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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 13:09
  Au delà des livres blancs officiels et des commentaires d'actualité, concevoir une défense suppose une réponse analytique aussi complète que possible aux 3 questions :
- défendre quoi, quoi?
- défendre contre qui, contre quoi?
- comment se défendre ?

  Mais plus profondément encore et c'est un des critères sociaux les plus cruciaux en matière de défense, il faut savoir qui se défend. Dire cela peut paraitre absurde et sans intérêt pour le citoyen lambda qui ne veut habituellement pas penser qu'il puisse y avoir la guerre, mais la réponse à cette question dessine l'édifice quasiment complet d'une défense. Le citoyen appelé sous les drapeaux ou réquisitionné peut se réfugier ou se faire réfugié par les responsables politiques sous les notions de devoir et d'obligation. Il n'empêche que le sens d'une défense réside dans la réalité de l'objet et du sujet de la défense.
   Le paysan de 1871 enrôlé pour combattre la Commune de Paris ne savait sans doute pas que la France qu'il était censé défendre ne se souciait pas vraiment de ses conditions de vie. Souvent, pour reprendre un adage extrêmement valable sous les Royautés, les gens qui ne se connaissaient pas et qui se tuaient en se combattant le faisaient pour d'autres gens qui se connaissaient très bien mais qui répugnaient à prendre eux-mêmes le sabre. Plus proches de nous, les fiers représentants du peuple américain qui envoyèrent tant d'hommes se faire tuer en Irak, étaient particulièrement gênés de répondre à la question de l'engagement de leurs propres fils dans la guerre...
  La défense d'une société démocratique n'a pas le même sens que celle d'une société autocratique. On a un peu trop tendance, même dans les représentations actuelles des guerres passées, à se faire dresser des blocs fictifs les uns contre les autres. Les guerres ne mettent pas en veilleuse les conflits sociaux, même si les responsables de celles-ci l'aimeraient parfois bien. La question des intérêts est bien centrale, mais sans doute pas dans la compréhension qu'en ont les Livres Blancs... Les intérêts de la France ne se confondent pas (si toutefois, il n'y a qu'une seule France) avec les intérêts des Français, et les intérêts des Français ne sont pas les mêmes pour tous... L'histoire montre bien que l'on baptise souvent guerre de libération après coup des guerres civiles, ou même des guerres civiles sont transformées par la magie de la phraséologie d'un Michelet en guerres nationales...
  Les conflits sociaux perdurent pendant la guerre et la guerre alimente les conflits sociaux, d'une autre manière, mais tout aussi efficacemement et plus dramatiquement bien entendu. On aura beau développer une propagande efficace pour ressouder artificiellement des communantés humaines contre des menaces réelles ou imaginaires, les relations sociales sont têtues : plus sans doute, des groupes sociaux mettent en avant des menaces pour bâtir une défense à laquelle  ils font plus que participer d'autres groupes sociaux...
    La situation peut être encore plus complexe quand les menaces portent réellement atteintes à un ensemble de groupes sociaux, par ailleurs en conflit sur presque tous les plans. On l'a bien vu pendant la Résistance française où royalistes et révolutionnaires ont dû faire cause commune contre l'ennemi nazi, qui menaçait de faire subir à l'ensemble des sociétés européennes des régressions radicales, bien plus importantes que celles qu'ils pouvaient s'accuser mutuellement. Plus la menace paraitra forte, et au besoin on pourra l'exagérer, et plus facilement les divisions seront oubliées, bien que celles-ci soient toujours opérantes structurellement.
  En temps de paix comme en temps de guerre, la diabolisation de l'ennemi est capitale pour une défense, ne serait-ce que pour obtenir les crédits de plus en plus importants que demandent la mise sur pied, l'entretien et la mise en oeuvre des machines de guerre modernes. Toutes les justifications peuvent être bonnes pour ceux qui ont intérêt à la constitution de ces complexes militaro-industriels. Et si la justification repose sur un fil ténu (comme toutes ces campagnes contre le terrorisme) pour établir ou renforcer tout un arsenal répressif, pouvant être dirigé d'ailleurs contre d'autres cibles non mentionnées, les pouvoirs publics ont la grâce de disposer de médiats très compréhensifs affamés de sensationnalisme...

    Ces réflexions n'ont pas d'autre but que de faire réfléchir sur ces trois questions, quoi, contre quoi, comment se défendre, en ayant conscience de l'imbrication des objectifs et des moyens d'une défense. Plus les territoires et les populations impliqués sont grands, plus tous ces éléments s'enchainent de manière complexe. Il est en tout cas une certitude, celle que tout citoyen conscient doit avoir à l'esprit, que la défense n'est pas une affaire de spécialistes.


                                                                                         STRATEGUS
 
Relu le 13 juin 2018

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