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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 09:21
        Violence, soit Gewaltsamkeit ou Gewalttat en allemand, violence en anglais et violenza en italien et violent en radical international, est, selon le Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie, le caractère d'un phénomène ou d'un acte qui est violent. Ce dictionnaire renvoie à Violent comme adjectif (allemand violentem, anglais violent et italien violento) et dégage 4 ans à Violence :
                              - phénomène qui s'impose à un être contrairement à sa nature ;
                              - phénomène qui s'exerce avec une force impétueuse contre tout ce qui lui fait obstacle ;
                              - sentiment ou acte, auxquels se joint presque toujours l'idée qu'il s'agit d'impulsions échappant à la    
                                    volonté (passion violente, violent désir) ;
                              - personne (ou caractère) qui se comporte d'une manière violente contre ce qui lui résiste.
      Selon ce même dictionnaire, le mot violence a pris un sens "plus défini depuis NIETZSCHE, SOREL et le syndicalisme révolutionnaire, qui ont introduit des vues systématiques contre les directions ou les freins intellectuels, et préconisé "l'action directe"."

         Le Vocabulaire de la philosophie et des sciences sociales fait un assez long développement pour définir le mot Violence, dans plusieurs catégories. En ce qui concerne la Morale, Violence est "toute atteinte à la personne humaine, soit de la personne sur elle-même, soit sur celle d'autrui, soit d'une autre sur elle, ce qui vaut donc pour tous les individus les uns à l'égard des autres et des groupes humains, petits ou grands, les uns envers les autres." Ce dictionnaire cite de nombreux auteurs :  pour certains, la violence est inhérente à la nature de l'homme (MACHIAVEL, HOBBES, HEGEL, NIESTZSCHE, FREUD), pour d'autres, elle provient de la vie sociale (ROUSSEAU, PROUDHON, BAKOUNINE, STIRNER, MARX, SOREL, LENINE, MARCUSE). L'article se termine sur la mention de la Non-violence (GANDHI, TOLSTOI, THOREAU, LANZA DEL VASTO).

         Pour le Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, la référence est ARISTOTE, qui, en "opposant le mouvement violent ou forcé au mouvement naturel" considère qu'est violence "tout ce qui, survenant de l'extérieur, s'oppose au mouvement intérieur d'une nature."
 Dans l'introduction à l'article Violence le dictionnaire indique : "Lorsqu'on a défini l'homme comme sujet, c'est-à-dire comme intériorité absolue et comme volonté libre, la violence est devenue toute contrainte physique à laquelle on soumet par son corps une volonté à accomplir une action qu'elle ne veut pas."
  Ce dictionnaire cite également de nombreux auteurs, en plaçant l'hégélianisme, le marxisme et le freudisme comme phares dans la réflexion sur le sens de la violence.

      Pour Michel WIEVIORKA, "la plupart des approches classiques de la violence ont ainsi en commun de ne guère faire intervenir, sinon à la marge, les processus de subjectivation et de désubjectivation qui nécessairement (...) caractérisent ses protagonistes. (...)." L'auteur invite dans son livre "La violence" à théoriser celle-ci en plaçant le sujet au coeur de l'analyse.
      C'est également cette perspective que développe Hélène FRAPPAT dans le chapitre de son anthologie intitulé "L'autre de la philosophie", en reprenant (et en réinterprétant) de nombreux auteurs classiques. "L'origine de la philosophie repose sur cet acte initial de violence par lequel les participants au dialogue (de PLATON) tuent le père présocratique. Après ce meurtre symbolique commis en présence de SOCRATE, une tâche complexe s'offre à la philosophie : elle doit élaborer un discours qui accueille en son sein la violence du non-être, tout en dénonçant les artifices rhétoriques des sophistes (entendus comme utilisateurs d'une science des disputes et de l'art de persuader à l'aide de ruses et de mensonges habilement argumentés). Ces conceptions de la philosophie par rapport à la violence doivent beaucoup aux analyses de Jean-François LYOTARD et d'Eric WEIL, entre autres.

        Yves MICHAUD classe les philosophies de la violence entre ontologies de la violence et philosophies de la réciprocité.
                   Parmi les philosophies qui fondent leur réflexion sur la violence sur une conception de la nature des
                   choses, on rencontre : - les négativités de l'Etre où l'individu et la société sont compris à travers leurs
                    contradictions : HEGEL, MARX, les penseurs grosso modo de l'École de Francfort (ADORNO,
                                          HORKHEIMER, POLLOCK, LOEWENTHAL, MARCUSE pour une partie de son oeuvre) ;
                                                      - les philosophies de la vie, SPENCER, NIETZSCHE....

                  Parmi celles qui mettent l'accent sur la réciprocité, on retrouve HEGEL, SARTRE et GIRARD, selon des
                  acceptions bien entendu bien différentes.
  Dans sa "conclusion philosophique", Yves MICHAUD insiste sur le fait que "les philosophies de la violence sont des approches spéculatives où les généralisations audacieuses, les mythes et les proclamations définitives ne manquent pas." Comme sur toute question philosophique, et surtout sur la violence, c'est dire que les arguments d'autorité comptent peu : philosopher sur la violence, c'est surtout y réfléchir sur ses fondements.

             Les définitions philosophiques de la violence, loin de réduire celle-ci à un sens mécaniste où la nature joue un très grand rôle, et surtout les définitions philosophiques modernes, mettent l'accent sur une critique de la violence.

   André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, collection Quadrige, 2002 ; Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Louis-Marie MORFAUX, Armand Colin, 1980 ; Sylvain AUROUX et Yvonne WEIL, Hachette, collection Education, 1991 ; Michel WIEVIORKA, La violence, Hachette, collection Pluriel, 2005 ; Hélène FRAPPAT, La violence (textes choisis et présentés par), GF Flammarion, collection Corpus, 2000 ; Yves MICHAUD, La violence, PUF, collection Que sais-je?, 1988.


           

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Published by GIL - dans DEFINITIONS
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