développe de nombreux concepts dont ceux des concepts-de-soi, d'individuation, d'archétypes... Il définit les quatre fonctions d'orientation du Conscient que sont la sensation, la pensée, le sentiment et l'intuition. Parfois, d'ailleurs, lorsque l'on lit ses livres, on a l'impression d'être dans des ouvrages de philosophie...
   Attachant beaucoup d'importance à l'introspection, il note les similitudes entre les dynamiques décrites par les alchimistes (personnellement, il me rappelle par certains côtés Gaston BACHELARD...) et celles des organisateurs inconscients structurant les processus à l'oeuvre chez ses analysés. Dans l'histoire de la culture occidentale, il existe un lien, une continuité entre la mythologie de la psyché pré-chrétienne, ces visions alchimistes et les images qui apparaissent de nos jours dans les rêves, avec des éléments commun à tous les individus. Son courant a inspiré de nombreuses études psychothérapeutiques (travailler avec le dialogue intérieur de l'enfant...) et des analyses très en prises sur les angoisses contemporaines (modèle sociopsychologique du phénomène OVNI, que je ne partage pas du tout d'ailleurs, le trickster, sur lequel nous reviendrons...).

  Carl JUNG, Types psychologiques, Gerg, 1977; Wotan, 1936; Les racines de la conscience, études sur l'archétype, Buchet Chastel, 1971; Métamorphoses de l'âme et ses symboles, Gerg, 1993; Sous la coordination de Aimé AGNEL, Le vocabulaire de Carl Jung, Ellipses, 2005.

