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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 14:45
      Peu de dictionnaires de psychologie, de psychanalyse ou de psychiatrie proposent d'emblée une entrée Guerre. Et s'ils le font, c'est pour renvoyer souvent à Agressivité et à Violence ou évoquer des écrits particuliers.
 
     C'est ce que fait le Dictionnaire International de Psychanalyse (Alain de MIJOLLA). Précisément, Sigmund FREUD aborde à plusieurs reprises dans son oeuvre le thème de la guerre.
        C'est la Première Guerre Mondiale qui incite d'abord FREUD à écrire dans "Actuelles sur la guerre et sur la mort" (1915) sur "la désillusion causée par la guerre".
Derrière toute la culture des sociétés occidentales qui dominent le monde se trouvent les pulsions des individus.
 "Cette guerre a suscité notre désillusion à un double titre : la faible moralité, dans les relations extérieures, des Etats qui se comportent, dans les relations intérieures, comme les gardiens des normes morales, et la brutalité dans le comportement des individus que l'on ne croyait pas capables de ce genre de chose en tant que participants de la plus haute culture humaine.". "En réalité, il n'y a aucune "extirpation" du mal. L'investigation psychologique - dans un sens plus strict, l'investigation psychanalytique - montre bien que l'essence la plus profonde de l'homme consiste en motions pulsionnelles qui, de nature élémentaire, sont de même espèce chez tous les hommes et ont pour but la satisfaction de certains besoins originels."
Ces besoins originels égoïstes subissent un remodelage culturel qui les orientent vers des modalités satisfaisantes pour les autres. "Ainsi le remodelage pulsionnel sur lequel repose notre aptitude à la culture peut lui aussi être défait - de façon durable ou transitoire - par les actions exercées par la vie. Sans aucun doute, les influences de la guerre sont au nombre des puissances capables de produire une telle rétrogradation, et c'est pourquoi nous n'avons pas à contester l'aptitude à la culture à tous ceux qui actuellement se comportent de façon inculturelle, et il nous est permis d'espérer qu'en des temps plus tranquilles l'ennoblissement de leurs pulsions se réinstaurera".
Le rapport à la mort est profondément perturbé par la guerre. "Il est évident que la guerre balaie nécessairement (le) traitement conventionnel de la mort. La mort ne se laisse plus dénier ; on est forcé de croire à elle. Les hommes meurent effectivement, et non un par un, mais en nombre, souvent par dizaines de milliers en un seul jour.
Et il ne s'agit plus de hasard (...)." "Résumons-nous donc : notre inconscient est inaccessible à la représentation de la mort-propre, est plein de plaisir-désir de meurtre à l'égard de l'étranger, est scindé (ambivalent) à l'égard de la personne aimée, tout autant que l'homme des temps originaires. Mais comme l'attitude culturelle-conventionnelle à l'égard de la mort nous a éloigné de cet état originaire!."
La guerre enlève aux hommes les sédimentations de cultures récentes  et fait réapparaitre en eux les pulsions les plus égoïstes. Il est toutefois difficile de résumer ce texte, sur lequel on reviendra, car Sigmund FREUD sait bien que par ailleurs, les actes d'héroïsmes et de sacrifice de soi se multiplient en temps de guerre. On peut toutefois comprendre que la guerre modifie la perception de la mort, à un point d'acceptation tel que l'indifférence s'installe à propos de la mort d'autrui et de la sienne propre...
         Dans "L'avenir d'une illusion" (1927), "Malaise dans la civilisation" (1929), comme dans les contributions du livre "Sur la psychanalyse des névroses de guerre" (1919) et dans "Au-delà du principe de plaisir" (1920), le fondateur de la psychanalyse ne cesse de s'interroger sur les fondements lointains de la guerre.
Cette réflexion trouve un début de conclusion dans sa lettre à Albert EINSTEIN "Pourquoi la guerre?" (1933) (qui est en fait une correspondance, deux lettres écrites de l'un à l'autre).
 "Vous vous étonnez qu'il soit si facile d'exciter les hommes à la guerre et vous présumez qu'ils ont en eux un principe actif, un instinct de haine et de destruction tout prêt à accueillir cette sorte d'excitation. Nous croyons à l'existence d'un tel penchant et nous nous sommes précisément efforcé, au cours de ces dernières années, d'en étudier les manifestations. Pourrais-je, à ce propos, vous exposer une partie des lois de l'instinct auxquelles nous avons abouti, après maints tâtonnements et maintes hésitations?
Nous admettons que les instincts de l'homme se ramènent exclusivement à deux catégories : d'une part ceux qui veulent conserver et unir ; nous les appelons érotiques - exactement au sens d'Eros dans "Le banquet" de PLATON - ou sexuels, en donnant explicitement à ce terme l'extension du concept populaire de sexualité ; d'autre part, ceux qui veulent détruire et tuer ; nous les englobons sous les termes de pulsion agressive ou pulsion destructrice.
Ce n'est en somme, vous le voyez, que la transposition théorique de l'antagonisme universellement connu de l'amour et de la haine, qui est peut-être une polarité d'attraction et de répulsion,qui joue un rôle dans votre domaine - Mais ne nous faites pas trop facilement passer aux notions de bien et de mal - Ces pulsions sont tout aussi indispensables l'une que l'autre ; c'est de leur action conjuguée ou antagoniste que découlent les phénomènes de la vie".
Tout au long de cette lettre, Sigmund FREUD veut mettre avant tout en avant la complexité des ressorts lointains de la guerre, même s'il reste attaché à cette notion d'instinct. L'instinct de mort s'exerce autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'individu et il voudrait pouvoir comprendre et faire comprendre les dynamismes (pour prendre un mot moderne) de cet instinct de mort.
Au sens psychanalytique du terme, la guerre existe à l'intérieur de l'individu et tenter de faire le saut rapide avec la guerre telle qu'elle s'exprime entre grands groupes d'individus est risqué. Ce que Sigmund FREUD veut signifier, c'est qu'il existe une relation entre les deux, mais que cette relation est très complexe.

