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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 13:52

       Outre le fait qu'il est difficile d'isoler le fait religieux, question que les religions ne se posent pas puisqu'elles se supposent avoir réponse à tout et en tout cas de dire la vérité sur tout ce que les hommes ne comprennent pas, on trouvera difficilement une définition du conflit chez elles. Par contre l'évocation de la guerre et de la violence existe en de multiples références. Sans doute faut-il y voir le fait que si les religions veulent maîtriser la violence et la guerre ou les utiliser pour le triomphe de la vérité, elles sont loin d'accepter le fait qu'elles font tout simplement partie  d'innombrables conflits, quand elles ne les provoquent pas par leur simple existence.
        
      Poser cette question, celle de l'implication des religions dans un conflit, c'est déjà avoir une lecture extérieure à leur champ d'autorité, c'est avoir déjà réduit cette autorité. Avant le mouvement de sécularisation, s'il y a parfois conflit entre le Bien et le Mal (dans les religions dualistes notamment), il n'y a pas à proprement parler conflit où les torts existent de part et d'autre, mais processus nécessaire de purification, qu'elle soit intérieure à l'homme lui-même, ou vis-à-vis des infidèles. S'il existe un conflit, c'est surtout entre grandes puissances d'en haut, et les alliances invoquées dans les Testaments judaïques et chrétiens sont une création tardive.  Ce n'est que lorsque l'esprit scientifique bat en brèche l'esprit mystique que la question du conflit est posée dans une certaine clarté.

      Une fois la laïcité installée, une fois des dictionnaires élaborés en dehors ou avec simplement le concours des autorités religieuses, la notion de conflit peut prendre tout son sens.

       On se doit, lorsque l'on examine les relations entre conflits et religions, distinguer entre les religions regroupées souvent dans la formule sagesses orientales (Bouddhisme, Hindouisme, Taoïsme et Zen) et les religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam).
  Dans un premier temps, on doit regarder la logique interne de leurs textes et dans un deuxième temps entreprendre une approche anthropologique et sociale.



Premier temps, la logique interne des religions face au conflit.


        Lorsque le bouddhisme prône le détachement total des choses terrestres, il ne s'agit pas seulement de se libérer de la souffrance, de la violence du monde et même de ses pièges charnels, mais aussi tout simplement de faire de la relation avec l'autre, donc des conflits, une non réalité. Atteindre le nirvana, c'est atteindre la plénitude de la non existence, loin de toutes ces réincarnations.
"En réponse à la question de la cause de l'enchaînement des êtres vivants au cycle des renaissances et des moyens d'y échapper - question centrale de toute la philosophie indienne au temps de Bouddha -, celui-ci proclama les Quatre Nobles Vérités, coeur de sa Doctrine, telles qu'elles lui étaient apparues au moment de son Éveil.
Le Bouddha considère que la vie est éphémère, impersonnelle et donc douloureuse. la prise de conscience de ces Trois Caractéristiques de l'Existence marque le début du cheminement bouddhique. La souffrance est le résultat du désir et de l'ignorance dont la disparition entraîne la délivrance du Samsara (migration sans fin de l'âme de corps en corps, de mort en renaissance). Le bouddhisme explique cet enchaînement des êtres vivants au cycle des renaissances par la chaîne de la Production conditionnée. La fin de ce cycle correspond à la réalisation du Nirvana. Le chemin pour y parvenir conformément aux Quatre Nobles Vérités est le Noble Sentier octuple qui enseigne la moralité, la méditation, la sagesse et la Connaissance.". (Dictionnaire de la sagesse orientale).
Pour le bouddhisme, "l'ego n'existe pas. Il est une illusion. C'est précisément parce qu'il n'existe pas de moi substantiel, immuable, que nous cherchons sans cesse à nous assurer de son existence. L'ego est cet effort constant afin de s'établir. Lutte constante, sans fin et dérisoire. " Dans  sa contribution au livre sur ce  que disent les religions de la violence, Fabrice MIDAL insiste sur cette croyance en soi qui est "non seulement une opinion erronée, mais aussi une source d'inquiétude. Et source de conflit bien évidemment.