                                                                                                   PSYCHUS
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 14:14
      D'emblée, le fondateur de l'éthologie classique ou objectiviste annonce dans la préface de son livre qu'il "traite d'agressivité, c'est-à-dire de l'instinct de combat de l'animal et de l'homme, dirigé contre son propre congénère". En quatorze chapitres aux lignes serrées, Konrad LORENZ (1903-1989) développe (il écrit ce livre en 1963), à partir de ses expériences comportementales sur des animaux (poissons, oiseaux, mammifères) une vision du conflit intra-spécifique qui va engendrer par la suite une multitude d'études... et d'intenses polémiques.
      Dans les deux premiers chapitres, il fait état de ses observations dans la mer, puis en laboratoire (sur les poissons). Ce qui lui fait poser la question :"A quoi le mal est-il bon?". Distinguant d'abord les conflits intra-spécifiques des luttes (qu'il ne peut qualifier de combats) prédatrices inter-spécifiques pour se concentrer sur ces premiers, et notamment d'abord sur la "lutte territoriale". Ce "mécanisme très simple au point de vue de la physiologie du comportement résout presque idéalement le problème de savoir comment, sur un territoire donné, répartir des animaux semblables équitablement, c'est-à-dire en sorte que la totalité de l'espèce en profite. Ainsi, même le plus faible peut, bien que dans un espace relativement modeste, vivre et procréer. Cela est très important surtout pour les animaux qui, tels certains poissons et reptiles, atteignent leur maturité sexuelle longtemps avant d'acquérir leur taille définitive. Quel résultat pacifique du "principe du mal"!". (...) "Nous pouvons accepter comme certain que la fonction la plus importante de l'agression intraspécifique est de garantir la répartition régulière d'animaux d'une même espèce à travers un territoire."
Des observations chez les paradisiers, le combattant ou le canard mandarin lui font constater une "concurrence des congénères à l'intérieur de l'espèce sans rapport avec le milieu extra-espèce" Et "pour des raisons faciles à comprendre, l'homme est tout particulièrement exposé aux effets néfastes de la sélection intraspécifique. Comme aucun être avant lui, il s'est rendu maitre de toutes les puissances hostiles du milieu extra-espèce. Après avoir exterminé l'ours et le loup, il est devenu à présent effectivement son propre ennemi : homo homini lupus (l'homme est un loup pour l'homme), comme dit le dicton latin. Certains sociologues américains d'aujourd'hui ont bien saisi ce phénomène dans leur domaine propre." On retrouve tout au long du livre de telles considérations où l'auteur passe avec facilité du monde animal au monde humain.
    A côté des fonctions de répartition des êtres vivants semblables dans l'espace vital disponible, de la sélection effectuée par les combats entre rivaux et de la défense de la progéniture existe une autre fonction de l'agression, celle de développer une hiérarchie sociale. Des oiseaux aux chimpanzés, plus l'espèce est évoluée, plus le rôle de l'expérience individuelle et de l'apprentissage est grand, plus cette dernière fonction prend de l'importance.
        Konrad LORENZ, après avoir posé ces constatations, s'étend dans les chapitres suivants sur la physiologie du comportement instinctif en général et de l'instinct d'agression en particulier (spontanéité des crises continuelles et régulières), sur le processus de ritualisation et sur le gain d'autonomie des nouvelles pulsions crées par ce processus (activation et inhibition de l'agression), sur le schéma d'action des motivations instinctives, et (au chapitre 7), sur des exemples concrets des mécanismes "inventés" par l'évolution des espèces pour canaliser l'agressivité en des voies moins nuisibles, et sur le rôle joué par les rites dans l'accomplissement de cette fonction, soit, pour l'auteur, les types de comportement ainsi créés qui ressemblent "sensiblement" à ceux que l'homme dirige, lui, grâce à une morale responsable.
 Plus loin, l'auteur fournit les conditions préalables pour comprendre le fonctionnement de quatre types très différents d'ordre social. "Le premier, c'est la foule anonyme, libre de toute agressivité, mais dont les membres ne se connaissent pas personnellement et ne montrent aucune solidarité. Le second type, c'est la vie familiale et sociale des bihoreaux et d'autres oiseaux nidifiant en colonies, vie entièrement fondée sur la structure locale du territoire à défendre. Le troisième nous est fourni par la remarquable "superfamille" des rats dont les membres ne se reconnaissent pas en tant qu'individus mais à leur odeur tribale, de sorte que leur comportement social envers les membres de leur propre tribu est exemplaire tandis qu'ils combattent avec haine et acharnement leurs congénères appartenant à une autre tribu. La quatrième catégorie d'ordre social comprend enfin les sociétés dont les membres ne se combattent ni ne se blessent mutuellement, parce que des liens d'amour et d'amitié entre les individus y font obstacle. Cette forme de société ressemble en de nombreux points à celle de l'homme". L'auteur cite l'exemple de l'oie cendrée pour cette dernière catégorie.
     Dans le chapitre sur le "grand parlement des instincts", Konrad LORENZ appuie l'idée qu'entre la faim, la sexualité, la fuite, des relations complexes peuvent se nouer et qu'il est difficile parfois de quantifier l'un ou l'autre dans les comportements quotidiens. Toujours est-il que le rite empêche toujours l'agression intra-spécifique de nuire à la conservation de l'espèce et l'auteur se pose la question de savoir comment. C'est la  réorientation du comportement agressif lui-même qui semble lui fournir la réponse. Il passe ensuite de l'étude des différents cérémonials qui permettent cette réorientation (cérémonial d'apaisement, de triomphe...) au lien inter-individuels qui se forment de plus en plus dans l'évolution.
Ne résistons pas à citer un plus longuement : "Sans doute chez les animaux agressifs, les liens personnels se sont-ils formés pour la première fois à un moment de l'évolution où la solidarité de deux ou plusieurs individus devint nécessaire pour accomplir quelques tâches servant à la conservation de l'espèce, le plus souvent la protection des petits. Sans doute le lien personnel de l'amour a-t-il été engendré dans bien des cas à partir de l'agression intra-spécifique et, dans plusieurs cas connus, par la ritualisation d'une agression ou d'une menace réorientées. Comme les rites nés de cette façon sont liés à la personne du partenaire, et deviennent plus tard un besoin en tant qu'actes instinctifs indépendants, ils rendent la présence du partenaire absolument nécessaire et font de lui l'"animal valant de chez-soi". L'agression intraspécifique est plus ancienne de millions d'années que l'amitié personnelle et l'amour. Pendant de longues périodes de l'histoire de la terre, il doit y avoir eu des animaux extrêmement méchants et agressifs. Presque tous les reptiles que nous connaissons aujourd'hui le sont encore, et il n'y a aucune raison de croire qu'ils le furent moins pendant la préhistoire. Nous ne connaissons de lien personnel que chez les téléostéens, les oiseaux et les mammifères, c'est-à-dire dans des groupes n'émergeant pas avant le tertiaire inférieur. Il existe donc bien une agression intraspécifique dans son antipode, l'amour. Mais à l'inverse, il n'y a pas d'amour sans agression."
       Dans les derniers chapitres de son livre, Konrad LORENZ se demande pourquoi chez l'homme, ces processus inhibiteurs de l'agression ont disparu. "Dans l'évolution de l'homme, de tels mécanismes inhibiteurs contre le meurtre étaient superflus; de toute façon il n'avait pas la possibilité de tuer rapidement; la victime en puissance avait mainte occasion d'obtenir la grâce de l'agresseur par des gestes obséquieux et des attitudes d'apaisement. Pendant la préhistoire de l'homme, il n'y a donc eu aucune pression de la sélection qui aurait produit un mécanisme inhibiteur empêchant le meurtre des congénères, jusqu'au moment où, tout d'un coup, l'invention d'armes artificielles troubla l'équilibre entre les possibilités de tuer et les inhibitions sociales." Pour l'époque moderne, l'auteur, dans cette lancée écrit qu'"il est plus que probable que les effets nocifs des pulsions agressives de l'homme (...) proviennent tout simplement du fait que la pression de la sélection intraspécifique a fait évoluer dans l'homme, à l'époque la plus reculée, une quantité de pulsions agressives, pour lesquelles il ne trouve pas de soupape adéquate dans la société actuelle."
    Il termine son ouvage une une profession d'optimisme : "Depuis longtemps l'humanité connait la réorientation comme un moyen de contrôler les fonctions de l'agression et d'autres pulsions non déchargées. Les Grecs de l'Antiquité étaient familiers avec le concept de catharsis ou décharge purifiante, et les psychanalystes savent très bien que beaucoup d'actions parfaitement recommandables puisent leur énergie dans la "sublimation" de pulsions agressives ou sexuelles." Il espère que le développement de la ritualisation culturelle (notamment par l'art, le rire, le sport...) va tirer l'humanité vers la solution de ses problèmes de la lutte politique et de la guerre.
          Deux sortes de critiques sont souvent faites à l'égard de cet ouvrage.
  L'une est méthodologique. Le faible spectre des espèces véritablement étudiées, surtout des poissons et des oiseaux étonne devant l'ampleur des conclusions émises. La rapide extension des résultats des observations du comportement animal au comportement humain étonne. Un certain procédé par analogie simple de comportements n'est pas forcément ce qu'il y a de mieux en méthodologie scientifique.
 L'autre est conceptuelle. L'usage fréquent du terme d'instinct n'est pas justifié, scientifiquement parlant, dans son oeuvre et le rapprochement (son passé au parti nazi n'arrange rien) avec des thèses conservatrices de cet usage peuvent laisser penser comme pour Erich FROMM (dans "La passion de détruire") que le "darwinisme social et moral prêché par LORENZ est un paganisme romantique et matérialiste qui tend à obscurcir la compréhension véritable des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux responsables de l'agressivité humaine".
     Ce qui est dommage, c'est que dans l'esprit des vulgarisateurs de ce livre (on le voit aussi sur Internet), comme dans celui de l'opinion publique, alors que beaucoup d'observations sur beaucoup d'espèces ont permis d'aller au-delà de ce qu'expose Konrad LORENZ, persiste un anthropomorphisme de bazar.
       Toujours est-il que "L"agression" de Konrad LORENZ a ouvert un champ d'études scientifiques qui font de l'éthologie d'aujourd'hui une discipline solide et fructueuse.