        Les fondements psychanalytiques de la guerre gardent une certaine place par la suite, dans les oeuvres des continuateurs de Sigmund FREUD.
Ainsi Wilhelm REICH dans "La psychologie de masse du fascisme" (1933) et Eric FROMM dans "La passion de détruire" (1973), cherchent dans l'esprit humain les conditions de la réalité de la guerre, en s'efforçant de reconstituer les chaînes de causalité de l'individuel au collectif.
L'un cherche dans la structure du patriarcat et de la famille autoritaire et l'autre dans les mécanisme de destructivité humaine maligne des causes lointaines de la guerre. Mais aucun ne se hasarde à proposer une vision d'ensemble du phénomène guerre dans ses dimensions psychologiques et psychanalytiques. Pour Eric FROMM, par exemple, "le phénomène psychologique qui se pose (...) n'est pas dans les causes de la guerre, mais dans la question suivante : quels sont les facteurs psychologiques qui, sans la provoquer, ont rendu la guerre possible?"

        Dans son "Traité de polémologie" (1951), Gaston BOUTHOUL propose des pistes sur les "éléments psychologiques des guerres", en s'efforçant d'abord de dégager "les caractéristiques psychologiques de l'état de guerre".
Véritable programme de recherche, toute une partie de son livre aborde ainsi le "dimorphisme psychologique de la guerre et de la paix", le "duel logique", "la guerre et le sacré", "les catégories d'ami et d'ennemi". Il aborde les relations entre "la guerre et la fête", entre "la guerre et les rites de mort", "les comportement des combattants" et celui des "dirigeants de la guerre", les "effets psychologiques des guerres", les "impulsions belliqueuses" et les "formes de pacifisme". Tous ces éléments font partie de sa tentative de cerner le "phénomène-guerre".

Sous la direction d'Alain de MIJOLLA, Dictionnaire International de la psychanalyse, Hachette littérature, collection Pluriel, 2002. Sigmund FREUD, Actuelles sur la guerre et la mort, 1915, in Oeuvres complètes de Sigmund FREUD,, Psychanalyse, volume XIII, PUF, 1988. Albert EINSTEIN et Sigmund FREUD, Pourquoi la guerre?, Rivages poche, Petite bibliothèque, 2005. Wilhelm REICH, La psychologie de masse du fascisme, Petite Bibliothèque Payot, 1974. Erich FROMM, La passion de détruire, anatomie de la destructivité humaine, Robert Laffont, collection Réponses, 2001. Gaston BOUTHOUL, Traité de polémologie, sociologie des guerres, Bibliothèque scientifique Payot, 1991.
 
PSYCHUS
 
Relu le 18 octobre 2018

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