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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 13:29

    On ne trouve pas le mot Guerre dans les dictionnaires ou encyclopédies de l'éthologie, sans doute parce que, au sens clausewitzien du terme par exemple, la guerre est plutôt du ressort de l'espèce humaine, de l'animal politique qu'est l'humain.
Toutefois, outre le fait que l'éthologie s'intéresse aussi à l'homme, le prédateur (en zoologie, animal qui se nourri de proies) possède des caractéristiques guerrières. On rencontre des comportements guerriers chez les insectes par exemple, qui agissent collectivement. Pour éviter toute confusion, on se concentrera sur la prédation.

      Dans le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, Patrick TORT écrit que la prédation est l'"ensemble des mouvements qui s'ordonnent en vue de l'appropriation par capture et, généralement, de la consommation alimentaire d'organismes vivants (proies). Ce processus comportemental caractérise l'activité de chasse des animaux prédateurs - l'expression s'étant étendue d'une manière discutable à certains végétaux. Elle implique une agression conduisant à la capture de la proie, et se trouve sous-tendue en chacune de ses manifestations par des stimulus activants, déclenchant un comportement d'appétence suivi d'actes consommatoires. On sait par ailleurs que les proies ont souvent développé des comportements multiples de réaction adaptative au comportement du prédateur (...). Ces comportements sont variables selon que l'animal-proie bénéficie ou non de capacités de camouflage (...). L'animal-proie reconnaît fréquemment son prédateur (...)."
En corrélation de Prédation sont cités les mots Agression, Agresivité, Compétition intra et inter-spécifique, Instincts.

     Collectivement ou individuellement, les animaux luttent pour l'existence. Cette lutte pour l'existence, écrit le même auteur "est le ressort central de la théorie de la sélection naturelle. Elle repose en partie sur le fait que tous les animaux détruisent la vie (animale ou végétale) pour se nourrir, se conserver et se reproduire, et que l'univers vivant est le théâtre d'une incessante destruction d'organismes".
Patrick TORT, qui consacre quatre longues pages à cette notion, veut faire bien comprendre que cette expression de lutte pour la vie doit tenir compte d'éclaircissements apportés par Charles DARWIN.
Trois éléments sont à avoir toujours présents à l'esprit :
 - la notion de dépendance : la conscience permanente "d'un réseau de relations qui sont à la fois de concurrence et de co-adaptation entre les organismes partageant et constituant en même temps un certain milieu de vie traversé par une réciprocité constante d'actions et de réactions".
 - l'usage métaphorique de cette expression : sous peine de confusions conceptuelles, car "si en effet on peut employer dans son sens propre l'expression de lutte pour l'existence pour caractériser l'affrontement physique direct de deux carnassiers autour d'une proie conditionnant leur survie, la même expression vaudra encore dans les limites de ce sens lorsqu'elle servira à désigner un rapport n'impliquant pas cet affrontement direct, mais préservant la proximité des concurrents (...), tandis qu'elle deviendra métaphorique lorsqu'elle désignera un rapport de concurrence médiatisé par d'autres organismes (...) ou simplement approximative lorsqu'elle sera chargée de signifier un rapport tensionnel entre l'organisme et son milieu.".
- l'aspect global de la lutte l'emporte sur sa réalité immédiate : la lutte entre animaux s'opère par l'intermédiaire et dépend de la lutte entre d'autres animaux, dans un espace global donné.
    Enfin, continue Patrick TORT, "la lutte pour l'existence est chez DARWIN la conséquence du conflit de trois données majeure :
- le taux élevé d'accroissement spontané de toute population d'organismes ;
- la limitation de l'espace capable de la contenir ;
- les limites quantitatives des ressources qu'elle peut tirer de son environnement."

