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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 12:22
  Quelle sociologie du conflit ?
          Une approche sociologique du conflit est inséparable d'une option psychologique, philosophique, sociale générale. Il faudrait être légèrement niais pour concevoir l'approche sociologique du conflit d'un auteur en pensant qu'il l'aborde selon une option froide, objective, à la manière d'une science exacte. Et même s'il se met à écrire qu'il cherche par son étude à rapprocher les sciences sociales des sciences de la nature, son approche signe déjà sa préférence, disons-le, politico-sociale, sa position dans la société, selon qu'il considère l'individu ou la société comme la source du conflit, suivant qu'il pense le conflit comme normal ou pathologique, suivant encore qu'il possède une "tendance naturelle" à nier ou à minorer certaines formes de conflit, à amplifier et à majorer certains autres.
    Ainsi, on peut déjà effectuer une distinction entre des sociologies du conflit et des sociologies du consensus ou de cohésion sociale, dans la mesure où les options prises apparaissent dans les prémisses des écrits des auteurs... ce qui n'est pas toujours le cas!  Appelons un chat un chat : lorsque Marx et les marxistes mettent l'accent sur la lutte des classes et qu'ils élaborent des outils de compréhension de la production et de l'appropriation des richesses, ils ne présentent pas du tout la même sociologie que lorsque Boudon et Bourricaud, par exemple, partent des interractions individuelles pour expliquer les conflits.
  
         Dans un premier temps, évoquons l'attitude des différentes sociologies vis-à-vis du conflit. Comme l'expliquent Pierre ANSART dans son "Sociologies contemporaines" (Seuil, 1998) et Pierre DURANT et Robert WEIL dans leur "Sociologie contemporaine" (Vigot, 2002), un moyen sûr de comprendre ce qui rapproche et ce qui sépare les auteurs comme Marx et Boudon est d'opposer leur analyse du conflit.

    Une sociologie dite de l'individualisme méthodologique
          Aujourd'hui, en France, une grande part de la sociologie dominante repose sur ce que l'on appelle l'individualisme méthodologique, qui fait des acteurs individuels les éléments premiers de l'analyse.
    Les comportements individuels constituent la source des conflits de tout genre. Et, dans les système d'interdépendance et d'interaction que constituent les sociétés, les conflits seraient autant de dysfonctionnements. L'agrégation des conduites des différents acteurs, dans un cadre donné (une usine, une administration, un Etat...), conduit à toute une série d'effets non désirés et pervers, parfois violents. L'analyse d'un conflit renvoie à l'analyse des motivations, des choix et des actions des acteurs. Selon Raymond BOUDON, la logique du conflit social, c'est la logique de l'interprétation des situations par les acteurs qui choisissent des degrés de coopération et de conflit souhaitable pour eux, en faisant référence à la théorie des jeux.
          Raymond BOUDON, la logique du social, Hachette littératures, 2001; Raymond BOUDON, François BOURRICAUD, Dictionnaire critique de la sociologie, PUF, Quadrige, 2004.

         Une sociologie des organisations
                    S'intéressant surtout à la sociologie des organisations (industrielles, bureaucratiques), Michel CROZIER considère, lui, l'affaiblissement des relations interpersonnelles.
     Les conflits sont déterminés par la structure bureaucratique de l'organisation et les acteurs sociaux utilisent pour leurs propres objectifs, l'existence même des tensions induites par l'impersonnalisation des relations dans l'entreprise. Ils utilisent les zones d'incertitude du comportement de leurs collaborateurs proches ou lointains et manipulent leurs propres zones d'incertitudes dans une sorte de jeu collectif. Particulièrement, les acteurs cherchent à accroître leurs propres zones d'incertitude et à affaiblir celles de leurs collaborateurs. Une telle conception majore fortement la part d'activité des différents acteurs, possédant chacun leur système d'action, sans nier que les marges de liberté sont variables selon les acteurs et selon les organisations. Cela minore bien souvent l'intensité des conflits.
            Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, l'acteur et le système, Seuil, 1977 ; Michel CROZIER, le phénomène bureaucratique, Seuil, essais, 2005.

                                                                                                 SOCIUS

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commentaires

krima 17/02/2017 16:52

merci

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  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
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