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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 15:18
           Stratégies économiques
 
   C'est avec le triomphe du capitalisme industriel et financier au XIXème siècle que vient tardivement d'ailleurs l'extension de la notion de stratégie au domaine économique.
  Karl MARX (1818-1883), le premier, pense l'économie stratégiquement, dans la notion de rapports de forces liés aux rapports de production (entre les différents types de production et les différents types d'entreprises) et aux rapports de classes sociales. La lutte des classes exige une stratégie de prise du pouvoir politique et économique pour la classe ouvrière. Mais les penseurs économiques comme Adam SMITH et David RICARDO ne s'intéressent qu'aux interactions entre une multitude d'agents économiques et il faut attendre l'oeuvre de Joseph SCHUMPETER (1883-1950) pour voir apparaître fortement cette extension de la stratégie à l'économie.

   Dans "Theory of Economic Development" (1908), Joseph SCHUMPETER introduit l'acteur central du système capitaliste : l'entrepreneur doté d'une stratégie de conquête du marché. Dans "Capitalisme, Socialisme et Démocratie" (1942), comme dans "Business Cycles" (1939),  il développe l'idée, au contraire des partisans smithiens et ricardiens de la libre concurrence, que seuls de grandes entreprises monopolistiques peuvent sauver le capitalisme de ses crises périodiques. Dotés d'une véritable stratégie à l'échelle régionale et internationale, ils sont les mieux placés pour diffuser l'innovation, prendre des risques et imposer les transformations nécessaires.
  Après la Seconde Guerre Mondiale, notamment avec les travaux de John Maynard KEYNES (1883-1946), qui dans sa "Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie" (1936), place au centre du jeu économique l'intervention de l'Etat pour réguler l'économie. Il s'agit bien de doter l'Etat d'une véritable stratégie économique, pour endiguer les crises et financer les guerres.
  De manière générale, ces économistes ne s'étendent pas sur le sens du mot stratégie, comme s'il faisait partie "de la nature des choses" que l'entrepreneur est d'une certaine manière le capitaine de son entreprise, qu'il régente comme une armée.

     Plus tard, la "science" économique introduit progressivement des idées et des concepts permettant de comprendre les situations stratégiques et même des questions directement stratégiques comme les approvisionnements en matières premières, et les allocations de ressources rares. Joe BAIN et Edih PENROSE (Theory of the growth of the firme, 1959) initient une branche du savoir en économie intitulée Industrial Organization, dont l'objet est d'étudier la croissance de la firme et la structure des marchés dans des situations de concurrence imparfaite. (Thierry de MONTBRIAL). il s'agit d'étudier les conditions de fixation de prix assurant une rente à long terme aussi élevée que possible. Le "marché contestable" de BAUMOL, PANZAR et WILLIG (1982) est le terrain à étudier pour analyser les "bonnes" stratégies des distributeurs de marchandises et de services pour empêcher les consommateurs de découvrir une fois pour toutes le prix le plus faible. La théorie moderne de l'Industrial Organization (J.TIROLE, "The theory of Industrial Organization, 1988) étudie les problèmes comme la "sélection adverse" en cas d'incertitude sur la qualité des produits, par la recherche des moyens d'orientation de l'information sur ceux-ci (publicité, marketing).

