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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 12:25
              Le "Dictionnaire de l'éthologie" de Klaus IMMELMANN (Pierre Mardaga éditeur, 1990) comporte une entrée "Conflit de générations" (Eltern-Nachklommen-konflict, Parent-offsprinc-conflict) et cela figure, d'après lui, dans le vocabulaire de la sociobiologie (discipline devenue un peu douteuse).
Il tire donc de TRIVERS (1974) et de STAMPS (1978) la définition suivante: conflit d'intérêt qui oppose le jeune à sa mère ou à ses deux parents. D'après la théorie de la parentèle, le jeune tendrait vers un investissement maternel optimal, tandis que sa mère doit, dans l'intérêt des jeunes à venir, indispensables au renforcement de son succès reproducteur, limiter cet investissement. L'ampleur du conflit, continue-t-il, varie en fonction de l'âge de la mère ou de ses parents : on note une différence entre le géniteur relativement jeune pour lequel la probabilité de produire d'autres descendants est encore relativement élevée, et le géniteur plus âgé, qui peut investir davantage dans les rejetons susceptibles d'être les derniers. L'âge du jeune jouerait également un rôle : plus il grandit, plus il devient apte à subvenir à ses besoins, moins important est l'avantage qui résulte des soins maternels.
     Nombre d'observations viennent effectivement étayer cette thèse : ainsi, chez les chiens et chats, la période des soins parentaux peut se diviser en 3 phases. Au cours de la première, l'initiative des contacts comme des soins émane essentiellement de la mère ; au cours de la phase suivante, cette initiative est partagée et au cours de la dernière phase, peu avant le sevrage, le jeune sollicite de sa mère davantage de soins, que celle-ci, qui lui manifeste quelquefois de l'agressivité et tente de l'éconduire, n'est disposée à lui accorder. Une évolution similaire, susceptible de déboucher sur un "conflit de sevrage", est également attestée chez les rats, un nombre important de primates et divers oiseaux.
             On trouve dans ce Dictionnaire par ailleurs la définition du Comportement Conflictuel : conduite qui se manifeste dans une situation conflictuelle, c'est-à-dire quand deux tendances comportementales incompatibles (attaque et fuite par exemple) sont activées simultanément et qu'aucune ne prédomine franchement. Parmi les comportements conflictuels, on distingue le comportement ambivalent, les comportements de substitution et les activités de redirection.
         
           Plus intéressant pour notre propos, est la Compétition, terme qui s'emploie quand deux individus au moins prétendent aux mêmes ressources naturelles. C'est entre congénères que la compétition est la plus intense puisqu'elle porte non seulement sur les possibilités de survie et de reproduction (ressources alimentaires, sites de nidification et de repos, matériaux de construction...), mais également sur les "ressources sociales" (partenaire sexuel par exemple). C'est la raison pour laquelle l'agression, qui contribue à réduire la compétition par l'éviction du compétiteur, est particulièrement véhémente entre individus conspécifiques. L'établissement de territoires, qui assurent la répartition plus ou moins homogène des individus dans l'espace disponible, peut également atténuer la compétition directe. Il arrive toutefois que des espèces différentes, parfois étroitement apparentées, éprouvent des besoins physiologiques à ce point identiques qu'elles se fassent concurrence. Il s'ensuit des adaptations particulières, comme la mise en place d'une territorialité interspécifique. Si la compétition devient active (confrontation ou menace), on parle de rivalité.
     Il est difficile, en matière d'éthologie, même si l'on conteste beaucoup des affirmations de Konrad LORENZ, de faire l'impasse sur son ouvrage fondateur "L'agression, une histoire naturelle du mal".

       Au terme Agression, ou Comportement Agressif, on trouve, toujours dans ce "Dictionnaire de l'éthologie" la définition suivante: Terme qui englobe toutes les manifestations de l'attaque, de la défense et de la menace. On distingue entre agression intra- et interspécifique selon que les affrontements mettent aux prises des congénères ou des sujets d'espèces différentes. Sur le plan interspécifique, il convient de distinguer l'agression prédatrice propre aux espèces carnassières du combat défensif livré contre un prédateur ou même un compétiteur. Des conduites très diverses peuvent intervenir au cours de l'agression, qu'elle soit intra ou interspécifique.
    Au terme Agressivité, on note comme signification : Disposition à l'attaque chez un individu ou une espèce. Cette disposition se situe manifestement entre deux marges fixées pour chaque espèce (compte tenu de variations saisonnières liées à la reproduction) et elle est très variable, même entre espèces apparentées. A l'intérieur de ces marges, certaines influences extérieures, surtout des expériences précoces, déterminent l'importance de l'agressivité individuelle. On n'a toujours pas établi avec certitude s'il existe une pulsion d'agression propre (querelle intellectuelle à propos de l'instinct et de la pulsion sur laquelle nous discuterons souvent), c'est-à-dire; poursuit Klaus IMMELMANN, si et dans quelle mesure des facteurs internes peuvent déterminer la motivation de combat d'un individu, jusqu'à quel point l'agression est répressible et si elle peut même s'exprimer spontanément.
     