   Konrad LORENZ, L'agression, une histoire naturelle du mal, Flammarion, collection Champs, 1977, 286 pages. La première édition française est de 1969. L'édition de 1977 est la traduction de l'allemand par Vilma FRITSCH, de l'ouvrage original paru en 1963, Das sogenannte böse zur naturgeschichte der agression.

                                                                                                ETHUS
Par GIL - Publié dans : OEUVRES
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 15:58
   La revue Politique étrangère, dont le premier numéro date de 1936, parait trimestriellement et se situe, dans le paysage diplomatique intellectuel international, dans une place presque équivalente à la Revue Défense Nationale pour la politique de défense officielle de la France. Avec la différence essentielle que cette revue, animée par une trentaine de spécialistes, est tout-à-fait indépendante, aborde les problèmes internationaux avec beaucoup plus de moyens et ne prend pas en principe position. Publiée par l'Institut Français des Relations Internationales depuis 1979, sous la direction de Thierry de MONTBRIAL, elle est le pendant francophone des publications de l'Institut International d'Etudes Stratégiques de Londres (IISS).

   Avec le soutien d'un vaste réseau de spécialistes extérieurs, sous la rédaction en chef de Dominique DAVID, cette revue figure pour l'IFRI dans une palette de moyens d'interventions dans le débat diplomatique intellectuel, qui comporte aussi la revue annuelle RAMSES, des Cahiers, des Conférences, des interventions (fréquentes) dans les médias. Les travaux de l'IFRI, que l'on retrouve dans Politique étrangère, portent sur les évolutions politico-stratégiques et notamment les relations transatlantiques. Ainsi en 2007, on pouvait y trouver des analyses fouillées (plutôt sous forme d'articles courts, moins d'une dizaine de pages) sur le Moyen-Orient, le dialogue transatlantique, sur la Russie, l'identité européenne, l'Islam et la préparation en France du Libre Blanc sur la défense... Une grande place est accordée dans chaque numéro d'environ 200-250 pages, à des critiques de livres.
Un des derniers numéros (2011/4), aborde en plus de 100 pages, la question de "La déconstruction européenne?" avec des contributions  d'Alain RICHARD, de Maxime LEFEBVRE, de guy HERMET ou encore de Dario BATTISTELLA. Les auteurs, plutôt favorables à la construction européenne se demandent où se situent les responsabilités de la zone Euro, comment réenchanter le rêve européen ou encore appellent de leurs voeux d'une gouvernance européenne de la zone Euro. 100 autres pages explorent les question de Démocratie, démocratisation, en Occident, dans les pays arabes, en Afrique ou en Chine...

   Politique étrangère, IFRI, 27, rue de la Procession, 75740 PARIS CEDEX 15 (rédaction). Portails Internat Persée et Cairn.
Pour les abonnements, il faut s'adresser à la Documentation française depuis 2009
Site : politique-etrangere.com
(Actualisé le 13 mars 2012)
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Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 12:53
  Les milieux de la psychanalyse sont si complexes (sans jeux de mots) et souvent traversés de conflits (sans jeux de mots non plus) qu'il est parfois difficile - malgré ou à cause d'une bibliographie surabondante - de retrouver les différentes conceptions du conflits qui s'y élaborent encore.
   Toutefois, comme précisément la notion de conflit psychique se trouve au coeur de la psychanalyse, on peut distinguer plusieurs courants, souvent antagonistes ou concurrents - qui ont réellement d'ailleurs des problèmes psychologiques à régler entre eux... D'ailleurs, dès l'origine de l'application de l'analyse psychanalytique au sein du groupe fondateur, selon les principes mêmes du conflit psychique et de ses projections en de multiples rebondissements, Sigmund FREUD (1856-1939) et ses disciples semblent avoir exacerbé entre eux des éléments longtemps refoulés. Ces courants adoptent vis-à-vis du conflit psychique des attitudes différentes, suivant leur analyse de développement de l'enfant, de l'adolescent et de l'homme et suivant aussi leurs préférences politiques et idéologiques. Souvent, ils mêlent - un peu trop sans doute - dans leurs écrits, l'exégèse des oeuvres du fondateur à leurs propres expériences de la cure psychanalytique, ce qui peut rendre obscur certains notions.
   Pour comprendre les conceptions de ces courants, le mieux sans doute est de commencer par l'oeuvre de Sigmund FREUD lui-même, qui reste une grande référence aujourd'hui.

