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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 14:49
     A consulter d'emblée au terme Conflit les dictionnaires d'économie, on pourrait penser que le conflit économique n'existe pas... Ni l'"Economie" de SAMUELSON-NORDHAUS, ni l'"Encyclopédie économique" de GREFFE-MAIRESSE-REIFFERS, ni le "Dictionnaire économique et social" de Thomas SUAVET, ni même le "Dictionnaire critique du marxisme" de LABICA-BENSUSSAN ne proposent d'entrée "Conflit".
  
     Il faut pour trouver quelque chose qui y ressemble dans l'"Encyclopédie économique" passer au chapitre 7, "Gestion et économie" pour tomber sur "Les origines du mauvais procès intenté à l'économie", au chapitre 16, "Fondements micro-économiques de la macro-économie", au chapitre 18, "Théories de la valeur" (et encore...), au chapitre 21, "Marchés et concurrence imparfaite" et enfin au chapitre 35 "Relations du travail". Les relations et conflits du travail, y est-il écrit, "posent à la pensée économique un défi permanent, pour deux raisons sans doute fortement liées. La première est que les mouvements ouvriers et les processus de syndicalisation sont indissociables des critiques de l'économie politique et du capitalisme développés depuis la Révolution industrielle. (...) La seconde tient à la nécessité de prendre en compte de multiples dimensions, juridiques, sociales, institutionnelles, politiques, etc, dans l'analyse ."
    Dans  le "Dictionnaire économique et social", on y trouve des modalités de ces conflits du travail : grève, boycottage, et aussi lutte des classes, conscience de classe.
    Dans "Economie", il faut aller au chapitre 32 pour y trouver quand même, après bien des exposés sur les marchés et les lois de l'offre et de la demande, "Le conflit des écoles de pensée en macro-économie". Sont alors cités la tradition classique et la révolution keynésienne, l'approche monétariste, la nouvelle macro-économie classique et l'ultra-classicisme de l'économie de l'offre. Il suffit de consulter le livre d'ALBERTINI-SILEM, "Comprendre les théories économiques" où sont détaillés les courants "des fils" de KEYNES, de SMITH, de MARX et de SCHUMPETER pour en mesurer toute la partialité. Une chose au moins est assurée : il existe un conflit entre divers courants de la pensée économique!

     Ces trois ouvrages possèdent en commun de développer - parfois très longuement - la question de la concurrence entre les entreprises, branches d'entreprises, circuits économiques... Il s'agit là de conflits entre entrepreneurs, indirects, par l'intermédiaire des consommateurs de leurs biens et services, qu'ils tentent d'accaparer, qui évoluent dans un monde soumis à des "lois" du marché.
A en croire certains auteurs, si ces "lois" n'empêchent par les crises économiques de tout genre de revenir régulièrement dans le temps, c'est que la concurrence est imparfaite, faussée selon SAMUELSON-NORDHAUS par des interventions des puissances publiques, par l'action des organisations syndicales, par la formation de monopoles et d'oligopoles... Cette tonalité se retrouve dans "Encyclopédie économique" où l'on insiste un peu plus sur les différents régimes de concurrence et sur l'information imparfaite des acteurs du marché. La planification y est vue sous un angle un peu plus favorable également.

        Le "Dictionnaire critique du marxisme" présente lui aussi le concept de concurrence pour l'attaquer dans ses fondements. C'est là que l'on trouve une analyse détaillée de la question des monopoles, et beaucoup plus largement, des rapports de production, non seulement entre les entreprises ou branches d'entreprises, mais surtout entre les salariés et les propriétaires des moyens de production. C'est à partir de ces rapports de production que s'élaborent les rapports de force entre classes sociales et les luttes de classes. Ces relations économiques sur déterminent les rapports sociaux. Les conflits économiques sont les premiers des conflits, même s'ils sont camouflés par toute une idéologie et noyés dans ce que Karl MARX appelle le fétichisme (l'apparence de la marchandises - par la monnaie notamment - inhérente aux rapports de production marchande).

      Alors que la plupart des économistes traitent des conflits économiques - sans les nommer - entre entreprises (concurrence) en minorant les conflits entre entrepreneurs et salariés, l'ensemble des écoles marxistes placent en premier plan ces derniers. L'économie commande la vie sociale, la base des conditions de l'existence des humains et il ne faut pas s'étonner si, à l'origine de presque toutes les guerres et insurrections se trouvent des causes économiques. Loin de pouvoir se dissoudre dans des formules mathématiques, le conflit en économie mène toujours le monde. Lorsqu'on veut changer une société, on est forcément obligé de changer son économie.

      Sous la direction de Xavier GREFFE, Jacques MAIRESSE, Jean-Luc REIFFERS, Encyclopédie économique, Economica, 1990 ; Paul SAMUELSON et William NORDHAUS, Economie, seizième édition, Economica, 2000 ; Thomas SUAVET, Dictionnaire économique et social, Economie et Humanisme/Les éditions ouvrières, 1971 ; Georges LABICA et Gérard BENSUSSAN, Dictionnaire critique du marxisme, 1999 ; Jean-Marie ALBERTINI et Ahmed SILEM, Comprendre les théories économiques, Editions du Seuil, 2001.

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