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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 10:35
      Issu de la géopolitique et de la stratégie, cette nouvelle discipline, enseignée à l'Université, est initiée dans les années 1990 par Edward LUTTWAK (né en 1942) aux Etats-Unis et par Pascal LORIOT en France, qui crée en 1997 la revue du même nom.
    Pour ce faire une idée précise de l'approche faite par cette nouvelle discipline, lisons d'abord son initiateur français, dans un article écrit dans les débuts de sa revue :
 "Avec la fin de la guerre froide, les capacités militaires des Etats développés ne constituent plus, de loin, le principal facteur de leur puissance sur la scène internationale. La période des conflits directs et frontaux, recourant à la puissance de feu et aux capacités militaires entre puissances industrielles est aujourd'hui révolue. La puissance s'exerce dorénavant de manière plus douce, sans recours à la coercition (...).
  A un niveau plus global, l'ouverture des frontières et la libération des échanges ont favorisé l'apparition de firmes multinationales dotées de stratégies véritablement planétaires. De leur côté, les États se sont engagés - aux côtés de leurs entreprises nationales - dans des politiques de conquête de marchés extérieurs et de prise de contrôle de secteurs d'activité considérés comme stratégiques. Au service des ambitions nationales, les diplomates doivent aujourd'hui avoir la double casquette, diplomatique et économique, ce qui n'est pas sans leur poser de problèmes. De fait, la santé économique d'une nation est l'aune à laquelle on juge désormais sa puissance. Dans ce monde en train de devenir global, les intérêts des nations se soumettent à leurs intérêts économiques. Ce glissement signe l'ouverture d'une ère nouvelle, celle de la géoéconomie." 
  Plus loin, Pascal LORIOT s'essaie à une définition : la géoéconomie est "l'analyse des stratégies d'ordre économique - notamment commerciales -, décidées par les États dans le cadre de politiques visant à protéger leur économie nationale ou certains pans bien identifiés de celle-ci, à acquérir la maîtrise de technologies clés et/ou à conquérir certains segments du marché mondial relatifs à la production ou la commercialisation d'un produit ou d'une gamme de produits sensibles en ce que leur possession ou leur contrôle confère à son détenteur - État ou entreprise "nationale" - un élément de puissance et de rayonnement international et concourt au renforcement de son potentiel économique et social.
  La géoéconomie s'interroge sur les relations entre puissance et espace, mais un espace "virtuel" ou fluidifié au sens où ses limites bougent sans cesse, c'est-à-dire dans un espace affranchi des frontières territoriales et physiques caractéristiques de la géopolitique. Corollaire de cette définition, un dispositif géoéconomique regroupera l'ensemble des instruments à la disposition d'un État, susceptibles d'être mobilisé par lui au service de la satisfaction de tout ou partie des objectifs sus-mentionnés qu'ils s'assignerait.
  Dernière précision, les stratégies géoéconomiques sont le fait, le plus souvent des États développés mais peuvent, le cas échéant, être initiés par des pays industrialisés non membres du "club occidental" pris au sens classique."

         Il faut saluer l'entrée de cette nouvelle discipline, car cela fait un certain temps que les relations planétaires ne sont plus le fait principal des États.
Toutefois, la perspective reste celle des États, ou représentants d'États, soucieux de sauvegarder ou d'accroître leur puissance, et c'est vrai qu'au sein des appareils d'États, les stratégies géoéconomiques jouissent d'une bonne popularité. En témoigne la floraison d'instituts prenant cette approche. Or, les stratégies d'entreprises sont souvent a-nationales, notamment celles des grandes entreprises multinationales de n'importe quel secteur économique. Les intérêts de ces entreprises ne sont pas toujours, loin de là, assimilés à ceux de la nation où elles ont pris naissance. Il existe de réelles contradictions entre les stratégies géoéconomiques des États et celles des grandes entreprises multinationales.
      L'approche marxiste a depuis longtemps assimilé ce fait et il faut craindre que dans le climat hégémonique de l'approche libérale, dérivée d'une certaine perspective mercantiliste, elle biaise les efforts de ceux qui veulent comprendre les phénomènes géoéconomiques.
      La difficulté supplémentaire des réflexions autour de la géoéconomie réside du coup dans l'opacité des finances des entreprises - sans compter l'enchevêtrement des dettes et des créances qui rend l'ensemble incompréhensible même aux experts internationaux - qui, contrairement aux États, ne livrent pas facilement l'ensemble des comptes de leurs activités. L'affaiblissement des différentes fiscalités nationales n'arrangent évidemment pas les choses dans ce domaine.

                                                                                        ECONOMIUS
 
Relu le 8 décembre 2018

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