   Sigmund FREUD et ses variations du conflit psychique.
     Le traitement des hystéries, des névroses, de ses patients - d'abord parti d'une approche neurologique et psychiatrique - l'amène à se questionner longuement sur sa propre thérapeutique. Puis il alterne, dès "Etude sur l'hystérie" (avec J BREUER en 1893) et surtout "L'interprétation des rêves" (1900), pratique et théorie pour l'analyse, au-delà des symptômes, de la vie psychique de ses patients et de l'homme en général. L'étude du développement repose chez Sigmund FREUD sur, à la fois l'observation (souvent indirecte) de quelques  enfants et la reconstruction de positions infantiles à partir des névroses adultes. Il forge une "métapsychologie" qui explique les phénomènes de la vie intérieure des individus. Pour simplifier, car l'esprit scientifique de FREUD tendait toujours à douter de l'aspect définitif de ses découvertes, il élabore une première topique vers 1895-1920, la différenciation Conscient-Préconscient-Inconscient, et une seconde topique vers 1920-1939 qui distingue le Moi, le Ca et le SurMoi. L'opposition du principe du plaisir au principe de réalité, l'existence des pulsions (distinguées de l'instinct) dont les manifestations s'organisent en fonction de l'expérience personnelle, constituent les principes majeurs de la nouvelle discipline qu'il fonde, la psychanalyse, et qu'il s'efforce assez tôt d'institutionnaliser (la première "Société psychologique du mercredi" devient en 1908 la "Société psychanalytique de Vienne").
  Le conflit psychique, dont le moteur est la vie sexuelle elle-même, se déroule dans la première topique entre les pulsions sexuelles et les pulsions d'autoconservation, et dans la dernière topique entre les pulsions de vie (Eros) et les pulsions de mort (Thanatos). Les pulsions de vie regroupent les pulsions sexuelles et les pulsions d'autoconservation alors que les pulsions de mort tendent à la réduction complète des tensions et se manifestent sous la forme de l'autodestruction et de l'agression. Pour Sigmund FREUD, le conflit est avant tout interne et les conflits interpersonnels n'ont de sens que dans la mesure où ils réveillent ou expriment des conflits internes. Et dans les relations avec les autres, le mécanisme du refoulement des pulsions sexuelles est primordial dans le développement de l'enfant, entraînant chez lui fixations et régressions, si ces refoulements sont exagérés et ne constituent pas seulement des sublimations. Les névroses et les psychoses se manifestent alors, interviennent, font partie même, de la personnalité de l'individu qui développe ces refoulements. A chaque étape du développement physiques de l'enfant, de nombreuses modalités d'expressions des pulsions se font jour et ils se heurtent aux répressions extérieures. Le complexe d'Oedipe, avancé tant dans "Les trois essais sur la sexualité" (1905), que dans "Totem et Tabou" (1912) est au coeur de la théorie psychanalytique. Le triptyque Mère-Père-Fils ou Mère-Père-Fille est le creuset de toutes les relations futures de l'individu.
  Et une grande partie du travail de Sigmund FREUD (pris entre sa rigieur intellectuelle, la nécessité de propager la nouvelle discipline et la polémique qui, très tôt, s'instaure entre lui et ses nombreux disciples) a été de sérier, de classer à la fois les phases du développement humain et les diverses sortes de symptômes des névroses et des psychoses, de fonder une étiologie des "maladies mentales". Loin d'en rester à une étude de l'individu, FREUD ne cesse, surtout vers la fin de sa vie, de tenter de relier le destin de la personne au destin de l'humanité.

   Sigmund FREUD, La science des rêves (1900); Psychopathologie de la vie quotidienne (1901); Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905); Cinq leçons sur la psychanalyse (1909); Totem et Tabou (1912); Inhibition, symptôme et angoisse (1926) ; Daniel LAGACHE, La psychanalyse, PUF, collection que sais-je?, 1976 ; Roger PERRON, Histoire de la psychanalyse, PUF, même collection, 1997 ; BIDEAU, HOUDE et PEDINIELLI, L'homme en développement, PUF, 2002.


