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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 13:11
     J'accuse, d'Abel GANCE, deux films français au même titre réalisés en 1919 et en 1938, Les sentiers de la gloire, de Stanley KUBRICK, film américain de 1957 et Johnny s'en va-t-en guerre, film américain de 1971, réalisé par Dalton TRUMBO constituent trois oeuvres cinématographiques très représentatives d'une perception pacifiste de la guerre.

 

    J'accuse, d'Abel GANCE, qui reprend là le titre d'une interpellation célèbre d'Emile ZOLA au moment de l'affaire DREYFUS, d'abord réalisé en version muette en 1919, porte sur la Grande Guerre Mondiale qui vient de s'achever. Film dénonciateur des horreurs et des hécatombes de cette guerre, il met en scène principalement le soldat Jean DIAZ, nettoyeur de tranchées. Comportant trois époques, faisant alterner mélodrame et description des horreurs de la guerre. On y accuse beaucoup le militarisme allemand, même si le film s'achève sur un ton de "Plus jamais ça!" avec une scène où les morts se réveillent et insistent pour que cette guerre soit vraiment la der des der. Une version en 1922, version présentée comme tronquée par Jacques LOURCELLES, car axée sur le mélodrame du mari trompé, eut beaucoup plus de succès que la première de 1919, et elle fit connaître dans beaucoup de pays le nom de GANCE. Il faut dire que le film de 1919 apparait sur les écrans au moment où l'opinion publique cherche à oublier les horreurs de la guerre, et cette ambiance persiste en 1922.
    Par contre, en 1938, avec le film parlant, mais toujours en noir et blanc, il s'agit de dénoncer les possibles retours d'une guerre aussi sanglante que celle de 1914-1918. Ce cri pacifiste, au style baroque et halluciné, mené par un héros-martyr qui sacrifie sa vie et son bonheur à la cause de l'humanité, constitue encore une exception dans le cinéma d'alors, quoique les inquiétudes dans l'opinion publique commencent à être très vives. Abel GANCE donne une forme fantastique à son message et son film aboutit à une apothéose optimiste, où encore une fois les morts se lèvent et s'avancent tous ensemble sur les routes. Cette armée de fantômes sème la panique, l'épouvante immobilise l'Europe et les gouvernements abolissent la guerre et décrètent le désarmement universel et intégral.
 



     Les sentiers de la gloire, de Stanley KUBRICK, de 1957, film en noir et blanc, est issu du livre du même titre d'Humphrey COBB paru en 1935. Il porte lui aussi sur la Première Guerre Mondiale et se situe en 1916 où le guerre piétine dans les tranchées. Devant la nécessité de faire un coup d'éclat et d'accomplir enfin une percée, l'état-major français ordonne aux soldats, malgré l'avis du colonel DAX, interprété par Kirk DOUGLAS, de partir une nouvelle foi à l'assaut pour prendre une position imprenable. Devant l'impossibilité d'avancer, DAX ordonne la retraite. Le général MIREAU, furieux devant ce qu'il considère comme un acte de désobéissance, veut faire exécuter 100 hommes de ce régiment. Son supérieur, le général BROULARD, le calme et fait réduire à trois le nombre d'homme à fusiller pour l'exemple. Ce qui sera fait, malgré les efforts de DAX pour les faire gracier. Ce dernier, dégoûté, ne peut qu'obéir, à la fin du film, devant l'ordre de repartir pour une autre bataille sans espoir.
Parti d'un fait réel en 1916 où des mutineries éclatèrent dans les troupes chargées de conquérir quelques mètres carrés dans un champ de bataille déjà en ruine - 600 soldats sont fusillés côté français pour refus d'obéissance ou abandon de poste - le film est surtout un film contre l'armée, plus antimilitariste que pacifiste. Stanley KUBRICK choisit de s'attaquer à la hiérarchie militaire et son style solide et brillant, fondamentalement classique, permet de classer Les sentiers de la guerre, comme un film de guerre où l'opposition ne se fait pas entre deux camps, mais à l'intérieur d'un camp. Cette démarche permet de centrer le propos sur la guerre et le film connaît toujours de fréquentes diffusions en salle (notamment dans les ciné-clubs) ou à la télévision pour alimenter des débats touchant l'armée ou la guerre. Le film ne sort qu'en 1975 en France, non parce qu'il a été interdit officiellement (il n'a même pas été présenté à la censure!), mais parce que les producteurs, connaissant le climat dans ce pays pendant les événements liés à la guerre d'Algérie, craignaient des pertes financières. Le propos du film est très proche d'un autre film, Pour l'exemple, britannique, de Joseph LOSEY, sorti en 1964, où un soldat accusé de désertion est défendu devant la cour martiale par un avocat commis d'office.