       Dans un Dictionnaire de la stratégie, Philippe DE WOOT, compte tenu de toutes ces études théoriques et de nombre d'applications pratiques, comme de l'activité des branches des directions d'entreprises chargées de proposer les modalités de l'activité productive, commerciale ou/et financière de celles-ci, propose une bonne définition de la stratégie dans le domaine économique.
"Dans un monde concurrentiel, la stratégie vise essentiellement à conduire l'évolution de l'entreprise en vue de développer sa performance et d'éviter son déclin par vieillissement, manque d'initiative, perte de la maîtrise commerciale, technologique ou économique. (Elle) peut être définie comme l'ensemble des manoeuvres qui permettent à l'entreprise de mener victorieusement la conquête concurrentielle de ses marchés. il s'agit d'un processus de décision et d'action, délibéré et anticipatif. C'est par lui que l'entreprise définit ses priorités, oriente ses forces, alloue - et ré alloue - ses ressources rares. c'est aussi par lui qu'elle fixe les buts à atteindre et les normes du succès ou de la victoire." Il s'agit d'obtenir le plus de profits possibles en un minimum de temps en engageant le minimum de ressources.
  Avec l'affaiblissement des Etats et la montée en puissance d'entreprises à la taille proprement gigantesque, la stratégie des entreprise est devenu tout un domaine où foisonnent les experts. Ceux-ci manient les données économiques dans ce qu'ils considèrent souvent comme une guerre. Ainsi, Dominique FONVIELLE (De la guerre économique...) définit le marché comme un terrain de bataille où doivent se mener précisément des combats plus ou moins décisifs, en vue d'absorber des entreprises rivales ou tout simplement de prendre leurs parts du marché. Fixant le cadre général de l'action où l'information prend une place centrale, il transpose les notions d'agresseur et d'agressé de l'Etat à la firme. Mieux, il croise ces notions dans une perspective où le rôle de l'agressé et de l'agresseur est joué par un Etat ou une firme face à une firme ou un Etat. S'il s'agit d'un Etat face à un autre Etat, la recherche du leadership économique et politique, par la diplomatie, l'action des services spéciaux, les réglementations sont la règle, avec les créations de tensions et la possibilité de passer à la guerre militaire. Un Etat face à une firme en fait la cible du service de renseignement, et l'objet de l'action des stratégies d'influence en appui de firmes concurrentes. S'il s'agit d'une firme face à une firme, l'espionnage industriel, les coups tordus des "officines" sont la règle, en dehors des actions classiques sur les prix et les quantités de marchandises et de biens, mais aussi une firme face à un Etat cherche à exercer une domination politique et financière sur un pays étranger, appuyée par les services spécialisés de son pays, la corruption et la dépendance politique, sans compter l'action directe de "lobbying" de la firme sur son propre Etat. On a l'habitude de raisonner comme si sur la scène internationale, ce sont les Etats qui constituent les acteurs principaux, les références obligées, mais dans la réalité, les grandes firmes peuvent tout aussi bien, dans certaines circonstances, avoir des stratégies propres à rivaliser avec les Etats, même ceux dont sont originaires ces firmes. Ces firmes, dans leur stratégie considèrent alors certains Etats comme leurs propres agents de développement.
Dans un tableau saisissant, Dominique FONVIELLE récapitule les forces et faiblesses des entreprises françaises en mettant en relief la société de l'information, les nouvelles menaces non militaires et les stratégies économiques nationales. On peut juste reprocher à celui-ci de continuer à prendre comme référent absolu la nationalité des entreprises, comme si l'entreprise France existait finalement, alors qu'on a affaire plutôt à des entreprises de toutes tailles qui agissent dans un espace multinational en jouant sur les différentes réglementations (sociales, économiques, culturelles)  pour produire les plus grands bénéfices. En fait, les critères de choix d'investissement des entreprises obéissent à des nécessités de surprise stratégique ou d'éducation du marché à des marchandises ou des services, de création ou de destruction de valeurs, de respect du code éthique (variable) et de la conformité (variable) des dirigeants d'entreprises aux orientations politiques nationales.

Sous la direction de Thierry DE MONTBRIAL et de Jean KLEIN, Dictionnaire de stratégie, PUF, 2000 - Article Stratégie et Stratégie des entreprises (Thierry de MONTBRIAL et Philippe DE WOOT. Sous la direction de Jean-Marie ALBERTINI et d'Ahmed SILEM, Comprendre les théories économiques, Editions du Seuil, 2001. Dominique FONVIELLE, De la guerre... économique, PUF, collection Défense et défis nouveaux, 2002.

                                                                             STRATEGUS
 
Relu le 31 octobre 2018

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