                                                                                            PSYCHUS
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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 15:36
       Préfacé par Antoine DANCHIN, généticien à l'Institut Pasteur et publié par les Editions Syllepse, ce gros livre (un pavé de 890 pages) sera utile pour tous ceux qui s'intéressent à la notion d'information. Cette notion est si largement utilisée dans nombre de disciplines, qu'une explication sur le conflit serait aujourd'hui impossible sans elle.
Etude historique sur la mise en place des réseaux informatiques (guerres chaudes et guerre froide y ont beaucoup contribué), c'est aussi une exploration de champs aussi divers que la physique quantique, la théorie du signal, la thermodynamique, les mathématiques, la biologie moléculaire... Découpé en de multiples contributions et agréablement mis en page malgré l'aridité du sujet au premier abord (et seulement au premier abord...), ce livre constitue une véritable encyclopédie de la révolution de l'information du XXème siècle.
Par GIL - Publié dans : LECTURES UTILES
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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 14:20
     Prenant comme titre l'hymme national allemand, le fondateur de l'école française de sociologie écrit en 1915, en pleine hécatombe de la Première Guerre Mondiale, alors qu'il vient de perdre un fils, sa seule oeuvre centrée sur les relations internationales (Qui a voulu la guerre? de 1914 avec Ernest DENIS est d'une autre facture).
  Cela commence par une étude de la relation entre la "mentalité allemande et la guerre" et s'approfondit sur des considérations sur la nature de l'Etat et sur ses relations avec les autres Etats. Prenant appui sur les contributions de TREITSCHKE, homme politique allemand et professeur d'Université aui apporta son appui au pouvoir impérial, Emile DURKHEIM veut démontrer que la conduite de l'Allemagne pendant la guerre dérive d'une "certaine mentalité allemande", d'une conception précise de l'Etat.
    L'Etat est au-dessus des traités internationaux qu'il signe. ils ne le lient pas : "Toute supériorité lui est intolérable, ne fut-elle qu'apparente. il ne peut pas même accepter qu'une volonté contraire s'affirme en face de la sienne : car tenter d'exercer sur lui une pression, c'est nier sa souveraineté. Il ne peut avoir l'air de céder à une sorte de contrainte extérieure, sans s'affaiblir et sans se diminuer."  Plus, "un Etat se doit à lui-même de résoudre par ses propres forces les questions où il juge que ses intérêts essentiels sont engagés. La guerre est donc la seule forme de procès qu'il puisse reconnaître, et "les preuves qui sont administrées dans ces terribles procès entre nations ont une puissance autrement contraignante que celles qui sont usités dans les procès civil (citation de TREITSCHKE)". (...) "Sans la guerre, l'Etat n'est même pas concevable. Aussi le droit de faire la guerre à sa guise constitue-t-il l'attribut essentiel de sa souveraineté. C'est par ce droit qu'il se distingue de tous les autres groupements humains." Plus encore, "La guerre n'est pas seulement inévitable : elle est morale et sainte. Elle est sainte parce qu'elle est la condition nécessaire à l'existence des Etats et que, sans Etat, l'humanité ne peut pas vivre. (...). Mais elle est sainte aussi parce qu'elle est la source des plus hautes vertus morales. C'est elle qui oblige les hommes à maîtriser leur égoïsme naturel; c'est elle qui les élève jusqu'à la majesté du sacrifice suprême, du sacrifice de soi. Par elle, les volontés particulières, au lieu de s'éparpiller à la poursuite de fins mesquines, se concentrent en vue de grandes choses (...). Dans ces conditions, évidemment, les petits Etats ne doivent leur survie que grâce à la magnanimité des grands.
  L'Etat est au-dessus de la morale et la morale est pour l'Etat un moyen. Et les valeurs chrétiennes elles-mêmes ne s'opposent pas, selon les suppôts du militarisme allemand (DURKHEIM ne parle pas, on s'en doute, du militarisme français...) à ce que la fin justifie les moyens. De même, l'Etat est au-dessus de la société civile, il s'oppose à ce kaléidoscope chaotique en y mettant de l'ordre et de la discipline, et, en tout état de cause, le devoir des citoyens est d'obéir.
Tout cela explique la violation de la neutralité belge et des conventions de La HAYE, la guerre systématiquement inhumaine et la négation du droit des nationalités.
    Dans son chapitre 5, Emile DURKHEIM souligne le caractère morbide de cette mentalité. Et, cohérent avec sa conception de la société, il commence par indiquer que "nous n'entendons pas soutenir que les Allemands soient individuellement atteints d'une sorte de perversion morale constitutionnelle qui corresponde aux actes qui leur sont imputés". Il souligne que "les soldats qui ont commis les atrocités qui nous indignent, les chefs qui les ont prescrites, les ministres qui ont déshonoré leur pays en refusent de faire honneur à sa signature sont, vraisemblablement, au moins pour la plupart, des hommes honnêtes qui pratiquent exactement leurs devoirs quotidiens. Mais le système mental qui vient d'être étudié n'est pas fait pour la vie privée et de tous les jours. il vise la vie publique, et surtout l'état de guerre, car c'est à ce moment que la vie publique est la plus intense. Aussitôt donc que la guerre est déclarée, il s'empare de la conscience allemande, il en chasse les idées et les sentiments qui lui sont contraires et devient le maître des volontés. Dès lors, l'individu voit les choses sous un angle spécial et devient capable d'actions que, comme particulier et en temps de paix, il condamnerait avec sévérité." Le problème n'est pas, encore une fois, dans les relations inter-individuelles ou dans les consciences personnelles. Il est dans un Etat qui "consiste en une hypertrophie morbide de la volonté, en une sorte de manie du vouloir. La volonté normale et saine, si énergique qu'elle puisse être, sait accepter les dépendances nécessaires qui sont fondées dans la nature des choses. L'homme fait partie d'un milieu physique qui le soutient, mais qui le limite aussi et dont il dépend. il se" soumet donc aux lois de ce milieu ; ne pouvant faire qu'elles soient autres qu'elles ne sont, il leur obéit, alors même qu'il les fait servir à ses dessins. car pour se libérer complètement de ces limitations et de ces résistances, il lui faudrait faire le vide autour de soi, c'est-à-dire se mettre en dehors des conditions de la vie. Mais il y a des forces morales qui s'imposent également, quoiqu'à un autre titre et d'une autre manière, aux peuples et aux individus. Il n'y a pas d'Etat qui soit assez puissant pour pouvoir gouverner éternellement contre ses sujets et les contraindre, par une pure coercition externe, à subir ses volontés. Il n'y a pas d'Etat qui ne soit plongé dans le milieu plus vaste formé par l'ensemble des autres Etats, c'est-à-dire qui ne fasse partie de la grande communauté humaine et qui n'en soit sujet à quelques égards. Il y a une conscience universelle et une opinion du monde à l'empire desquelles on ne peut pas plus se soustraire qu'à l'empire les lois physiques ; car ce sont des forces qui, quand elles sont froissées, réagissent contre ceux qui les offensent. Un Etat ne peut pas se maintenir quand il a l'humanité contre soi."
   Ce cas nettement caractérisé de pathologie sociale, Emile DURKHEIM veut l'analyser au même titre qu'il étude les phénomènes sociaux en général. S'il n'a pas écrit autant sur les relations internationales que sur le reste, c'est parce qu'il pense qu'on ne peut pas appliquer immédiatement ses méthodes étant donnés les connaissances qu'on avait en matière de relations entre les Etats. C'est l'ampleur des massacres européens qui l'incitent à écrire sur eux. Mais il ne considère pas (voir aussi "L'éducation morale") l'humanité pour les Etats au même titre que la société pour les individus, ne serait-ce que par prudence scientifique. Il souligne constamment le caractère irréductible de l'Etat, tout en insistant sur le fait, il en est convaincu, que la pacification internationale ne pourra s'effectuer que par la mise en oeuvre d'un patriotisme qu'il qualifierit bien de non pathologique.

   Emile DRUKHEIM, L'Allemagne au-dessus de tout, la mentalité allemande et la guerre, Armand Colin, (collection "Etudes et documents sur la guerre"), 1915. Le livre a été réédité en 1991, chez Armand Colin toujours, sous le titre "La mentalité allemande et la guerre, dans sa collection "L'Ancien et le Nouveau". Une édition électronique, réalisée par Bertand GIBIER, professeur de philosophie au Lycée de Montreuil-sur-Mer (Pas de Calais) est disponible sur le site de l'Université du Quebec (www.uacq.uquebec.ca), depuis 2002, en 42 pages. Frédéric RAMEL, Les relations internationale selon DURKHEIM, un objet sociologique comme les autres, Etudes internationales, septembre 2004, disponible sur le site www.erudit.org.


