Lundi 5 janvier 2009 1 05 /01 /Jan /2009 14:13
      
       Défini par le Dictionnaire Le Petit Robert comme abus de la force, provenant du mot latin violentia (1215), le mot violence est très utilisé, sans doute parce qu'il fait partie intégrante de presque toutes les cultures humaines.
  Le Petit Robert (1972)  toujours y consacre quatre acceptions :
            - Faire violence (1538) : "agir sur quelqu'un  ou le faire agir contre sa volonté, en employant la force ou l'intimidation. Faire violence à quelqu'un : le contraindre en le brutalisant ou en l'opprimant ;
             - Une violence est l'acte par lequel s'exerce une force ;
             - Une disposition naturelle à l'expression brutale des sentiments ;
             - Force brutale (d'une chose, d'un phénomène).
   Mêmes définitions dans le Dictionnaire Hachette (2001) : force brutale exercée contre quelqu'un, actes de violences, brutalité de caractère de l'expression, intensité, force brutale d'un phénomène naturel ou d'un sentiment.
  Le Larousse encyclopédie en couleurs paru chez France Loisirs en 1989, lui, place au début de sa définition :
                   - Force intense, souvent destructrice, puis outrance (violence des expressions) ;
                   - Abus de la force (par opposition à la persuasion et à la conciliation), caractère emporté ;
                   - Faire violence à une personne, la contraindre par la force ;
                   - Faire une douce violence à quelqu'un, lui faire accepter une chose qu'il ne refuse de faire que par façon,
                        par délicatesse ;
                   - Violenter, c'est forcer quelqu'un par la violence à transgresser la règle naturelle ou morale.

       Yves MICHAUD dégage bien ces deux orientations : "d'un côté, le terme violence désigne des faits et des actions; d'un autre, il désigne une manière d'être de la force, du sentiment ou d'un élément naturel - violence d'une passion ou de la nature. Dans le premier cas, la violence s'oppose à la paix, à l'ordre qu'elle trouble ou remet en cause. dans l'autre, c'est la force brutale ou déchaînée qui enfreint les règles et dépasse la mesure".
 Cette étymologie, toujours selon Yves MICHAUD, nous apprend au moins trois choses :
         - Violence vient du latin violentia qui signifie violence, caractère violent ou farouche, force. Le verbe violare signifie traiter avec violence, profaner, transgresser. Ces termes se rattachent au mot vis qui veut dire force, vigueur, puissance, violence, emploi de la force physique, mais aussi quantité, abondance, essence  ou caractère essentiel d'une chose.
 Vis signifie la force en action, la ressource d'un corps pour exercer sa force, et donc sa puissance, la valeur, la force vitale ;
  Au vis latin correspond l'is homérique qui signifie muscle et encore force, vigueur et se rattache lui-même à bia qui veut dire la force vitale, la force du corps, la vigueur et, en conséquence, l'emploi de la force, la violence, ce qui contraint et fait violence.
Il se rattache au sanskrit j(i)yà qui veut dire prédominance, puissance, domination qui prévaut.
           - On retrouve donc rattachés constamment la force et la violence. Plus, si on laisse de côté les jugements de valeur, la force est non qualifiée. Elle devient violence lorsqu'elle dépasse la mesure ou perturbe un ordre.
           - L'idée de force qui constitue le noyau de la violence est soumise à de grandes variations dans le temps et dans l'espace, mais toujours la violence est d'abord une affaire de coups et de mauvais traitements et elle laisse des traces. Il y a autant de formes de violence qu'il y a de sortes de normes.

     Michel WIEVIORKA pense qu'une difficulté de définir la violence provient d'une dualité de perspectives : son objectivité, sa rationnalité, sa factualité, voire sa comptabilité en nombre de victimes ou en destructions matérielles et sa subjectivité, telle qu'elle est vécue, observée, représentée, voulue ou subie.
     Hélène FRAPPAT dans son anthologie sur la violence, relève elle aussi cette étymologie qui rend le mot violence si proche de celle de la force. "La violence serait la force en action, la force quand elle s'exerce : il n'y a pas de force que pour autant qu'elle se manifeste dans une action, un mouvement : associé à une contrainte, elle deviendrait violence. Le langage courant, qui tient souvent force et violence pour synonymes, confirme cette relation."

      Cette confusion entre force et violence est très fréquente et l'étymologie rend difficile une distinction. Même les auteurs favorables à la non-violence en conviennent, ainsi Jacques SEMELIN et Christian MELLON dans leur petit livre :
 "Deux raisons expliquent que cette distinction, pourtant essentielle, ne soit pas toujours perçue. La première tient à l'habitude d'utiliser, dans le langage courant, le mot violence comme un intensif de force : on dira d'un orage ou d'un sentiment qu'ils sont violents pour dire qu'ils sont très forts. La seconde tient à une interférence regrettable entre le registre de la description et celui des jugements de valeur. Sauf dans quelques idéologies extrémistes qui valorisent la violence pour elle-même, le mot violence a plutôt une connotation négative : il ne sert pas seulement à décrire des actes, mais à les stigmatiser. D'où la tendance à utiliser le mot force pour désigner toute forme de violence que l'on estime légitime (...). La clarté exigerait que soit respectée l'indépendance des deux registres : le mot violence doit pouvoir être employé - s'il s'agit d'actes portant atteinte à la vie ou aux droits d'êtres humains - même quand de tels actes sont considérés comme moralement et/ou juridiquement légitimes (...).".

     Par ailleurs, une autre confusion existe entre conflit et violence, malgré leurs étymologies plus éloignées. Toute conflit n'est pas forcément violent et toute violence ne provient pas forcément d'un conflit.

      Michel WIEVIORKA, La violence, Hachette littératures, collection Pluriel, 2006 ; Hélène FRAPPAT, La violence, textes choisis et commentés, GF Flammarion, collection Corpus, 2000 ; Yves MICHAUD, La violence, PUF, collection Que sais-Je?, 1988 ; Christian MELLON et Jacques SEMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994.


     
 
Par GIL - Publié dans : DEFINITIONS
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