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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 15:34

 

     Chef d'état-major britannique du Royal Tank Corps en 1917, John FULLER compte parmi les rares auteurs, à la fois stratège et stratégiste, abondamment traduits, à avoir prévu l'importance du tandem Char-Avion, qui frappe d'obsolescence l'infanterie et la cavalerie et à avoir suivi de près, avec beaucoup d'expertise, l'évolution des armements de la Première à la Deuxième Guerre Mondiale. Il est plus suivi d'ailleurs dans ses réflexions par les autorités militaires allemandes et soviétiques que par celles de son pays. Le Blitzkrieg de 1939-1941 des armées allemandes s'inspire d'ailleurs de ses vues ; son plan Fuller d'offensive mécanisée de 1919 ne fut pas appliqué bien entendu mais il fut énormément consulté par les chefs militaires allemands sous le régime nazi, ce qui n'est pas étranger sans doute à ses préférences politiques d'extrême droite.
      
    D'une érudition encyclopédique, il recherche les lois d'évolutions historiques à travers ses 27 ouvrages relatifs à l'art militaire. Certains sont des livres de souvenirs (L'Armée de mon temps, Les Mémoires d'un soldat non-conformiste), d'autres des oeuvres purement historiques (L'Histoire de l'Infanterie légère anglaise au XVIIIème siècle, Les batailles décisives des Etats-Unis, Le Général Ulysse GRANT), mais la plupart d'entre eux sont relatifs à la théorie de la guerre (comme la Guerre des blindés, La Seconde Guerre Mondiale, 1939-1945, : une position stratégique et tactique de l'histoire).
    Deux d'entre eux retiennent particulièrement notre attention, dans la perspective de réflexions sur le conflit :
- L'influence de l'armement sur l'histoire, des guerres médiques à la Seconde Guerre Mondiale, de 1948 ;
- La conduite de la guerre, de 1789 à nos jours, Étude des répercussions de la Révolution Française, de la Révolution Industrielle et de la Révolution Russe sur la guerre et la conduite de la guerre, de 1963.

    Ce deuxième ouvrage n'est pas une histoire des guerres depuis 1789, comme l'écrit l'auteur lui-même. "On n'y considère pas en principe la manière dont elles furent conduites sous l'angle militaire, mais plutôt sous celui de la pression qu'exercèrent sur elles les événements politiques, économiques et sociaux." John FULLER y examine notamment les influences de la Révolution Industrielle sur la puissance militaire, après avoir discuté des apports du "père de la guerre moderne", CLAUSEWITZ. Il situe à la Guerre de Sécession américaine (1861-1865), le moment décisif de cette influence. Cette guerre prélude directement à la Première Guerre Mondiale sur les plans tactiques et sur les conséquences de la guerre sur la société, en terme par exemple de destructions matérielles et humaines. Il s'agit surtout pour le stratégiste de montrer comme "on ne doit pas conduire une guerre"...
    Dans un ouvrage récent, Olivier ENTRAYES, lieutenant-colonel, officier de liaison à la Defence Academy du Royaume-Uni, effectue un retour d'ensemble sur la pensée de John FULLER, surtout dans la période 1913-1933. 
Lorsque l'on étudie l'histoire, écrit-il dans l'introduction de son livre, "force est de constater que les périodes qui facilitent la pensée sont généralement des périodes de transition technologiques, d'avolution des idées, de révolution politique ou sociale, de fractures démographiques. Soudain, l'étude de Fuller devient pertinente parce que son oeuvre résonne comme le produit d'une transition d'une pensée militaire nouvelle née des bouleversements politiques, économiques, scientifiques, sociaux et culturels entre le début de la seconde moitié du XIXe siècle et de la fin de la Première guerre mondiale. Dans cette jointure temporelle, la pensée de Fuller aide à comprendre cette jonction dans laquelle les bourgeons de la pensée nouvelle s'opposent aux résistances aux changements qui définissent l'entropie historique. Finalement, l'objet de ce livre est né d'une triple considération : l'importance de l'Histoire militaire, comme fondement de la culture générale de l'officier ; l'étude exclusive et exhaustive d'un officier britannique non-conformiste enfin, un cadre de la réflexion qui s'inscrit dans ce que les historiens anglo-saxons appellent "Horse-to-engine era". (...) 
Dès l'année 1919, l'idée fixe qui anime tous les écrits du Colonel Fuller est de conduire une profonde réforme au sein de l'Army. Selon lui, la Grande Guerre a pour conséquence de provoquer beaucoup plus de changements dans le champ psychologique que dans le domaine matériel. ce constat est mis en avant dans le livre qui aura le plus de répercussions et d'influence à l'étranger, The Reformation of War . "1914-1918" devient le creuset d'une pensée partagée par des hommes qui ont vécu la même expérience. L'âge, la mentalité et le vécu définissent alors ce que le professeur Robert Wohl appelle "The Generation of 1914". Cette réforme souhaitée est drainée par ces idées neuves que Fuller trouve dans la littérature, la psychologie, la philosophie et toutes les nouvelles sciences qui se développent depuis le début du siècle. Cette jeunesse a pour devoir de reprendre le flambeau (...). Son aventure est celle d'un précurseur qui cherche à développer de nouveaux modes de pensée ou une préparation et une organisation de la guerre différente. Dans cette entreprise sulfureuse, il forme, à partir de 1923, avec Liddell Hart, une sorte d'avant-garde fougueuse et particulièrement jeune d'esprit. Elle identifie pleinement son rôle à celui d'une jeunesse élitiste qui pense régénérer promptement la nation. Ce "programme" repose sur les cinq thèmes suivants :
1- L'abandon du système régimentaire et de ses liens avec la défense de l'Empire qui établissent, dans le cadre du Cardwell System, que chaque bataillon stationné au Royaume-uni est associé à un bataillon "parent" dans une garnison des colonies ;
2 - La création d'une petite armée d'élite, hautement entrainée et complètement motorisée et mécanisée ;
3 - La mise en place de parcours professionnels rationalisés pour tous les personnels de l'Army ;
4 - La création d'un système d'état-major sur le modèle du General Stab prussien ;
5 - La volonté d'insuffler une réelle révolution dans la pensée de l'Army, dans sa façon de préparer et de conduire la guerre dans le but de mettre en application l'approche manoeuvrière."
John Friedrich FULLER, La conduite de la guerre, Payot, 1948 ; L'influence de l'armement sur l'histoire, Payot, 1963.
 Article FULLER de Martin MOTTE, dans Dictionnaire de stratégie, sous la direction de Thierrry de MONTBRIAL et de Jean KLEIN, PUF, 2000 ; Article FULLER d'André CORVISIER, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.
Olivier ENTRAYES, Le stratège oublié, J F C Fuller, Editions Brèches, 2013.
Complété le 26 février 2014.

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