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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 13:57
     Les compétences linguistiques de Noam CHOMSKY, important linguiste même si aujourd'hui ses théories sont contestées, l'ont certainement aidé à posséder un sens aigu de la critique sociale, économique et politique. Le livre d'entretiens, échelonnés du 10 mai 1998 au 12 juin 2000, intitulé "De la propagande" montre une manière de s'y opposer en cultivant, contre toutes les modes intellectuelles et toutes les paroles officielles, un esprit constant de recherche d'informations, si possible de première main, et de tentatives de découvrir la vérité derrière les brouhahas des médias. Cette publication intervient aux Etats-Unis à point nommé juste après les attaques terroristes du 11 septembre 2001.
    
        En 7 chapitres ordonnés autour d'idées force, David BARSAMIAN et Noam CHOMSKY veulent montrer, véritablement, l'impérialisme américain en action et en flagrant délit perpétuel de mensonges, de mensonges à la fois sur les faits et sur les intentions de la riche classe dirigeante des Etats-Unis.
    De façon pertinente, à l'encontre d'une certaines lassitude et d'un certain découragement ambiant des volontés véritablement réformatrices et à fortiori révolutionnaires, ils commencent par "Les victoires de l'activisme", dans une évocation du combat contre l'AMI, ce vaste accord commercial qu'une partie des dirigeants américains voulaient imposer au reste du monde.
Prenant constamment à contre pied des expressions qui orientent par trop la pensée (comme "Américains" pris dans le sens "Etats-Uniens"), des rhétoriques perpétuellement entendues sur les ondes à propos de la dette (que ce soit la dette des pays du Tiers-Monde ou la dette des organismes sociaux, notamment de retraite), des prises de position un peu faciles (les faits du terrorisme américain étant toujours qualifiés d'antiterroristes), les deux militants abordent de nombreux sujets, les relations internationales (avec beaucoup d'éléments sur le Timor-Oriental), le commerce international, la criminalité, la mondialisation et l'altermondialisation. Ils opèrent également des rappels historiques fulgurants qui permettent de concevoir une continuité dans les comportements politiques internationaux entre la Première Guerre Mondiale et les événements de l'éclatement de la Yougoslavie.
 
         Dans un chapitre intitulé "Affranchir les esprits des idées toutes faites", Noam CHOMSKY aborde la question de l'endoctrinement et de la propagande en faisant appel directement à ses habitudes de linguiste. Pour expliquer sa méthode,utilisée dans ses nombreux écrits et interventions orales,  il dit : "On s'efforce notamment de révéler l'abîme entre les lieux communs sur la situation dans le monde et le témoignage des sens et des enquêtes sitôt qu'on se donne la peine d'examiner les choses. Je me heurte souvent à cette réaction : "Je ne peux pas croire à tout ce que vous dites. Cela va totalement à l'encontre de ce que j'ai appris et toujours cru, et je n'ai pas le temps de vérifier toutes vos notes en bas de page. Comment savoir si ce que vous dites est vrai?" C'est une réaction raisonnable. je réponds que c'est la bonne. Vous ne devez pas croire que ce que je dis est vrai. Les notes sont là et vous permettent de vérifier, si tel est votre désir, mais si vous ne voulez pas vous en donner la peine, rien n'est possible. Personne ne vous versera la vérité dans le cerveau. C'est une chose que vous devez faire par vous-même." Dans la suite de ce même chapitre, le linguiste aborde de front la question de l'interventionnisme humanitaire, ce thème qui fit florès dans les années 1980, suite aux événements de Yougoslavie et du Rwanda.
Dans sa critique radicale, Noam CHOMSKY rappelle que la propagande de Joseph GOEBBELS, dans les années 1930 utilisait ces gesticulations oratoires pour justifier les premières agressions en Europe ou ailleurs, les dirigeants nazis ayant été eux-mêmes impressionnés par la propagande anglo-américaine pendant la Première Guerre Mondiale. Il replace ce que Joseph GOEBBELS dit un jour de la propagande dans les projets de détournements d'attention du Pentagone pendant la guerre du VietNam et plus récemment pendant les guerres dans le Golfe Persique : "Il ne serait pas impossible de prouver, en le répétant suffisamment et en maîtrisant la psychologie des personnes concernées, qu'un carré est en fait un cercle. Ce sont des mots, de simples mots, et l'on peut façonner les mots jusqu'à ce qu'ils habillent des idées déguisées".
Il n'hésite pas à dire simplement comment la propagande peut agir sur des populations entières ou des catégories sociales précises : A David BARSAMIAN lui rappelant ce qu'affirmait Steve BIKO, l'activiste sud-africain assassiné par le régime d'apartheid, "l'arme la plus puissance de l'oppresseur se trouve dans l'esprit de l'opprimé", Noam CHOMSKY répond que "La plupart des oppressions réussissent parce que leur légitimité est intériorisée. C'est vrai dans les cas les plus extrêmes. Prenez par exemple, l'esclavage. Il n'était pas facile de se révolter quand on était esclave, en aucune façon. Mais lorsqu'on étudie l'histoire de l'esclavage, c'était, d'une certaine manière, juste reconnaître un état de fait. Il fallait s'en sortir au mieux dans un tel régime." Idem pour la condition féminine, idem pour les travailleurs. Il s'en prend d'ailleurs vivement aux "intellectuels publics" qui perpétuent souvent cette légitimation.
 
