Henri PIERON (en fait Daniel LAGACHE comme contributeur), dans son Vocabulaire de la psychologie (PUF, Quadrige, 2000), donne du conflit une définition assez succinte : Etat de
l'organisme soumis à l'action de motivations incompatibles. Et il aiguillonne tout de suite sur la psychanalyse. La psychanalyse ramène la névrose à un conflit entre le besoin de sécurité, ou, en
termes "topiques", à un conflit entre les pulsions du ça et la défense du Moi. Il n'en dit finalement pas beaucoup plus qu'André LALANDE dans son "Vocabulaire technique et critique de la
philosophie" (même édition, même collection, 2002). L'expression "conflit de tendances" est usuelle en psychologie et en psychanalyse, spécialement en ce qui concerne les conflits entre le
conscient et l'inconscient dans les phénomènes de refoulements.
Il faut donc ouvrir le "Vocabulaire de la psychanalyse" (Jean LAPLANCHE et J-B PONTALIS, PUF, 1976) pour prendre connaissance du conflit psychique. C'est donc par une exégèse
de l'oeuvre de
Sigmund FREUD que l'on continue. On retiendra surtout cette définition, écrite en caractère gras : On parle en
psychanalyse de conflit lorsque, dans le sujet, s'opposent des exigences contraires. le conflit peut être manifeste (entre un désir et une exigence morale, par exemple, ou entre deux sentiments
contradictoires) ou latent, ce dernier pouvant s'exprimer de façon déformée dans le conflit manifeste et se traduire notamment par la formation de symptômes, des désordres de la conduite, des
troubles de caractère... La psychanalyse considère le conflit comme constitutif de l'être humain et ceci dans diverses perspectives : conflit entre le désir et la défense, conflit entre les
différents systèmes ou instances, conflits entre les pulsions, conflit oedipien enfin où non seulement se confondent des désirs contraires, mais où ceux-ci s'affrontent à l'interdit. On peut
difficilement faire mieux dans une définition du conflit intérieur à la personne.
Au cours de son exégète très instructive, les deux auteurs indiquent que FREUD, dans l'ensemble de son évolution sur le conflit, il a toujours cherché à ramener celui-ci à un dualisme
irréductible que seule peut fonder, en dernière analyse, une opposition quasi-mythique entre deux grandes forces contraires ; entre deux pôles, la sexualité d'une part toujours, et d'autre part
des réalités changeantes : Moi, Pulsions du Moi, Pulsions de mort.
Le conflit nucléaire de l'être humain demeure le complexe d'Oedipe. Le conflit, avant d'être conflit défensif, est déjà inscrit de façon pré-subjective comme conjonction dialectique
et originaire du désir et de l'interdit.
On rencontre une exégèse semblable, quoique moins développée, sous la plume de Roger PERRON dans le "Dictionnaire international de la psychanalyse" (Sous la direction d'Alain de
MIJOLLA, Calmann-Lévy, 2002).
Dans le "Dictionnaire de la psychiatrie et de la psychologie clinique" de Jacques POSTEL (Larousse, 2003), on retrouve sous la rubrique Conflit psychique (anglais
mentionné : psychical conflict), la définition suivante : expression d'exigences internes inconciliables, telles que désirs et représentations opposées, et plus spécifiquement, de forces
pulsionnelles antagonistes. Le conflit psychique peut être manifeste ou latent. Et l'on repart pour une description du cheminement de FREUD et de ses conceptions du conflit.
C'est dire qu'en psychologie et en psychiatrie domine la conception freudienne du conflit (même si cette domination ne veut pas dire adhésion de l'ensemble des psychiatres ou
des psychologues à la psychanalyse, tant s'en faut), sans doute parce que justement le conflit intérieur n'a jamais été aussi bien décrit et analysé.