Mardi 12 janvier 2010
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Ces propos, tenus entre 1918 et 1955, préfacé par Bertrand RUSSEL montre une facette peu connue du grand public des activités du grand
physicien. Ils sont pourtant emblématique de nombreux engagements scientifiques et politiques de par le monde, engagements partagés par une partie de la communauté scientifique, surtout depuis
l'existence de la menace nucléaire.
Il s'agit de dix-huit séries d'écrits d'Albert EINSTIEN dispersés dans une abondante correspondance ou dans de multiples publications sur des thèmes aussi larges
que la réalité de la guerre pendant les deux guerres mondiales, la coopération internationale ou l'ère atomique. Il montre que les préoccupations du savants concernant la guerre et la paix ne
datent pas seulement des conséquences de ses découvertes sur l'usage militaire possible de l'énergie atomique. La guerre qui éclate en 1914 a changé radicalement sa vie : son travail scientifique
reste le centre de son existence, mais le conflit fait désormais de lui un citoyen du monde conscient, pour qui la résistance à la guerre est devenu la principale préoccupation politique. Le
lecteur d'aujourd'hui, malgré la distance, peut se rendre compte, à la lecture de ces multiples petits textes, qu'ils demeurent malheureusement toujours d'actualité.
Nous pouvons ainsi lire sur les réalités de la guerre en 1914-1919, une correspondance à un de ces amis astronomes ou à l'écrivain pacifiste Romain ROLLAND, sur la
révolution en Allemagne de 1919 à 1922 ses impressions sur les événements, sur la coopération internationale et la Société des Nations en 1922-1927 ses confiances et ses espoirs, sur déjà la
résistance à la guerre entre 1928 et 1932 où il s'exprime sur les liens entre la science et la guerre, sur l'arrivée du nazisme entre 1932 et 1933 où il communique de manière angoissée avec
Sigmund FREUD...
Dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne en 1933, Albert EINSTEIN cesse d'appuyer le mouvement de résistance à la guerre et commence à soutenir un réarmement des puissances occidentales,
inévitable, compte tenu des menaces qui pèsent sur le monde. Il soutient tous les efforts dans ce sens entre 1933 et 1939, dans sa correspondance avec son amie la reine Elisabeth de Belgique
comme dans les interviews accordés aux journalistes, américains notamment. Il exprime son rejet d'un certain pacifisme qui veut laisser l'Europe à sa ruine, tant que les Etats-Unis n'en pâtissent
pas. Bien entendu, dans cet ouvrage, le lecteur trouve la fameuse lettre adressée au Président ROOSEVELT en 1939 où il le presse d'apporter toute son attention aux possibilités militaires de
l'atome. Il reste sur cette ligne jusqu'à l'explosion nucléaire d'Hiroshima.
Puis, à partir de 1945, après la défaite des forces de l'Axe, le scientifique montre autant de zèle à oeuvrer pour l'abolition de l'arme atomique et la création d'un gouvernement mondial qu'il en
avait mis auparavant en 1933 pour le réarmement des nations démocratiques. Dans ses écrits, il précise sa responsabilité dans la fabrication de la bombe atomique. Regroupés sous diverses
rubriques (le militantisme, la nécessité d'une organisation supranationale, la lutte pour la sauvegarde de l'humanité, vers un désarmement mondial, la défense de la liberté de pensée, crépuscule,
la menace de l'anéantissement universel) de multiples autres contributions s'échelonnent jusqu'en 1955.
Albert EINSTEIN, Le pouvoir nu, Propos sur la guerre et la paix, 1918-1955, Préface de Bertrand RUSSEL, Hermann, éditeurs des sciences et des arts, Collection
Savoir/Cultures, 1991, 222 pages. Il s'agit de la traduction en français par Sophie NARAYAN du recueil Einstein on peace, effectuée aux Etats-Unis en 1955 par Otto NATHAN et Heinz NORDEN.