                                                                               SOCIUS
Par GIL - Publié dans : OEUVRES
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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 14:33
   Incontournable, Emile DURKHEIM l'est autant en tant que fondateur de tout un courant sociologique - l'école française de sociologie - que par ses contributions à la compréhension du rôle des conflits.
  Compte tenu du foisonnement de son oeuvre et de ceux de ses collaborateurs, on ne peut qu'être totalement d'accord avec Bernard LACROIX (article Durkheim du "Dictionnaire des oeuvres politiques") pour dire qu'il est inutile d'y chercher une "cohérence doctrinale" forte pour y trouver ensuite des incohérences, des flous, des contradictions... Ce qui importe, avec sa méthode scientifique et loin de fumeuses spéculations philosophiques mal maîtrisées, ce sont les pistes de travail de recherche et elles sont relativement nombreuses en ce qui concerne le conflit.
   Le développement de l'Etat (singulièrement en France) est parallèle au développement de la conscience personnelle de l'individu et la vision d'ensemble de la société qu'à Emile DURKHEIM place celle-ci au premier plan. En recherchant l'objet de la sociologie qui développe la psychologie de plusieurs individus pris ensemble, le sociologue trouve la société globale. Tous ses écrits témoignent du face à face de l'individu et de la société. "Quand, donc, le sociologue entreprend d'explorer un ordre quelconque de faits sociaux, il doit s'efforcer de les considérer par un côté où ils se présentent isolés de leurs manifestations individuelles (Les règle de la méthode sociologique).
A la question "Qu'est-ce qu'un fait social?", il répond qu'il ne peut se définir par sa généralité à l'intérieur de la société. Et jusque dans la table des matière de livre de 1895, il caractérise le fait social par son extériorité par rapport aux consciences individuelles et par l'action coercitive qu'il exerce ou est susceptible d'exercer sur ces mêmes consciences.
  Définir l'indépendance d'une nouvelle discipline scientifique fut mal vu à l'époque, d'autant qu'elle met en avant la société et non l'individu, et cela reste un sujet de conflit encore aujourd'hui. En témoigne la tonalité de l'article "Durkheim" dans le Dictionnaire critique de la sociologie" : "Durkheim s'est efforcé dans ses oeuvres majeures de trouver une voie étroite entre deux pôles de répulsion ; les conceptions artificialistes, volontaristes et atomistes de l'ordre social, pour lesquelles il n'éprouvait qu'antipathie d'une part, les conceptions holistes et organicistes, à l'égard desquelles il manifesta davantage de faiblesses d'autre part. Il n'est pas sûr qu'il y soit totalement parvenu. Plusieurs de ses concepts fondamentaux, "société", "conscience collective" par exemple paraissent frappés d'une irrémédiable obscurité. Anonmis, égoïsme, altruisme, fatalisme, le quatuor classique de concepts se signale par son originalité et son utilité certes, mais aussi par son imprécision." "Peut-être le flou provient-il quant à lui du primat ontologique que Durkheim a toujours voulu accorder à la société par rapport à l'individu." "La difficulté majeure provient donc de la conception holiste qu'il se fait de la société, conçue comme une entité indifférenciée."
       Dans ses trois principaux livres, "De la division du travail social" (1893), "Le suicide" (1897) et "Les formes élémentaires de la vie religieuse" (1912), Emile DURKHEIM développe, dans une perspective évolutionniste, sa conception de la "chose sociale". Chaque fois, le conflit est bien présent.
    Pour expliquer le mécanisme même de la division du travail social, dont il analyse l'évolution d'une solidarité mécanique à une solidarité organique, il invoque le concept de la lutte pour la vie. C'est ce que résume Raymond ARON, dans son livre sur les étapes de la pensée sociologique : "Plus sont nombreux les individus qui essaient de vivre ensemble, plus la lutte pour la vie est intense. La différenciation sociale est la solution pacifique de la lutte pour la vie. Au lieu que les uns soient éliminés pour que les autres survivent, comme cela se produit dans le règne animal, la différenciation sociale permet à un plus grand nombre d'individus de survivre en se différenciant. Chacun cesses d'être en compétition avec tous et devient en mesure de tenir son rôle et de remplir une fonction. Il n'est plus besoin d'éliminer la majorité des individus à partir du moment où les individus n'étant plus semblables mais différents, chacun contribue, par un apport qui lui est propre, à la vie de tous." Le droit répressif est le révélateur de la conscience collective dans les sociétés à solidarité mécanique et ce droit est de plus en plus remplacé par un droit contractuel au fur et à mesure que la solidarité organique s'impose, par le développement notamment de l'industrialisation.
   Les sociétés modernes présentent certains symptômes pathologiques, avant tout l'insuffisante intégration de l'individu dans la société, dans la collectivité. Le type de suicide qui retient le plus l'attention d'Emile DURKHEIM est celui qu'il appelle anomique. Il est cause de l'augmentation du taux des suicides en période de crise économique et aussi en période de prospérité, dans tous les cas donc où se produit une exagération de l'activité et une amplification des échanges et des rivalités. Ces derniers phénomènes sont inséparables des sociétés dans lesquelles nous vivons, mais à partir d'un certain seuil, ils deviennent pathologiques. Son étude serrée, statistique, salué à l'époque en 1897, des différentes formes de suicide lui fait conclure qu'il croît avec les crises économiques, et que cette progression se maintient dans les crises de prospérité. Ceci car l'homme ne peut vivre que si ses besoins sont en harmonie avec ses moyens, ce qui implique normalement une limitation de ces derniers par la société. Et cette influence modératrice est empêchée par les crises, d'où dérèglement, anomie, suicide. Le seul groupe social qui peut restaurer l'intégration de l'individu dans la société est constitué par les corporations. Pour expliquer les conflits sociaux, Emile DURKHEIM utilise donc cette conception d'un dysfonctionnement social auquel il faut remédier. Il ne croit pas aux vertus du développement des luttes sociales et du socialisme et considère plutôt l'"agitation sociale" comme un obstacle au retour à un état non pathologique.
        En lançant l'idée qu'il est légitime et possible de fonder une théorie des religions supérieures sur l'étude des religions primitives, Emile DURKHEIM participe aux controverses sur les relations entre la religion et l'Etat (1905 est déjà passé et les "agitations religieuses" ne sont pas éteintes... ). En écrivant que les intérêts religieux ne sont que la forme symbolique d'intérêts sociaux et moraux, véritable théorie sur l'essence de la religion, le sociologue traite de la question du mécanisme de la contrainte sociale. "Toutefois, si la société n'obtenait de nous ces concessions et ces sacrifices (à nos désirs personnels) que par une contrainte matérielle, elle ne pourrait éveiller en nous que l'idée d'une force physique à laquelle il nous faut céder par nécessité, non d'une puissance morale que les religions adorent. Mais en réalité, l'empire qu'elle exerce sur les consciences tient beaucoup moins à la suprématie physique dont elle a le privilège qu'à l'autorité morale dont elle est investie. Si nous déférons à ses ordres, ce n'est pas simplement parce qu'elle est armée de manière à triompher de nos résistances; c'est, avant tout, parce qu'elle est l'objet d'un véritable respect". (Les formes élémentaires de la vie religieuse).
  Derrière ses préoccupations sociales, il y a toujours ces conceptions morales : les appêtits des hommes sont insatiables; s'il n'y a pas une autorité morale qui limite les désirs, les hommes seront éternellement insatisfaits, parce qu'ils voudront toujours obtenir plus qu'ils ne le peuvent... Aussi, à terme, comme autorité morale, la science doit remplacer la religion dans le gouvernement des esprits. En cele, il rejoint Auguste COMTE sans en adopter les formes d'actions pratiques.
         Tant dans "L'éducation morale" que dans son texte de 1915, "L'Allemagne au-dessus de tout", Emile DURKHEIM aborde la question de la société "internationale", comme il l'a fait pour la société tout court. Les conflits internationaux, loin d'être hors du champ de ses analyses, y figurent bien. De même que la problématique du normal et du pathologique occupe une place centrale dans la définition de la société, de même il discute - longuement - d'un "cas nettement caractérisé de pathologie sociale, en ce qui concerne la conception et la mise en oeuvre du pangermanisme. A concevoir l'Etat asservissant tout, au-dessus de toute loi qu'il n'approuverait pas constamment, on dresse les conditions des massacres collectifs de la Grande Guerre.
 "Jusqu'ici, nous n'avons parlé de la société que d'une manière générale, comme s'il n'y en avait qu'une. Or, en fait, l'homme vit maintenant au sein de groupes multiples. Pour ne parler que des plus importants, il y a la famille où il est né, la patrie ou le groupe politique et l'humanité. Doit-on l'attacher à l'un de ces groupes, à l'exclusion de tous les autres? Il n'en saurait être question." (...) "La question de savoir si l'humanité doit être ou non subordonnée à l'Etat, et le cosmopolitisme au nationalisme, est (...) (une des plus graves) puisque, selon que la primauté sera accordée à l'un ou à l'autre groupe, le pôle de l'activité morale sera très différent, et l'éducation morale entendue de manière presque opposée." Emile DURKHEIM confronte les arguments en faveur de l'un ou de l'autre, et finalement "l'humanité a, sur la patrie, cette infériorité qu'il est impossible dy voir une société constituée".  Toutefois, "il semble que nous soyons en présence d'une véritable antinomie. D'une part, nous ne pouvons pas nous empêcher de concevoir des fins morales plus hautes que les fins nationales ; d'autre part, il ne semble pas possible que ces fins plus hautes puissent prendre corps dans un groupe humain qui leur soit parfaitement adéquat". (...) "En définitive, tout dépend de la façon dont le patriotisme est conçu, car il peut prendre deux formes très différentes. tantôt il est centrifuge (...), il oriente l'activité nationale vers le dehors, stimule les Etats à empiéter les uns sur les autres, à s'exclure mutuellement; alors il les met en conflit, et il met du même coup en conflit les sentiments nationaux et les sentiments de l'humanité. Ou bien au contraire, il se tourne tout entier vers le dedans, s'attache à améliorer la vie intérieure de la société; et alors, il fait communier dans une même fin tous les Etats parvenus au même degré de développement moral. Le premier est agressif, militaire; le second est scientifique, artistique, industriel, en un mot, essentiellement pacifique."
     La globalité de la conception de la société et l'attachement aux détails de l'enquête sociale vont de pair pour construire une théorie d'ensemble où les préoccupations sociales rejoignent toujours les préoccupations morales.
   