      Johnny s'en va-t-en guerre, film en noir et blanc et en couleurs de Dalton TRUMBO de 1971, est tiré du roman du même nom écrit par le réalisateur en 1939. Véritable réquisitoire contre les guerres en général, et les souffrances éprouvées par ses victimes, il raconte la mésaventure d'un jeune américain, interprété par Timothy BOTTOMS, plein d'enthousiasme qui s'engage sur le front pendant la Première Guerre Mondiale. Gravement blessé et mutilé par un obus, il perd ses quatre membres et est cloué sur un lit d'hôpital. Conscient de son état, il peine à communiquer avec l'infirmière qui se résout, devant sa souffrance physique et morale, à pratiquer l'euthanasie. Très pessimiste - fortement à déconseiller à ceux qui n'ont pas le coeur bien accroché et ce n'est pas en ayant l'habitude de regarder des films d'horreur qu'on peut l'avoir pour ce film - cette oeuvre en est réellement par moment difficilement supportable, non pas en raison des images (en fait seules les parties saines du corps du soldat sont montrées), mais par la prise de conscience, et l'identification que le spectateur peut avoir, de la torture mentale que subit le personnage. Alternent les scènes de la vie d'avant du soldat, une enfance heureuse et très colorée, et les scènes, qui peuvent paraître très longues tellement elles sont éprouvantes, au teintes neutres et glaciales.
Il constitue un double manifeste contre la guerre et pour l'euthanasie. Le roman et le film ont un impact important, l'un très peu avant la Seconde Guerre Mondiale, où beaucoup lui reconnurent un caractère antimilitariste, l'autre pour être sorti en pleine guerre du Viet-Nam, à l'heure où une grande partie de l'opinion publique veut la sortie des États-Unis de cette guerre sale et mutilante. Les divers mouvements pacifistes et antimilitaristes des années 1950, tant aux États-Unis qu'en France considèrent cette oeuvre comme majeure, un des plus violents réquisitoires de la littérature et du cinéma contre la guerre. Le film fut récompensé au Festival de Cannes en 1971 par le Grand Prix spécial du jury de la Critique internationale. A savoir que ce film devait être le premier d'une série de trois, Johnny got his gun, étant le pendant de Les plaisirs de la guerre, les deux autres devant être Les plaisirs d'être noir et Les plaisirs d'être pauvre. Dalton TRUMBO, suspecté de sympathies communistes, a comparu devant la Commission des activités anti-américaines, (il refusa de répondre) et figura sur une liste noire jusqu'en 1960.



Abel GANCE, J'accuse, 1919, 4 époques de 1500 mètres ; J'accuse, 1938, 116 minutes, production FRD (Société du film "J'accuse"). Stanley KUBRICK, Les sentiers de la gloire (Paths of glory), 1958, 86 minutes, production James B HARRIS et Kirk DOUGLAS. Dalton TRUMBO, Johnny s'en-va-t-en guerre (Johnny Got His Gun), 1971, 111 minutes, production Bruce CAMPBELL, Tony MONACO et Christopher TRUMBO.

Jacques LOURCELLES, Dictionnaire du cinéma, Robert LAFFONT, collection BOUQUINS, 1992.

    FILMUS
 
Relu le 25 janvier 2019

 

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