      On ne peut qu'être frappé par le peu d'études sur les comportements prédateurs - autre que les aspects documentaires parfois anthropomorphiques - en éthologie. Le centrage de l'étude des comportements (instinctifs ou élaborés par l'environnement) sur les relations entre congénères d'une même espèce, d'un même groupe, notamment dans les études sur l'agressivité. Cela empêche d'avoir une vision claire sur les comportements coordonnés en vue de se nourrir et de se protéger. Il semble toutefois bien que les comportements entre congénères d'une même espèce soient complètement différents des comportements de prédation (du comportement entre membres d'espèces différentes).
     Si l'on suit Jean-Luc RENK et Véronique SERVAIS (L'éthologie), l'un des problèmes de cette discipline est qu'il existe "un hiatus entre d'une part les éthologistes qui se sont attachés à des conduites de plus en plus complexes, très souvent chez des organismes qui ne le sont pas moins (oiseaux, mammifères...) et d'autre part les physiologistes qui étudient chez des "organismes simples" des processus délimités (intégration de signaux, commandes    de mouvements, modes de relations entre les deux...)". Ce hiatus a une influence sur notre compréhension du phénomène guerre vu d'un point de vue éthologique, qui intègre l'espèce humaine comme sujet d'études.

     Cela laisse le champ libre à une conception précise des comportements sous couvert de sociobiologie.
     Edward WILSON définit ainsi le champ de la sociobiologie, qui sera dénaturée par beaucoup par la suite : l'étude systématique des fondements biologiques de toutes formes de comportement chez toutes sortes d'organismes comme discipline de recherches, et non comme hypothèse spécifique.
Le chercheur est loin d'avoir la rage spéculative de nombreux adeptes de la sociobiologie : la plupart des types de comportements agressifs, écrit-il dans le chapitre Agression de "L'humaine nature", "entre représentants de la même espèce répondent à des surpopulations locales. Les animaux utilisent l'agression comme une technique permettant de contrôler un certain nombre de nécessités, comme la nourriture et l'abri, qui sont rares ou ont une chance de le devenir rapidement au cours du cycle vital.
Menaces et attaques s'intensifient et deviennent plus fréquentes au fur et à mesure que la population alentour devient plus dense. Ce comportement lui-même a pour résultat de pousser les membres de la population à conquérir de nouveaux espaces, d'accroître le taux de mortalité et de diminuer le taux de natalité." Edward WILSON indique ensuite que l'espèce humaine est loin d'être la plus violente dans les relations inter-spécifiques, et cite les hyènes, les lions et les singes langurs.

     Des études qui relient les apports de l'éthologie à ceux de l'anthropologie comme celle de Serge MOSCOVICI (La société contre nature) questionnent les relations entre prédation, chasse et guerre. Sans aller au fond de cette réflexion, on peut citer, dans son chapitre sur "les deux naissances de l'homme", certains éléments intéressants :
"Reprenant les ressources secondaires des primates, les hommes se sont faits prédateurs. L'équilibre atteint est cependant précaire. Les causes qui ont fait surgir une activité importante à côté de la cueillette continuent à agir et à en presser le développement."  Pour l'auteur, toute une évolution mène l'espèce humaine à la chasse, activité élaborée qui suppose une autre relations vis-à-vis des autres espèces, plus agressive et plus défensive. La recherche des ressources liée à une expansion démographique serait l'un des facteurs faisant de l'homme un chasseur, et dans un monde où coexistent plusieurs espèces humaines (ou d'hominidés) apparentées, la chasse aurait pu se muer en guerre. Loin de vouloir résumer l'étude de Serge MOSCOVICI, sur laquelle nous reviendrons en lecture croisée avec d'autres, dont celui portant sur "la chasse structurale" de Gérard MENDEL, il serait fructueux de rechercher les filiations qui existent entre ces trois termes.

   Sous la direction de Patrick TORT, Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, 3 volumes, PUF, 1996. Jean-Luc RENCK et Véronique SERVAIS, L'éthologie, histoire naturelle du comportement, Editions du Seuil, 2002. Edward WILSON, L'humaine nature, Essai de sociobiologie, Stock/Monde ouvert, 1979. Serge MOSCOVICI, La société contre nature, UGE, 10/18, 1972.

                                                                                    ETHUS

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