     L'éditeur présente cette suite d'entretiens de la manière suivante : "La pratique de Noam Chomsky, c'est de vous dire ce qu'il pense, pas ce que vous devez penser. (...) Il ne se contente pas de maudire l'obscurantisme, il allume une bougie pour que nous puissions y voir." Voir ou comprendre quoi? L'impérialisme américain, d'abord, qu'il démonte avec une remarquable acuité - de l'éradication des résistances sud-américaines au contre-terrorisme. Les ressorts psychologiques et lexicaux de la "fabrication de l'assentiment" dans le monde. Mais aussi la signification de la mobilisation contre l'OMC à Seattle, le fonctionnement de l'ONU et des cours internationales de justice, notamment à propos du cas Pinochet, le fondement de l'économie capitaliste depuis les années 1970... Derrière le Chomsky politique apparaît alors le Chomsky linguiste, insistant sur la détérioration et la falsification du langage, moyen pour une certaine idéologie néolibérale de faire passer les vessies pour des lanternes..."
 
     Pour Frédéric F. CLAIRMONT, dans le Monde diplomatique de janvier 2003, "Noam Chomsky livre ici des analyses lucides, qui ne sont pas seulement des réflexions sur la brutalité de la politique américaine - dont la propagande est une facette fondamentale -, mais surtout le cri d'espoir d'un combattant infatigable. Elles aident à comprendre en quoi le régime de M. George W. Bush est à la fois le symbole et la réalité du plus grand Etat terroriste de notre époque. Mais alors que, jusqu'à présent, le mépris du droit international par les Etats-Unis se dissimulait dans des documents secrets qui ne seraient publiés que quarante ans plus tard, "aujourd'hui, explique Chomsky, cela s'affiche". Nombreux sont ceux qui voient deux poids, deux mesures dans la politique américaine. Pour l'auteur, elle est d'une totale cohérence : servir les intérêts bien compris de la puissance intérieure des Etats-Unis et les liens entre l'Etat et le monde du capital ; elle n'a que faire du droit, de la morale ou du bien-être des êtres humains. Son seul objectif est, par tous les moyens, de maximiser les profits et les parts de marché des 200 méga-sociétés transnationales, en particulier celles du pétrole."

 

 
     Noam Chomsky (né en 1928), professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology de Pennsylvannie à Philadelphie, engagé dans la vie politique depuis le milieu des années 1960, d'abord contre la guerre du VietNam, est l'auteur de nombreux ouvrages scientifiques et d'oeuvres politiques. Parmi eux, notons, pour ceux qui sont traduits en français, L'Amérique et ses nouveaux mandarins (Seuil, 1969), Les dessous de la politique de l'Oncle Sam (Ecosociété, 2000), Le Bouclier Américain et la déclaration des droits de l'homme (Serpent à plumes, 2002), De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (Agone, 2004), La fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie (avec Edward Herman, Agone, 2008), Autopsie des terrorismes. Les attentats du 11 septembre 2001 et l'ordre mondial (Agone, 2011).
 
    David BARSAMIAN est un animateur de radio américain, écrivain, fondateur et directeur de la Radio Alternative de gauche, sur le Boulder (Colorado). Une syndication hebdomadaire de ses programmes est audible sur 125 radios dans différentes pays. Ses entrevues et articles apparaissent régulièrement dans The Progressive, La Nationet Zet Magazine. Membre de la campagne pour la paix et la démocratie, il est surtout connu dans le monde pour ses entretiens avec Noam Chomsky, publiés dans de nombreux ouvrages depuis 1992 sur différents sujets comme L'avenir de l'histoire, Ambitions impériales ou Le déclin et la chute de la radiofiffusion publique.

  A noter en fin de livre une liste d'adresses internet de sites animés par des membres de la gauche américaine. Notons en français le site www.noam-chomsky.fr.

      Noam CHOMSKY, De la propagande, Entretiens avec David BARSAMIAN, Editions Fayard, 10/18, 2005 (première publication, 2002),  327 pages. Traduction de l'ouvrage américain "Propanda and the Public Mind", David BARSAMIAN and Noam CHOMSKY, 2001, par Guillaume VILLENEUVE.
 
Complété le 24 Août 2012. Relu le 3 janvier 2019.

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