  Emile DURKHEIM, De la division du travail social (1893); Les règles de la méthode sociologique (1895); Le suicide (1897); L'éducation morale (1902-1903); Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912); L'Allemagne au-dessus de tout (1915). Raymond ARON, Les étapes de la pensée sociologique (1967); Dictionnaire Critique de Sociologie, 2004; Dictionnaire des Oeuvres Politiques, 1986.

                                                                                       SOCIUS
Par GIL - Publié dans : AUTEURS
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Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 17:53
   Revue de référence sur la sociologie, L'année sociologique, fondée en 1898 par Emile DURKHEIM, conçue comme une véritable machine de conquête de la discipline dans le paysage intellectuel français et même au-delà (des milliers de bibliographies notamment), publie encore aujourd'hui nombre d'auteurs confirmés ou en recherche. De nombreux ouvrages-clé (Que l'on pense à Essai sur le Don de MAUSS) ont d'abord été publié dans la revue sous forme de longs articles. La célébration de son centenaire a coïncidé avec de notables transformations, notamment le passage à une périodicité semestrielle. Selon leurs responsables, la revue est désormais mieux en prise sur les évolutions que connaît ce domaine du savoir, et a fait le choix de privilégier la publication de numéros thématiques en alternance avec des volumes de varia (entendre des articles sur des domaines variés). Plusieurs de ces récentes livraisons ont ainsi permis de faire le point sur les études qui se rapportent respectivement au "droit au féminin", à la "sociologie économiques, à "l'abstraction en sociologie, et l'un de ses numéros, coordonné par Christian TOPALOV, a été consacré à "la ville comme catégorie de l'action". Elle a également l'ambition de ne pas s'arrêter aux frontières disciplinaires (ce qui, selon nous, serait un peu difficile à l'époque de l'indisciplinarité...), et donc de mettre en évidence les rapports que les sciences sociales entretiennent avec des sciences voisines, notamment politiques et juridiques. A ces orientations nouvelle s'ajoute un renouvellement du comité de rédaction qui, aujourd'hui ouvert à de jeunes enseignants, chercheurs, accueille également des sociologues étrangers de renommée internationale.
    Dans le comité d'honneur actuel figure Raymond BOUDON, ce qui au premier abord ne laisse pas d'étonner dans la revue de l'école française de sociologie, quand on connaît les positions de celui-ci sur celle-là... Mais, précisément, L'année sociologique, de par la diversité des courants qui l'animent et qui s'y expriment, constitue un bon point d'observation sur l'évolution de cette discipline. Le président du comité de rédaction actuel est Bernard VALADE.