       La foi dans la loi du Karma constitue le point commun de toutes les formes de l'hindouisme. "Le karma, action physique ou psychique, somme de toutes les conséquences des actes d'un individu commis dans cette vie ou dans une vie antérieure, chaîne de causalité du monde moral, est ce potentiel qui guide le comportement d'un homme, et oriente les motivations de ses actes et de ses pensées présents et futurs. Tout karma est la semence d'un autre karma à venir. On récolte les fruits du karma sous forme de joie et de souffrance, selon la nature de ses actes et de ses pensées.
Bien que l'homme s'impose à lui-même les limites de son caractère - puisque celles-ci sont la conséquence de ses actes et de ses pensées passées -, il a le choix entre poursuivre ces tendances qu'il a lui-même forgées ou les combattre. Cette liberté de choix, cette possibilité d'autodétermination reflètent la liberté suprême de l'Atman ou conscience intérieure. Par l'abandon à Dieu, la quête d'un bon karma et l'effacement du mauvais, on desserre les liens de la loi du karma. Après l'illumination, on ne produit plus aucun karma." (Dictionnaire de la sagesse orientale)
L'illumination ou plutôt le véritable réveil, "l'illumination profonde révèle que vide et phénomènes, Absolu et relatif ne font qu'un. L'expérience de la Vraie Réalité passe précisément par celle de l'Unité. La forme est vide, le vide est forme. Il n'existe pas deux univers distincts. L'ego meurt, disparaît dans l'illumination profonde.
    Lorsque l'hindouisme parle de la violence du monde, il s'agit surtout de sa nécessité et de sa légitimité pour assurer l'ordre du monde sans lequel en fin de compte cette illumination ne peut avoir lieu. L'idéal de non-violence que l'on rencontre dans l'hindouisme, et aussi d'autres sagesses orientales, est directement lié au détachement de ce monde. Se faire moine dans l'ashram, c'est se retirer du monde dans un leu de paix et d'harmonie. Ce n'est d'ailleurs qu'enrichit d'une thématique chrétienne que la non-violence peut devenir un outil de combat (Véronique BOUILLIER, la violence, ce qu'en disent les religions).
     On conçoit qu'aux yeux d'un occidental, l'hindouisme puisse apparaître comme une religion du repli sur soi, de la résignation, puisque le seul conflit important à ses yeux est celui qui se joue à l'intérieur même de l'homme, qui doit choisir de se libérer de l'existence telle qu'il la connaît, pour ne pas retomber indéfiniment dans un cycle de souffrances.
Il ne faut pas oublier qu'entre cet idéal de "libération" et la religion quotidienne, existe une morale qui ne se noue que rarement en ascèse, et seulement pour une minorité de sages, une morale des relations entre individus incapables de se libérer. Même si cette morale n'ignore pas le sens des bonnes et des mauvaises actions, celles-ci sont conçues en fin de compte en fonction de ce cheminement intérieur, car la marche du monde n'a vraiment pas d'importance. Il ne faut d'ailleurs pas lui donner une importance car ce serait alors s'écarter de la vérité qui permet la délivrance. Du coup le conflit dans ce monde est partiellement nié, si l'on veut discuter des conflits sociaux. Le système des castes en vigueur consolide le cadre de l'ordre social existant, lieu de souffrances nécessaires et impossibles à éviter.

        Le tao, concept central du taoïsme, principe premier de l'univers, "agit spontanément; il suit sa nature. Son comportement est dénué d'action et d'intention, mais il n'est rien qu'il n'accomplisse. Dans le monde des phénomènes, le Tao se révèle par sa force et sa vertu; il transmet cette force aux choses et leur permet de devenir ce qu'elles sont. Réaliser l'unité avec le Tao est le but de tous les taoïstes. Il ne suffit pas pour cela d'avoir une connaissance rationnelle du Tao; l'adepte doit faire un avec le Tao en réalisant lui-même l'unité, la simplicité et le vide du Tao. Seule la connaissance intuitive personnelle permet de parvenir à ce résultat. (...) On réalise le tao en cultivant le calme qui en est la principale porte d'accès. On parvient au silence par sa méthode de la perte : Chercher la connaissance, signifie accumuler de jour en jour; chercher le tao signifie perdre de jour en jour (...) En demeurant dans le calme, on abolit toute manifestation intérieure et extérieure, on efface toutes les limites et toutes les continuités." (Dictionnaire de sagesse orientale). C'est là-aussi une voie pour la suppression des souffrances de ce monde. Un des deux courants constitutifs du taoïsme, le taoïsme philosophique, est marqué par de fortes composantes politiques. Son concept, c'est le non-agir, l'absence d'intention dans l'action, et il s'oppose même au confucianisme et à ses deux vertus cardinales, la bienfaisance et la justice, qui masquent la véritable nature de l'homme et gênent le Tao. On conçoit que là encore, le seul conflit important, qui doit éclipser tous les autres, soit le conflit intérieur, pour suivre la voie de la délivrance.

            Le zen, abréviation du mot zenna chinois en japonais est "dérivé lui-même du sanskrit dhyana qui désigne la concentration de l'esprit et le recueillement, état  dans lequel s'abolissent toutes les distinctions entre Je et Tu, sujet et objet, vrai et faux."
C'est du point de vue ésotérique que le zen est le plus intéressant pour la réflexion sur le conflit : "Le zen n'est pas une religion, mais la racine indéfinissable et incommunicable, que l'on ne peut expérimenter que par soi-même. Dénuée de tout nom, de tout qualificatif, de tout concept, elle est la source de toutes les religions qui sont autant de formes d'expression de cette même expérience. Dans ce sens , le zen n'est lié à aucune tradition religieuse particulière, pas même à la tradition bouddhiste. Il est la perfection originelle de toute chose et de tout être, commune à l'expérience de tous les grands saints, sages et prophètes de toutes les religions, quels que soient les noms les plus divers employés pour la désigner. Dans le bouddhisme, on l'appelle identité du samsara et du nirvana. Le zazen n'est pas une méthode permettant de mener à la délivrance l'homme qui vit dans l'ignorance, mais l'expression immédiate, l'actualisation de la perfection qui habite chaque homme à chaque instant." (Dictionnaire de la sagesse orientale). Là encore, le conflit réel est le conflit contre l'ignorance que l'homme a de sa condition et de la véritable vacuité du monde.

          Ces quatre sagesses orientales, auxquelles il faudrait ajouter une religion officielle, d'Etat, le confucianisme qui  amoindrit d'ailleurs cet aspect de volonté de détachement du monde, contribuent à nier l'importance du conflit avec les autres hommes pour se concentrer sur le seul conflit intérieur, conflit entre des illusions de la réalité qui enferre l'homme dans la souffrance sans fin et la vérité fusionnelle de l'univers.
     Toutes ces réflexions ne sont de toute évidence que trop générales pour faire de la sagesse orientale une sagesse de la résignation, mais on voit tout le profit que peut tirer toute une foule de possédants de pouvoir et de richesse, de telles idées répandues dans l'ensemble de la société.

                                                                                     RELIGIUS

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