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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 08:54
      Ce titre reprend celui de quelques textes de Jean GIONO (1895-1970) parus aux Editions Gallimard 1978, réédition  augmentée de 1939.
Jean GIONO est une écrivain et un auteur de fictions audiovisuelles assez prolifique, mais sa production de littérature pacifiste s'arrête dès le début de la Seconde Guerre Mondiale. Son engagement très actif dans le pacifisme, surtout le pacifisme littéraire en fait, puis celui à gauche dès 1934, est marqué par une tentative de retour aux valeurs idéales d'une communauté d'avant la société capitaliste industrielle qui asservit le travail et "détruit les vraies richesses".
En 1935, Jean GIONO publie Que ma joie demeure, qui idéalise une communauté autarcique sur le plateau Grémone en Haute Provence. Ce roman trouve un écho favorable auprès d'une partie de la jeunesse qui se reconnaît dans les valeurs de l'auteur : l'opposition entre la vie simple et pure à la campagne, l'artisanat, et la ville avec ses usines et ses machines-outils qui détruisent l'homme.
De 1935 à 1939, des "rencontres du Contadour" ont lieu à Pâques et en septembre, regroupant principalement des intellectuels parisiens. C'est là que s'élabore en partie l'activisme de Jean GIONO, qui écrit beaucoup contre l'éminence de la guerre prochaine. N'ayant pu éviter, avec d'autres pacifistes, la catastrophe de 1939, Jean GIONO aboutit au constat de plus en plus amer de l'impossibilité de l'influence réelle de l'écrivain sur la marche du monde.

        Écrits pacifistes regroupent une partie des oeuvres pour la paix de Jean GIONO : Refus d'obéissance (1937), Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938), Précisions (1938) et Recherche de la pureté (1939).

        Refus d'obéissance est composé de plusieurs parties : un article contre la guerre publié en 1934 à la Revue Europe, plus 4 chapitres inédits du Grand Troupeau, un livre que Jean GIONO publie en 1930 et qui raconte les sentiments inspirés à l'auteur sur sa participation à la guerre de 1914-1918.
       Le ton est donné dès les premières lignes de cet article intitulé "Je ne peux pas oublier" : "Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais, je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. Ce soir est la fin d'un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L'air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L'horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque." Et plus loin : "Je n'ai pas honte de moi. En 1913, j'ai refusé d'entrer dans la société de préparation militaire qui groupait tous mes camarades. En 1915, je suis parti sans croire à la patrie. J'ai eu tort. Non pas de ne pas croire : de partir."
        Lorsque Jean GIONO écrit Le Grand Troupeau, en 1930, il entre dans une grave crise existentielle qui dure 4 ans. Dans ce roman largement autobiographique, la guerre radicalise la hantise de l'ogresse, de l'éventration, de la boue et du pourrissement. L'alternative de la fusion heureuse dans la vie universelle à la campagne apparaît dès lors mythique, en même temps que l'imaginaire connait ici sa première émancipation maladive : certains personnages s'engagent dans des dialogues avec les "ombres" des absents et des morts, un procédé qu'Abel GANCE utilise de manière cinématographique dans son film J'accuse.

        Lettres aux paysans sur la pauvreté et la paix fait partie de ces "messages" qui se succèdent jusqu'en 1939 et qui accentuent l'opposition de Jean GIONO aux totalitarismes en même temps que son refus d'une solution révolutionnaire. Les titres de ces lettres sont assez évocateurs par eux-mêmes : Le problème paysans est universel, S'occuper individuellement des recherches de solution, Confusion sur le vrai sens de la richesse, Confusion sur les possibilités de la violence  (c'est d'ailleurs cet aspect qui fait dire à certains qu'il annonce LANZA DEL VASTO et ses Communautés de l'Arche), Emploi de la grandeur, Raison du pacifisme paysan, Contradiction du paysan et des temps présents. Suivent deux plus grands textes, Le combat paysan contre les temps modernes et L'intelligence est de se retirer du mal. Comme les paysans constituent ceux qui paient le plus lourd tribut aux guerres, il les exhorte : "Engagez-vous dans la croisade de la pauvreté contre la richesse de la guerre. Vos plus beaux chevaux de bataille sont vos chevaux de labour, vos charges héroïques se font pas à pas dans les sillons. Votre bouclier a la rondeur de toute la terre."

         Précisions se compose des divers courts textes où Jean GIONO évoquent les actions épistolaires et des réflexions avec Romain ROLLAND, Paul LANGEVIN et Francis JOURDAIN entre autres.
Un texte reflète particulièrement les espoirs de paix suscités par les politiques d'apaisement des grandes puissances à cette période-là : "La preuve que seule l'action des quatre peuples a compté c'est qu'ils ont forcé les quatre gouvernements à se déjuger. Il n'est donc pas vrai que mourir pour la patrie est le sort le plus beau. Il n'est donc pas vrai  que, qui veut la paix prépare la guerre. Il n'est donc pas vrai qu'une armée forte défend la paix puisque, si nous avions une armée aussi forte que ce que nos chefs militaires le réclamaient, nous aurions la guerre. Et nous avons la paix. Et brusquement nous voyons que c'est possible et que c'est facile d'aimer les Allemands et d'aimer les Italiens. Sous quels prétextes va-t-on continuer à pousser aux armements? Nous ne voulons pas nous en servir. Nous construisons la paix sans nous en servir. La suite logique de l'aventure de septembre 38, c'est le désarmement universel. Croyez-vous que les gouvernements nous auraient dit de leur gré autant de vérité d'un seul coup."

      Recherche de la pureté, est une Préface aux "Carnets de Moleskine" de Lucien JACQUES. Elle débute par ces termes : "Quand on n'a pas assez de courage pour être pacifiste, on est guerrier. Le pacifiste est toujours seul. Il n'est pas dans l'abri d'un rang. S'il parle, s'il emploie le pluriel, s'il dit "nous", il dit "nous sommes seuls". Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de défilé de pacifistes de n'importe quelle Bastille à n'importe quel Panthéon; il ne court pas les rues." 
        Par ces mots, Jean GIONO se situe clairement dans un rôle d'écrivain engagé mais isolé,  proche de la position du témoin actif, individualiste toujours même dans l'action collective. Refusant en réalité l'action politique, il révèle toutes les limites d'une phraséologie pacifiste dépourvu de mouvement pouvant soutenir une action durable pour la paix.
Reste que ces textes portent le témoignage d'une partie de l'ambiance de l'immédiat avant-deuxième guerre mondiale.

Jean GIONO, Le Grand Troupeau, Gallimard, 1931 ; Refus d'obéissance, Gallimard, collection blanche, 1937 ; Lettres aux paysans sur la pauvreté et la paix (Vivre libre 1) et "Précisions" (Vivre libre 2), Grasset, 1939 ; Recherche de la pureté, préface aux "Carnets de moleskine" de Lucien JACQUES, Gallimard, collection blanche, 1939.
Les textes ci-dessous sauf Le Grand Troupeau (à part les inédits) sont regroupés  dans Jean GIONO, Ecrits pacifistes, Gallimard, collection Idées, 1978.
Article Jean GIONO de Laurent FOURCAUT, Encyclopedia Universalis, 2004. Jean CARRIERE, Jean GIONO, qui suis-je?, La Manufacture, 1985.
 
PAXUS
 
Relu le 26 janvier 2019

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