         La revue parait maintenant donc deux fois par an et privilégie des approches (un numéro sur deux) par thèmes. Ceux-ci sont très variés et ne concernent évidemment  pas que le conflit. Toutefois, comme nous le savons, chaque domaineen sociologie porte une conflictualité... Précisément, notons que L'année sociologique aborde dans son numéro 2/2011, les "Valeurs, métier et action : évolutions et permanences de l'institution militaire, avec notamment des contributions, entre autres d'Eric LETONTURIER, Laure BARDIÈS, Sébastien JALUBOWSKI, Bernard BOÊNE et de Nina LEONHARD.
  Ajoutons que tous les numéros, depuis 2001, sont disponibles en ligne en texte intégral sur le portail CAIRN (il suffit de se laisser guider dans le site) sur abonnement. Comme les articles sont en accès libre 5 ans après leur parution, je vous conseille pour vous édifier sur l'intérêt "en veille" pour cette revue d'y jeter un coup d'oeil de temps en temps... Les autres, antérieurs à 2000 sont disponibles notamment sur JStor.org. Nous regrettons que l'accès n'y est pas immédiat et que seuls les premiers numéros de la revue (jusqu'à 1910 environ) sont disponibles à partir du site Gallica.

   L'année sociologique, Université Paris Sorbonne, Maison de la recherche, 28, rue Serpente, 75005 PARIS (rédaction).
   Site : www.PUF.com
(Actualisé le 10 mars 2010)
Par GIL - Publié dans : REVUES
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Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 17:36
    Sous-titrée depuis Janvier 2005 "Actualisation et renouvellement de la pensée stratégique", cette revue mensuelle est la revue, sinon officielle, du moins des points de vues officiels et autorisés, de la France en matière de défense et de relations internationales.
En fait, le titre de la revue a changé plusieurs fois depuis sa création en 1939 sous le nom de Revue des questions de défense nationale. Elle reparait en juillet 1945 sous le nom de Revue de défense nationale. En 1973, elle devient Défense nationale, puis Défense nationale et sécurité collective en 2005 avant de prendre son titre actuel en janvier 2010 de Revue Défense Nationale. 
       Editée par le Comité d'Etudes de Défense Nationale (association loi de 1901), elle est dirigée par la hiérarchie du Ministère de la Défense. On y trouve, depuis 1939 (son premier article fut signé par le Maréchal PETAIN, "le devoir des élites dans la défense nationale"), avec une parenthèse entre 1940 et 1945, les points de vues des dirigeants politiques et militaires français de la défense, des éléments sur la situation interne des armées, des réflexions sur les évolutions technologiques, des analyses et des synthèses sur les politiques de défense des autres pays; beaucoup portant sur la défense européenne ou la défense de l'Europe. Une revue de livres parus, assez riche et diversifiée, termine chaque numéro.
  Elle diffuse à 5 000 exemplaires et est beaucoup lue par l'establishment militaire de nombreux pays et par les spécialistes et futurs spécialistes des questions de défense. C'est en effet une revue de référence, avec les exposés fréquents de la politique de défense de la France par leurs responsables et également par les dirigeants des grandes entreprises militaro-industrielles). On trouve par exemple dans le numéro de mai 2008, consacré à la cybercriminalité et à la cyberguerre, en tête, l'intervention de Michèle ALLIOT-MARIE, ministre de l'Outre-mer et des collectivités territoriales.
  Pour donner une idée de la diversité du contenu de chaque numéro, hors numéros spéciaux, celui de mars 2012, qui se centre en partie sur la Défense du continent europée (Avant-propos de Jean-Pierre CHEVÈNEMENT), comprend une série d'entretiens "Défense", période électorale oblige, (Jean-François COPÉ, Philippe FOLLIOT, David MASCRÉ et Jean Yves WAQUET), un dossier sur la Défense antimissile, des Repères-Opinions-Débats sur l'Afghanistan ou la situation du Maroc avec la proposition d'adhésion au conseil de coopération du Golfe, des compte-rendus de Revues ou de Rapports (CESA - Politique européenne de défense ou la Russie...)...
  
  Loin d'être fermée sur la hiérarchie militaire, la revue s'est ouverte à plusieurs reprises, surtout depuis les années 1980, aux intervenants venant de divers échelons de l'armée, de la marine et de l'aviation (sur le service national, par exemple) et aux divers milieux politiques, économiques, sociaux, scientifiques nationaux et internatinaux. Généralement, des débats (pas tous...) y sont honnêtement traités, même si, un peu trop souvent, la revue sert de tribune prioritairement aux responsables officiels, sans contre point de vue.

Revue Défense nationale et sécurité collective, Ecole militaire, 1, Place Joffre, 75007 PARIS. Pour abonnement, BP 8607, 75325 PARIS O7.
Site : www.defnat.com
(Actualisé le 9 mars 2012)
Par GIL - Publié dans : REVUES
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