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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 13:10
     Avec comme sous titre Volontaires internationaux contre Franco, il s'agit là d'une véritable "somme" sur les Brigades Internationales engagées dans la guerre civile espagnole de 1936-1938.
Résultat d'un Colloque international organisé à l'Université de Lausanne en 1997 (Les brigades internationales. entre solidarité révolutionnaire et politique du Komintern), ce rassemblement de contributions (au nombre de 32), dotée d'une solide introduction historique de Jean BATOU, constitue un apport important à l'historiographie de la guerre d'Espagne.
   
     A l'heure où certaines révisions historiques s'opèrent sur la base d'un égalitarisme des victimes, il était important de dresser une histoire politique et sociale qui déconstruire un certain nombre de mythes. Parmi ceux-ci, la participation active des femmes à la guerre civile, l'image type de l'intellectuel troquant sa plume contre une arme, l'élan enthousiaste et spontané de révolutionnaires volontaires ne sont pas les moindres. Refusant de se limiter à une histoire de la guerre, cet ouvrage veut montrer certaines de ses causes et de ses conséquences, dans beaucoup de leurs nuances, abordant des éléments souvent occultés. Le rôle de l'Union Soviétique, du Komintern, des réseaux des partis communistes y sont abordés sans complaisance particulière. C'est aussi, faite pour la première fois, à une analyse minutieuse des trajectoires et motivations de nombreux contingents de combattants étrangers que se livrent les participants de cet ouvrage collectif.
 
   Nous pouvons lire cette présentation de l'éditeur, qui ne cache pas son enthousiasme :
"Si un spectre hante le 20e siècle, c'est bien celui de la guerre civile d'Espagne. En effet, ce conflit en révèle l'anatomie profonde : il en éclaire les humeurs les plus sombres comme les élans d'espoirs les plus audacieux, alimentés par la perspective récurrente d'une révolution sociale. Ce livre prend le parti d'envisager ce condensé de l'âge des extrêmes, d'abord du point de vue des acteurs de la société civile internationale qui y prennent part. "Tant pis si la lutte est cruelle", elle parait essentielle à ces dizaines de milliers de volontaires des cinq continents qui s'engagent dans le camp antifranquiste. Pour la première fois, une analyse minutieuse des trajectoires et motivations de nombreux contingents de combattants étrangers. Agés le plus souvent de 25 à 30 ans et d'origine ouvrière, ceux-ci sont mus avant tout par une solidarité de classe, quelle que soit leur obédience politique : antifasciste, socialiste, communiste, révolutionnaire... Une attention particulière vouée aux représentants des groupes opprimés qui font de l'Espagne une étape incontournable de leurs propres combats d'émancipation : féministes de tous les pays, nationalistes des territoires coloniaux ou dépendants d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine, militants afro-américains luttant pour l'égalité des droits contre le racisme, opposants des pays autoritaires d'Europe, mais aussi du Japon, etc. Les conflits qui agitent la galaxie des volontaires ne sont pas négligés. En réalité, ils reflètent certes la diversité des composantes du mouvement ouvrier de l'Etat espagnol, mais incarnent avant tout la virulence des antagonismes qui traversent le mouvement ouvrier international. Au-delà des brigadistes enrôlés par le Komintern, il est donc amplement question des miliciens anarchistes et de ceux qui luttent avec le POUM. En arrière-plan, le rôle de l'Union soviétique de Staline, du Komintern et des réseaux qu'ils contrôlent, est abordé en détail : dates et modalités des décisions d'intervention en Espagne, implications des partis communistes, missions particulières de personnages clés comme Marty, Thorez ou Togliatti, parcours de figures emblématiques comme le général Kléber, alias Manfred Stern, etc."
 
    C'est un bel ouvrage où chacun peut piocher selon ses centres d'intérêts. La diversité des contributions rend aisée la possibilité de recherches dans des directions différentes. Notons aussi une riche bibliographie, une iconographie qui va à l'essentiel et une contribution sur le cinéma documentaire sur la guerre d'Espagne. 
 
    Stéfanie PREZIOSO, professeure à l'université de Lausanne, l'une des membres de l'équipe coordinatrice, est aussi l'auteur d'un ouvrage collectif, Le totalitarisme en question. Sur cette notion multiforme, elle réfléchit, avec Jean-François FAYET et Gianni HAVER, aux problèmes liés à l'émergence du concept et à son instrumentalisation. Edité par L'Harmattan en 2008.
     Jean BATOU, professeur d'histoire internationale contemporaine à l'université de Lausanne, est aussi l'auteur de "Feux d'enfer", dans l'ouvrage dirigé par Mike DAVIS, Les héros de l'Enfer (Textuel, 2006).
     Ami-Jacques RAPIN, maître d'enseignement et de recherches à la faculté de sciences sociales et politiques et à l'Ecole polytechnique, est aussi l'auteur de Jomini et la stratégie : une approche historique de l'oeuvre (Payot, 2002).
 
  

 

Sous la direction de Stéfanie PREZIOSO, Jean BATOU et Ami-Jacques RAPIN, Tant pis si la lutte est cruelle, Volontaires internationaux contre Franco, Editions Syllepse, 2008, 559 pages
    Site : wwww.syllepse.net link
 
Complété le 14 juillet 2012

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