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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 16:05

           2   Les introductions des deux rapports

          Le livre publié par l'UNESCO en 1980, issu lui-même d'un Colloque organisé en 1975, est introduit par le sociologue (de défense) français Alain JOXE, de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales.

  Il situe d'emblée la violence comme multiforme et l'utilisation du mot violence comme galvaudée :

    "Parmi les sujets les plus galvaudés par les moyens de communication de masse apparaît le thème de "la violence" comme un fait nouveau. Pourtant, dans ce qui est signifié par ce mot, l'ensemble des actions humaines impliquant l'usage de la force et en particulier de la force armée, il y a, en fait, fort peu de nouveauté. Les moyens et les victimes des "kidnappings", du "machisme", du "houliganisme", des guerres de "gang", des révoltes de prisons ou des universités, des "hold-up" et des "guerres" de répression, de conquête ou d'usure de matériel militaire, ne sont pas tout à fait les mêmes qu'aujourd'hui, sous l'"Ancien Régime", au Moyen-Age ou dans l'Antiquité. Cependant il ne faudrait pas conclure que notre siècle serait plus violent qu'un autre. Selon ce qu'on choisira de compter pour mesurer cette violence, on pourra même montrer éventuellement qu'il l'est moins. Il y a une mode de la violence comme catégorie fourre-tout."

    La définition implicite, "UNESCO", de la violence découle de la position de cette organisation internationale : "La violence a pour cause inévitable la conclusion d'un type de paix précaire qui correspond seulement à une absence de conflit armé, sans progrès de la justice, ou pis, une paix fondée sur l'injustice et la violation des droits de l'homme."

   Alain JOXE veut clarifier le statut praxéologique de la violence en présentant ses logiques. Il s'appuie pour cela d'un tableau sur les typologies de la violence, présentant les systèmes (unités : individus, groupes...), les causalités (par disciplines scientifiques), les pratiques de contrôle et les modes d'intervention.

Diviser pour régner, Paix comme vérification de la guerre, Centralisme et autogestion (à propos des liens entre violence et informatique), Violence hégémonique et non-violence coercitive, Transdisciplinarité et totalitarisme sont les axes de sa présentation générale.

 "Diviser pour régner" veut mettre l'accent sur le terrible constat qu'à l'époque (et sans doute encore aujourd'hui), les pratiques de recherche des différentes branches scientifiques restent très largement divisées, tandis que les praticiens dans les différents appareils d'Etat exploitent souvent dans le sens de la violence et du contrôle social, les découvertes des recherches sur la causalité de la violence qu'ils savent utiliser de manière globale.

"La paix comme vérification de la guerre" indique la contradiction concrète des chercheurs des causes de la violence qui sont poussés à vouloir des expériences non-violentes, dans lesquelles, à titre d'expérimentation, on supprime une cause présumée de violence, mais qui dépendent, pour la mise au point de telles expériences, de décideurs politico-sociaux désireux d'avoir une telle connaissance selon des objectifs permettant de mieux "préparer la guerre pour avoir la paix".

"Violence et information" constate que la lutte pour la transdisciplinarité n'est pas simplement une tâche scientifique, mais une lutte politique. "La violence et le savoir dépendent toujours de la division internationale du travail, de l'apparition de nouvelles relations sociales de production et de nouvelles forces productives, et la lutte pour l'information de ces forces productives nouvelles est à proprement parler la lutte politique des classes. Le problème de la subordination du savoir à la violence en dernière instance est un problème très concret." Cette relation entre violence et savoir est modifiée par l'outil informatique, à savoir que la coordination de la décision soit violente, soit économique, est amplifiée pour les forces sociales qui ont les moyens financiers de développer cette technique.

"Violence hégémonique et non-violence coercitive" poursuit cette réflexion au moment où des techniques d'information permettent l'apparition de pratiques hégémoniques (au sens de GRAMSCI) centralisées (la télévision...) et de pratiques coercitives décentralisées (guerre par délégation, répression par délégation de l'Etat à des milices plus ou moins privées, centralement informées...).

      On le comprend, ce genre de réflexion se situe dans une perspective proche de courants marxistes. Cette réflexion, permise à l'époque - 1975 - de l'existence d'une idéologie marxiste forte à l' l'UNESCO, ne serait plus de mise aujourd'hui au sein de cette organisation...

"Transdisciplinarité et totalitarisme" est une véritable mise en garde. "On peut se demander cependant (après l'avoir souhaitée) si une transdisciplinarité meilleure ne serait pas un remède pire que le mal. Si l'on aboutissait à une meilleure explication de la violence par l'ensemble des causalités propres aux différents niveaux d'organisation de la société, est-ce qu'on ne risquerait pas de renforcer, dans un premier temps, l'émergence de pouvoirs totalitaires, voire d'un pouvoir totalitaire mondial basé sur l'usage transdisciplinaire de la violence? Cette évolution est même en apparence amorcée déjà sous nos yeux."

 

        L'introduction des textes de 2005, issus d'un colloque UNESCO-IHEDN de 2003, par Pierre SANE, sous-directeur général de l'UNESCO pour les sciences sociales et humaines, très courte, est évidemment bien plus générale, plus "inoffensive" et plus consensuelle.

     "La violence - le concept comme le phénomène - a été depuis des décennies au centre de la réflexion des diverses disciplines des sciences sociales et humaines, mais aussi de la philosophie et de la littérature. L'approche de la "violence" est transversale et pluridisciplinaire. Le premier trait caractéristique de la violence, c'est précisément la difficulté que présente au néophyte comme au théoricien sa définition. Doit-on parler de violence au singulier ou au pluriel? Elle est en effet protéiforme aussi bien dans ses origines que dans ses conséquences. L'aborder comme un objet d'étude unique et monolithique n'aurait aucun sens et, surtout, n'apporterait aucun élément nouveau de réflexion sur ses multiples visages contemporains."

   "Assiste-t-on, dans le domaine des relations internationales, à l'émergence de nouvelles formes de violence? Quelle est la marge d'action du droit international aujourd'hui? La violence est-elle innée ou naturelle, ou bien "héritée" d'un environnement particulier? Peut-on parler de violence "endogène"? Qu'en est-il de la supposée fracture entre Islam et Occident et du "choc des civilisations"? Qui tient ce discours?"

 

      L'orientation générale des textes publiés par l'UNESCO à plus de vingt ans d'intervalle n'est plus la même. A une approche directement issue de luttes politiques vives, que ce soit entre Etats ou entre classes sociales, s'est substituée une approche à la fois plus générale - sans aspérités politiques - et avec des éléments plus précis, sans doute plus opérationnels. Alors, se pose évidemment la question, qui se sert de telles études? Et dans quel but? Mais les deux rapports n'entrent bien sûr pas dans le jeu de "donnez des noms!", le deuxième encore moins que le premier, et s'efforcent tous deux d'apporter des éclairages divers aux questions posées par l'existence de la violence.

 

NB : UNESCO : anglais de Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture.  IHEDN : Institut (français) des Hautes Etudes de Défense Nationale

 

                                                                                                      SOCIUS

 

Relu pour développements en 2019 le 20 octobre 2018

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