        Ces deux notions d'Agressivité et d'Agression sont également développées dans le "Dictionnaire du Darwinisme et de l'évolution" (Sous la direction de Patrick TORT, PUF, 1996).
       Jacques GERVET y écrit, à l'article Agression/Agressivité (Agression, Agressiveness) : En éthologie, les conduites considérées comme agressives ont pour objet d'exclure tendanciellement l'individu ou le groupe qui en est la cible de l'accès à certaines ressources, et ont par là pour effet éventuel de limiter sa descendance totale. En cela, l'agression est agent de la sélection naturelle (parmi d'autres). Sur un plan plus directement idéologique, l'homologie déclarée des violences humaines avec les "conduites agressives" animales rencontre une intuition profonde assimilant l'agressivité à quelque bestialité originelle dont un processus purement humain, la Grâce ou la Raison selon le modèle dominant de l'heure, peut seul combattre l'action décisive.
 Plus loin le même auteur développe : Dans la plupart des cas, il parait plus pertinent de rapporter l'apparition d'agressions, effectives ou ritualisées, à des situations précises que l'on peut qualifier de situations de conflit. Dès lors que des objets (aliment, territoire, partenaire sexuel...) déclenchent une réaction d'approche simultanée chez deux membres de l'espèce, la détection de l'autre, perçu alors comme rival, déclenche une réaction agressive. celle-ci résulte plus d'un heurt de motivations que d'une motivation distincte... ce qui n'exclut pas que, comme tout comportement animal, elle soit aussi conditionnée par des facteurs génétiques.
Le point décisif reste pourtant qu'à l'intérieur d'une même espèce, la différence entre deux observations dont l'une seule a donné lieu à des conduites agressives, a plus de chance à priori de relever d'une différence de situation que d'une différence dans quelque instinct endogène.
Qu'elle s'exprime sous forme brutale ou sous une forme ritualisée, l'agression garde sa fonction organisatrice ; à l'intérieur d'un groupe social, une bande de Singes, par exemple, attitudes de menace, attitudes affilitives, gestes d'apaisement... jouent des rôles complémentaires dans l'équilibre social qui règle sa persistance. Une certaine dose d'agression, éventuellement ritualisée sous forme de dominance sociale, est une composante, parmi d'autres, de cet équilibre. La forme de l'intensité des conduites agressives peut varier fortement d'une espèce à l'autre ; mais il n'est pas d'espèce où elles ne coexistent avec des conduites qui en atténuent les effets.
Dans la plupart des espèces, le déclenchement d'agressions fortes, parfois sanglantes, reste possible dès lors que sont dépassées les possibilités régulatrices des réponses ritualisées. Elles interviennent notamment quand repères sociaux ou repères territoriaux sont rompus : un rival brusquement rencontré au coeur du territoire, un membre du groupe ne respectant pas le rituel... et un violent combat peut se déclencher, éventuellement meurtrier si les processus régulateurs n'apparaissent pas rapidement.
Certes, de telles conditions d'environnement concourent avec des réglages endogènes, de nature génétique ou physiologique, mais à ce niveau la remarque est triviale (on l'avait compris). Le véritable enjeu, notamment pour l'étude de l'agressivité humaine, est de voir si un facteur endogène peut expliquer la diversité des observations ou si le niveau le plus pertinent pour l'expliquer, ou y mettre fin, reste la prise en compte du degré d'organisation de l'environnement.
        On ne pourra que revenir sur ces notions, tellement elles sont porteuses d'enjeux, tant scientifiques qu'idéologiques.

        Plus loin et plus intéressant, peut-être, pour le propos de cet article de ce blog, est la définition, sous la plume de Charles DEVILLERS, dans ce même "Dictionnaire du Darwinisme et de l'évolution", du principe de Compétition-exclusion (Competitive exclusion principale) :
     On peut admettre que la conséquence d'une compétition est que deux espèces similaires ne peuvent occuper les mêmes niches (écologiques) mais doivent s'exclure l'une l'autre de telle façon que chacune prend possession de telles sortes de nourriture et modes de vie qui lui donnent un avantage sur sa compétitrice (GAUZE, 1934). Deux espèces ayant les mêmes impératifs écologiques ne peuvent coexister sur de longues durées. Ou bien l'une des formes est éliminée, ou bien elle modifie ses impératifs écologiques. Sous l'apparence d'une constatation banale, ce principe impose, pour bien la comprendre, de définir au préalable Compétition et Niche écologique.
 Il y a compétition quand des organismes, animaux ou végétaux, de même espèce ou d'espèces différentes, utilisent les mêmes ressources, qui sont en quantité limitée, ou se nuisent mutuellement en cherchant ces ressources. Une niche écologique peut être décrite comme un volume à n dimensions, où chaque dimension est l'une des composantes de la niche : conditions physiques et chimiques du milieu, ressources nutritives, habitats, lieux de reproduction... Comme il est hautement improbable que toutes les utilisations des dimensions des niches de deux espèces soient strictement les mêmes, on dira que l'une d'entre elles est différente pour que la coexistence ait lieu.
Ce principe a ses partisans et ses adversaires, mais dans la pratique, il incite à rechercher la causalité des coexistences, de mettre à jour les différences écologiques, parfois subtiles, qui les rendent possibles.

   Quant à la Compétition intra et interspécifique, Vincent LABEYRIE, dans ce même Dictionnaire, écrit justement que pour qu'il y ait compétition, il faut qu'il y ait à la fois même habitat et même niche. Là aussi, on retrouve la notion que tant pour une même espèce que pour des espèces différentes, elle ne concerne que des individus ayant à un moment donné des exigences communes.

     Toute une modélisation (une mise en équations mathématiques) a été faite, pour mesurer la dynamique des populations, compte tenu des différentes composantes des niches écologiques. On trouve, par exemple, des "Leçons sur la théorie mathématique de la lutte pour la vie" de Vito VOLTERRA (Editions Jacques Gabay, 1990, première édition en 1931).


                                                                              ETHUS

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