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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 15:03
         Si l'actualité a encore le souvenir du retentissant long métrage américain  "Lord of War",  d'Andrew NICCOL, avec Nicolas CAGE, qui raconte en 2005 les pérégrinations criminelles d'un marchand d'armes appelées légères dans la terminologie militaire (encore qu'on y trouve du bon gros matériel dans certains passages du film), le cinéma en général est plutôt avare dans la représentation du commerce des armements.
        On a connu toutefois en France deux films qui abordent ce thème, l'un de façon centrale, l'autre dans une dénonciation plus globale du système économique. "La raison d'Etat",  d'André CAYATTE, de 1977, avec Jean YANNE et "Mille milliards de dollars", d'Henri VERNEUIL en 1982, avec Patrick DEWAERE.

      La raison d'Etat met en scène un biologiste en possession d'un document donnant la preuve de la responsabilité de la France dans un massacre commis dans un pays d'Afrique et un groupe de pacifistes déterminé à alerter l'opinion publique. S'appuyant sur une réalité de l'organisation du secteur de l'armement de l'époque, aux responsables à peine caricaturé campés par des acteurs populaires, le film avait comme mérite rare de décrire une partie du système économique (300 000 travailleurs dans les années 1970) et de permettre d'introduire nombreux débats dans diverses salles de cinéma par la suite. Touche de réalité : des scènes ont été tournées dans les locaux de l'Union Pacifiste de France pour les images de réunions de militants pacifistes...
Parce que c'était une oeuvre de fiction, la presse à l'époque ne décrit qu'un banal drame politique. Pourtant, surtout dans les passages où sont évoqués les méthodes commerciales, il constitue un des films les plus proches de la réalité.

 



     Mille milliards de dollars, où le personnage principal - un journaliste - est informé de malversations touchant une puissante entreprise multinationale, jour encore peut-être plus sur les ressorts mélodramatiques d'un beau polar se déroulant dans les milieux financiers. Surtout que le journaliste réussit à alerter l'opinion et que l'industriel coupable se tire une balle dans la tête. Mais au-delà d'une dramaturgie classique des bons et des méchants - donnant au film un caractère encore plus de fiction que La raison d'Etat - la toile de fond de l'histoire racontée est bien réelle. Il s'agit du trafic d'armement effectué par les firmes américaines avec l'Allemagne jusqu'en 1942. Une partie du film d'ailleurs narre comment ces firmes demandèrent après la guerre réparations des dommages sur leurs usines bombardées existantes en Allemagne... Une très grande partie des Mille milliards de dollars en question provient précisément de ce commerce tout à fait légal selon la législation internationale en vigueur. Le seul élément illégal est un détournement - qui du point de vue du directeur de ladite multinationale n'est qu'un petit accident de parcours. C'est cet élément illégal qui fait scandale et qui fait le méchant, mais l'ensemble de l'affaire est bien décrite, à l'aide notamment d'un bon documentaire dans le film introduit pendant l'action...



       Doté de moyens très importants, encensé par la critique, soutenu même par Amnesty International, Lord of War, pendant un peu plus de deux heures, montre l'activité d'un commerçant ordinaire dans le trafic international d'armes de guerre, même si cette activité passe souvent de la légalité à l'illégalité, suivant les causes soutenues par les gouvernements en place. Le scénario de ce film repose sur quelques biographies d'hommes qui se sont illustrés dans l'alimentation régulière des multiple guerres ainsi que sur des enquêtes menées par le FBI et la CIA sur leurs agissements. C'est dans toute son humanité que le personnage incarné par Nicolas CAGE est saisi. Ce n'est pas à proprement parler un méchant - si ce n'est pas lui qui livre, ce sera un autre - malchanceux dans son domaine commercial et qui s'est recyclé dans une activité bien plus lucrative même si elle est extrêmement dangereuse... Tout est bien décrit : les rivalités entre commerçants de la même branche, la destructivité des armements circulant, la rapacité étatique ou presque étatique de se fournir en matériels nombreux et performants, les équivoques et les ambivalences des services secrets et du gouvernement américain qui a besoin de ce genre de Monsieur encombrant...et les misères personnelles de ce fournisseur bien utile.
      Bien dans son époque puisque les stocks d'armements laissés dans les entrepôts par des puissances militaires qui ne le sont plus ou qui le sont moins n'ont jamais été aussi nombreux et variés, Lord of War tourne le regard du spectateur vers un commerce dont la presse parle peu.

 

 
La raison d'Etat, André Cayatte, 1977, France, Alpes-Cinéma, Milda Produzioni Cinematograph et Paris-Cannes Production, sorti en salles le 26 avril 1978. Mille milliards de dollars, Henri VERNEUIL, 1982, France, V Films, SFP Cinéma, Film A2, sorti en salle le 10 février 1982. Lord of War, Andrew NICCOL, Etats-Unis, Warner Bross, sorti en salle le 16 septembre 2005.
   Il est particulièrement conseiller de se procurer le DVD collector de Lord of War pour les bonus qui s'y trouvent : un documentaire sur les marchands de mort. L'acteur Nicolas CAGE s'est engagé personnellement contre le commerce des armes, ainsi que le réalisateur auquel nous laissons la parole : "Presque tous les événements du film ont un précédent réel. Des hélicoptères militaires ont bien été vendus comme des engins destinés à des interventions de secours, des trafiquants d'armes ont bien changé les noms et paramètres d'enregistrement de leurs navires une fois en mer, un célèbre trafiquant d'armes a été libéré des prisons américaines après des pressions mystérieuses, des stocks d'armements militaires soviétiques ont été pillés après la chute de l'URSS... Tout cela est avéré."
  
    Il est dommage qu'il n'existe pas de long métrage traitant du commerce d'armements et de la coopération militaire entre l'Allemagne et l'Union Soviétique avant le début de l'opération Barabarossa de l'invasion de l'URSS. Laquelle coopération permit la mise en oeuvre d'armements performants et de troupes remarquables alimentant la seconde guerre mondiale entre alliés devenus ennemis, sans compter que la bienveillance soviétique permit à l'Allemagne de contourner dans les années 1930 les dispositions du Traité de Versailles devant brider une possible remilitarisation du principal vaincu de la Première Guerre mondiale... Cela permettrait de mettre en perspective ce commerce mondial d'armements et de services militaires, sans qui, des États-Unis à l'Union Sovitique, la seconde guerre mondiale n'aurait pas eut lieu...

                                                                                 FILMUS
 
Relu le 26 novembre 2018.

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