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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 12:30

      Discuter de la représentation des conflits, du conflit, au cinéma, c'est discuter en fait de la représentation des relations humaines, tant les conflits sont consubstanciels à ces relations.
C'est aussi mettre en perspective cette représentation par rapport aux autres représentations du réel exprimées à travers les autres arts, tels que la peinture, la sculpture, la musique, le chant, la danse, la photographie, le théâtre ou la télévision (ou videovision), sans d'ailleurs attacher beaucoup d'importance au qualificatif "septième art".
    C'est également repenser la signification du spectacle par rapport à la réalité, et celle du spectateur par rapport à l'acteur social.
  C'est bien entendu poser la question de l'influence d'une esthétique sur la compréhension d'une oeuvre cinématographique ou d'un ensemble d'oeuvres cinématographiques.
    C'est enfin poser les questions clés des représentations : ce qui est représenté (pourquoi cela et pas d'autres choses), de quelle manière il l'est, par qui est-il représenté, en direction de qui la représentation s'effectue, les raisons de la représentation ainsi que les effets ou les conséquences de cette représentation...

    Dès ces débuts, "le mythe directeur de l'invention du cinéma est l'accomplissement de celui qui domine confusément toutes les techniques de reproduction mécanique de la réalité qui virent le jour au XIXème siècle, de la photographie au phonographe. C'est celui du réalisme intégral, d'une recréation du monde à son image, une image sur laquelle ne pèserait pas l'hypothèque de la liberté d'interprétation de l'artiste ni l'irréversibilité du temps." (André BAZIN).
Cette ambition du spectacle total, de la représentation vraie ou de la représentation fausse, ou plutôt d'une représentation de quelque chose qui dépasse le réel visible et immédiat, est si forte que l'art même du cinéma subit dès les premières exploitations commerciales du cinématographe une dissociation entre le documentaire (Frères Lumière) et le féerique (Méliès), dissociation qui n'a cessé d'être aujourd'hui et qui se prolonge dans l'outil télévisuel.
L'écran révèle ses deux fonctions, ses deux effets, ses deux logiques : coller le plus possible au réel ou s'en éloigner le plus possible, par l'imagination de ce qui est peut-être et de ce qui pourrait être. Dans les deux cas, les représentations des conflits, quelles qu'elles soient, aboutissent aux yeux, aux oreilles et au cerveau du spectateur. Même sous la forme d'une fiction fantastique (et peut-être plus intensément), le monde parvient au sixième sens surtout sous forme d'images qui ont toute leur place dans la représentation globale du réel, parfois au même titre (parfois plus?) que la perception du réel sans l'intermédiaire de l'écran, ce miroir déformant et simplificateur.

    La représentation des conflits au cinéma, c'est d'abord bien sûr la représentation de leurs formes les plus visibles, les plus frappantes, la guerre ou d'autres violences, c'est-à-dire finalement, mais on l'avait déjà expérimenté au théâtre, en peinture, en danse ou en musique, dans leurs formes les plus esthétiques, avec leurs couleurs ou leurs sons les plus contrastés, les plus vifs, les plus rythmés, provoquant les réactions les plus vives chez les spectateurs.
Dans sa discussion sur le statut d'art du cinéma, Jean-Yves CHATEAU pose des questions pertinentes sur la liaison du beau et du sublime dans l'art, du primat de la forme, de l'unité de la forme esthétique pour une oeuvre, qui ne peut qu'être, vu les contraintes du cinéma, que collective.
 Tout l'appareillage technique nécessaire, d'enregistrement, de montage, de distribution des images donne au "septième art" une particularité, une complexité sans commune mesure avec la production d'une peinture ou d'une sculpture ou même de la représentation théâtrale. La combinaison des images, des couleurs et des sons, pour en faire un oeuvre à la fois logique et expressive, au sens de susciter des émotions, suppose la mise en oeuvre de la collaboration de nombreux corps de métier, du réalisateur au preneur de son. Cet aspect collectif se prolonge dans les conditions par lesquelles les oeuvres du cinéma parviennent au public, de l'affichage au matraquage publicitaire, du merchandising et de la floraison souvent redondante des critiques. L'importance considérable du cinéma dans la vie en société est telle qu'il constitue un mode de représentation très important, source d'influences parfois grandes et prolongées sur les comportements individuels et collectifs.

    En cela, le cinéma a une importance considérable sur la perception des conflits, et même de façon générale sur la tonalité des relations sociales, plus ou moins empreintes d'agressivité. Cela est flagrant dans les périodes de tension ou de guerre, mais cela est également vrai de façon quotidienne. Il n'est pas étonnant par conséquent que le contrôle social des images soit un enjeu majeur. La violence au cinéma pose la question de son influence sur les comportements sociaux, complexe, qui ne peut se résumer à des imitations, sur la constitution et les évolutions des morales publiques et privées, sans doute plus d'ailleurs que les représentations de la sexualité. Sur l'aspect normatif, sur l'aspect cathartique, des représentation des conflits, beaucoup reste à étudier.

   La mise en spectacle total de la réalité devient partie intégrante de cette réalité et participe aux évolutions sociales. La mise en spectacle d'un certain point de vue sur des événements, par le truchement de l'esthétique, peut - c'est une question clé d'ailleurs à propos des conflits - quels que soient leurs modalités ou leurs intensités - peser plus que la vérité de ces événements.

André BAZIN, Qu'est-ce que le cinéma? Les éditions du Cerf, collection 7ème art, 1990
Jean-Yves CHATEAU, Pourquoi un septième art? Cinéma et philosophie, Presses Universitaires de France, collection Intervention philosophique, 2008

   

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